‹ Histoire des CampagnesChapitre 45 sur 267 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

de la Guienne et du Médoc avoit versé des larmes d’attendrissement sur le passage de l’auguste prince , et toute la ville de Bordeaux étoit sortie à sa rencontre pour se presser sur scs pas.

Les plus vives acclamations se firent entendre dès qu’on aperçut le gendre et le neveu de Louis XVI. Il étoit à cheval , accompagné du comte Etienne de Damas , du duc de Guiche et du comte d’Escars. Aucune expression ne pourroit peindre l’ivresse des Bordelais à la vue du duc d’Angoulème. Ces éclatans témoignages n’étoient pas donnés par un parti , encore moins par une faction , c’étoit l’explosion générale d’un sentiment long-temps comprimé , et qui éclatoit également dans tous les rangs de la société , dans toute la po-. pulation de cette grande ville , depuis le premier magistrat jusqu’à l’ouvrier du port.

En vain le maire , à pied , suivi de son cortège , essaie de haranguer le prince ; les cris de joie de la multitude l’en empêcltent ; il ne peut articuler que des mots entrecoupés , des expressions d’amour, qui vont expirer sur la main que le prince lui tend affectueusement, et que le maire baigne de ses larmes. Mais quand ce bon prince daigne se pencher vers

lui et l’honorer de l’accolade royale , le# cris mille fois répétés de le Roi ! Plve Louis XVHI ! T^^ive le duc d'Augouléine ! T^ive le Maire ! ne furent plus interrompus que par les félicitations et les embrassemens mutuels. Il ne restoit plus d’espace auprès du prince ; tous vouloient le voir, tous vouloient toucher ses vétemens et les liarnois de son cheval. Les paroles qu’il proféra furent dignes d’un pelit-fils d’Henri IV. Oubli du passé » bonheur pour l’avenir : voilà ce qu’il portoil aux Français, voilà les sentimens des Bourbons , et le vœu de Louis XVIII.

A peine le cortège peut-il se mettre en marche , tant la foule se presse sur les pas du prince, qui, s’arrêtant par intervalles, laisse jouir les Bordelais du bonheur de le contempler. Les vieillards veulent le reconnoître ; les mères le montrent à leurs enfans. « Voilà , disent-elles , celui qui vient nous rendre nos derniers fils ! » Un homme du peuple s’écrie : « Celui-là au moins est de notre sang ! » Consolantes paroles, touchantes acclamations , qui faisoient oublier à celui qui en étoit l’objet vingt-cinq années de douleur et d’exil.

Les mêmes sentimens aiiimoient les Bordelais. On auroit dit qu’une seule journée les

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