‹ Histoire des Capétiens, rois de FranceChapitre 10 sur 24 · I1LII'PE J · texte numérisé non relu

I1LII'PE J

A celle munie époque, Philippe ordonna des Nau«ance prières publiques pour obtenir de Dieu qu'il cis de puilui accordât des enfans. Dans la même année, le prince Louis naquit, et la naissance de cet héritier du trône fut célébrée par des fêtes solennelles.

Les obsèques de Guillaume -le -Conquérant eurent lieu à Caen. Un incident, arrivé au milieu de cette cérémonie , prouve à quel point le nom de RoUon et sa justice étaient encore vénérés par les Normands. Au moment où Ton portait à l'église le corps de Guillaume, un habitant de la ville s'écria : haro; ce mot, synonyme de RoUon, servait encore d'appel à la justice, comme de chant pour courir à la victoire. Le convoi fut arrêté ; le bourgeois déclara que le feu roi lui avait pris, sans indemnité , un fonds de terre pour y bâtir une abbaye. Aussitôt le peuple indigné se saisit du corps, et ne permit de l'enterrer qu'après avoir obtenu du prince Henri l'indemnité réclamée.

Philippe avait long- temps en vain désiré Ditoicc

p -r» I 1 • 1 • du roi avec

des enians; Berthe lui en donna trois; et, par Ucnbc. une singulière contradiction , cette reine, aimée de son époux tant qu'elle avait été stérile, fut délaissée par lui dès qu'elle devint féconde. L'inconstant Philippe s'en dégoûta et fit, dit-on, fabriquer de faux actes généalogiques

1 ,>o l'iiiMi'i'i: i .

iioui' prouver s;i piireiité avec ello, cl p;u' conséquent la nullité de son mariage. Le divorce l'ut prononce. Il demanda la main d'Emma, lille de Roger, duc de Sicile; mais, tandis (jue cette princesse était en route poui' monter sur le trône de France, un nouveau caprice le lui enleva.

Son II existait dans l'Anjou une femme nommée

amour [lonr . 1 il i 1 • •

UiiiraïU. Jsertrade, jeune, belie, galante, anH)itieuse et pleine d'artifice. Le vieux comte d'Anjou , Foulques Réchin, après avoir répudié successivement deux femmes, qui vivaient encore, avait épousé Bertrade. Mais le titre de comtesse et l'amour d'un vieillard satisfaisaient mal les passions et l'orgueil de cette intrigante princesse. Le trône de France, vacant par l'exil de Bcrthe, enflamma ses désirs; elle sut inspirer adroitement au roi la curiosité de la connaitre. La politique lui fournit de faciles prétextes. Philippe vint à Tours. Le comte l'y reçut avec autant de respect que d'éclat. Berlradc profita si bien de cette entrevue, qu'elle inspira au monarque une violente passion. Il partit, et une troupe de cavalerie, qu'il avait laissée a Tours, enleva la comtesse, et la lui amena dans la ville d'Orléans.

A cette époque, Rome avait changé deux fois de souverains. Victor 111, successeur de Gré-

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f^oire YII, était mort, et Urbain II occupait le trône pontifical. Le divorce de Berthc, la rupture du mariage d'Emma et l'enlèvement deBertrade, étaient pour l'Église un triple sujet de scandale.

Bertrade, bravant les arrêts de l'opinion publique et le courroux de Rome , jouissait orgueilleusement de son triomphe , prétendant « qu'elle s'était soustraite non à un ma- » riage légal, mais à un adultère public. »

Dans ces circonstances, la princesse de Sicile arriva en Languedoc. Là elle apprit sa disgrâce; et, renonçant avec fierté à un sceptre souillé par le vice et qui n'était plus digne d'elle, loin de le réclamer, elle épousa le comte de Clermont.

Le roi, délivré de cet obstacle, ne se dis- Opposiiiou

1 • n' 1 1 • htS !• des ovcqucs

Simulait pas 1 importance de celui que ILglise àsoQ

tuariage.

lui laissait à vaincre. Il employa tous les moyens de sa puissance et de son esprit pour séduire les évoques français.

