LIVRE XIV
Béry-au-Bac. La cavalerie qui d^fendoit le passage , ayant été culbutée , les Français , dans leur retraite , firent sauter un pont superbe qui n’étoit achevé que depuis i8i5. Blucher trouva le pont détruit ; mais dans la nuit même il établit des pontons , et l’armée entière, dans la matinée du iq , passai Aisne sur deux points difîérens, les Prussiens prenant la route de Fismes , et les Russes la grande route de Reims. La cavalerie, sous les ordres de Ceernicheff et de Benkeitdorff , cerna cette Ville. Vers six heures du soir , l’infanterie du général comte Woronzow étant arrivée , on fit aussitôt des dispositions pour donner l’assaut. Deux bataillons de troupes légères russes marchèrent avec du canon et des échelles : ib firent sauter les portes de Reims , sans rencontrer de résistance , l’arrièregarde du maréchal Mortier étant déjà en i-etraite sur la route d’Epemay. Sa cavalerie quitta Reims presque en meme temps que les alliés y rentrèrent pour la troisième fois ; il» y établirent le plus grand ordre. Le maréchal Blucher prit immédiatement la route de Fismes avec le quartier-général ; une partie seulement de la cavalerie de Wenzingerode se dirigea v«îrs Châlons. L’armée combinée ,
i3» CAMPAGNE DE 1814.
formant plusieurs corps , prit différentes route» entre Fismcs et Soissons , pour se rapprocher de la Marne , sans avoir toutefois aucune connoissance de ce qui se passoit entre cette rivière et l’Aube. Mais , par sa marche en avant , Blucher mit bientôt la grande armée en mesure d’effectuer l’opération hardie qui alloit décider du sort de la campagne et des destinées de l’Europe.
Napoléon , n’ayant pu déboucher de Plancy ni d’Arcis au-delà de l'Aube , et renonçant à l’idée d’attaquer la grande armée austro-russe dans sa position de Mesnil-la-Comtesse , ne devoit plus avoir d’autre but que de prévenir la jonction des deux armées combinées. S’il n’y réussissoit pas entièrement , au moins devoitil rendre cette jonction aussi tente que difficile, et forcer les alliés à s’éloigner encore plus de sa capitale : tel eût été le plan de tout général habile et sage , dans des circonstances semblables ; m.ais , emporté au-delà des bprnes par ses passions et par des vues sinistres , Napoléon alloit se précipiter lui-même dans le piège qu’il tendoit à ses ennemis. Persuadé que son mouvement sur la droite du prince de Schwartzenberg détermineroit ce général à se replier sur le Rhin pour conserver ses cona-