LIVRE XIV
l'ordre au général Sébastian! cl au maréchal Oudinot de défendre les ponts d’Arcis , et de former rarrière- garde. Cette honorable mission fut dignement remplie.
Cependant il falloit soutenir les assauts répétés des Austro-Russes. Tous les efforts du prince royal de Wurtemberg échouèrent devant la constance et l'intrépidité de l’arrièregarde. Exposée aux attaques combinées de trois corps différens , elle résista et sauva l'armée. A une heure du matin , les sapeurs du génie commencèrent à couper le pont ; plusieurs d’entr’eux furent tués par les tirailleurs ennemis ; mais , à la fin , le pont tomba sous la hache. La retraite du maréchal Oiidinot étoit déjà prononcée au-delà quand la cavalerie du cinquième corps allié passa l’Aube au gué de Rameru , et harcela vivement l'arrière-garde , qui liloit en hâte , mais sans désordre , sur Vilry- le -Français , souteuant de près toute l'armée qui marchoit dans la même direction par d'affreux chemins : aussi n’arriva-t-elle que bien avant dans la nuit à. Sommepuis , six lieues au-delà d' Arcis-sur-Auhe. Le maréchal Oudinot essuya quelques pertes ; mais il en fit éprouver aussi à l’ennemi qui le poursuivoit avec acharne-
ment, et dont l’avant-garde s’avança jusqu’à Taux et à Côle. Le cinquième corps et les grenadiers russes et prussiens prirent position à Corbeil; les quatrième et sixième corps sur les hauteurs de Dampierre ; les gardes et les réserves passèrent l’Aube à Rameru et sur le pont de Lesmont (1). ;
Le lendemain 22 , toute la grande armée alliée continua sa marche à travers les plaines de la Champagne-Pouilleuse , pour se placer entre l’armée française et Paris, et effectuer sa jonction, aux environs de Châlons-sur-Marne, avec l’armée du maréchal Blucher.
Déjà ses troupes légères et celles du prince de Saxe - "W'eymar inondoient le pays en , Flandres , en Picardie et en Artois. Tout le nord étoit envahi , à l’exception des places fortes. La masse de l’armée de Blucher n’étant plus contenue que par les divisions des maréchaux Marmont et Mortier, rien ne pouvoit s’opposer à ce qu’elle repassât l’Aisne , pour manoeuvrer, de nouveau sur la Marne. Dès le 18 mars, le feld-maréchal avoit mis toutes ses forces en mouvement dans la direction de
(i) Voyez les bulletins français et étrangers sur les divers combats d'Arcis.