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chercherent le plus constamment a étendre la cent m. domination du Saint- Siép;e et à l'élever au-
dessus des trônes , redoutait l'accroissement du pouvoir de Pliilippe- car ce prince savait montrer tour à tour autant de fermeté contre l'ambition du clergé que de zèle pour la religion. Voulant donc empêcher que l'équilibre ne se rompit entre la France et l'Angleterre, non-seulement il s'ofTritpour médiateur, mais , usurpant le pouvoir souverain , il osa convoquer en France une assemblée sans avoir demandé le consentement du roi ^.
Cette audace excita le courroux de Philippe sans égarer sa prudence ; et , quoiqu'il reçût des lettres du duc de Bourgogne et des comtes de Nevers et de Soissons, qui le pressaient de réprimer avec éclat une entreprise si hardie, le roi, qui connaissait son siècle et l'esprit des peuples , ménagea le pape , ne voulut point rompre avec lui, et cependant continua, malgré ses prières et ses menaces , à poursuivre vivement ses avantages.
Description II cxistalt alors un château que l'art et la ' Gaillard" nature réunis semblaient rendre imprenable. Richard-Cœur-de-Lion , connaissant l'importance de sa position, l'avait fortifié à grands frais. Il le re.q:ardait comme le boulevard de la Normandie ; il lui avait donné le nom de château Gaillard, et disait « qu'à l'abri de cette
PHILIPPE-AUGDSTE. 4?^
» barrière, il prétendait se rire de tous les cf- » forts de la France. »
Ce château , situé sur un roc escarpé , entouré de précipices, était défendu par un double fossé creusé dans le roc , et par deux bras d'une rivière profonde, qui en faisaient une presqu'île ; on ne pouvait y arriver que par une étroite chaussée. La garnison, à l'abri de ces fortifications multipliées, se voyait hors d'atteinte des machines de guerre, et le rocher sur lequel s'élevait cette forteresse bravait tous les efforts du bélier.
Malgré tous ces obstacles, Philippe conçut siège
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1 espoir de s en rendre maître. Dès que la place tccuittau. fut investie, méprisant la grêle de traits qu'on lançait de toutes parts sur lui , il parvint à construire un pont sur la rivière, et fit approcher des retranchemens de hautes tours de bois élevées sur des bateaux ; ces tours dominaient le château.
Le roi, devenu trop confiant par ce premier succès, risque une vive attaque, arrache les palissades, et s'efforce en vain de franchir les fossés. Dans ce combat inégal , les assiégés , favorisés par lear position , repoussèrent les assaillans, et l'opiniâtre courage des Français rendit leur défaite plus sanglante.
Philippe se vit contraint de se retirer, après
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avoir perdu dans cette action ses plus braves guerriers ; éclairé par ce revers , il attendit du temps et de la famine ce qu'il ne pouvait plus espérer de la force. Le siège fut change en blocus : bientôt une alfreuse disette réduisit les assiégés au désespoir, tandis que l'abondance régnait dans le camp du roi.
Secours Jean, n'osant pas lui-même combattre Phiassièges, lippe , envoya au secours du château (juillaume-le-Maréchal, un de ses meilleurs capitaines , à la tète de trois mille cavaliers , de quatre mille hommes d'infanterie , et d'un p;rand nombre de côtereaux. Une flottille considérable portait une partie de ces troupes. Désastre JL,cs mouvemeus du frénéral an.f^lais furent
ilansrarmc'e ^ ,
irançaise. gî prompts ct sl sccrcts , que Philippe n'eut
aucune nouvelle du danger qui le menaçait.
Son armée , surprise et attaquée pendant la
nuit, fut frappée de terreur; dans ce désordre
une partie des soldats prit la fuite, l'autre se
noya.
