LIVRE XIV. laî
l,e maréchal Ne y forma immédiatement en bataillons carrés le peu d’infanterie qu’il avoit sous ses ordres ; et , avec cette poignée de braves , il résista aux attaques de l’armée alliée , qui recevoit continuellement des renforts. Les généraux conseillèrent à Napoléon , tant le danger leur paroissoit imminent , de repasser l’Aube avec la cavalerie , et de laisser à l’infanterie le soin de la retraite. Tout , en effet , dépendoit , pour l’ennemi , de ce premier choc ; et , s’il eût emporté Arcis de vive force , c’en étoit fait de l’armée française. Mais peu à peu les renforts arrivèrent ; et l’infanterie de la garde , qui venoit de Plancy par la rive droite de l’Aube , parut et se mit en ligne. Une effroyable canonnade s’engagea aussitôt de part et d’autre. Le feu de l’ennemi lit un grand ravage dans les bataillons carrés qui , pendant toute la durée de l'action , restèrent immobiles sous les murs d’Arcis , couvrant la ville et le village de Torcy avec une constance héroïque. L’infanterie , soutenue par la cavalerie , répondoit à la mousqueterie des alliés. Napoléon resta constamment exposé au feu le plus vif; plusieurs officiers furent blessés autour de sa personne , ^t son cheval fut atteint d’un boulet qui le mit hora
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de combat. Des murmures alors se firent entendre comme pour blâmer Napoléon de s’exposer ainsi , sans aucune nécessité : « Ne » craignez rien, dit-il à ceux quiTentouroient, » le boulet qui me tuera n’est point encore » fondu. » Ce combat sanglant ne finit qu’avec le jour, et les deux armées restèrent en position sur le terrain même où elles venoient de combattre. Le champ de bataille étoit jonché de morts et de blessés. Dans le fort de l’action, le général autrichien de Hardegg avoit reçu un coup de feu.
Pendant la durée du combat , les renforts avoient eu le temps d’arriver de part et d’autre. L’armée alliée , à la faveur de la nuit , se concentra, par un mouvement rétrograde, sur les hauteurs de Mcsnil-ia-Comtesse , où le prince de Schwartzenberg étoit décidé à recevoir la bataille le lendemain.
Napoléon , conservant le gros de son armée autour d’Arcis , mit en avant de fortes masses d’infanterie et de cavalerie , de même que sur la route de Fère-Ghampenoise.
Au point du jour, il monte à cheval pour rcconnoître l’ennemi , dont la retraite apparente lui fait d’abord supposer qu’il a réellement l’intention de filer vers Lesmont pour