I . 19 1 . -m , , des ariitJes
posant plus a 1 accomplissement des traites, inmraisLles armées française et anglaise se réunirent, "'"' en I igo, dans la plaine de Vézelay, et marchèrent de concert jusqu'à Lyon, où elles se séparèrent. De là Philippe prit la route de Gènes, et Richard celle de Marseille. La mauvaise foi des Grecs, et les troubles qui agitaient l'empire
StJ/f l'IIII.IITK-AUGUSTK,
(rOiient, ne laissaient plus aux. croisés aueune (enlalion de liaveiser la Grèce.
riusieurs révolutions sanglantes avaient renversé du trône successivement deux empereurs: le barbare Andronic, après avoir immolé un jeune prince qu'il devait protéger, et contraint sa veuve à l'épouser, venait d'expier ses ciimcs en succombant sous la rage populaire: ainsi une princesse du sang royal de France s'était vue deux fois couronnée , mariée , veuve et dépouillée de la couronne.
Traite .ks Uu nouvcl empcrcur , Isaac l'Ange, sans
Grecs avec
saïaiiin. vcrtu , saus courage, sans talent, se trouvait appelé par la fortune et par l'inconstance populaire sur le trône chancelant des Césars. Ce lâche successeur de Constantin venait de conclure un traité avec Saladin, et de lui promettre cent galères pour combattre les croisés. De son côté, le Soudan s'engageait a lui céder la Palestine. Ces nouvelles excitèrent l'indignation des rois de France et d'Angleterre, qui partirent pour l'Orient, plus irrités peut-être contre les Grecs que contre les musulmans. Armée ne Philippe arriva le premier à Gènes. Richard
Philippe et , . , ^ -Il
.le Hici.ara n avait point trouvé sa flotte prête; il acheta
à Gciics. . '•! r
trente vaisseaux a iMarseille, et lorsqu ils lurent armés, il rejoignit en Liguric l'armée française.
PHILIPPE-AUGUSTE. Sg5
Les deux flottes se dirigèrent vers la Sicile. L'impt'tuosité des orages avait maltraité plusieurs vaisseaux. On s'arrêta à Messine pour réparer les avaries causées par la tempête. Philippe, toujours généreux, tira de son trésor les sommes nécessaires pour dédommager ses barons des pertes qu'ils avaient faites en armes et en chevaux ; il se rembarqua ensuite promptement; mais les vents contraires le forcèrent de rentrer dans le port.
Tancrède régnait alors en Sicile *. Il était lils naturel du vaillant Roger. Guillaume, dernier monarque de cette ile, avait laissé en mourant, pour unique héritière de son trône, sa sœur Constance. Tancrède s'empara du sceptre au préjudice de cette princesse, mariée à l'empereur Henri LV. Henri avait contracté des liens d'amitié avec Philippe, et Tancrède devait craindre leur ressentiment; il n'avait pas moins à redouter llichard , dont la sœur, nommée Jeanne, et veuve du dernier roi de Sicile, était alors retenue par lui en prison.
Le roi de Sicile, alarmé en voyant arriver dans ses ports deux ennemis si puissans, cherchait à se réconcilier avec eux, ou du moins a les diviser pour être protégé par l'un contre l'autre. Il espéra d'abord gagner l'amitié du
5(j(j l'IllLII'l'E-AUGUSTi:.
roi de France , en lui proposant de donner en inariaf^e une de ses filles au prince Louis. Philippe, prétextanl la trop grande jeunesse de ces enfans, mais dans la crainte réelle de mécontenter l'empereur, refusa l'offre qui lui était faite.
Sujet lie Bientôt Richard arriva et demanda vivetrcKichaid ment que Jeanne sa sœur tut mise en liberté,
ttTancrède, , , . ,, , . , P ,
roi .le qu on lui rendit ses biens et qu on lixal son
Sicile. 1 . n^ 1 *-
douaire. Tancrède. accorda tout, lit sortir Jeanne de Païenne, et prodifijua ses trésors pour acheter l'amitié du monarque anglais. Cette réconciliation fut peu sincère; dès que Richard vit sa sœur en son pouvoir, agissant plus en conquérant qu'en allié, il s'empara d'un fort et y plaça une garnison. Les Siciliens, croyant qu'il voulait se rendre maître de leur pays, coururent aux armes et fermèrent aux Anglais les portes de Messine.
Les Anglais, sans attendre les ordres de leur roi , s'efforcèrent d'escalader les remparts; vainement Richard et Tancrède ordoninier- nalcut aux comhattans de s'arrêter. L'inter-
v<n|ioii Je • 1 1^1 •!• 1 • 1
iM.ii.piH. vention de rhilippe seule apaisa ce tumulte et suspendit les hostilités. Mais le lendemain , au moment où le roi de France, à la prière des magistrats de Messine, conférait avec Ri- <'hard pour terminer cette (juerelle , le roi
PHILIPPE-AUGUSTE. Sq?
d'Angleterre, apprenant que les Messinois venaient de faire une sortie, rompt la conférence, vole à son camp, attaque les Siciliens, les met en fuite, les poursuit, entre pêle-mêle avec eux dans la ville, et plante sa bannière sur les murailles.
Témoin de cette action hardie, Philippe s'écrie avec emportement : (( Comment un » prince mon vassal ose-t-il arborer son éten- » dard dans une ville que j'habite? » En même temps il ordonne aux Français d'arracher cet étendard et de le remplacer par le sien.