Drfaiie Cependant Guillaume des Barres , Gaucher
de Boulogne, Mathieu de Montmorency, par
des prodiges de valeur, étonnent l'ennemi, le
forcent de s'arrêter et rallient les Français ;
Philippe se joint à eux. Les paroles, l'exemple
de leur roi , réveillent tous les courages. La
honte d'avoir fui semble donner plus d'ardeur
à leur vaillance ; ils se précipitent sur les Anglais , les enfoncent et dispersent tous ceux qui ne tombent pas sous leurs coups.
Pendant ce temps la flottille ennemie attaquait le pont et s'efforçait de le détruire; mais les Français qui le défendaient fracassèrent la plupart des vaisseaux en leur lançant d'énormes poutres. Le reste prit la fuite; la victoire fut complète.
Peu de jours après , un plongeur fameux, Capiiuia- (jobert de iMantes, passa la rivière entre deux vuie. eaux , en traînant après lui des pots de fer remplis de matières inflammables. Arrivé ainsi à l'autre bord sans être aperçu, il mit liardiment le feu aux palissades; la flamme se communiqua rapidement aux bàtimens voisins.
Philippe, profitant de l'effroi qu'inspirait cet incendie, s'empara des dehors du château. La ville capitula, et la garnison se réfugia dans la citadelle.
Le comte de Leicester commandait cette DofenseHe troupe. Se trouvant dépourvu de vivres, il fit pai Loi-
ccstcr
sortir deux mille bouches inutiles. Les vieillards , les femmes , les enfans , qui composaient cette foule de victimes, chassés de leurs foyers, repoussés par les assiégeans, offrirent alors un spectacle épouvantable : épuisés par la faim , trouvant leurs concitoyens et leurs
/|yG PniLIPPE-AUGUSTE.
ennemis ("gaiement inexorables à leurs ciis , a leurs gëmissemens , presque tous succombèrent, les uns au besoin, les autres au désespoir.
Pendant ce temps les ingénieurs français travaillaient à miner une tour ; cette tour tombe , et sa cbute devient le signal de l'assaut.
Philippe avait à sa solde un corps de Brabançons. Leur intrépide chef, nommé Cadoc, plante le premier l'étendard français sur le rempart. Le gouverneur vaincu, mais non découragé, se retira derrière un dernier retranchement, après avoir incendié lui-même les bàtimens voisins de la tour écroulée.
Une maison bâtie par le roi Richard restait seule encore debout au milieu de ces ruines, et sur le bord du fossé. Un jeune guerrier français, Pierre Bogis, dont la témérité illustra le nom , descend la nuit , avec quelquesuns de ses compagnons, dans le fossé. Monté sur leurs épaules, il parvient à atteindre une fenêtre de la maison de Richard, et tire à lui ses camarades , au moyen de cordes dont i s'était muni ; bientôt ils s'y trouvèrent deux cents , nombre égal à celui des guerriers anglais échappés aux périls et aux fatigues de ce siège mémorable. Le combat entr'eux fut long
et acharné. Mais, lorsque la victoire était en- victoire core indécise , un dernier pan de muraille étant tombé, Philippe accourut à la tète d'un corps de guerriers d'élite, ne laissa plus aux Anglais aucun espoir de salut ni de résistance, et le brave Leicester se rendit *.
La chute d'une forteresse, que dans ce temps on regardait comme imprenable, accrut la renommée de Philippe, et inspira, dans ce siècle belliqueux, autant de respect pour lui que de mépris pour le roi Jean , qui restait avec indolence, à Piouen, tranquille témoin de ce désastre.
Irrités de sa lâcheté, la plupart des barons Réunion
, , ,, , , , f , de la îSor-
anglais l abandonnèrent. Le mécontentement n.andio à la
. . France.
des JNormands éclata avec violence, et ce mible roi se retira en Angleterre , après avoir fait raser les fortifications des villes normandes qu'il possédait encore , Evreux , Coutances , Bayeux et Caen : ainsi leurs portes s'ouvrirent sans résistance à Philippe. Après de faibles efforts, Arques, Verneuil, Rouen capitulèrent, et la prise d'un seul château entraîna ainsi la conquête de toute la Normandie. Cette province, perdue en 912 par Charles-le-Simple , fut reprise et réunie à la couronne de France par Philippe-Auguste, en 1204.
