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expédition , Guillaume avait amassé des trésors, et pouvait offrir une forte solde aux guerriers qui se rangeraient sous ses étendards; il attira prés de lui , par cet appât , une foule d'aventuriers; et, comme d'ailleurs les mœurs du temps étaient chevaleresques et belliqueuses , un grand nombre de seigneurs normands et français, qui cherchaient partout des aventures et des combats, amenèrent leurs troupes sous sa bannière. Parmi ces preux, brillaient les comtes de Boulogne, de Mortagne, de Beaumont, d'Évreux, de Thouars, d'Etaples et de la Garenne.
Toutes CCS forces réunies lui composèrent une armée de cinquante mille hommes; il arma une grande quantité de vaisseaux , les approvisionna avec soin, établit dans son armée une sévère discipline, renvoya de son camp les soldats timides ou débiles, ne prit avec lui que des guerriers forts et vaillans , et s'embarqua dans le port de Saint-Valery, après avoir confié au comte de Montgommery la régence de ses États.
Sa fermeté dans l'exécution d'une si vaste entreprise fut tout à coup contrariée par l'inconstance des vents, qui l'enchainaient malgré lui au rivage. Les Français de cette époque savaient combattre , mais ne savaient pas at- 4- 9
1 5o l'iiir.ii'i'K r'".
(cndiT, Tn camp inactif ('(ait bientôt di'scrt. Ur j;i la dcsertion et le découragcmenl all'aiblissaicnt l'armée, et l'opiniâtreté des vents contraires semblait, ù beaucoup d'esprits faibles, un signe de la désapprobation du ciel.
sonajKir- Guillaume eut recours au seul remède qui si.rbcôte pouvait dissiper ces terreurs religieuses. La
«le Sussfx. •17-1 n >
chasse de saint Valéry lut portée avec pompe en procession dans le camp ; les vents chanfîôrent ; l'armée se sentit endamméc d'une nouvelle ardeur , et les troupes normandes débarquèrent heureusement sur la côte de Sussex.
A peu près dans le môme temps, Tosthon , secondé par le roi de Norwégc, était descendu dans le rVorthumberland ; mais Ilarold le combattit, le vainquit, le força de fuir, et marcha rapidement ensuite contre Guillaume.
Les deux rivaux, avant de livrer la bataille qui devait décider des destins de TAngleterre, négocièrent quelques jours par l'entremise des moines qu'on trouvait alors dans toutes les cours, dans toutes les intrigues et dans tous les camps.
Guillaume proposa successivement à son ennemi de soumettre leur querelle au jugement du parlement anglais ou de la vider par un combat sinfîulier. Enfin il consentit môme
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à céder le sceptre au prince Harold, pourvu qu'il le reçût de lui à titre de fief.
Harold, sans donner de réponse positive, avançait toujours tout en négociant, espérant surprendre les Normands; mais il les trouva prêts au combat.
Les deux armées se virent enfin en présence, près d'Hastings. La veille de la sanglante journée qui allait donner à la Grande-Bretagne un roi national ou un monarque étranger, les Anglais se livrèrent aux excès de la table et a une ivresse bruyante. Les Français, au contraire , se préparaient au carnage par la prière , et sentaient redoubler leurs forces en invoquant l'appui céleste.
Au point du jour, l'intrépide Guillaume liarangue ses troupes; et, certain que l'extrême courage nait d'un extrême péril, il leur apprend liardimcnt qu'il vient de brûler ses vaisseaux, de sorte qu'il ne leur reste plus que le choix de la mort ou de la victoire. « Mais la >) victoire, dit- il, n'est point douteuse; car )) notre cause est juste, et nous combattons » contre un parjure. »
Les deux armées s'élancent l'une sur l'autre Bataille
.1 ■ 1 ri • n dllaslinss.
avec un égal courage ; a la portée du trait elles s'arrêtent, et le ciel semble quelques instans obscurci par un nuage de flèches. Bientôt après,
I 12 l'riII.II'l'K !'■'.
les Normands cliar,ji;ent IV'imemi en entonnant le clwmt l)elliqueux de llollon ; mais, mal/Té \vuv iin{)ctiiosité, les Anglais tiennent ferme; leurs sabres repoussent les coups de la francisque ; les troupes de Guillaume plient.