Les deux armées s'avancent l'une contre s-mmission l'autre. Les arcs étaient tendus, les glaives auroia.:
• , 1 11* Fi-ancc.
étaient tires, le carnage allait commencer, lorsque Richard supplia le roi de France d'apaiser son courroux. (( Je suis prêt, lui dit-il, >i à retirer, par égard pour vous, l'étendard >) que ma victoire a placé sur ces murs; mais » ce que je puis faire volontairement, vous >i ne l'obtiendrez de force qu'après de longs » efforts, en vous rendant responsable de tout » le sang que coûterait cette violence. »
Sa soumission, quoique un peu menaçante encore, apaisa le ressentiment de Philippe. Il fut convenu que les deux rois resteraient maîtres de la ville, qui serait gardée par les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'au
5C)8 l'IlILJPPK-ArGUSTK.
moment on lo douaire de la j'eiiic Jeanne serait totalement payé.
Paixcnir. TaHCiède snlisfit le roi d'Angleterre et con- ^ênJÎtï <^^ut diTinitivement la paix avec lui. Une des ''i^r^c!' conditions de ce traité fut le mariage d'une des filles de Tancrède avec Artluii-, duc de Bretagne et neveu de Richard. Ces conventions furent signées sous la médiation de Philippe. Le zèle religieux l'emporta ainsi sur l'orgueil des deux monarques rivaux. Le calme succéda à l'orage, et une apparente cordialité voila quelque temps une jalousie plus assoupie qu'éteinte.
Tancrède, peu satisfait de ce rapprochement, vint trouver secrètement Richard. « Dé- » fiez -vous du roi de France , lui dit- il ; le » duc de Bourgogne m'a porté de sa part une » lettre dans laquelle il vous accuse de man- » que de foi, de trahison, et me promet, si » je veux me joindre à lui , d'attaquer votre » camp pendant la nuit, n Richard ayant répondu qu'il ne pouvait croire à une semblable perfidie, à une telle violation des sermens de fidélité réciproque que tous deux s'étaient faits en entreprenant la guerre sainte , Tancrède, pour toute réponse, remit la loifre end?^.ii!ppc tre ses mains.
Bientôt Philippe s'aperçut des soupçons du
et <ic Ri lia ri
PHILIPPE-AUGUSTE. DQQ
monarque anglais; peu habitué à dissimuler, Richard, pressé par lui de s'expliquer, chargea le comte de Flandre de lui porter la lettre injurieuse qu'on lui avait confiée.
Le roi de France, aussi surpris qu'irrité, dit que cet écrit, qui ne contenait que des mensonges , n'était point de lui , que cette intrigue n'était qu'un prétexte pris par le roi d'Angleterre pour rompre les liens formés entr'eux, et pour se dispenser d'épouser sa sœur Alix; qu'au reste, s'il manquait à cet engagement, il s'en vengerait par les armes, après son retour de la Palestine. La lettre étant ainsi désavouée, il n'en fut plus question, et l'on ne s'occupa plus que de la discussion relative au mariage d'Alix.
Les deux monarques savaient que la reine Éléonore, toujours active en intrigues et toujours constante dans sa haine contre la France , négociait alors un autre mariage pour Richard avec BéranPière , fille du roi de Navarre. Eléonore, autrefois maltraitée par son époux Henri II, attribuait ses infortunes aux artifices d'Alix.
Cependant Philippe pressait vivement Richard d'accomplir ses promesses. Le roi d'Angleterre, après avoir long -temps refusé de s'expliquer, apprit enfin au monarque français
4o.O l'IlILll'l'E-AUGUSTE.
la vraie cause de sa répugnance, et, si l'on eu croit l'historien Roger de lloueden, il lui fit connaitre par des preuves irrécusables qu'Alix, séduite par Henri, en avait eu un enfant. Cette découverte termina toute contestation: Richard promit qu'au retour de la Palestine, il rendrait à la France Gisors et quelques autres places, paierait au roi deux mille marcs sterlings , enfin qu'il lui rendrait hommage pour la Normandie comme fief et pour la Rretagne comme arrière-fief.
Philippe voulut ensuite que sans aucun retard on partît pour l'Orient. Richard demandait quelques délais, et, sur son refus de s'embarquer, plusieurs barons anglais, sommés de tenir leur serment, se rangèrent sous l'étendard français. Philippe partit donc avec sa flotte, et, après vingt -deux jours d'une heureuse navigation, il arriva sous les remparts d'Acre, à la grande joie des clirétiens qui assiégeaient alors cette place ^.
Semblables aux Juifs lorsqu'ils se battaient entr'eux avec furie au moment où les Romains assiégeaient Jérusalem, l'aveugle esprit de parti et l'ambition effrénée des barons chrétiens agitaient encore entr'eux le flambeau de la discorde, malgré la terreur que devaienl
* ngi.
PIIII.IPI'E-AUGUSTE. ^01
knir inspirer les armes conquérantes de Saladin.
Conrad de Montferrat , fier d'avoir sauvé Tyr, ne voulait point la céder au roi de Jérusalem, qui, pour se venger de lui, était venu l'assiéger.
