LIVRE XV
rltler, dont la cavalerie formoit l’arrièregai’de : leurs rapports furent entièrement conformes à celui du maréchal , et ces deux officiers s’accordèrent dans l’opinion que l’ennemi n’avoit montré que de la cavalerie , et pas un seul fantassin.
Toutefois, quelques généraux, dont le sentiment devoit être d’un grand poids , étoient persuadés que ce n’étoit là qu’une forte avantgarde , que la grande armée , ou la majeure partie au moins, étoit revenue sur ses pas vers Saint-Dizier, se portant sur Joinville , dans l’intention de tourner les Français alors à Doulevant, et de tomber entre ce bourg et Vassy , pour couper et séparer les diüérens corps de l’armée.
Le maréchal Ney , que l’aide -de -camp , expédié par Buonaparte , alla également consulter sur les mouvemens de l’ennemi, étoit loin de partager cette opinion. Jugeant l’état de la guerre avec la pénétration et le coup d’œil d’un général consommé , il ne doutoit nullement que les armées combinées n’eussent opéré leur jonction , et ne marchassent sur la capitale. Dans la nuit même , l’aide-de-camp d’ordonnance reprit la route de Doulevant pour rendre compte à l’empereur du résultat
>t5 campagne de i8i4;
'de sa mission. « L'ennemi, dit-il à BuonaP J» parte , n’a montré que de la cavalerie , et J) il y a tout lieu de croire que les troupes qui » ont suivi le duc de Tarente , n’étoient charj* gées que de nous observer, et de couvrir le » mouvement de jonction des deux armées » combinées qui , suivant toutes les appar » rences , i^ont en pleine marche sur Paris. » Napoléon apporta une extrême attention à ce rapport, et ne dit àPaide-de-camp que ces mots : « Je verrai demain ce que j’aurai à faire, »
Quelle fut la surprise de cet officier, quand deux heures après il entendit donner l’ordre du départ pour Vassy , Napoléon voulant en venir à une action générale , et se battre sur ce terrain , qu’il y eût ' ou non des ennemis ; sa persuasion étoit telle , que rien au monde ne pouvoit le dissuader que l’armée alliée marchât dans cette direction.
Toute l’armée française , par une contremarche , s’étant portée de nouveau sur Vassy trouva les avant-postes de la cavalerie de W cnzingerode à quelques lieues de là. Ils se replièrent sur Saint-Dizier à l’approche de la cavalerie française , qui culbuta aisément lespremiers escadrons russes. Les alliés n’avoient alors à Nancy qu’un petit corps de réserve soux les ordres du prince Biron de Gourlande,
Digilized by G