LIVRE XX
Napoléon s’écrouloit de toutes parts. Générations entières , numéraire , subsistances , tout avoit été enlevé avec des extorsions révoltantes ; tout avoit été épuisé. Le peuple revenu à luimême, pouvoit comparer sans contrainte les temps heureux de l’ancienne monarchie , avec les calamités du règne de l’usurpateur. Les Toulousains brûlent dès lors d’imiter les Bordelais, et de s’élancer vers le prince auguste dont le nom voloit déjà de bouche en bouche.
Le signal est donné; les royalistes arborent la cocarde blanche, et le peuple, accourant en foule , répond aux cris de Vive le Roi t La garde urbaine elle-même seconde le mouvement, entraînée par l'exemple de ses officiers , MM. Auguste de Cambon , Jouliac , et Savy-Gardheil fils. De meme qu’à Paris,* les dames les plus distinguées de Toulouse, tellesque M^'^d’Hargicourt, duPac, d’Alzan, de Raymond , de Gardouch , de Cantalause , d’Aspe , de MontbeL,’se mêlant parmi le peuple , distribuent elles- mêmes des cocardes blanches, et parent les citoyens des couleurs royales. Une sorte d’union sympathique rallie toutes les classes; le même élan saisit l’universalité des citoyens. On se demande partout où sont les etrangers ; on les cherche
des yeux. Poussés bientôt par la curiosité vers les dehors de Toulouse , les habitans aperçoivent près de chacune des portes , les divisions de l’armée combinée , rangées dans le plus bel ordre, et observant le plus grand silence , comme si elles eussent craint de troubler le repos de la ville. Leur maintien calme excite et attire la confiance ; on ne voit bientôt plus dans les ennemis que des amis et des protecteurs. La foule s’accroît ; la population entière accourt à leur rencontre^, elle les appelle par ses désirs , par ses regards, de la voix et du geste. Les alliés restent immobiles jusqu’à l’heure fixée par leurs chefs. A huit heures , une division imposante , surtout par sa cavalerie , entre par la porte SaintjCyprien , traverse Toulouse aux acclamations d’innombrables spectateurs, et en sort par le faubourg Saint-Michel. D’autres divisions vont camper dans les villages environnans , ou marchent à la poursuite du jnaréchal Soult.
Les premiers Anglais qu’on avoit aperçus dans la ville , avoient été salués par les cris de Vive le Roi! et, en arrivant sur la place Royale , ils avoient vu précipiter du haut du Capitole le buste et l’effigie de Napoléon. Les adjoints du maire et le conseil municipal ve-«