Cependant les croisés, dans leur détresse, Mori.ie
/> 1 . , . rciii|ieieur
fondaient leurs espérances sur les puissans se- Frcdeiic cours que l'Europe leur envoyait; deux flottes danoise et anglaise leur apportèrent des vivres et des soldats, et d'un autre côté l'empereur d'Allemagne Frédéric, qui s'était rendu par terre en Asie , venait d'y remporter de rapides et d'éclatantes victoires sur les Sarrasins; mais malheureusement sa carrière glorieuse eut une courte durée : il périt en voulant passer le Cydnus. Les eaux de ce fleuve, fatal à deux grands hommes, terminèrent sa vie ; quelques auteurs disent qu'il s'y noya; d'autres, ([u'ayant voulu s'y haigner, l'extrême froideur de l'eau lui donna une fièvre ardente; il ne trouva point, comme Alexandre, un médecin Philippe pour le sauver *.
Les musulmans profitèrent du trouble causé par sa mort pour combattre avec succès son armée. Son fils Conrad, duc de Souabe, conduisit le reste de ses troupes à Antioche et de * 1191.
^02 PIHUPPE-AUGUSTE.
là ail camp du roi de Ji-nisaleni. vSori Iumuousc mi-dialion réconcilia j)ass;».;jcrcniciit INlonllcrrat et Lusignan : ils ajournèrent leurs débats, et marchèrent ensemble contre Saladin, qui s'approchait des remparts d'Acre pour secourir cette ville.
Rniaiiic en- Lcs croisés réunis formaient une armée de
tru lus croi- -ni 1 I •
sus et Ils cent mille nommes; dans son enthousiasme
Siirrasius.
religieux, elle s'écriait: Que Dieuresle neiilic, et la victoire est a nous. Après plusieurs combats entre des corps détachés, dont les deux partis s'attribuaient l'avantage , les chrétiens livrèrent à Saladin une bataille qui dura toute une journée.
Drfaiieties L'allc di'oite des Francs enfonça les Sarra-
clircliens. . , a i i ii- i
sins , et s empara même de la colline sur laquelle était la tente de Saladin. Le Soudan était vivement pressé, et si, dit un auteur arabe, « il eût été pris ou tué , toute l'armée con- » sternée aurait pris la fuite; heureusement, » ajoute-t-il, les Francs, apprenant que leur » aile gauche battue était en péril, volèrent à » son secours. » Saladin , ralliant ses troupes, poursuivit les croisés, et en ht un grand carnage.
Le même auteur prétend que le grand-maître des templiers fut pris, décapité, et que dix mille chrétiens, tous cavaliers, périrent
d'.Vcrc.
l'IULII'PE-AUGUSTE. ^O'S
dans celle sanglanlc journée. Trois femmes comb.atlaient dans leurs rangs.
Bientôt la foule des cadavres infecta Tair, et le rendit contagieux. Le sultan tomba malade : les émirs lui persuadèrent de fuir non l'ennemi vaincu, mais un fléau destructeur, elle siège d'Acre, investi par les chrétiens, devint pour les musulmans le résultat funeste de sa retraite.
Les historiens d'Angleterre et de France , s\é loin de confirmer ce récit, peut-être dicté par la vanité des Arabes, prétendent que la victoire resta indécise, et que le lendemain pourtant l'armée de Saladin parut céder l'honneur du triomphe aux croisés, puisqu'elle s'éloigna et n'opposa plus d'obstacles à leur marche; ils continuèrent paisiblement leur route, et investirent la ville d'Acre. JNFais là, ils trouvèrent une résistance égale par sa vigueur à l'ardeur de leurs attaques. Les assiégés repoussaient avec succès leurs assauts, et les fatif^uaient journellement par de fréquentes sorties.
Ce siège durait depuis deux ans. L'armée ivit chrétienne , affaiblie par de nombreux com- chréac'mlZ bats, épuisée par de continuels travaux, et frappée d'une contagion qui moissonnait ciiaque jour ses rangs, était en proie aux plus vives alarmes. Vainement les chrétiens avaient
(rcsse
4o4 rillLIlTE-AUGUSTE.
lait approcher des remparts trois liaïUcs (ouïs, qui, selon le récit des écrivains arabes, élaienl en bois, revêtues d'argile et couvertes d'uo cuir trempé dans le vinaigre.
Un musulman, venu de Damas, ayant rassemblé un grand nombre de matières inflammables, en composa une sorte de feu grégeois, dtTnt les assiégés lui permirent l'essai, sans lui accorder d'abord une f;rande confiance ; mais le succès passa leur attente. Les trois tours incendiées s'écroulèrent. La garnison, profilant de ce désastre, détruisit tous les travaux des assiégeans , et les contraignit de se renfermer dans leurs lignes. On voulut, dit l'auteur arabe, accorder à l'iiabitant de Damas une récompense proportionnée au service qu'il avait rendu; mais il la refusa, disant qu'il ii avait travaillé que pour la gloire de Dieu et de son prophète.
Les mêmes écrivains orientaux , qui mêlent trop fréquemment dans leurs récils les contes à l'histoire, disent qu'à cette époque une escadre sarrasine s'empara de plusieurs vaissea\ix portant mille guerriers francs, commandés par une princesse : ce qui est certain , c'est que l'armée chrétienne consternée se livrait aux plus vives alarmes.
