LIVRE XX
conrte harangac , la protection de l’illustre général en faveur d’une ville que , par sa modération, il avoit rendue à jamais l’amie de la nation britannique ; mais l’orateur gardant le silence sur l’élan courageux des Toulousains en faveur de leurs maîtres légitimes , sa voix est couverte à l’instant par les cris répétés de Vive le Roi! Vicerti les Bourbons! « Braves » habitans de Toulouse, répond Wellington, » je serois fâché que des Français si dévoues à » la cause de leur roi , fussent la victime d’un » zèle empressé , mais louable. Je ne dois pas » vous dissimuler qu’on traite encore à Châ- » tillon , et qu’on regarde la paix avec Buona- » parte comme une chose possible : je vous » soutiendrai néanmoins autant qu’il pourra » dépendre de moi; mais peut-être le temps » n’cst-il pas encore venu d’exprimer avec
» cette énergie vos nobles sentimens » A'
ces mots la multitude paroît se recueillir ; les Toulousains semblent d’abord interdits ; un silence morne de quelques minutes est rompu tout à coup par M. de Limairac, souspréfet, qui demande hautement une seconde cocarde blanche plus grande que la première. « La cocarde royale est à mon chapeau ,’ » s’écrie le comte d’Hargicourt ; elle n’en
» tombera qu’avec ma télé. » A l’instant même J les acclamations redoublent et retentissent jusqu’aux extrémités de la ville ; la cocarde est universellement arborée ; les fleurs de lis et le drapeau blanc remplacent au Capitole et sur toutes les loui’s le drapeau tricolore; on n’est plus occupé qu’à détruire les signes du despotisme , et à former une garde royale (i).
Ces scènes d’allégresse publique n’étoient troublées , ni par la réflexion , ni par la crainte. Les calculs d’une lâche prudence furent étouffés par l’élan des cœurs et par la conscience du devoir. La bonne ville de Toulouse alloit en recevoir bientôt la récompense : les félicitations réciproques sur les heureux événemensd’une si généreuse entreprise étoient générales : les âmes étoient sans trouble , les visages éloientradieux, quand le même jour, vers cinq heures apres midi , on vitarriverle colonel Cooke et le colonel Saint-Simon , apportant les dépêches de Paris. Bientôt les Toulousains entendent ces paroles inattendues : « Le sénat 5* conservateur a prononcé la déchéance de M Napoléon Buonaparte ; les conseils suprêmes
(i) Le regîstre ouvert chez M. le baron de Cantalause fui couvert dès le premier jour de plus de cent signatures.