LIVRE XIV
sur-Aube. Le corps autrichien du général Giulay étoit en retraite dans cette direction par Nogent ; et , en le culbutant , Napoléon se flattoit de couper la ligne de la grande armée. Le général Giulay mit le feu au pont en quittant Méry , et continua toutefois d’occuper la partie de la ville qui est sur la rive gauche de la Seine. Napoléon ordonna aussitôt au général Letort de passer la rivière au-dessous de Méry , avec les chasseurs de la garde , et de tomber sur les Autrichiens pour leur couper la retraite. Mais les chasseurs , malgré leur diligence , ne purent arriver à Châtres qu'à sept heures du soir. L’ennemi venoit de traverser le village , et le général Letort ne put atteindre qu’un parc de pontons , le même qui avoit servi à passer la rivière à Pont-sur- Seine. Privé de ses pontons , et contrarié dans sa marche, le corps autrichien , déjà fatigué , se vit contraint de faire un circuit de douze lieues pour joindre l’armée entre Arcis et Troyes.
Le même jour Napoléon revint coucher à . Plancy. Ses colonnes ayant passé l’Aube , tant sur le pont que par différens gués , il se mit le lendemain en marche avec toute sa garde , dans l’intention de poursuivre les Austro-
CAMPAGNE DE i8i4.
Russes , qu’il supposoit toujours en retraite sur la grande route de Troyes. La garde à pied et les bagages marchèrent par la rive droite de l’Aube , tandis que Napoléon , suivi de la garde à cheval et du corps d’armée du maréchal Ney , s’avançoit par la rive gauche.
Toutes les colonnes de l’armée du prince de Schwartzenherg n'étoient point encore en ligne ; le prince royal de Wurtemberg , avec les troisième , quatrième et sixième corps , prenoit la position de Charmont ; et le général comte de Wrede , à la tête du cinquième corps , maitœuvroit le long de l’Aube , soutenu paroles gardes russes et prussiennes qui venoient de s’établir sur les hauteurs de Mesnil-la-Comtesse.
Ainsi , presque tous les corps de la grande armée austro-russe se trouvoient placés sur la rive gauche de l’Aube , derrière Arcis , loutà-fait évacué , et qui , livré d’abord au pillage par l’ennemi , fut à , moitié détruit pendant le combat.
Napoléon y entroit à peine quand on vint lui rendre cpmpte que plusieurs escadrons • russes caracoloient ; dans la plaine , entre Arcis et Troyes. 11 donne à l’instant l’ordre aux généraux Sébastian! et Excelmans de re-