Saladin était venu de nouveau l'attaquer, el ,
après une lutte sanglante, l'avait mise en drroute. « Neuf rangs de morts, dit l'historien » arabe , couvraient le terrain situé entre la » colline et la mer. Chaque rang offrait aux » regards plus de mille chrétiens immolés par » le fer des musulmans. ;>
Dans le même temps la garnison d'Acre avait a forcé le camp des croisés , et ne s'était retirée qu'après avoir fait un grand carnage des troupes qui le défendaient. Telle était la détresse de l'armée chrétienne , lorsque tout à coup son courage fut ranimé à la vue de l'oriflamme et du débarquement des troupes de Philippe, qui entra dans le camp des croisés le samedi de la semaine de Pâques *.
On respectait [)lus alors eu Orient la valeur des Français que leur puissance. Les Arabes, en parlant de Piiilippe , disaient u qu'il était >) illustre entre les rois chrétiens, quoique son » royaume ne fut pas compté au nombre des » grands empires. » Le roi d'Angleterre leur inspirait plus de craintes : « Richard, écri- » vaient-ils, Richard (Dieu le maudisse) est » l'homme de son temps le plus remarquable » par son courage, par son habileté et par la » subtilité de son ^énie. »
Bientôt l'activité du roi de France réveilla
rrivi'o du rui.
/^0C) l'IIll.ll'l'K-AUnUSTK.
l'espoir ot n'-paia les jxmIcs dos cliréticns ; on vit l'iiudacc succéder à l'ahattomciiL; les travaux furent repris, les fortifications n'-parées; on construisit de nouveaux ouvrages; do nouvelles tours, de nouvelles machines menacèrent les remparts. Los assiégés, dont le courage avait bravé les périls, le nombre et le temps, prévinrent les assauts par d'audacieuses sorties, renversèrent les ouvrages nouveaux, et incendièrent avec le fou grégeois les machines construites par les ingénieurs français. Le courage de rhi!ipj)o, onfianimé par cette attaque, opposa aux ennemis de plus ardens olforts, les contiaignit de se renfermer dans leurs murs, combla leurs fossés et parvint à ouvrir une brèche qui permettait Tassant; mais il avait promis au roi d'Angleterre de l'attendre avant de livrer cet assaut décisif, et il tint sa parole. Ce prince, en route depuis lon.g-temps , aurait déjà pu être arrivé; mais un léger contretemps et l'impatience de son caractère avaient retardé sa marche. Irrité do la perte de trois vaisseaux, qu'une escadre d'Isaac Comnène , roi de Chypre, lui avait pris, et brûlant de se venger, il débarqua dans celle île dont il se rendit maili-e. Comnène prisonnier se plaignit justement d'être traité en esclave ; Richard , accueillant ses j)laintes avec unv ironie ciuollo
nilT.Il'PE-AUGUSTE. l\0']
et, méprisante, le lit lier par des chaînes d'or.
Après avoir ainsi en courant conquis un royaume pour se venger, il arriva sous les murs d'Acre, et y trouva les esprits divisés par un nouveau sujet de discorde. La reine Sibylle venait de mourir. Montferrat prétendait à la couronne de Jérusalem, et voulait l'enlever à Lu8i.ojnan.
L'impétueux Richard , plus fait pour exciter des querelles que pour les apaiser, soutint hautement les piétcntions de Lusignan , et Philippe celles de Montferrat. Les Génois, les Allemands et les chevaliers du Temple embrassèrent le parti du roi de France ; les hospitaliei'S, les Flamands et les Pisans se déclarèrent pour Richard : ainsi les funestes querelles qui armaient depuis tant d'années dans l'Occident l'Angleterre contre la France, éclataient avec la même fureur en Asie.
La voix de la reliifrion et Tintérèt des deux peuples ne pouvaient suspendre cette haine nationale, accrue par la jalousie de deux rois également braves et également ambitieux. L'un ne voulait point de maître, et l'autre ne voulait point d'égal. Leurs trêves furent courtes , leurs traités peu sincères, et la mort seule mit fin à leur inimitié. l'om.Misar
Ces deux princes, dont les qualités, les dé- ac'uKi.ai'i.
^OS l'IIlI.IlM'F-AUGUSTK.
fauts et la jalousie cxrreèrcnt une si [jrandc influence sur les destinées de leurs peui)les, réunissaient en deux caractères opposés ces dons de la nature qui, dans un siècle chevaleresque et belliqueux , pouvaient le mieux exciter l'enthousiasme de leurs compagnons d'armes.
La taille de Philippe était élevée, son teint vermeil, ses cheveux blonds et frisés naturellement, son nez aquilin , son regard majestueux, quoique l'un de ses yeux fût terni par une taie légère; la douceur de son sourire et la gaîté de son expression rassuraient promptement ceux qu'intimidait au premier abord son maintien sévère; il se montrait adioit dans les exercices et brave jusqu'à la témérité. L'arbalète commençait alors à être fort en usage ; PI) i lippe méprisait cette arme comme favorable aux lâches. Capitaine actif et prudent, vigilant administrateur, politique adroit, ce monarque, généreux et magnifique, aimait la justice et protégeait les lettres. Les défauts qui déparaient ces grandes qualités étaient un vif penchant à la colère, des passions trop ardentes, et on dut lui leprocher avec raison les moyens trop oppressifs qu'il employa pour tirer de ses peuples l'argent nécessaire à l'exécution de ses vastes desseins; mais comme il
reconquit la moitié de la France, ses succès en firent oublier le prix.