Guillaume indigné les arrête, les rallie, et rétablit le combat. La fortune balance incertaine. Les Français ne reculent plus; mais les Anglais leur opposent une masse trop serrée pour qu'ils puissent en enfoncer les ranp-s.
Guillaume , las d'une lutte où la force s'acliarne inutilement, a recours à la ruse : il ordonne à plusieurs de ses cliefs une retraite simulée. Les Anglais, se croyant vainqueurs, s'avancent précipitamment, ouvrent leurs rangs et courent en désordre.
Victoire de Guillaumc , proûtant de cet instant favora-
Cuiilaumc, I , ... I -f^
ble, se précipite de nouveau sur eux. De toutes parts ils sont enfoncés.
Vainement Ilarold prouve par des prodiges de valeur qu'il est digne de la couronne. Ses .plus vaillans cliefs tombent à ses pieds. Il combat le dernier de tous; enfin il succombe percé de coups. Deux de ses frères et une foule de seipineurs an.ojlais périrent avec lui. La fuite des débris de l'armée anglaise ne les sauva pas de la fureur d'un ennemi aussi ardent à la poursuite qu'au combat.
PHILIPPE r
La terreur suivit la victoire. Guillaume, 6on«.ti-
, . roanenieut.
profitant rapidement de son triomphe , vit Douvres j Cantorbéry et Londres lui ouvrir leurs portes. Enfin l'archevêque d'Yorck le couronna roi d'Angleterre.
L'opiniâtreté de la Noblesse anglaise causa sa ruine. Ne pouvant supporter un joug étranger, elle excita dans toute l'Angleterre de longs et de fréquens troubles, dans lesquels la fortune trahit toujours son courage : aussi presque toutes les anciennes familles bretonnes, anglaises et saxonnes, finirent par être bannies, ruinées ou immolées.
La révolution fut totale et terrible : Guil- Songou-
verueniciU,
laume , pour soumettre les esprits et pour vaincre les mœurs, ne laissa subsister ni l'ancienne législation ni l'ancien langage. Tout fut détruit ou changé par ce conquérant sévère. Chaque liahitant se vit contraint, par la rigoureuse loi du couvre- feu j d'éteindre toute lumière dans sa maison chaque jour à huit heures du soir. Le peuple , gouverné par une Noblesse toute française, n'obéit plus qu'à des lois françaises, et n'entendit plus autour de lui pendant long -temps que la langue de la France.
L'histoire n'offre point d'exemple d'une entreprise plus téméraire , d'une conquête plus
i54 l'iiiLii'i'E l'■^
inpitle, (l'une révolullon plus complète et d'une plus rigoureuse tyrannie.
Les succès inouïs de Guillaume excitèrent en France un vif et (général mécontentement contre le régent. La fortune avait trompé sa sagesse. Espérant perdre un grand vassal, il l'avait élevé au faite de la puissance et de la gloire., Vainement les rois de France, d'Ecosse ri de Danemarck voulurent former, en io65, une ligue contre le conquérant de l'Angleterre : ce projet resta sans exécution.
:,i,„, ,1e L'année d'après, Baudouin mourut, plus accablé par les chagrins que par l'âge. Jusque-là les rois n'avaient été majeurs qu'à vingt- deux ans; Philippe n'en avait que quinze. Cependant le peu de succès qu'avait eu la régence décida les grands à laisser prendre au jeune monarque les rênes de l'État.
