LIVRE XIV
hmnications , espérant ainsi couvrir ses places fortes , soulever les peuples des Vosges et de la Lorraine , et se trouver dans une position plus favorable pour préserver sa capitale , il poussa scS têtes de colonnes au nord-est, en marchant de Soramepuis à Vitry-le-Français. II n’ignoroit pas que trois à quatre mille Prussiens occupoient cette ville , et Tavoient mise à l’abri d’un coup de main, ce qui força son avantgarde de passer la Marne au gué de Frignicourt, à une lieue au-dessous de Vitry. Là il ordonne au maréchal Ney de se présenter devant la ville, et de sommer la garnison de se rendre , avec menace de la passer au fil de l’épée si elle résiste. Le maréchal envoie aussitôt un parlementaire, et le charge de promettre au commandant , s’il capitule , de le laisser sortir avec armes et bagages. Mais ni les promesses , ni les menaces ne purent ébranler le colonel prussien enfermé dans Vitry, et il s’y maintint sans vouloir entendre à aucune proposition. Peut-être se seroit-il montré plus traitable si on l’eût attaqué de vive force , car Vitry ne pouvoit tenir long-temps. L’armée française s’attendoit que Napoléon ordonneroit l’escalade ; c’étoit en effet son intention. Ses généraux l’en dissuadèrent. prise de cette
i^a CAMPAGNE DE i8i4.
ville , dirent-ils , ne valoit ni les hommes , ni les munitions , ni le temps qu'on y perdroit. L'un d'eux , le général Lefol , avoit sa famille dans Vitry, et il réussit à épargner à ses concitoyens' les horreurs d’un assaut. A la grande surprise des soldats, Napoléon laissa Vitry derrière loi, et prit la route de Saint- Dizier. Presque tonjours les manœuvres sont faites par l'avant-garde ou la tête d’une armée ; le reste suit ou conserve la ligiM selon l’occurrence. Ici Napoléon poussa si loin son plan d'attirer à lui l’esmemi , qu’il s’exposa volontairement à la résolution hardie et décisive qu'alloient adopter les alliés.
Quel motif a pu l'attirer ainsi au-delà des limites qu’assignoit la prudence ? Lui-même iK>us l’a révélé dans sa proclamation au peuple français , datée du golfe Juan, le i“ mam i8i5. Il vouloir prendre position sur les derrières de l’armée ennemie , en la séparant de ses magasins , de ses parcs de réserve , de ses convois , de tous ses équipages , afin de la placer ainsi dans une position désespérée. «v ' Déjà il marchoit vers Saint-Dizier, comme pour se diriger de là sur Nancy, tandis que là grande armée alliée, après avoir passé, le 22 mars , sur la rive droite de l’Auhe , suivoit.
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