LIVRE XV
ïnanœuvres , il avoit expédie* , dit-on , à .son frère Joseph et à ses ministres une dépêche par laquelle il leur demandoit s’ils pouvoient lui donner l'assurance que , tandis qu’il exécuteroitune opération qui alloit étonner l’Eu' rope, Paris ne s’effraieroit point de l’apparition d’uu détachement de l’armée de Blucher ; si Paris enfin, secondé par des troupes de ligne , opposeroit une résistance efficace à une attaque subite qui ne pouvoit durer au delà <lc quarante-huit heures. On ajoute que l'enthousiasme s’empara du conseil , à la lecture de cette missive impériale ; que les ministres et celui qu’il étoit convenu d’appeler encore roi Joseph, engagèrent leur responsabilité, non-seulement pour une résistance de quarante-huit heures , mais encore pour une défense en règle pendant huit jours , défiant l’ennemi de pénétrer dans la capitale avec une partie seulement de ses forces.
Le résultat de cette délibération rassurante parvint rapidement à Arcis . au moment où Napoléon étoit encore incertain s'il attaqueroit la grande armée alliée , ou s’il commen- ' ceroit son mouvement vers l’est. On ajoute qu’à l’arrivée de l’auditeur, ou maître des requêtes , chargé du porte-fouille contenant le
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fiyo CAMPAGNE DE 184.
travail du conseil que Napoléon recevoit pour la dernière fois , il dit à ce jeune fonctionnaire, avec sa brusquerie accoutumée : « Hé bien j 31 les badauds de Paris ont ils peur ? » et que plein de zèle et d’espoir, l'aspirant aux faveurs impériales exalta l’esprit belliqueux des Parisiens, et leur dévouement à la personne de leur empereur. C’est ainsi que, rassuré de tous côtés , Napoléon continua , avec une confiance imperturbable , son mouvement sur la Lorraine.
C’etoit le 21 mars que son armée en avoit pris la route. Le plus noir dessein préoccupoit toutes les facultés de son âme , tout en poursuivant l’opération hasardeuse qui le portoit vers Saint-Dizier. Il vouloit s’emparer d’un prince , modèle de courtoisie et de bonté , et l’immoler à sa sombre inquiétude. En un mot , le sort du duc d'Enghicn étoit réservé à Monsieur , comte d’Artois , que la politique des rois enchaînoitencoreà Vesoul. Apeine étoit-il permis à ce prince de suivre , presque seul , et de loin , les armées confédérées. Ne pouvant exercer, au sein même de sa patrie , d’autres prérogatives que celles de la bienfaisance , il gémissoit sur les dévastations et sur les calamités que Napoléon avoit attirées sur