Vie errante Baudouiu laîssait deux fils. Conformément
kXtl aux coutumes, il légua la Flandre à Baudouin \I, l'ainé de ses enfans, lit jurer au plus jeune, Robert, de ne former aucune prétention sur cet État, et lui donna de l'argent, des soldats et des vaisseaux pour chercher fortune ailleurs et conquérir quelques principautés, genre d'héroïsme ou de brigandage que la fortune des chevaliers normands avait mis a la mode.
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Plusieurs aventuriers se joignirent à Robert; il courut en Espagne, se signala contre les Sarrasins par plusieurs exploits, mais ne put former aucun établissement dans cette contrée. Ensuite , tralii , battu et pillé , il revint pauvre en France, peu de temps avant la mort de son père qui l'accueillit mal , et qui cependant lui donna de nouveaux secours.
Continuant sa vie errante , il entreprit le pèlerinage de Jérusalem, se mit au service de Constantin Ducas, se révolta peu de temps après, avec quelques Normands, contre cet empereur, et revint encore dans sa patrie, sans fortune, mais non sans renommée.
Le fds aine de Baudouin n'avait survécu que trois ans à son père; il laissait deux enfans, Arnould et Baudouin, l'un comte de Flandre, et l'autre comte de Mons. Richilde leur mère prétendait a leur tutelle. L'aventureux Robert la lui disputa; mais il fut d'abord vaincu par elle.
Le roi de France, Philippe, prit Piicliilde scsexpioUs. et son fds Arnould sous sa protection. Il marcha contre Robert ; mais le début du monarque dans la carrière des armes fut malheureux. Robert, trompant sa jeune ardeur par une retraite simulée, le surprit près de Cassel, et
l56 PHILIPPE I*"".
(ailla son armëc en pièces. Arnould , comte de Flandre, périt dans le combat.
Philippe aujjmenta la honte de sa défaite en ne cherchant point à la réparer par sa fermeté. Il abandonna lâchement la cause de Richilde, et laissa son second fils, r)aiidouin YÏI, sans protection.
Richilde implora l'appui de l'empereur Henri IV, qui fit vainement marcher le duc de Lorraine et Tévèque de Liège contre Robert. L'inconstant Philippe joignit alors ses armes à celles de l'ennemi qui l'avait vaincu. Robert triompha; il avait acquis la Frise en épousant la veuve du comte de cette province. Piichilde, découragée, lui céda la Flandre; elle ne conserva pour son fils que le Ilainaut. Philippe épousa Bertlie de Frise, belle-fiUe de Robert. prvntidcat Cc fut à ccttc époquc '^^ que le pape AlexangoL VII. drc II mourut, et que Rome vit monter sur le trône pontifical le fameux moine llildebrand, trop célèbre depuis sous le nom de Grégoire VII. La naissance de ce pontife était obscure, son génie vaste, son orgueil extrême, son opiniâtreté indomptable.
Ses preicn- Aucuu dc ccux qul occupèrent le siège de monarchie Saint Picrre n'affecta plus hautement ses prétentions à la monarchie universelle par une
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ambition que rÉvangile condamne encore plus que la ])olilique. Pasquier dit que « Grégoi- )) re \1[ fut un des plus hardis champions de » Rome. Il n'oublia rien par les armes, par la » plume, par les foudres, de ce qu'il croyait » avantageux au pape et funeste aux rois. »
Ce pontife écrivit à Démétrius, czar de Russie : « Votre fils nous a dit qu'il voulait » recevoir la couronne de nos mains; ayant » trouvé sa demande juste, nous lui avons don- » né votre royaume, au nom de saint Pierre. »
Dans un bref adressé aux princes de rAllcmagne, il s'exprimait en ces termes : « De la » part de Dieu tout-puissant, je défends à » Henri de gouverner le royaume tcu tonique » et l'Italie. J'absous les chrétiens du serment » qu'ils lui ont prêté , et j'excommunie tous » ceux qui le reconnaîtront pour roi. »
La fortune, après avoir secondé le génie audacieux de Grégoire, lui fut enfin infidèle : persécuté à son tour, poursuivi et assiégé dans une forteresse, ce prêtre indomptable menaçait et foudroyait encore, du fond de sa prison, les tètes couronnées; il y composait même de mauvais vers latins; et, en envoyant une couronne d'or au duc deSouabe, qu'il proclamait empereur , il lui écrivit : Petra dédit Pctro , Petrus diadema Rodolpho.
