‹ Histoire des CampagnesChapitre 96 sur 267 · LIVRE XVI. ig · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. ig

3e la foudre ; l’ennemi éloit à leurs portes , et des bulletins fallacieux qui parloient encore de victoires , entretenoient une dangereuse sécurité. Les yeux toutefois commencèrent à s'ouvrir à l’aspect des scènes déchirantes dont les boulevards lurent le principal théâtre dans la matinée du 28 mars. Ces promenades paisibles , embellies d'équipages brillans , de femmes élégantes , de tout le cortège du plaisir et du luxe , se couvrent tout à coup de soldats blessés , de villageois abandonnant leurs chaumières ou leurs fermes , traînant avec eux les débris de leur fortune rustique. Ici plusieurs charrettes se succèdent , où quelques bottes de foin et de paille servent de lit à des familles entières ; là des troupeaux suivent leurs maîtres expatriés , et n’en paient pas moins les droits d’entrée aux barrières ; plus loin des groupes de Parisiens , troublés , éperdus , accablent de questions de malheureux paysans que le récit de leurs désastres semble soulager. Vers midi les mêmes scènes changent de caractère, et ne forment plus aux yeux de la foule des promeneurs égoïstes .et trompés qu’un spectacle varié et curieux. Tout prend un aspect guerrier, et la confiance semble renaître. Des fuyards et des blessés arrivent , il est vrai ;

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mais de nouvelles troupes , des munitions , de l’artillerie partent en bon ordre j des officiers d’ordonnance, en traversant Paris , s’eÉForcent, par de faux rapports , d’y entretenir la securité , et les Parisiens voient sans émotion et sans trouble les mêmes objets qui les glaçoient de frayeur trois ou quatre heures auparavant : ils reprennent leurs habitudes , et passent ainsi de l’inquiétude à la confiance. Rien d’ailleurs n’indiquoit d’une manière positive les progrès de l’ennemi ; et cependant le général Rayefski poussoit en avant au-delà même de Bond y avec le sixième corps russe , tandis que le prince royal de Wurtemberg s’approchoit des points d’attaque , en gagnant la grande route de Lagny , et en prenant position sur les hauteurs de Chelles. Les arrièregardes françaises , en se repliant , abandonnèrent les dehors de Pantin , et sur leur gauche , le terrain en front de Montmartre.

Ainsi , dès le 29 au matin , les alliés portèrent leurs avant-postes vers Pantin , la ’Villette et le bois de Vincennes , harcelant les corps qui se rallioient sous les murs de la capitale.

La fermeture des boutiques , la suspension totale des affaires , les groupes nombreux qui

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