‹ Histoire des Capétiens, rois de FranceChapitre 6 sur 24 · I02 HENRI · texte numérisé non relu

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voir si, à son retour dans ses États, il aurait persiste dans son humilité chrétienne, ou s'il aurait retrouvé son orgueil féodal,- la mort l'arrêta, lorsqu'il revenait dans sa patrie.

Son fils , Geoffroi-Martel , signalant autrement sa piété, prit pour étendaid la chasse de saint Martin de Tours, faisant servir ainsi les reliques du saint aux succès de son amhition. Cet usage devenait partout presque général : les seigneurs déployèrent dans leurs guerres continuelles , ou plutôt dans leurs brigandages, les bannières de leurs églises, et ce fut comme comtes de Vexin que nos rois prirent pour étendard l'oriflamme de l'abbaye de Saint- Denis.

Reiraiic Jusquc-là tout avait cédé aux armes de Geof- Maïki.ians froi-MartcI; mais sa fortune fut arrêtée par le

un nionas- . . i i i ivT T

tère, genic naissant du duc de INormandie, qui, pendant trois années, repoussa victorieusement ses efforts. Après celte vaine tentative, le comte d'Anjou , fatigué de guerre et de gloire, se retira dans un monastère, où il vécut encore quatorze ans. 11 était alors commun de voir les guerriers les plus turbulens et les plus sanguinaires passer rapidement d'un excès à un autre, et, cachés sous le froc, expier, par le silence et l'oubli du cloître, le bruit que leurs noms et leurs épécs avaient fait dans le monde.

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Cependant , loin d'éprouver cet amour du succès de

* . * . Henri et de

repos , les seigneurs normands ne pouvaient Guillaume

^ ' ^ . '^ . en ^'orraan-

accoutumer leur orgueil à fléchir sous le joug aie. d'un prince bâtard. Gui de Bourgogne, comte de Franche -Comté , réunit leurs suffrages , se mit à leur tête , et marcha contre Guillaume avec une forte armée. Le roi Henri vint au secours du duc ; tous deux livrèrent bataille à Gui, le battirent complètement à Dunes près de Caen, et le forcèrent à retourner presque seul dans son pays.

Le roi, dans cette journée, prouva sa vaillance, et fut exposé à un grand péril : au milieu de la mêlée, un des ennemis du duc, nommé llémon-le-Dentu, guerrier fameux par sa force, renversa le monarque d'un coup de lance, et l'aurait tué, si plusieurs chevaliers français n'eussent alors couvert le roi de leurs boucliers, lïémon périt sous leurs coups; et Henri, honorant sa vaillance, le lit enterrer avec pompe.

Guillaume, entouré de factieux, clierchait union <?e

, . CiuilUiuuie

à se fortifier contr'eux par des alliances : il et.ieMaépousa Mathilde, fille d'Alix, sœur du roi et de Baudouin, comte de Flandre; elle était sa parente; mais le pape lui accorda les dispenses nécessaires pour former ce lien, à condition qu'il fonderait quatre hôpitaux.

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Malf^rû le consentement du souverain pontife, Maugei-, archevêque de Rouen, osa excommunier les deux époux. Cette témérité ne resta pas sans châtiment; le prélat fut déposé par le pape et exilé par le duc.

Mi.ivi.so Cette rigueur nécessaire ne fit pourtant qu ir- Ucun. ri ter les ennemis de Guillaume : le comte d'Arqués et plusieurs seigneurs s'armèrent encore contre lui. Le roi , qui espérait toujours s'emparer pour lui-même de la PSormaudie, se déclara cette fois hautement pour les rehelles. Guillaume, loin de se laisser abattre par un si jf^rand péril, en triompha. Unissant la ruse au courage, il tendit au monarque un piège dans lequel ce prince tomba : feignant de se retirer, le duc surprit l'avant -garde royale, la tailla en pièces , et , contraignant le roi à fuir, le punit ainsi de s'être montré allié perfide et ennemi malhabile.

Cette mauvaise foi de Henri et cette rupture avec Guillaume donnèrent naissance à ces interminables guerres , d'abord avec la Normandie et plus tard avec l'Angleterre, qui depuis ensanfiîlantèrent les lons^ues pagjcs de notre histoire.

vençreancc Guillaumc , valuqucur, se montra barbare

(le 11- 1 1 1

Guillaume, commc SOU siècle : exerrant d implacables vengeances, il poursuivit, dépouilla, exila tous

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les seigneurs qui s'étaient armés contre lui. La plupart coururent en Italie chercher, à la pointe de l'épée, une nouvelle fortune et de nouveaux ûefs.