Son rival Piichard , qui arrêta long-temps sa marche triomplinle, était plus fait pour être craint que pour être aimé. La régularité de ses traits frappait les regards; mais la couleur blonde et ardente de ses cheveux annonçait au premier coup d'œil la fougue de son caractère. Grand par quelques veitus, il était même encore grand dans ses vices, car il les couvrait d'un funeste éclat qui éblouit trop souvent le vulp;aire.
Insatiable dans son ambition, plus guerrier même que Philippe, il arrachait à la fortune les faveurs que le roi de France n'en obtenait que par sa constance. Piompt à tirer parti de ses succès et à se relever de ses défaites, il poussait la magnificence jusqu'à la prodigalité. Fier, emporté, présonqitueux , téméraire, il se montrait sans frein dans les combats comme dans ses débauches.
Le sort, en créant à la fois ces deux princes, parut vouloir faire briller dans ces ténèbres de l'anarchie féodale deux llambeaux , l'un en France pour éclairer le monde, et l'autre en Angleterre pour l'embraser.
Les prétentions opposées de Montferrat et de Lusignan au trône de Jérusalem, n'étaient
'jto l'IULIPPE-AUGUSTF..
|»:is alors la s(mi1o cause des discordes (jui s'élevaient entre Philippe et lliehard. Le roi de France exigeait , en vertu des conventions précédentes, relatives à la croisade, que le monar(jue anglais lui cédât la moitié de Tile de Cliypre. De son côté, Richard voulait que Philip[)e lui remît la moitié des trésors du comte de Flandre qui venait de mourir, et dont le roi de France s'était emparé.
T.rm A la honte des chrétiens et à la grande
mnld.lic. . . . .
joie des musulmans , les princes et les seigneurs de leurs partis étaient au moment de vider cette querelle par les armes. La nature, plus puissante que tous les conciliateurs, mit seule un frein à leur fougueuse passion. Les deux rois, succombant à la fatigue et à la chaleur du climat, tombèrent gravement malades, perdirent une partie de leur fureur avec leurs forces, ajouinèrent leur différend jusqu'à la fin du siège d'Acre'*', et convinrent qu'en attendant cette époque, ils rempliraient religieusement les devoirs de frères d'armes, et que chaque jour l'un des deux rois dirigerait les attaques contre la ville, tandis que l'autre s'opposerait à celles de Saladin, et se chargerait de la défense des lignes.
l'icmioi- -mil
asiaui Dès (jue les deux monarques ])uienl (juil-
l'HILIPPE-AUGUSTE. 4^1
tf^r leurs tentes et reprendre la lance, ils s'approchèrent des remparts et livrèrent un assaut, où Ton déploya des deux côtés ce courage impétueux qui n'éclate jamais avec plus d'ardeur que dans les guerres religieuses. Les boucliers et les cimeterres musulmans n'auraient peutêtre pas résisté aux glaives, aux haches, aux masses d'armes des croisés; mais, malgré leur opiniâtreté, ceux-ci furent obligés de céder avec une grande perte d'hommes à la violence du feu grégeois que les assiégés lançaient sur eux de toutes parts. Albéric Clément, maréchal de France, périt dans ce combat '*'.
Après de longs et vains efforts, Philippe, qui ce jour-là dirigeait l'attaque , se vit contraint de céder au sort et de faire sonner la retraite. Cependant les ingénieurs français étaient parvenus, par des travaux souterrains, <à miner une tour qu'on nommait la tour maudite. Bientôt elle s'écroule avec fracas et ouvre en tombant une larp;e brèche.
Les deux émirs sarrasins , Mestoc et Caracos, qui commandaient dans la ville, perdant par ce désastre tout espoir de salut, envoient des députés aux rois et leur proposent une capitulation honorable. Caracos était premier ministre de Saladin. Ce fut lui qui fit creuser
iif)i.
liiiii nliisri'.
/|I2 l'IIlLIPPE-AUGUSTE.
le puils (le Joseph vt entoura le Caire de imi~ l'uillcs.
c.piiui;.- Les monarques refusent la capitulation proposée , et ne veulent même promettre d'accorder la vie aux assiégés que si Jérusalem et la croix de Jésus-Christ leur sont préalablement rendues par les musulmans; ils exijjent de plus la liberté de tous les esclaves clirétiens.
Les émirs, consternés de ce relus, demandèrent au moins trois jours de trêve pour avoir le temps de consulter Saladin. Ce délai fut accordé; mais le fier Soudan refusa de souscrire à ces humiliantes conditions ; en même temps il promit aux émirs d'attaquer pendant la nuit le camp des chrétiens, afin de donner à la garnison sarrasine la facilité de se sauver par la brèche à la faveur du désordre que produirait ce combat.
Les croisés furent avertis de ce projet par un espion chrétien, et, profitant de cet avis, ils se tinrent en garde contre toute surprise.
Dès que la nuit répandit ses ombres sur la terre, Saladin se précipita brusquement sur le camp chrétien, et dans le même moment les assiégés s'élancèrent hors de la brèche ; mais des deux côtés ils trouvèrent les chrétiens préparés à les combattre. Après une lutte sanglante, les Sarrasins furent contraints de
l'IlILirPL-AUGUSTE. 4'^
rentrer dans leurs murailles, et Saladin, pour la première fois vaincu , ordonna, eu frémissant, la retraite.