Le savant Yves de Chartres leur donnait l'exemple d'une inébranlable fermeté. Le roi fit dévaster ses terres, piller ses biens, et le raya du tableau des leudes.

Presque tous les prélats se montrèrent inflexibles; les évèqucs de Rouen, de Senlis et de Bayeux, cédèrent seuls aux séductions du

t52 piur.ii'rr-: i"'.

monarque, et sacriliùreiit leur conscience à lappàt des richesses. Ils célébrèrent le mariage du loi avec Bertrade, et leur condescendance excita non-seulement un murmure général , mais une guerre intestine. Les partisans de iîertrade et ses adversaires coururent aux armes.

Le roi , dans le dessein probable de tromper révêque de Chartres qu'il n'avait pu fléchir, lui ordonna de remplir ses devoirs de vassal, et de venir assister à une conférence qui devait avoir lieu entre les monarques de France, d'Angleterre, et le duc de Normandie.

Yves, dans sa réponse, s'exprimait en ces termes : u Sire, trois motifs m'empêchent d'o- » béir à votre sérénité : premièrement le pape » vous défend de vivre avec Bertrade; secon- » dément vous avez ordonné aux évèques de » ne point se rendre au concile convoqué par » Urbain ; troisièmement le souverain pontife » vous déclare excommunié et votre mariage » nul ; ainsi, par respect môme pour vous, je » dois éviter votre présence. Si je vous voyais, » mon devoir me forcerait de vous dire publi- » quement ce que je vous écris en secret. D'ail- » leurs tous les vassaux de mon Église ont violé » la trêve du Seigneur, et je ne puis les con- >i duire près de vous tant que la prise d'armes

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;) leur attirera l'excommunication. Enfin je ne » croirais trouver aucune sûreté dans votre n cour, m'étant rendu, par ma rigueur, enne- » mi d'un sexe auquel on ne doit jamais trop )) se fier, même quand on en est l'ami. » La lettre était terminée par des prières pour le salut du monarque.

Au milieu de semblables désordres, un règne Dissensions

oliaupères

si faible aurait pu exposer la France à une f'^^rakes à

* la France.

ruine totale. La fortune seule la sauva. L'Angleterre et la Normandie étaient en proie aux discordes, fruit d'une conquête et d'une révolution récentes. La lutte du trône impérial et de la tiare occupait et ensanglantait la belliqueuse Germanie, ainsi que toute ritalic. La ."uerre contre les Maures absorbait toutes les forces de l'Espagne. Rome même, si puissante au dehors, se voyait intérieurement déchirée par 1rs querelles survenues entre le pape Urbain et un antipape nommé Clément, que l'Allemagne protégeait. Ce fut à l'abri de ces dissensions étrangères que le trône des Capétiens, malgré les fautes et la faiblesse de leurs premiers rois, s'affermit, s'accrut et s'éleva graduellement.

Philippe , profitant des embarras d'Urbain , nimarc le menaça, s il persistait a condamner son ma- au pape. riage , de se déclarer pour l'antipape Clément.

i54 i'IUlij'I'l; 1"'.

Lirbaiii répondit qu'avant de prcndic uno décision définitive, il fallait examiner dans un concile la légitimité des motifs du divorce de Berthe.

Le concile se rassembla dans la ville de Reims. La majorité des évêques se prononça pour le roi. Yves de Chartres refusa opiniâtrement de s'y rendre , et appela de la décision du concile au Saint-Siège. « Vous m'accusez » de trahison, écrivait-il aux autres évêques; » c'est vous qui trahissez le roi, en flattant >) ses passions; moi, je le sers, en lui disant » la vérité. »

Le pape convoqua un autre concile à Autun. Trente -deux évêques y renouvelèrent et confirmèrent les excommunications lancées contre l'empereur Henri IV, contre l'antipape , et enfin excommunièrent le roi de France luimême.

