‹ Histoire des CampagnesChapitre 90 sur 267 · LIVRE XV. i · texte numérisé non relu

LIVRE XV. i

les bataillons de la garde , faisant tête de colonnes : telle fut la rapidité de cette marche détournée que toute la cavalerie et l’artillerie légère franchirent l'espace de onze lieues , le premier jour, en suivant les traverses. On prit les chevaux d’artillerie de la ligne pour emme-. ner les trains de la garde , et soixante caissons se trouvant alors sans attelage, on y mit le feu : les paysans recueilloient les cartouches semées sur la route , et les distribuoient aux soldats qui suivoient. £n arrivant au pont de Doulancourt , où Fon passe l’Aube, l’avant- ^arde trouva un courrier venant de Paris , et qui attendoit Napoléon , pour lui remettre ses dépêches. Le bruit de l’arrivée d’un courrier se répandit, et excita au plus haut degré la curiosité et l’attente des soldats , des officiers et des généraux. G’étoient depuis plus de dix jours les premières nouvelles authentiques et sûres que Napoléon et ses maréchaux eussent reçues de la capitale. Mettant pied à terre dans «ne petite prairie sur les bords de l’Aube , Napoléon décacheta les paquets avec empressement , et questionna le courrier : le résultat des dépêches et des informations lui apprit que, depuis la veille , les armées alliées étoient à Claye , à cinq lieues de Paris , et que les ma-

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récha'ux Marmont et Mortier', après s’étre retirés devant elles , se disposoient à défendre la capitale.

Toutes les illusions^ tous les prestiges, toutes les espérances se dissipèrent alors , et le bandeau qui couvroit depuis si long-temps les yeux de Napoléon, futdéchiré. Frappé comme d’un coup de foudre , il aperçut dans le lointain la catastrophe que signaloit déjà l’écroulement du grand édifice de sa puissance ; mais l’état de son âme se manifesta plutôt par un sentiment de stupeur que par les convulsions du délire et de la rage. Il sembloit vaincu par les revers et par la loi du destin. Il passa ainsi une heure au pont de Doulancourt entouré de ses aides-de-camp et de plusieurs de ses généraux, donnant audience en plein champ aux autorités des communes voisines , exhortant les paysans à continuer la petite guerre contre l’ennemi , et leur faisant distribuer des cartouches. Mais son trouble trahissoit sa fausse sécurité. On peut se figurer aisément dans quelle anxiété se trouvèrent aussi tant de généraux voués par devoir aux intérêts du plus insensé et du plus ingrat des hommes. Leurs craintes et leurs alarmes se portoient naturellement sur le sort de la capitale ; ils ignoroient

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