Le lendemain les Français et les Anpdais , Nouvram ])lus animés que fatigués par ce combat glorieux, marchèrent à l'assaut, et les émirs obtinrent encore par leurs supplications que , ])our éviter l'effusion du sang et la ruine de la ville, on leur permit d'aller trouver Saladin. L'orgueil du Soudan était abaissé par ses défaites; il proposa aux monarques de leur rendre Jérusalem, la sainte croix et toutes les villes qu'il avait conquises, à condition que les croisés lui prêteraient vingt mille hommes pour combattre avec lui les tils du sultan Noradin , qui s'elforcaient alors de lui enlever rÊgyple.
En ne consultant que la raison et la politique, il est impossible de concevoir les motifs ([ui po ri ère ut les rois de France et d'Angleterre a refuser des conditions si avantageuses. Le fanatisme peut seul l'expliquer. En acceptant ces propositions, le succès complet de la croisade était assuré, Jérusalem reconquise, le tombeau du Christ délivré,- mais on ne cru( pas pouvoir sans crime prêter à l'étendard de Mahomet contre les musulmans le secours des guerriers de la croix.
Toute conférence étant ainsi rompue, h'
/|l4 J'IIIT.ll'lMÎ-AUGUSTF..
si.;;nal de l'assaut est de nouveau donné , cl les Sairasius, sans espoir, nmis décidés a péiir avec honneur, jurent « qu'ils défendront la » ville comme le lion défend son antre ensan- » glanté. » Ils se rassemblent sur la brèche et n'opposent à une foule innomhiable d'assaillans qu'un petit nombre de soldats épuisés de capiiu- fatigue et couverts de blessures. Le sanf^ allait
l.l.on ae- f • ,, , p -, i
loidée. couler; mais, à 1 aspect de celte faible troupe d'ennemis intrépides qui se présentaient à leurs regar('f? plutôt comme martyrs que comme (jueiriers, les deux rois, touchés de la bravoure et de l'infortune de ces vaillans Sarrasins, suspendent l'attaque et consentent à la capitulation *.
On accorda la vie aux assiégés; la ville fut rendue, la sainte croix promise; mille chrétiens, ])armi lesquels devaient se trouver deux cents Aobles, et qui devaient être désignés par le roi, obtinrent leur liberté. La garnison resta piisonniùre de guerre jusqu'à l'exécution du traité, et Saladin paya deux cent mille besans d'or pour les frais du siège.
Les monarcjues français et anglais se partatagèrent le commandement de la ville, ainsi que tous les trésors qu'elle renfermait. On n'en distribua aucune partie aux deux armées; cet
nilLlPPE-AUGUSTE. 4'^
acte d'avarice eut pour résultat un grand mécontentement parmi les troupes et de nombreuses désertions.
Drop^on de Merlon fut nommé commandant
dans la ville française , et Hugues de Gournay dans la ville anglaise.
Après une si importante conquête, qui re- Proin levait la fortune et l'espoir des chrétiens, on riiiiippe. devait penser (ju'un pareil succès serait suivi j)romptement d'une plus grande entreprise, et que, profitant de la diversion opérée en Egvp(e par des rebelles, les croisés dirigeraient, sans perdre de temps, leurs armées contre Jérusalem, puisque sa conquête devait être leur unique but. INIais la longueur du siège , la fatigue , la perte d'un grand nombre de seigneurs français, de braves guerriers, et surtout enfin la continuité des discordes et la fougue du caractère de Richard , avaient refroidi l'ardeur de riiilippe pour la guerre de la Palestine, Atteint par une maladie violente qui lui avait fait perdre les cheveux, les ongles, et attaquait encore son épidémie, il éprouvait une langueur que l'air natal ])ouvait seul guérir. Bien(ùt il déclara son ferme dessein de retourner en France. Vainement Richard multiplia ses eiforis pour le détourner de celle résolution.
/| l() IMIJLIM'K-AUGllSTF.
riiilippc, 'd'ujji'i par une trop àpio riv.ililr, croyait quo ses ennemis avaient nièlé (juehjiie poison aux remèdes qu'on lui administrait; et, tourmenté parce soupçon, (jui cependant n'était appuyé d'aucune preuve, rien ne pul le faire renoncer à son projet de départ.
Il nous est impossible aujourd'hui de porter un jup;ement décisif sur les querelles de ces deux célèbres rivaux , et de prononcer entre les auteurs anglais qui donnent à cette occasion tous les torts à Philippe, et les historiens français qui accusent et condamnent exclusivement Piichard. Tous deux étaient ambitieux et jaloux. La suite de leurs actions prouva seulement que Philippe était plus dissimulé, j)lus politique, Piichard plus emporté et plus vindicatif. L'un ne se montra jamais que sévère; l'autre, entraîné par ses passions, fut souvent cruel et san(juin;iire.
Au reste, il est probable que, Richard, par sa bouillante témérité, excitant à un plus haut degré que son rival l'enthousiasme des guerriers dans les combats, et Philippe le surpassant d'un antre coté par son habileté en administration et en politique, le roi d'Angleterre dut poursuivre avec plus d'opiniâtreté l'aventureuse entreprise dans laquelle il s'était engagé; tandis que (ont portait le roi de France
à revenir dans une patrie dont il était appelé à rétablir la puissance et la fortune.
Avant de se séparer, les deux monarques jugèrent le grand procès de Lusignan et de Montferrat; ils décidèrent que le premier garderait pendant sa vie le sceptre de Jérusalem avec les comtés de Jaffa et de Césarée. Après sa mort Montferrat devait hériter de la couronne, et réserver seulement les deux comtés aux en fans de Lusignan.
