LIVRE XV
Escadrons du gênerai Rayefeky et du prince royal de Wurtemberg. La poursuite ëtoit si vive , et la retraite si précipitée , que les régitnens continuoient d'abandonner leur artillerie dans toutes les directions. Cette déroute devint plus désastreuse encore par l’arrivée subite des corps prussiens des généraux Kleist et [York à la Ferté-Gaucher , au moment même où les deux maréchaux y passoient en hâte , le i6 mars , pour'se replier sur Meaux et sur Paris. Leur position étoit critique ; elle étoit presque désespérée Attaqués ainsi en flanc et en queue , ils se firent jour l'épée à la main , et laissèrent , après un combat acharné, quinze cents prisonniers à l’ennemi. La poursuite fut continuée sans relâche. Une défense héroïque des troupes du duc de Raguse , dans le village de Montis , arrêta l'avant-garde russe. La nuit survint, elles Français continuèrent leur mouvement rétrograde. Arrivées à Grécy, les colonnes se séparèrent ; la route de Meaux n’étant plus libre , la plupart suivirent celle de , Lagny et de Charenton. Elles furent continuellement harcelées par la cavalerie du général comte Fabien et du prince royal de Wurtemberg; et dans la direction de Meaux, par les généraux Kleist et York. Quelle autre
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troupe pressée, presque entourée par des forcer si supérieures , n’auroit pas succombé en totalité , ou mis bas les armes ? Mais ces braves , dénués de tout , sans vivres , sans appui , sans espoir, abandonnés pour ainsi dire par le chef insensé que l’honneur et la discipline leur faisoient un devoir de ne pas trahir , oublioient leurs propres infortunes , ne songeoient qu’à la patrie , et pleuroient de douleur à la vue de tous les maux qui fondoient sur elle ; ils bravoient les fatigues , les privations , et tous les dangers pour accourir à la défense de la capitale. On peut évaluer , sans exagération , les pertes de ces corps abandonnés à eux-mêmes , et poursuivis dans toutes les directions, à sept ou huit mille hommes tués , blessés ou prisonniers , c’est-à-dire , à plus de la moitié des soldats qui les composoient : ce qui parvint à échapper n’y réussit que par des marches forcées et continuelles. La perte de l’artillerie fut dans une proportion plus forte encore : quatrevingts pièces de canon tombèrent au pouvoir des alliés , depuis Fère-Champenoise jusqu’à Crécy et aux environs de Meaux. Mais au^ quand on se représente que l’armée de Silésie é toit encore le 24 mars à Fismes , entre Reims