LIVRE XIV. t
la bataille de Leipsic et pendant le congrès de Châtillon.
Si l’obligation de recevoir la paix révoltoit l’orgueil de Buonaparte , les alliés craignoient. aussi de leur côté , en lui accordant quelque repos, de lui laisser prendre de nouvelles forces. Les propositions pacifiques étoient presque toujours accompagnées de récriminations qui rendoient suspectes , de part et d’autre-, les dispositions qu’on afïectoit de montrer; on se craignoit , et il éloit difficile qu’une paix sincère et durable pût concilier tant d’intéréts et une si grande rivalité.
Toutefois le congrès n’étoit pas encore dissous , et il étoit possible de renouer les négociations , quoique les alliés eussent rejeté formellement la déclaration produite , le 1 5 mars,par M. de Caulaincourt.
Napoléon n’abandonne donc pas l’espérance d’être appuyé ou soutenu par l’empereur d’Autriche ; il n’ignore pas que ce monarque gémit d’être à la veille de détrôner son auguste fille, et ce motif le porte à adhérer en apparence aux propositions des alliés. Mais il persiste àne vouloir pas livrer ce qu’il nomme les trois grandes clés de son empire. La première est Anvers , qu’il appeloit aussi la clé de l’Au-
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glcterre; la seconde, est Mayence, clé de l’Allemagne ; et la troisième , Alexandrie , qui est plutôt la clé de l'Italie que celle de la France.
Il falloit céder ou s’exposer aux plus grands revers. Placé alors entre le prince de Schwartzenberg et le maréchal Blucher, et à la veille d’entreprendre un mouvement dont le succès lui paroissoit douteux , Napoléon sentit tout le danger de sa position ; il crut pouvoir en sortir, en posant encore, dans une fraude diplomatique , le fondement d'un manque de foi aux engagemens dans lesquels il alloit affecter d’entrer. Le 19 mars il transmit l'ordre à son ministre à Châtillon , de conclure un traité , mais d’éviter de s’expliquer clairement au sujet de la rernise d’Anvers , d’Alexandrie et de Mayence. Il espéroit encore qu’il pourroit se prévaloir de quelque événement militaire favorable , s’il en survenoit , pour garder ces forteresses, même après avoir signé la cession de leurs territoires respectifs. Dans cette lettre secrète (i), Napoléon es-
(t) Voyei la traduction de la lettre du duc de Bâssano au duc de Vicence , e'crile en chiffres , sous la date du 19 mars 1814 , tombée dans les mains des alliés , et communit|uée au Parlement par lord Casllereagh. L’authenticité de ee document a été nié