LIVRE XXI
Si I
On pouvoit tout espérer du gouvernement salutaire qui ramenoit enfin le calme au milieu delà France trop long- temps désolée.
Déjà , pour accomplir le grand oeuvre de la paix générale , tous les souverains alliés venoicnt de se réunir dans Paris. L’empereur d’Autriche y avoit fait son entrée en grande* cérémonie le 1 5 avril , après avoir été r eçu à la barrière du Trône par l’empereur Alexandre, le roi de Prusse, et M*' comte d'Artois.
Révéré pour ses vertus privées et politiques, l’auguste chef de la maison de Lorraine détruisit sans retour l’espoir des mécontens , par sa réponse noble et ferme au sénat , qui lui ofTroit son hommage empressé. La phrase ^ar laquelle ce monarque exprimoit qu’// avoit combattu pendant vingt ans les principes qui venaient de désoler le Monde ^ blessa tellement les sénateurs de Buonaparte , que , sur la proposition de M. Lambresch , ils refusèrent de l’insérer dans leur procès-verbal. N’étoit-ce pas déclarer implicitement qu’ils persistoient dans les doctrines révolutionnaires?
Tous les souverains réunis dans la capitale s’occupèrent, conjointement avec lord Cast-
Su CAMPAGNE DE 1814.
lereagh , des moyens d’arriver à une pacifica' tion prompte et solide. Jamais un sénat plus auguste n’avoit présidé aux destinées de l’Europe*
Le a3 avril fut ratifiée par S. A. R. Monsieur , une convention préliminaire tendante au rétablissement des rapports d’ancienne amitié entre la France et les puissances alliées , et portant suspension d’hostilités entre les forces respectives de chacune des hautes puissances. Ce traité provisoire , en replaçant la France dans ses limites monarchiques du i" janvier 1792, jetoit les fondemens de la paix générale de l’Europe.
Aussi fut-il amèrement censuré par tous les adversaires de la restauration, comme met-, tant dans les mains des ennemis un grand nombre de places fortes qui auroient pu servir de gages à une paix plus avantageuse. Selon ces fiers détracteurs , il eût donc fallu résister aux alliés maîtres de la capitale , et refuser de restituer des conquêtes que Buonapartc et ses armées n’avoient pu préserver de l’invasion ? Les Bourbons venoient pour sauver la monarchie française, et non pour conserver l’empire napoléonien. Il étoit urgent, d’ailleurs, de » dégager le sol français du poids de quatre cent mille étrangers qui lui coûtoient plus
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