Mort Sur ces entrefaites , Berthe mourut. Phi-

lippe , trop enchaîné par Bertrade pour céder à la crainte des foudres de l'Église , les brava. Cependant il cessa de porter les ornemens royaux ; mais il garda Bertrade près de lui ; et , n'osant aller dans les églises , il se contenta d'assister secrètement à la messe dans son

Famnix palais.

cieimont. La résistance du roi et d'autres motils d un

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intérêt plus général, particulièrement le désir d'armer les chrétiens de l'Occident pour secourir les Églises d'Asie et pour reconquérir sur les musulmans le tombeau du Christ, décidèrent Urbain à convoquer dans Plaisance un concile général qui produisit peu de résultats. Mais, comme les Français étaient plus prompts que les Italiens à répondre aux cris de guerre, Urbain vint en France, et présida dans la ville de Clcrmont ce fameux concile qui décida la guerre générale des chrétiens contre les mahométans, et donna naissance à cette première croisade jugée si diversement, et dont les conséquences changèrent la face du monde. Nous en parlerons bientôt avec plus de détails , après avoir achevé le triste récit des honteuses querelles de Bertrade contre l'Église, et de Philippe contre Rome,

Philippe, ayant définitivement refusé de se couron-

,1 , PI nemcnt de

séparer de sa maîtresse, tut de nouveau ex- Beiuade. communié à Clcrmont, ainsi que tous les Français qui persisteraient à le reconnaître encore pour roi et pour seigneur. Cette rigueur audacieuse ébranla le roi ; il promit d'abandonner Bertrade, et fut absous dans un nouveau concile à iSimes. Cependant son amour était trop violent pour briser les liens qui rcnchaînaicnt. 11 viola encore ses sermcns, rappela Bertrade,

l56 l'IULIl'î'E ]'■'.

cf la fit même couronner par les évèriues de Troyes et de Meaux.

Tumui.e Le pape Urbain mourut la dernière année dr îvxcora" de ce siècle; son successeur, Pascal H, se du roi. montra d abord inaccessible aux prières du roi. Cependant les esprits étaient cliangés. La mort de Berthe faisait oublier l'illégalité de son divorce. Les seigneurs commençaient à s'indigner contre l'ambition romaine, qui prétendait disposer des trônes et des seigneuries. Une partie des évèques de France désapprouvait aussi cette usurpation sur l'autorité temporelle. Un concile, rassemblé à Poitiers, devint le théâtre d'une discorde éclatante. Les légats, irrités de la résistance du roi , voulaient renouveler l'excommunication. Le duc de Guienne et plusieurs seigneurs sortirent en courroux de l'assemblée. Une partie du peuple accabla les légats d'injures.

Cependant les cvêqucs , qui étaient restés , commencent à prononcer l'excommunication; alors la multitude s'emporte , elle lance des pierres contre les cardinaux ; un ecclésiastique est immolé par la rage populaire; la plupart des membres fuient épouvantés. Au milieu de cette terreur générale, quelques prélats plus courageux , et cntr'autres deux abbés, lîcrnard de Tiron, et Robert d'Arbrisscllcs, fondateurs

PHILIPPE i^"". iSy

deFontevrault, demeurent intrépides et triomphent, par leur courage, de la fougue du peuple : ainsi Philippe resta excommunié.

Plusieurs historiens, trompés par la date de quelques actes de ce prince, qui contenaient ces mots, Regncmte Christo , ont cru qu'il avait reconnu lui-même sa déposition; mais il est certain que ce monarque s'était servi , par piété, de cette formule dans plusieurs édits, long-temps avant d'avoir répudié Bertlie.

Au reste, le roi, trop abandonné à l'amour Quereiies

des sei-

pour supporter le poids des devoirs du trône, gneurset

* ' ' ' desc'vèquej.

ouvrit les yeux sur les dangers auxquels l'exposait l'anarchie : partout il voyait son autorité incertaine et la France déchirée par les querelles sanglantes des seigneurs et des évèques. Ils se battaient, se chassaient, se pillaient réciproquement, ne reconnaissaient aucun frein, et, bravant toute puissance dans leurs forteresses dont toutes les collines du royaume étaient hérissées, ils en descendaient en brigands pour tyranniser les bourgeois, ruiner les cultivateurs et enlever les serfs.