Philippe, en s'éloignant, laissa dix mille son ^mbar
F* 1 1 I ' ' 1 QUCOlCUt.
ranoais dans le camp des croises , sous les
ordres d'Eudes de Bourgogne, et il fit serment à Richard de ne rien entreprendre pendant son absence contre ses États. Après avoir réglé tous ces points importans, le roi s'embarqua pour la France, descendit d'abord en Italie, et s'arrêta quelques jours à Rome ; il y reçut du pape Célestin lll l'accueil dû à son nom, à son rang, à sa gloire.
Cependant on peut croire que Philippe, en visitant Rome, cédait plus à ses passions qu'à une juste curiosité ou à un zèle religieux : car il pria le pape Célestin lll de le relever du serment qu'il avait fait à Richard de ne point attaquer ses possessions pendant que ce prince resterait en Palestine. Le monarque éprouva du pontife un refus aussi humiliant que mé- 4- 37
/^i8 rniLippE-Aur.usTK.
rilé. On serait tentô de regarder cette accusation de plusieurs historiens contre un (^rand roi comme calomnieuse; mais par mallieur ses actions ne tardèrent pas à la confirmer. ■Son arrivée Philippe rcutra dans son royaume le jour de
eu Frauce. y • -/ . • ,
]\oël *; il ny rapporta de sa guerre chevaleresque qu'un laurier stérile , payé trop cher et arrosé de trop de sang. Cédant encore , au moment de son retour, à des conseils fanatiques, il fit, dit-on, brûler, à Bray-sur-Seine, quatre-vingts juifs accusés d'avoir couronné d'épines et crucifié un chrétien.
Trii.usdos Chaque siècle a ses faiblesses, ses passions,
Assissins ou * ' i '
Assassins, gcs crreurs, et pour ainsi dire ses maladies. A l'époque des croisades, un bruit général était partout accrédité; on croyait qu'en Asie, près du mont Liban, il existait quelques tribus de l'antique Phénicie, qu'on nommait dans leur langue ^ssissinSy et que les Français appelèrent Jssassius. Leur gouvernement, disait-on, Leur ciiof, était théocratique. Leur chef, révéré par elles
le Vieux de
la montayiie comme un dieu, et connu sous le nom de Vieux de la montagne , dominait tellement par le fanatisme religieux les esprits de ses malheureux sujets, que ces esclaves infortunés, prêts à sacrifier leur vie pour obéir à leur maître, étaient fermement persuadés qu'ils en-
traient dans le paradis dès qu'ils mouraient pour exécuter ses ordres.
Lorsque Pvichard était resté seul en Pales- Meurtre
1 atlrihiu' a
tine, le marquis de Montferrat, son ennemi, i^^^^i'^'a. mourut, et le vulgaire crut que , le roi d'Angleterre s'étant concilié l'amitié du Vieux de la montagne , un agent trop fidèle de ce tyran avait poignardé ^lontferrat. Voici ce que raconte à ce sujet un historien arabe : « Le mar- >) quis de Montferrat, dit-il, mourut assassiné » par un émissaire du chef ismaélite de Syrie , » nommé Sénan. Saladin lui avait promis dix » mille écus d'or pour faire périr Montferrat » et Richard. Mais Sénan crut que la mort du » roi d'Angleterre serait contraire à ses inté- » rets. iNïontfcrrat seul périt, et les Francs at- » tribuèrent ce meurtre à Richard. »
Ouoi qu'il en soit, il paraît certain que Phi- t^ ma=!lippe, également haï par Richard, craignit dePi.ii.pi>e d'éprouver le même sort, et que, pour se garantir des poignards du théocrate asiatique, il se forma une compagnie de gardes nommés massiers, parce qu'ils portaient des masses de fer. Cette garde veillait jour et nuit à sa sûreté. Cependant, comme les mêmes auteurs assurent que Philippe, après avoir pris de plus amples informations, reconnut que les bruits semé§ contre Piichard étaient mal fondés, on
/\20 l'IIII.IPPE-AUGUSTE.
peut penser que le roi de France, eu se créant le prcniior une garde, n'avait feint de craindre le A ieux de la montaguc que pour se défendre d'un péril plus réel alors, de l'audace danp'ereuse des seigneurs turbulens dont il abaissait l'orgueil et le pouvoir.
Tonqeancc Lc Tol d'An.<i;leterre , malp:ré son opiniâtre xoi , l'A ngit- désir de reconnuérir Jérusalem, fut bientôt
terre. r , , .
lorcé de renoncer à cette entreprise. Saladin avait refusé d'exécuter la capitulation d'Acre. La vengeance de Fiicbard fut féroce. Il fit décapiter six mille prisonniers *.
R«- La mort d'un .o;rand nombre d'esclaves chré-
prc'saïUes. ^
tiens, ordonnée par le Soudan, punit ce crime
et le surpassa. Ces meurtres et ces représailles
rendirent laliaine et la puerre des Sarrasins et
des croisés plus furieuses et plus implacables; ils se livrèrent de nombreux combats. Rcprispaes Les Arabes accusaient les cbrétiens d'avoir
liosUlitcs,
violé la caj)itula(ion ; ils marchèrent en force pour s'emparer de Césarée; mais ils furent repoussés par les Francs. Saladin, pour se venger de cet échec , rasa la ville d'Ascalon. Le roi d'Angleterre, à la tête de l'armée chrétienne, marcha contre le Soudan, et lui livra bataille près de JafRi.