(( Les Normands , disait Guillaume , sont » braves, invincibles et capables de tout en- » treprendre lorsqu'on les gouverne avec fer- » meté ; mais , dés qu'on néglige de les conten nir, ils se déchirent mutuellement : de leur » nature, ils sont factieux et disposés à se li- )) vrer aux plus grands excès. J'en parle, ajou- » tait-il, par expérience. » La conquête du IMaine sur le comte Herbert, allié des Angevins, indemnisa le duc Guillaume des frais que lui avaient coûté ses derniers combats contre le comte d'Anjou et le roi de France.

Henri , malheureux dans presque toutes ses entreprises, avait laissé entrevoir des desseins sur la Lorraine, qui pouvaient lui attirer une guerre avec Tempereur. Le pape Léon vint en Lorraine pour concilier ces dilférends ou plutôt pour obtenir, sous ce prétexte, des secours que les troubles d'Italie lui rendaient nécessaires.

Le roi, profitant de sa médiation, vint trou- DeTaiieet

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ver a iMetz 1 empereur Henri IH, et renouvela pape Ldou. son alliance avec lui *. Le pape, de son coté,

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oblint les secours qu'il demandait, et ramena en Italie des troupes allemandes, à la tète desquelles il entreprit audacieusement de combattre les aventuriers normands. INIais Ilumphroi , l'un des lils de Tancrède , lui livra bataille , le tailla en pièces et le lit prisonnier.

Par un contraste digne du temps, les vainqueurs, après avoir Immilié le vaincu comme généial, le guerrier comme captif, traitèrent le successeur des apôtres avec respect : ils avaient brisé son casque, ils s'agenouillèrent devant sa tiare, et lui rendirent sa liberté.

Trop souvent le Saint-Siège foudroya la faiblesse et bénit la fortune : Léon délivré, reconnaissant et prodigue de ce qui ne lui appartenait pas , donna libéralement enfin à Ilumphroi et à son frère Robert Guiscard la souveraineté de toutes leurs conquêtes faites ou projetées. Peu de temps après, Piobcrt Guiscard prit le titre de duc de Cal.ibre.

La paix ne régnait nulle part; les troubles de l'Occident avaient été plutôt suspendus qu'apaisés. Le comte de Champagne, espérant toujours recouvrer la Touraine, que le roi lui avait fait perdre par les mains du comte d'Anjou , courut implorer l'appui de l'empereur, accepta de lui un lief, et lui rendit lionnnage

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comme vassal. Cette nouvelle semence de discorde alarmait le roi; il demanda une entrevue à l'empereur; elle eut lieu à Yvoy. Mais le froid accueil qu'éprouva le monarque français lui inspira une crainte si vive, que, pour échapper à la trahison, il se sauva au milieu de la nuit, et revint précipitamment dans ses États.

Tous ces mécomptes ne dissipaient point les sacrede songes de son ambition ; il fit encore une vainc luJ'au r^'. tentative sur la Normandie; et, après avoir été battu à Varville, il se vit contraint de faire la paix. Ce prince , fatigué moins par l'âge que par les contrariétés d'une vie trop active, quoique mal remplie, prévit que sa Un serait prochaine. Réunissant autour de lui les grands du royaume, il leur rappela tous les services qu'il s'était efforcé de rendre à l'État, et les pria de reconnaître pour son successeur Philippe, son fils : ils y consentirent, et prêtèrent serment à ce prince, qui fut sacré à Reims le jour de Pâques loSg.

Cette assemblée se composait des ducs de Bourgogne , de Guienne , de Gascogne , des comtes de Valois, de Vermandois, de Soissons, de Nevers, d'Anjou, de Flandre, de Pontliieu, d'Auvergne, d'Angoulème, du vicomte de Limoges, de plusieurs seigneurs, barons, gen-

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lilsliommcs, et d'un grand nombre d'évêqucs et d'abbés. Il est bien prouvé par là que les douze pairs de France n'existaient pas encore, puisqu'on ne trouve dans une telle solennité ni leurs noms ni leurs rangs distingués, et qu'on y remarque môme l'absence des ducs de Normandie , du comte de Cbampagne et de l'évêque de Beauvais, tandis qu'un grand nombre de barons y figurent comme pairs.