/^-•S niILIPl'K-AUGUSTE.
Autrrs Le roi savait que la sagesso peut seule rendeHniippe. (Ipe (lural)les les faveurs de la fortune, et qu'il faut que les peuples conquis soient heureux pour qu'ils restent soumis. Il promit aux Normands la conservation de leurs lois et de leurs coutumes; il ajouta seulement la peine du talion aux dispositions pénales de leurs lois. Assuré de leur tranquillité , et poursuivant le cours de ses triomphes, il porta ses forces en Touraine, dans le Poitou, et se rendit maître de Tours ainsi que de Poitiers. L'année suivante, il s'empara de Loches et pritChinon '*'. Guy, duc de Bretagne, venait de se lier par un traité avec le roi d'Angleterre. Philippe, pour le punir, lui enleva Nantes et le contraignit à se soumettre.
Lâciie fuiie Cependant le roi d'Angleterre, forcé par les
et rolourile . . .
Jean en An- plaintes, par les sanglans reprociies de ses vas-
*'icltrrc.
saux à montrer quelque omhre de courage, conduisit son armée à la Rochelle , s'approcha de la Loire , et reprit Angers **. Bientôt le rapide Philippe fut en sa présence et lui offrit le comhat. Jean, incapahle d'affronter le hasard d'une bataille , demanda une conférence ; mais, au moment où Philippe s'y rendait, le roi d'Angleterre prit la fuite et retourna dans ses États , plus honteusement que s'il eût
* iao5. ** 120G.
été vaincu. Réduit à supplier au lieu de combattre, il obtint du monarque français une trêve de deux ans. Cette trêve bumiliante ne rendait au prince anglais ni place ni renom , laissait à Philippe ses conquêtes et lui donnait le temps de réparer ses forces.
La p:loire des hommes et la destinée des États ne peuvent s'aifranchir totalement de rinfluence de la fortune. Si le vaillant Richard eût occupé plus long-temps le trône d'Angleterre, il est probable que la France n'aurait pas recouvré ses provinces perdues , et nous ne compterions peut-être pas aujourd'hui Philippe-Auguste au nombre de nos plus grands monarques.
Ce conquérant dut une grande partie de ses Hai.ii.ié succès a i imperitie et a la pusillanimité de Jean -sans -Terre. Son principal mérite, et c'en est un assez rare, fut de savoir profiter habilement des chances que lui ollVait le sort. Bientôt il y ajouta une gloire où le hasard contribua moins, celle de sauver la monarchie, en triomphant d'une ligue que la jalousie des plus puissans princes de l'Europe forma et arma contre lui.
On devrait, pour apprécier avec justice le son caractère de cet illustre roi, distinguer en lui deux hommes dilTérens. Philippe, dans sa jeu-
Zj80 l'IIITJl'PK-AUGUSTE.
nessc, ne mérita presque d'éloges que par son intrépidité : formé aux combats par son père , il se montrait Tun des plus braves entre tous les preux; c'était un dij^ne chevalier, ce n'était pas encore un liabilc monarque. Entouré de factieux qui se disputaient sa tutelle, forcé de négocier ou de combattre contre son oncle et contre sa mère que soutenaient de grands vassaux et que protégeaient les forces de Henri II, sans trésors et presque sans troupes, entraîné par les passions de son âge et par les erreurs de son siècle, il persécuta cruellement les juifs pour satisfaire la superstition et pour ."•rossir son fisc. Séduit par un zèle relif^ieux trop ardent et par l'amour d'une gloire aventureuse, il courut à la tête de cent mille Français en Palestine , dans cette terre fatale où tant d'Européens trouvèrent leur tombeau , dans l'espoir de reconquérir celui de Dieu.