Dans cette action Ftichard, j)ar sou iutrépi-
PHÎLIPPE-AUGUSTE. 4^1
dite et par des faits d'armes presque fabuleux, accrut sa gloire. On dit qu'au milieu de cette mêlée sanglante ce prince, qui s'exposait au péril avec plus d'ardeur que tous ses compagnons d'armes, sévit entouré et au moment de perdre la vie ou la liberté. Le dévouement d'un chevalier anglais le sauva. Ce chevalier se couvrit de l'armure royale, et fut pris à la place du monarque.
Les auteurs musulmans assurent qu'à la suite de cette bataille, Richard entra en négociations avec le soudan, et convint de donner sa sœur en mariage à Malek-Adel, frère de Saladin, à condition que cette princesse recevrait pour dot Jérusalem et plusieurs villes de la côte. Ils ajoutent que ce traité fut conclu, mais que le clergé chrétien n'en permit pas rexécution». Après une entrevue sans résultat entre Malek- Adel et Richard, les hostilités recommencèrent. Ce fut à cette époque (ju'on apprit dans le camp des croisés la mort de ^lont ferrât.
Une nombreuse armée arrivait d'Kgypte pour renforcer celle de Saladin. Richard la combattit, la défit, et s'empara, près d'Iïébron , d'un riche convoi. 11 s'approcha ensuite de Jérusalem; mais il la trouva trop bien défendue pour conserver l'espoir de /en rendre maître. Cependant il y serait parvenu sans la fougue de
42 2 rilILIPPE-AUGUSTE.
son carnchVc. La (garnison nr.j^ociait cl ne lui doniandait que la vie ; il la lui refusa. Ce désespoir lit renaître le courage , et l'occasion ^fut perdue.
Tiaii.; HMc Bientôt il apprit que les troupes de Saladin
le Soudan. . , , „ . , . ,
étaient entrées dans Jatla, et assiégeaient la citadelle. L'infatigable Richard y courut et la délivra; mais après ce dernier exploit, apprenant que son frère le prince Jean et le roi Philippe se liguaient en Europe pour le dépouiller de ses États, et fatigué des nouvelles dissensions survenues entre les chefs de la croisade , il conclut avec le Soudan un traité désavantageux pour les chrétiens.
Par ce traité on convint que les Latins posséderaient toute la côte de JaiTa jusqu'à Tyr, que tous les pèlerins seraient libres de visiter Jérusalem, qu'Ascalon, la clef de l'Egypte, et appelée par les Arabes réponse de Syrie y serait de nouveau démolie. Richard renonça à la restitution de la vraie croix comme à la délivrance du tombeau de Jésus -Christ, principaux buts de tant de combats. Lusignan , dépouillé de son rovaume, obtint celui de Chypre, qu'il acheta des templiers. Henri, comte de Champagne, devint roi de la Palestine en se mariant à la princesse Isabelle, qui avait transmis successivement à trois époux ce trône de
Jérusalem sur lequel aucun d'eux n'avait pu monter.
Le duc de Bourgogne, dégoûté comme Richard de tant de travaux et d'exploits inutiles, était au moment de quitter la Palestine; mais^ une mort imprévue y termina ses jours. Les autres chefs des croisés allèrent visiter en pèlerins la ville sainte, dans laquelle ils n'espéraient plus entrer en conquérans. Six cent mille chrétiens avaient quitté leur patrie pour entreprendre cette troisième croisade. L'Europe revit à peine cent mille de ces guerriers.
Le roi d'Anrrleterre souscrivit avec déses- Retour poiraux conditions que lui dictait Saladin; il «lans ses
. . .... Jttals.
sentit en frémissant quil fallait renoncer à des conquêtes lointaines pour défendre son propre trône, et mettre fin aux aventures d'un chevalier pour remplir les devoirs d'un roi ; il s'embarqua donc pour retourner en Occident.
Peu de temps après le départ de Richard, Mon le célèbre Saladin, au retour d'une chasse qu'il avait faite avec son frère INLiIck-Adel , fut attaqué d'une fièvre violente qui termina sa vie *. Il était âgé de cinquante-sept ans, il en avait régné vingt-quatre en Egypte et dix-neuf en Syrie. Ce fameux conquérant de tant de vas-
/j24 PHILIPPE-AUGUSTE.
tes États ne laissa dans son trésor que quarante-sept pièces d'argent, valant à peu près trente-sept francs de notre monnaie.
Les musulmans vantaient sa clémence autant que son génie, a Avec Saladin, ditEmad- » dedin, son secrétaire, moururent les grands » hommes ; avec lui disparurent les gens de )) mérite; les bienfaits passèrent de mode,- les )) médians se trouvèrent à Taise; toute idée de )) bonheur s'effaça; la terre se couvrit de té- » nèbres ; le siècle eut à pleurer son phénix , » et l'islamisme perdit son soutien. Les dissen- » sions élevées entre les dix-sept fils que Sa- » ladin laissa , anéantirent dans sa naissance le » vaste empire que son génie voulait fonder. >j
^>>9>^>>»>>>£»>>>>>»>>Xi<i^.â <«$«.«<«$ e<.«.«g<$