Le ciel, protecteur de la France, avait alors Association

, , . . .de LouisVI

placé près du trône un leune prince destiné à àiacouen devenir le sauveur, l'appui et l'ornement. Louis, héritier de la couronne, s'était déjà signalé par son courage : on le nomma le hatail-

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leur, parce qu'il était toujours armé, réveillé ^ j)arce que. sou incroyable activité le faisait paraître inopinément dans tous les lieux où il se trouvait quelque péril à courir, quelque tyran à vaincre, quelque justice à rendre, quelque désordre à réprimer. Plus taid un trop remarquable embonpoint lui fit donner et conserver le surnom de Louis-le-Gros.

Il était évident que, dans ces circonstances critiques, l'épée devenait le seul sceptre qui pût gouverner. Philippe prit donc très sagement le parti d'associer Louis à son trône j et les seigneurs , qui y consentirent, ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils s'étaient donné un maître.

Les environs de la capitale n'étaient pas plus épargnés que les autres parties du royaume par le brigandage des seigneurs, et jusque-là les peuples les plus voisins du trône avaient inutilement cherché quelque repos sous son abri.

Succès de Le jeune Louis combattit sans cesse et successivement Burchard, seigneur de Montmorency, dévastateur des terres de l'abbaye de Saint-Denis, les seigneurs de Roussy, de Maries, de Coucy, de Mun, de Rochefort, du Puyset, de Montlhéri, et une foule de petits tyrans.

Ce prince fut véritablement le premier de

ce prince.

PHILIPPE i^^ i5g

sa race qui mérita le nom de roi et qui fit chérir la royauté , en se montrant le libérateur du peuple, l'appui du faible et le protecteur du pauvre. Les bénédictions de ses sujets furent le plus auguste sacre qu'un morarque eût encore reçu : il n'est pas d'huile sainte qui donne au pouvoir royal un lustre plus sacré , que les larmes de reconnaissance d'un peuple. Non -seulement Louis réprima les révoltes des seigneurs qui dévastaient le duché de France; mais il fit sentir aussi le poids de ses armes aux oppresseurs du Berii, du Limousin, et remporta une sanglante victoire sur le comte de Champagne.

La maison de Rochefort s'était liée avec l'héritier du trône; il avait épousé Lucienne, fille du comte Guy, grand sénéchal de France. Le pape cassa ce mariage. Louis se soumit à la décision du Saint-Siège. Guy et plusieurs seigneurs se révoltèrent alors contre lui; il les défit en plusieurs combats, s'empara de leurs châteaux, dispersa leurs alliés, et donna leur domaine de Gournay à leurs ennemis, les seigneurs de Garlande, qui, depuis cette époque, jouirent à la cour d'une grande faveur.

La forteresse de Montlliéri , possédée par Troussel de Montmorency, était dans ce temps la citadelle la plus menaçante, et, du sein de

iGo l'IlILIPPE 1*''.

SOS romparls, on voyait sortir sans l'clàcho los bandes les plus dévastatrices. Louis cond)atlit lonf^-tcmps Troussel sans pouvoir le dompter. Enfin un traité de paix termina cette guerre, et Louis devint possesseur de son formidable château.

Une gloire si pure ne ponvait rester longtemps à l'abri des traits de l'envie. Chacun admirait les exploits de Louis; la France bénissait son nom; on ne l'appelait partout que le prince du royaume; il régnait sur le cœur des peuples. Bertrade ne dominait que celui du roi : jalouse d'un héros destiné à posséder une couronne qu'elle aurait voulu laisser à ses propres cnfans , sa haine lui inspira le dessein coupable de terminer les jours du prince qui lui était odieux.

Son voyage Louis , voulaut connaîtrc par lui-même les

en Angle- ^

tcrru. mœurs et les ressources d'une nation dont il prévoyait la longue et dangereuse rivalité, était allé en Angleterre, où régnait alors, après la mort de Guillaume-Ie-Pioux , le roi Henri P', troisième fils du conquérant normand.

