LIVRE XV
■«île. Ses mains royales secouroient les conscrits blessés , cssuyoient les larmes des pay-sans qui s'attroupoient autour de sa personne auguste. Là se bornoient son influence et sori pouvoir. Cependant le seul bruit de sa présence avoit réveillé dans l’âme des royalistes de la Lorraine d’anciens sentimens de fidélité et d'amour. Une députation des magistrats et des principaux habitans de Nancy avoit pris la résolution de se rendre à Ve.soul auprès de Monsieur , pour solliciter avec les plus vive# instances S. A. R. de se mettre à leur tête. Les mêmes dispositionsalloientéclater enFranche- Comté et en Bourgogne , et Nancy étoit à la veille de présenter, sinon des scènes aussi éclatantes , du moins les mêmes résultats que venoit d’offrir Bordeaux. La cocarde blanche avoit été arborée : déjà même on entendoit les acclamations de çiveleRoil pùe Louis XVllî! vivent les Bourbons ! Aucun partisan de Buonaparte n’osoit élever la voix. S. A. R. alloit partir de Vesoul pour Nancy , et combler ainsi les vœux des principaux habitans de cette ville. Napoléon en eft informé par ses émissaires au même-moment où il reçoit le courrier, porteur de la nouvelle que Bordeaux vient de secouer le joug de sa domination.
'iji CAMPAGNE DE 1814.
'Aussitôt la colère et la vengeance enflamment ce cœur endurci et déjà brisé par les revers. Ce fut alors qu’il donna l’ordre à un corps de cavalerie , commandé par le général Piré , de se porter vers Chaumont, et d’arrêter sur la route tous les courriers , toutes les estafettes , toutes les voitures qui sortiroient de Vesoul. Le a5 mars , ce général arrive par des marches forcées près de Chaumont ; il y pénètre , trouvant sur sa route , parmi des paysans aigris par des pertes récentes , un appui et des auxiliaires dans l’exécution des ordres que lui a prescrits son maître ; il parvient même à couper la ligne de communication de l’ennemi , à intercepter plusieurs personnages marquans, tels que le baron de AVissemberg , ministre d’Autriche en Angleterre , venant de Londres avec le comte Palfi son secrétaire de légation ; le lieutenant-général Schiol de Brand , ministre de Suède auprès de l’empereur de Russie ; le conseiller de guerre prussien , Beguelin , et MM. de Tolstoi et de Marcof , officiers d’ordonnance russes , allant en mission à différens quartiers-généraux alliés. L’enlèvement de ces personnages et de leurs papiers étoit d’une grande importance ; toutefois Napoléon ne pouvoit être satisfait , tant
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