\5& PIIIT.IPPK !'■'■. •
Quoique ri(;norancc et la superstition secondassent alors en Europe l'ambition romaine (jui marchait au pouvoir suprême au milieu tics ténèbres, cette ambition rencontra cependant dans quelques États, et particnlièrement en France, des écueils qu'elle ne put franchir.
L'abbé Vély , dans son histoire , cite très justement à cette occasion ce passage remarquable de Pasquier : « Nous avons eu de toute » ancienneté, dit- il, trois grandes proposi- )) tions qui nous ont servi de bouclier : la » première est que le roi de France ne peut )) être excommunié par l'autorité du pape; la » seconde, que le pape n'a nulle juridiction )) ou puissance sur le temporel des rois ; la )) troisième, que le concile général et univcr- )) sel est au-dessus du pape. Toutefois nous » reconnaissons en lui cette supériorité de » chef et de souverain pasteur de l'Eglise , » comme celui qui est avoué pour tel par nos » premiers et grands docteurs. »
Grégoire, ayant favorisé par son appui la conquête et l'usurpation de Guillaumc-lc-Bàtard , espérait que la reconnaissance le lendrait docile à ses vues; il exigea de lui un tribut et le serment de fidélité.
Le roi d'Angleterre répondit ({u'il voulait
PHILIPPE l*^"". " lOÇ)
bien continuer ses aumônes pour l'église de saint Pierre; mais en même temps il défendit aux prèties anglais de se rendre à Rome, lorsqu'ils y étaient mandés.
Tandis que de fermes adversaires s'opposaient à l'ambition de Grégoire , un grand nombre d'évèques et de moines la soutenaient. (( Le pape, disait Yves de Chartres, est le ;) seul nom dominant dans l'univers ; tous les » princes de la terre baisent ses pieds. » Cependant ce titre de pape avait été long-temps conmiun à tous les évêques, et ce fut ce même Grégoire Vil qui , dans un concile tenu à Rome, lit attribuer exclusivement ce litre a l'évéque de Rome.
Ses querelles avec rempcreur Henri IV remplirent l'Allemagne, ainsi que l'Italie, de séditions, d'orages, et les inondèrent de sang. Henri avait été précédemment accusé de simonie par Alexandre IL Grégoire porta plus loin sa témérité; et, quoiqu'il eût d'abord demandé à l'empereur de confirmer sa propre élection , par une contradiction étrange il osa bientôt après le citer à son tribunal, lanra contre lui les foudres du Vatican, le contrtiignit de venir s'agenouiller devant lui en pénitent, l'excommunia ensuite de nouveau, et finit par le déposer.
l.|0 l'IlJLll'l'K r".
rsicL'})horc , empereur d'Orient , Robert Guiseard, duc de la Fouille, et Boleslas, roi de Pologne, se virent aussi tour à tour excommuniés par lui.
Ce pape turbulent déposa un grand nombre d'évcqucs, et la résistance des Fj-ancais l'enipéclia seule de traiter le roi Philippe comme il avait traité l'empereur Henri.