Ce monarque, au moment où il célébrait par des fêtes l'arrivée du prince français dans sa cour, reçut par un émissaire secret une lettre revêtue du cachet de Philippe. Cette lettre était écrite par Rcrtrado ; au nom de son

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époux , elle priait le monarque anglais de se saisir de la personne de Louis , qu'elle accusait de trahison , et de le faire mourir.

Henri , ne pouvant croire qu'un père eût dicté un semblable écrit, consulta son conseil. On décida qu'il n'appartenait pas à un roi étranger de se mêler des allaires intérieures de la France, soit pour servir le juste ressentiment de Philippe, soit pour seconder la coupable passion de sa femme.

Louis, averti du piège qu'on lui avait ten- son retour

1 1 . imprévu.

du , repassa promptement la mer et surprit étrangement la cour par son retour imprévu. Il se plaignit hautement à son père de l'injuste arrêt prononcé contre sa vie; mais, apprenant alors que le roi avait ignoré ce criminel projet, qui n'était qu'une trame ourdie par Bertrade, il jura que cette femme périrait de sa main, s'il n'obtenait pas justice contre elle.

Le faible monarque n'osait ni résister à son fils ni sacrifier sa maîtresse; et, ne pouvant dissiper cet orage, il ne songeait qu'au moyen d'en éloigner l'explosion.

Cependant un rapprochement plus apparent son empoique réel sembla refroidir les esprits; mais la perfide Bertrade , implacable dans sa haine , empoisonna le prince. Pendant plusieurs jours l'art des médecins échoua contre la violence

sonneiiiiiil

et sa gue-

risou.

1G2 PHILIPPE l",

(lu mal : on avait perdu l'espérance. Louis, nial.jïrc les conseils de ses amis, appela à son secours un cliailatan qui le guérit. La pâleur qu'il conserva toujours depuis cette époque, rendit ineffaçables sur son visage les traces du crime de sa belle -mère.

Philippe, esclave de Bertrade et ne pouvant justifier un crime évident, implora la clémence de Louis. La piété filiale du prince l'emporta dans son cœur sur le plus juste ressentiment; il pardonna généreusement à la reine tous ses crimes, et le roi, pour lui prouver sa reconnaissance , lui donna Pontoise et le Vexin, qui, dans la dernière guerre, avaient été repris sur les Normands.

Feinie Peu dc tcuips après, le pape vint en France

se[)aralioa

du 10. Il de et reprocha de nouveau à Pliiliijpe le scandale

Bertrade. ^ ^ . ...

de sa conduite. Le roi se soumit et lui promit de se séparer de Bertrade. Le pontife, adouci par sa docilité , lui laissa, en partant, l'espoir d'obtenir bientôt les dispenses nécessaires pour légitimer son mariage.

On tint en effet dan? ce dessein un concile à Beaugency; mais il n'eut aucun résultat. Un autre concile se réunit à Paris * ; le roi y parut en habit de pénitent; il jura, ainsi que Bertrade, de rompre leur commerce adultère,

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et tous deux promirent de ne plus se parler, même sans témoins. A ces conditions ils furent absous.

Mais ce qui paraîtrait inexplicable dans d'autres temps et avec d'autres mœurs , c'est qu'un an après la décision du concile de Paris, le roi voyagea publiquement avec sa femme, et la conduisit même chez son premier époux. Foulques Piéchin, qui les reçut tous deux avec respect, et sans montrer aucun souvenir du passé.

D'un autre côté, le pape, qui dans ses querelles avec Henri V, empereur d'Allemagne, se croyait probablement forcé de ménager le roi de France, parut ignorer, tolérer ou même approuver cette conduite; ce qui fit dire, par plusieurs historiens du temps, que le mariage de Bertrade avait été enfin reconnu et confirmé. L'abbé Sugcr, entr'autres, en parlant de Bertrade, dit que « ce qui élevait l'or- » gueil de cette reine et nourrissait sa haine , » c'était la certitude de voir ses enfans succén der au trône, si le prince Louis mourait. »

Le tableau des vices de cette femme et des désordres d'un monarque voluptueux nous a forcé d'interrompre le fil des événemens de son règne. Comme ce prince , irrésolu dans ses projets, n'était constant que dans ses pas-

Cause des croisades.

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