LIVRE XV
qu’il n’auroit pas en son pouvoir l’auguste frère d’un roi dont il occupoit le trône : mais le temps des crimes politiques expiroit ; la Providence veilloit à ce que l’affreux projet de Napoléon ne pût s’accomplir, et ce fut elle qui , au milieu même de cette horrible tentative , voulut que le bras de la justice éternelle préparât son châtiment.
Il n’arriva qu’après trois marches à Saint- Dizier. Là il apprit que le duc de Tarente et le duc de Reggio , qui formoient son arrièregarde , avoient été vivement inquiétés depuis Arcis-sur- Aube ; qu’ils avoient laissé une partie de leur artillerie dans les boues de Sommepuis , où les chemins étoient impraticables , et que ce n’étoit pas sans effort qu’ils avoient fait leur jonction à Vitry avec le maréchal Ney , laissé en position devant cette ville. Le 23 mars , M. de Caulaincourt , arrivant du congrès dissous, joignit l’armée à Saint-Dizier, et put informer son maître que , ses fraudes diplomatiques ayant échoué, la force et les armes seules alloient décider du sort de, son empire. Le lendemain Napoléon , ralliant le gros de son armée , et se dirigeant au sud , prit la route de Joinville, passa àVassy et dans la soirée du même jour fit halte à Dou-,
i;4 CAMPAGNE DE 1814.
levant. Cette nouvelle direction l'éloignoit de plus en plus de Paris et des armées confédérées. Aux yeux des militaires clairvoyans , il ïi’ctoit déjà plus douteux qu’elles n’eussent opéré leur jonction , et marché sur la capitale : c’étoit le sentiment général de l’armée. Napoléon seul ne voyoit , n’entendoit rien , ne soupçonnoit rien : on eût dit qu’un épais Landeau ne lui permettoit déjà plus de discerner les objets. L’inquiétude sur le mouvement présumé de l’ennemi paroissoit d’autant plus fondée , que depuis le 19 on n’avoit plus reçu au quartier- général de nouvelles de Paris, et que les communications étoient évidemment interceptées. Onnepouvoit concevoir les motifs d’une manœuvre qui ouvroit aux alliés l’accès de la capitale. Plusieurs officiers étoient persuadés que Napoléon avoit renoncé à la défendre, qu’il n’avoit d’autre intention que de se rapprocher des places fortes du pays Messin et de la Lorraine, pour renforcer son armée d’une partie des garnisons , et se borner ensuite à une guerre de partisans. D’autres soutenoient que la marche sur Donlevant n’avoit d’autre objet que d’enlever les empereurs alliés , qu’on supposoit en retraite de Bar-sur- Aube vers Langres. Il paroît certain que ce