Jaloux des exploits de Richard qui le haïssait, et corrompu par les exemples de perfidie de ce rival et des autres princes de cette époque, il imita leur mauvaise foi, et viola comme eux ses sermens. Époux d'une reine belle et vertueuse, il s'en dégoûta sans motif dès le premier jour de leur union , la répudia, s'enllamma pour Agnès, persista avec opiniâtreté dans un engagement contraire aux lois, à la
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morale, à la saine politique, et, forcé enfin de céder au vœu général , il renvoya Agnès , reprit Ingelburge et fit ainsi tour à tour de ces deux femmes deux victimes.
Ce même Philippe, mûri par l'âge, instruit par l'expérience, rendu à ses devoirs, délivré d'un rival dont la fournie irritait son or.o-ueil en arrêtant à chaque pas le char de sa fortune, ce même Philippe, dis -je, développant alors un autre caractère, montra aux yeux de l'Europe étonnée un politique habile , un administrateur éclairé , un prince généreux , un négociateur adroit, un général prudent, un conquérant rapide.
Les ambitieux trouvèrent en lui un écueil, les opprimés un appui ; il rendit à la France son ancien éclat, des lumières nouvelles, une sécurité inconnue; enfin, sur 1rs débris de la puissance anglaise et de raiiarcliic féodale, il releva le trône des Francs , et le plaça au-dessus de tous ceux qui se partageaient alors l'Europe. Pour atteindre ce noble but, il fallait autant de constance que de courage. Aussi sa vie fut une lutte continuelle contre les ennemis de son sceptre, contre les erreurs de son siècle et contre les rivaux de sa puissance.
Deux croisades furent encore entreprises sous son règne par le délire du temps. L'une 4. 3.
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donna un nouveau lustre à la France , par la fondation de l'empire latin en Orient et p;»r l'élection d'un seigneur français au trône de Constantinoplc. Philippe , sans se laisser entraîner à cette lointaine expédition, en profita, et l'éloignement de plusieurs grands vassaux ambitieux le délivra d'ennemis redoutables. L'autre croisade, honteuse pour l'humanité, scandaleuse pour la religion, arma des chrétiens contre des chrétiens, naquit de l'erreui-, s'aigrit par le fanatisme, se nourrit par la haine et par l'ambition, s'enflamma par la cu})idité, et fit du midi de la France un théâtre de crimes, de carnafie et de dévastation.
Il aurait été impossible à Philippe de réprimer ces passions fougueuses que le clergé devait condamner et qu'il excita. Comment le sceptre aurait- il pu imposer la paix, lorsque c'était au nom de la croix qu'on déclarait la guerre , et lorsqu'en invoquant un dieu d'amour et de charité, les évêques, les prélats, les abbés, les prêtres, les moines, les princes, les barons et les chevaliers se proscrivaient , se persécutaient, se dépouillaient et se déchiraient avec un acharnement dont les annales des folies humaines offrent peu d'exemples.
Le roi de France, ne pouvant résister à ce torrent, eut au moins la sagesse de ne point
s'y laisser emporter. Trop prudent pour s'exposer aux accusations d'hérésie, voile si favorable à l'envie , et trop humain pour chercher une horrible gloire dans ces affreux massacres, il ne donna aux croisés que les faibles secours dont la politique lui interdisait le refus, et, laissant ses barons, fanatiques autant qu'ambitieux, se combattre et se détruire pour de vils intérêts couverts d'un masque pieux , il ne s'occupa que de l'intérêt national , chassa les Anglais de la France, triompiia des Allemands, et plaça même quelque temps la couronne d'Angleterre sur le front de son fils, couronne qu'il aurait conservée sans les intrigues de la cour de Rome ; car dans ce siècle elle voulait et savait à son gré déposer et relever les rois, donner des sceptres et les briser.