‹ Histoire des CampagnesChapitre 58 sur 267 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

lai

connoître cette cavalerie , et de la charger, toujours dans la persuasion que l'armée ennemie est en retraite vers Troyes , et que la cavalerie couvre sa marche. Il ne tarde pas à être détrompé. La cavalerie alliée , qui n’avoit d’abord montré que de foibles escadrons , se renforçoit à vue d’œil. Elle présente bientôt des masses imposantes , qui se développent dans la plaine où se forment également plusieurs lignes d’infanterie. On voit alors clairement qu’il y a là une armée entière. Engagées inconsidérément , les premières colonnes d’attaque de l’armée française trouvent soixante pièces de canon en batterie , et cent escadrons contre lesquels viennent se briser leurs efforts. Le danger étoit d’autant plus pressant, que la ville d’Arcis forme en quelque sorte la tête d’un défilé d’une demi-lieue , où plusieurs ponts servent seuls de passage à travers des marais et divers bras de l’Aube : telle étoit la seule retraite qui re.stât à Napoléon , en cas de revers , soit qu’il voulût l’effectuer, sur Sézarine , soit qu’il se repliât sur Châlons ou sur Vitry. La conservation d’Arcis étoit donc de la plus haute importance. Mais déjà les escadrons français étoient poursuivis avec ardeur par la cavalerie alliée du général

<iaa CAMPAGNE DE 1814.

comte Pahlen , qui , dans une attaque subite et hardie, leur prit trois canons , et fit prisonniers trois ou quatre cents grenadiers à cheval et dragons de la garde , sorte de phénomène dont il y avoit eu peu d exemples dans toutes les guerres préce'dentes. Tout faisoit craindre que la cavalerie ennemie, si supérieure en nombre , n’entrât pêle-mêle dans Arcis , avec les escadrons français en déroute. Napoléon , voyant les fuyards presque enveloppés , sort d’ Arcis , les rallie , les harangue : « N’êtes-vous pas, leur dit-il, les vainqueurs » de Champanbert et de Montmirel ? » Il met l’épée à la main, et ordonne de nouvelles charges, marchant lui-même pendant quelques minutes à la tête des escadrons. Là , il courut des dangers dans la mêlée , et le général Girardin lui para , dit-on , un coup de lance porté par un cosaque. Mais , par cette brusque attaque , Napoléon arrêta tout court l’ennemi. Plusieurs attaques vigoureuses jetèrent le désordre parmi les cosaques ; vingt escadrons russes de renfort se virent contraints , pour charger à leur tour les Français , de percer les pelotôns des cosaques et des Bavarois qui avoient fait volte-face L’armée austro-russe se concentra aussitôt, se disposant à livrer bataille.

Page 1