Mais cet excès d'élévation de la puissance romaine en fut le terme. Il ouvrit les yeux des rois et éclaira les peuples sur leur péril. La crédulité du siècle était alors si aveugle, qu'avec plus de sagesse et de circonspection, les papes seraient peut-être parvenus à faire de FEuropc un empire théocratique.
r.,rorme Sous d'autrcs rapports, la fermeté de Gré- Ju goire fut salutaire. Une réforme sévère dans les mœurs du clergé était devenue indispensable ; jamais et nulle part on n'avait vu d'exemple d'une corruption aussi scandaleuse. Tout était vénal. Les rois vendaient les évêcliés, les abbayes. Les prélats, entraînés par les passions mondaines, se faisaient mutuellement la guerre, portaient alternativement le casque et la mitre, pillaient, volaient, tuaient et se livraient aux plus honteuses débauches. Bravant les décrets des conciles, les prêtres se mariaient ou entretenaient publi-
uiœur clergé
PHILIPPE l". l4l
quemcnt des concubines et des chambrières.
L'impétueux Grégoire ne crut trouver d'autres remèdes à ces désordres, que de s'arroger spirituellement et temporellement un pouvoir absolu. On a conservé un recueil curieux des lettres de Grégoire. Ce recueil est intitulé Dietatus papœ , parce que ses lettres à ses légats étaient dictées par lui. On y remarque les maximes suivantes : « Le pape peut seul dén poser et rétablir les évèquos, sans concile; )i il peut seul faire de nouvelles lois, de nou- » veaux diocèses, les diviser, les réunir, les )) doter ou les appauvrir; il juge en dernier » ressort; ses sentences sont sans appel ; seul » il a le droit de porter les insignes de l'emn pire; il peut déposer les empereurs, et chà- » tier les mauvais rois, en déliant les sujets de » leur serment de fidélité; enfin tout pontife » romain doit être révéré comme saint, dès » qu'il a été canoniquement élu. »
Plusieurs souverains, cédant à l'orage, s'as- AutoiUédu
11 1 • /-> . • pape sur les
sujettirent a des dons volontaires que Grégoire souverains, s'efforça promptcment d'établir partout comme un tribut légitime, qu'il appelait le denier de saint Pierre.
Ce projet réussit en Espagne et même en Angleterre. Le pape, profitant des troubles d'Italie, érigea en liefs de Rome les terres enle-
vôcs à Tempiro {^rcc par les Noi'inands , la Pouille, laCalabrc, la Sicile, et tout ce qui depuis composa le royaume de Naples. Habile à saisir les avantages que lui offraient les mariages illicites de plusieurs princes et la turbulente ambition des grands, il étendait chaque jour son autorité sur les souverains.
Le comte de Roussy et plusieurs seigneurs, combattant les Sarrasins en Espagne , espéraient y acquérir des principautés. Grégoire leur écrivit : « Vous devez savoir que depuis » plusieurs siècles l'Espagne appartient à saint » Pierre : ainsi, quoiqu'elle soit envahie par » les infidèles, vous ne pouvez y faire, ni par » conséquent y garder aucune conquête sans » le consentement du Saint-Siège, et sans vous » reconnaître ses vassaux. »
Grégoire ajoutait à la hauteur du langage de la domination la grossièreté des expressions, que la barbarie des mœurs du siècle peut seule expliquer. En écrivant au roi Philippe, il le traitait de « loup ravissant, de tyran indigne » du nom de roi , d'homme souillé de péchés » et de crimes. » Il invitait le duc de Guienne, ainsi que d'autres seigneurs, à se révolter et à reprocher au monarque les déréglemens de sa conduite. Enfin il voulait que les évéques missent le royaume en interdit, et déclarait que.
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si Pliilippe ne se repentait pas, il le déposerait; insolence aussi ridicule qu'odieuse.
Il est vrai que Philippe , détourné des atTaires Drsoidrcs par les plaisirs, s'abandonnait souvent à des excès répréhensibles, se livrait aux vices de son temps, et dégradait même la dignité royale au point de piller les commerçans sur les grandes routes. Il lui était arrivé une fois d'arrêter et de dépouiller des marchands italiens.
