LIVRE XII
ï> pure et sans tache; pourquoi la compro- » mettre dans une expédition hasardée ? Vous » avez sauvé le Portugal , vous avez délivré la ^ péninsule : n'allez donc pas plus loin , ou J) craignez de voir s’évanouir la réputation » européenne que vous vous êtes acquise par » plusieurs campagnes aussi savantes que glo- » rieuses. Songez que cette réputation mili- >) taire appartient encore plus au continent » qu’à la Grande-Bretagne. » Les raisonnemens les j)lus ingénieux et les plus solides furent employés tour à tour pour détourner le général anglais d’entamer la France au Midi. Mais cinq batailles gagnées sur les troupes les plus belliqueuses de l’Europe l’avoient enhardi , et il étoit animé d’ailleurs par cet ensemble de vues sans lesquelles on n’accomplit jamais de grands desseins.
La défaite de Napoléon à Leipsic lui lit juger que bientôt celui qui avoit soulevé contre lui toutes les nations , seroit attaqué sur son propre territoire , et qu’il s’y verroit dépourvu de l’appui des Français fatigués de son despotisme. Pouvoit-il préserver alors toutes ses frontières , et n’étoit il pas présumable qu’il seroit forcé d’appeler une partie des troupes du Midi , pour sa propre défense ?
Wellington ne se dissimuloit pas toutefois que l’armée qu’il alloit avoir à combattre étoit réorganisée par un général expérimenté qui joignoit à la prudence cette ténacité, barrièr'e sûre contre les revers. 11 falloît d’ailleurs, pour prendre l’offensive, des forces très supérieures en nombre; et quels moyens de faire vivre une armée immense en respectant le droit de propriété et .sans fouler les peuples? Si l’armée anglaise pénélroit en ennemie dans des provinces déjà di^olées par d’énormes réquisitions ," ne devoit-on pas s’attendre à voir s’armer contre elle les habitans réduits au désespoir? Ne rien demander, ne rien prendre, tout payer avec une exactitude scrupuleuse , telle étoit la première loi que devoit s’imposer l’ennemi. Les finances furent donc la base du projet d’invasion de lord Wellington. Sûr de l’assentiment du gouvernement britannique , auquel il soumit ses plans , sûr d’en recevoir avec profusion les subsides nécessaires et l’appui le plus efficace , il ne balança plus.
La célèbre campagne de i8i3 , dans la péninsule , fut couronnée par le passage de la Bidassoa. Le 7 octobre , lord Wellington voulut reffectuer ; mais ses troupes, malgré leur nombre , furent repoussées sur tous les