LIVRE VII. i
propositions 7 cette nation ficre et généreuse abjurera les sentimens de mépris et de vengeance qu’ont fait naître dans le cœur de tout Espagnol ses trahisons , ses parjures , ses massacres ; il ose croire qu’il lui présentera son roi comme un otage contre son propre ressentiment. Si le succès ne répond pas à son attente , au moins est-il sûr de jeter en Espagne les brandons de la discorde.
Cependant le traité de Yalençay ctoit inutile tant qu’il ne seroit pas approuvé par les cortès. Il n’étoit pas facile d'abuser cette assemblée , ni même la régence ; comment arracher leur approbation? Un décret du i" janvier 18 n déclaroit nuis et sans valeur tous les actes et conventions souscrits par le roi durant sa captivité , soit en Espagne , soit ailleurs. Par un traité antérieur avec l'Angleterre , la nation espagnole s’étoit engagée à ne conclure aucune paix séparée. Mais Napoléon s’imaginoit que l’influence royale aplaniroit tout ; des lettres rédigées d’avance , et que Ferdinand n’eut qu’à signer, furent adressées à la régence et aux cortès : on y vantoit la bonté , la magnanimité de Napoléon , la liberté , les agrémens dont il avoit daigné faire jouir le roi , son frère et son oncle à Valençay,
i6 CAMPAGNE DE 1814.
et on y reromniandoit surtout la prompte ratifiralion du traité. Muni de ces dépêches , le duc de San Carlos se met en route pour Madrid , et parvient, avec une c.scortc française , aux avant-postes de l’armée espagnole , près de Vieil en Catalogne. Là , après quelques difficultés, il lui est permis de continuer son voyage , et il arrive le 6 janvier à Madrid.
L’objet de sa mission y étoit déjà connu , et avoit excité la sollicitude des chefs du gouvernement, aiii>i que riiilérot de la nation entière'
Cependant- les cbilès avoient décrété de ne jamais reconnoître les opérations du roi, tant que ce prince agiroit sous l’influence d’une puissance étrangère. D’ailleurs , cette assemblée ne de voit ouvrir sa session que le i5, et sa commi.ssion intermédiaire, dans l’intervalle d’une session à l’autre , refusa de s’occuper du traité , alléguant qu’un acte de cette nature excédoit ses pouvoirs. II fallut se soumettre aux délais, au milieu même des circonstances les plus pressantes.
Tels furent les ressorts politiques que fit mouvoir Buonaparte dans l’espérance de paralyser les mouvemens offensifs de Wellington, vers les provinces frontières qu’arrosent l’Adour et la Garonne.