L'Église, pour le ramener à ses devoirs, pouvait essayer les exhortations évangéliques, seules armes des vrais chrétiens. Mais Grégoire aimait mieux commander qu'exhorter , foudroyer qu'éclairer; son orgueil, foulant aux pieds les trônes, oubliait que la houlette du pasteur des hommes devient elle-même impie et coupable , lorsqu'elle veut se changer en sceptre impérial et en glaive homicide. Guillaume seul se vit ménagé par le hautain pontife : la fierté papale s'arrêtait avec crainte devant le génie du conquérant.
L'indolence de Philippe formait alors un r.xpioiisdc»
rrainais en
étonnant contraste avec l'aventureuse activité tn-ague. des Français. Ils cherchaient dans les pays les plus éloignés les combats et la gloire. Les Maures , chassés de la Biscaye , des Asturies, de la Catalogne et d'une partie de l'Aragon , possédaient encore tout le reste de l'Espagne, qui
If
J'HILIPPE 1
était devenue le théâtre sanglant d'une guérie perpétuelle et sans trêve entre les deux nations et les deux cultes.
Tige des Le zèle pour la foi, l'ardeur pour la gloire iwu.gai. et le désir des aventures, attiraient dans ce pays une foule de chevaliers français. Entre eux tous brilla un descendant de llugues-Capet, Henri, fils de Robert, duc de Bourgogne. Aprèsde nombreux exploits, il épousa, en iO(j5, la fille d'Alphonse VI, roi de Castille, qui lui donna en apanage le comté de Porto. Il devint la tige des princes qui régnent aujourd'hui en Portugal , nom dérivé de ceux des villes de Porto et Cale y toutes deux rebâties par le conquérant français.
Éci.ecae Peut-être les guerriers de la France , au lieu devamijùie. dc cherchcr si loin une périlleuse renommée, auraient dû se rassembler, sous la bannière du roi de France, pour réunir la Normandie à sa couronne et pour la séparer de rAiiglcterre. Mais Guillaume se montrait aussi actif pour conserver que Philippe peu fait pour reconquérir.
Cependant l'occasion semblait favorable. Le Maine s'était révolté contre Guillaume. On lui laissa librement comprimer cette révolte et châtier le comte d'Anjou, Foulques-Réchin , allié des rebelles. Le duc de Bretagne les avait
r TU LIPPE i". 145
aussi secourus; Guillaume lui déclara la guerre, envahit ses États et assiégea Dôle.
A la nouvelle de ce danger, Philippe parut enfin se réveiller; il prit les armes, vint secourir les Bretons, contraignit le roi d'Angleterre à lever le siège de Dôle, et lui fit éprouver de grandes pertes dans sa retraite. Mais p-''.'^.
<J A entre lui et
bientôt, fatigué de ce succès, il retomba dans Pi'ii'i-pe. sa langueur , et conclut une paix qui laissait à Guillaume toutes ses possessions *.
Préférant l'oisiveté de la cour aux travaux des camps, et cependant toujours jaloux de Guillaume , il chercha des moyens moins honorables d'alTaiblir la puissance de son rival : fomentant des mésintelligences dans sa famille, il se lia secrètement avec le fils du conquérant, Robcrt-courte-cuisse, prince turbulent, ambitieux, et gravement soupçonné d'avoir excité la révolte du INIaine, dans l'espoir de s'emparer du duché de Normandie.
Robert avait deux frères cadets, Guillaume- RevoUe le-Roux et Henri, tous deux très jaloux de lui. coune-
... p . „ cuisse ron-
Le roi anglais préférait à son fils aîné ces deux t>esonpcrc. princes , comme plus dociles à ses volontés. Un jour, se trouvant tous réunis dans la ville de l'Aigle , et jouant entr'eux en présence de leur père , ils jetèrent une grande quantité * 1077.
l/,G MIILII'PF. l",
d'eau sur Robert. Un de ses courtisans lui (iiisant re.jjarder cette plaisanterie comme une insulte, il s'emporta violemment. Son père prit le parti des jeunes princes.
