LIVRE XIV
parenceç d’une paix jugée indispensable par les meilleurs esprits et par les ofTiciers les plus éclairés.
L’arrivée de M. de Rumigny causa une vive sensation au quartier- général , et presque tous les généraux furent convaincus dès lors qu’en rejetant la paix Napoléon se précipitoit dans un abime. Etranger à la bonne foi et à la franchise, il étoit imbu de l’idée que , tout en offrant la paix , les alliés ne vouloient que la guerre ; qu’ils n’avoient plus d’autre but que de riiumilicr lui-méme, et, en dévastant la France , de venger sur Paris les humiliations de Berlin , de Vienne , et l’incendie de Moscou. Une guerre sans terme devint l’unique perspective de Napoléon. Malheureusement son ministre intime le tenoit comme plongé dans ce système déplorable; Quelle étoit donc l’influence de cet homme ,'j d’abord si obscur, accablé aujourd’hui sous le poids d’une si triste renommée , depuis que tant de vives lumières , puisées dans les sources de l’histoire , ont révélé ses turpitudes politiques? Elle se trouve liée cette influence à toutes les calamités de l’Europe et à tous les désastres de la France. Le crédit de ce ministre dépositaire de tous les secrets de Napolégn 2. 8
s’alimentoit , pour ainsi dire, des malhem-» du genre humain. Pour ce favori de la fortune les rois n'étoient que des idoles qu’il falloit encenser ou briser ; les hommes que des inslrumens flexibles et avilis. Doué d’une médioci’ité ambitieuse et armé d’un cœur d’acier , il bouleversoit avec sérénité les empires. Tandi.s qu’il usoit ses veilles dans de futiles travaux et d’oiseuses conversations , il s'imaginoit, plein d’une vanité puérile , qu’il jouoit avec le fardeau de la France et de l’Europe. Tout son art consistoit à servir son maître à tout prix , à l’ériger en divinité , à le contempler en l’écoutant , à traduire sa pensée , et , en brouillant tout, guerre et politique , à l’aider avec un zèle imperturbable à pousser des milliers d’hommes à la ruine et à la mort. Courant tète baissée à travers les catastrophes, ce n’étoit plus rien pour lui que dévorer et engloutir les nations. L’histoire inflexible l’accuse , à la face de l’Europe armée, de procédés attentatoires à la sûreté des Etats , causes de tous les maux do la France; l’histoire l’accuse d’avoir conspiré contre la paix à Dresde , alors que la France pouvpit encore en sortir florissante; •elle l’accuse enfin d’avoir adoré et caressé les inclinations belliqueuses de son maître , aprè&