LIVRE XIV. iï
y passer l’Aube. Mais il peut juger bientôt que son véritable dessein est de livrer bataille. Les forces que l’ennemi venoit de rallier paroissoient plus considérables que celles qu’il avoit montrées la v^eille , et sa position concentrée «toit plus imposante. Le centre occupoit les hauteurs de Mesnil-la- Comtesse , point culminant de la vaste plaine qui environne Arcis ; la droite étoit appuyée à l’Aube près de Chandrey et d’Ortillon , et la gauche à la petite rivière Barbuisse , près de Mont- Suzain. Les cosaques couvroient cette aile. La garnison de Troyes , forte de trois mille hommes , étoit prête à partir au premier signal. Le quartier-général des alliés étoit à Pougy , sur la route de Brienne. Le terrain facilitoit le déploiement de leur nombreuse cavalerie ; et ils sembloient attendre que l’armée française vînt les attaquer. Le besoin de sortir de la crise en faisoit une loi à Napoléon ; car il étoit à craindre que les faibles corps qu’il avoit laissés sur l’Aisne et sur la Marne ne fussent bientôt écrasés , et que Blucher, avec la masse de ses forces , ne vînt manœuvrer sur ses flancs ou sur ses derrières. Napoléon avoit réuni d’ail- > leurs à son armée les corps des maréchaux Macdonald et Oudinot , et une assez nomr
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breuse cavalerie venant de l’armëe d’Espagne; Ces renforts étoient postés sur la rive droite de l’Aube , à la hauteur d’Arcis. Les deux armées restèrent en présence jusqu’à une heure et demie, prêtes à combattre. Pendant cet intervalle , Napoléon , incertain , changea plusieurs fois d’avis , envoya ordre et contreordre , paroissant déterminé néanmoins à livrer une bataille générale , malgré l’inconvénient du terrain et du défilé. Toutes les troupes reçurent l’ordre de traverser la ville , et de se déployer devant l'armée alliée ; mais à peine furent-elles en ligne , que Napoléon , poussé par cette puissance invisible qui présidoit à son renversement , se décida tout à coup à effectuer sa retraite sur Vitry et sur Saint- Bizier, dans l’espoir d’attirer l’ennemi loin de sa capitale, et sur un terrain plus favorable.
Les généraux, étonnés , pensoient toutefois qu’il n’effectueroit son mouvement qu’à la faveur de la nuit; mais il le commença à l’instant même , en plein jour, et à la vue de l’ennemi, passant un long défilé qui devoit retarder nécessairement la marche des troupes. On fit d’abord filer l'artillerie et les bagages , puis , avec le reste de l’armée , Napoléon prit à l’est la route de Yitry , espèce de traverse , laissant