Robert s'éloigna en courroux et prit les armes. Secondé par quelques partisans , il s'empara de plusieurs cbàteaux. Sa mère Matliildc le favorisa, et Philippe lui donna secrètement des secours. Mais bientôt, poursuivi par son père, il fut contraint de chercher un refuge en France. Le roi Philippe lui donna pour asile le château de Gerberois , près de Reauvais, et Guillaume vint l'y assiéger. Loin de fléchir, l'orgueilleux prince demandait hautement, pour prix de sa soumission, la possession de la Normandie comme apanage. Guillaume répondit que sa coutume n'était point de se dépouiller avant de se coucher.
Leur Dans cette lutte impie, la même ardeur aui- {■uiier. mait les assiegeans et les assièges. Au milieu d'une sortie, comme en suivant l'usage, les guerriers étaient complètement couverts et cachés par leur armure , Robert combat corps à corps Guillaume sans savoir sur quel adversaire tombent ses coups; sa lance traverse le bras du roi et le renverse de son cheval : aux cris du monarque il reconnaît son père; la nature triomphe; il saute à terre, se jette aux pieds
PHILIPPE 1^^ T/jJ
(lu roi, lui donne son propre coursier et le laisse retourner dans son camp.
Le roi, moins touché du repentir de son fils qu'irrilé de sa blessure, de celle de Guillaume son second fils, et de la perte d'un grand nombre de ses officiers, lui donna sa malédiction; cependant il leva le siège.
Ce succès coupable fortifia le parti de Robert : une foule de seigneurs bretons, angevins et normands, accourut sous ses drapeaux. Philippe offrit sa médiation; elle fut acceptée, et Robert obtint son pardon. Sa soumission était trop opposée à son caractère pour durer. Quatre ans après , en 1081 , il se révolta de nouveau. Encouragé par Philippe, ce prince rava^îea la Normandie.
Malgré la paix jurée, une haine sourde exis- Monde
, . , I • 1 1-1 Guillaume.
tait depuis long-temps entre les rois de rrancc et d'Angleterre. Une plaisanterie la fit éclater : Guillaume avait acquis avec l'âge un excessif embonpoint. « Quand donc , dit Philippe , cet » homme accouchera- 1- il? sa grossesse dure » bien long-temps. » Cette saillie se répandit en Angleterre , et Guillaume irrité s'écria : (( J'irai faire mes relevailles à Sainte -Gene- » viève, avec tant de luminaires, que le roi de » France pleurera long-temps son bon mot. » L'effet suivit promptcment la menace : Guil-
1^8 l'Illl.lPl'K I".
laume, à la (cJc clos Anglais et des Normands,
vint assiéger Mantes, en dévasta les environs
et mit le feu à la ville. Les flammes punirent
elles-mêmes Tincendiaire : voulant éviter le
feu qui consumait tout autour de lui, il sauta
si brusquement un fossé , que le pommeau de
sa selle heurta son estomac avec violence, et
lui causa un abcès qui le fit mourir peu de
jours après dans la ville de Rouen où il s'était
fait transporter.
Pariagede Ou uc rccounaissai t alors d'une manière poses Euts en- •■• 1 I i !• • 1 1 '.11»
iiesesfiis. sitive, choz Ics Anglais, ni le droit d aniesse , ni celui d'élection. Guillaume mourant partagea ses États comme il le voulut : son second fils, Guillaume-le-Roux, fut roi d'Angleterre; l'aîné, Robert, duc de Normandie; Henri, le dernier de tous, obtint en partage les biens de sa mère Mathilde.
Ces trois princes, mécontens de ce partage, ne tardèrent pas à se combattre; en 1087, ils se déclarèrent la guerre. Guillaume-le-Roux, plus actif, prévint Robert et envahit la Normandie. Philippe, fomentant ces discordes dans le dessein d'en profiter, secourait alternativement les dilTérens partis. Enfin, ils conclurent la paix à Caon; elle fut désavantageuse pour Robert : il perdil quelques places; Henri acquit le Cotentin.