Serment de Le scmient que prêta Philippe devant ce

ce prince.

parlement était ainsi rédigé : « ^loi, Pliilippe, )) qui vais, par la miséricorde de Dieu , être » couronné roi de France, je promets, en ce » jour de mon couronnement, en présence de » Dieu et des saints, que je conserverai à cha- » cun de vous en particulier et à vos églises » vos privilèges canoniques, que j'observerai M les lois , vous rendrai la justice, et vous pro- )) tégerai, avec l'aide de Dieu, autant qu'il sera » en mou pouvoir, comme il convient à un roi )) dans son royaume. Je protégerai les évoques » et les églises qui leur sont confiées , selon » l'équité et la raison. Je promets aussi au )j peuple, dont le gouvernement me sera con- » féré , de maintenir par mon autorité l'ob- » servation des lois. »

On rappelait ainsi par une sorte de fiction , dans ce serment, des choses dont il n'existait

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plus que le souvenir, c'est-à-dire les lois et le pouvoir de les faire exécuter.

Les acclamations du peuple, au moment de l'élection et du sacre, sont les seules preuves qui nous attestent que ce peuple assistait à ces solennités non plus par députés, comme autrefois, mais comme simple spectateur; son nom était encore prononcé, mais ses droits n'existaient plus.

L'archevêque de Reims donna aux deux rois, aux grands et aux évèqucs un somptueux festin ; mais il eut soin de déclarer que cette somptuosité serait sans conséquence, et n'obligerait aucunement ses successeurs à de telles dépenses, l'archevêque n'étant obligé, disaitil, par la coutume, à ne défrayer que les deux rois.

L'archevêque de Besançon et l'évêque de Sion parurent dans l'assemblée comme légats du Saint-Siège ; ils s'opposèrent à l'élection de Philippe, prétendant qu'elle ne pouvait avoir lieu sans le consentement préalable du pape. Le parlement et le clergé lui-même repoussèrent avec dédain ces orgueilleuses et inconvenantes prétentions.

Jamais, avant cette époque, les papes n'a- Triumvirat valent montré autant de faiblesse à Rome et ^'^^^"* autant d'ambition au dehors. Tandis qu'ils

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parlaient en despotes à tous les rois de l'Europe, il semblait ([u'au milieu de la capitale du niundc chrétien le Saint-Siège fût près de s'écrouler dans les désordres de l'anarchie. On vit à la fois dans Rome trois papes se disputer la tiare, et ensuite la partager. Ce nouveau triumvirat resta quelque temps uni ; mais epfin deux de ces papes, ayant épuisé leur trésor, vendirent leur part de l'apostolat au troisième, moins prodigue, qui acheta ainsi la chaire de saint Pierre, et l'occupa seul sous le nom de Grégoire YI, en io44- Cette simonie était trop scandaleuse pour qu'on la souffrit long-temps. L'empereur, indigné d'une telle indécence, fit déposer Grégoire, et mit à sa place l'évèque de Bamberg , qui prit le nom de Clément IL

Cet acte de vigueur réprima momentanément l'orgueil pontifical, de sorte qu'en ioSq Nicolas II reconnut formellement le droit que devait avoir l'empereur de déposer les papes et d'investir les évèques.

La faiblesse des rois de France encourageait au contraire l'audace pontificale : le pape Léon IX, malgré le refus du roi et la résistance des seigneurs, convoqua en France un concile, et excommunia les évèques qui ne s'y rendirent pas. Le concile déclara solennellement le pape chef de l'Église universelle.

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Le Saint-Siëge, si fort contre les rois faibles, se trouvait impuissant quand il voulait réformer les mœurs du clergé. Il est vrai qu'alors malheureusement les chefs de l'Église prêchaient rarement d'exemples, et ils devaient diflicilement persuader aux évèques et aux abbés de déposer leurs armes, lorsqu'on voyait Léon, le casque en tête et la lance au poing, combattre lui-même les Normands.

Plus tard, Grégoire VIÏ ayant défendu aux prêtres mariés ou concubinaires de dire la messe, ils accusèrent le pape d'hérésie. « S'il » persiste dans son injustice, disaient-ils, nous » renoncerons plutôt à la prêtrise qu'à nos » femmes, et le pape pourra chercher des an- » ges pour gouverner les églises. »

Ce fut pendant le régne de Henri que l'é- Nouveau

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