LIVRE XIV
.mars , le prince de Schwartzenberg fit faire halte à la grande armée sur la rive gauche de la Marne , celle de Napoléon ayant passé entièrement sur le bord opposé.
Il résultoit des ren.seignemens tombés par hasard dans les mains des généraux alliés que Buonaparte alloit se placer de lui-même sur la ligne de leur communication , et qu’il pouvoit avoir plusieurs objets en vue par ce mouvement : d’abord de faire rétrograder les coalisés vers le Rhin, et, Vil n^y parvenoit pas, de manoeuvrer sur leurs derrières ; de se porter sur les places de Metz , de Thionville , de Longwi et de Stenai; là, de prolonger les hostilités , en défendant une nouvelle ligne , et tandis qu’il tiendroit les alliés au centre de la France, après avoir pris toutes les mesures capables d'assurer la défense de sa capitale , de soulever contre eux la masse de la population. Ne pouvoit-il pas espérer aussi que le prince de Schwartzenberg, en se portant en avant de l’Aube , afin de couvrir sa communication avec Langrcs par Bar-sur- Aube etthaumont, lui offriroit une chance et un terrain favorables pour livrer bataille , ou au moins pour écraser quelques corps séparés avec le gros de l’armée française.^ Dans cette délibération importante.
i36 CAMPAGNE DE 1814.
l’état de la guerre fut discuté sous tous lespoints^ de vue. On n’ignoroit pas que Napoléon avoit fait partir de Paris des agens adroits qui , paroissant voyager pour diverses aifaires, portoient cachés dans des manches de couteau ,, dans des cannes , ou dans le collier de gros chiens qui suivoient à la piste, des instructions secrètes et précises aux garnisons des places sur le Rhin et sur la Moselle, à l’effet de se mettre en campagne à un signal convenu , et de se réunir à l’armée qu’on promeltoit de faire manœu\Ter sur la Lorraine. A la vérité , la plupart de ces émissaires n’avoient pu remplir l’objet de leur mission , et quelques-uns même , en cherchant à s’introduire dans les places qu’on leur avoit assignées , venoient d’être arrêtés et pendus comme espions. Mais ce qui méritoit la plus sérieuse attention , c’étoient les dispositions au soulèvement que manifestoient un grand nonibre de paysans de la Lorraine , de la Champagne , de l’Alsace, de la Franche-Comté, et de la Bourgogne.' Dans les Vosges et les départemens voisins plusieurs insurrections partielles avoient entravé les opérations des armées alliées i ainsi que la marche de leurs convois. Au sein de l’Alsace , à Mulhausen , on avoit découvert un
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