PHILIPPE I
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Portrait de Philijipe I". — Lvcncmcns sous son rignc. — Kcgcncc de Baudouin , comte de l'iandrc. — Dc'faile et soumission des Gascons. — Projet «rinvasion en Angleterre de Guillaiime- 1(,'-R:1tar(l. — Ses sages dispositions. — Composition de son armée. — Son del>ar(|iiement sur la côte de Sussex. — Bataille d'Hastings. — Victoire de Guillaume. — Son couronnement.
— Son gouvernement. — Mort de Baudouin. — Vie errante de son (ils Robert. — Ses exploits. — Pontificat de Grégoire Vil.
— Ses prétentions à la monarchie universelle. — Reforme dans les mœurs du cierge. — Autorite du pape sur les souverains.
— Desordres de Pliilippe. — Fxploits des Français en Kspagnc.
— Tige des princes du Portugal. — Echec de Guilhuinie tk-vant Uùle. — Pais entre lui et Philippe. — Révolte de RohcrI courte - cuisse contre son père. — Leur combat singulier. — Mort de Guillaume. — Partage de ses Etats entre ses Gis. —
— Naissance de Louis, fils de Philippe. — Divorce du roi avec Rerlhe. — Son amour pour Bertraile. — Oj)posilion des evéqucs à son mariage. — Dissensions étrangères favorables à la France. — IMenace de Philippe au pape. — 3Iort de Rertlic. — Fameux concile à Clermont. — Couronnement de Bcrtrade. — Tumulte à Poccasion de rexcommunication du roi.
— Querelles des seigneurs et des evcqucs. — Association di- Louis VI à la couronne. — Succès de ce prince. — Son vo3'ago en Angleterre. — Son retour imprévu. — Son empoisonnement et sa gue'rison. — Fein(e sepaiation du roi et de Rertradr
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— Cause (It.s < roisadcs. — PrcniiiTs pclfrinaf^i*». — Opincssioii (les cliieticns on Orient. — Enllioiisiasrni; de Pieire-ri'liniite.
— Cotirilis à l'iaisancc et à Clermont. — La trêve do Dieu. — F.xhorlalion.s de Pierre et dn pape iiour la croisade. — Première arme'e de croisi^s conduite par Pierre. — Son indiscipline et sa destruction. — Seconde armde, commandée par Godeiroi de Bouillon. — Rixes entre les croises et les Grecs. — Premiers succès en Asie. — Prise d'Antioclie. — Siège et prise de Jérusalem.— Modestie de Godefroi. — Dèlaile du Soudan d'Egypte. — I\Iort de Hngucs-lc-Grand et de Godeiroi. — Origine des armoiries.— Kouveaus ordres monastiques et militaires. — Mort de Philippe. . — Fondation d'abbayes. — Portrait de Philippe.
— Ses enfans. — Ministres guerriers et savans de cette époque.
— Peinture de la France par le pape Grégoire. — Ses invectives contre le roi. — Brigandages des grands. — Dtsoidres du cierge'. — Gros.sièretè et ridicule du langage.
iSi l'on n'écrivait que l'histoire des princes, elle serait souvent aride et dénut^e d'intérêt. Soumise à la condition humaine, une famille qui règne héréditairement nous montre successivement parmi ses mcmhres la même diversité qui se trouve dans les familles privées ; les qualités et les défauts y sont nécessairement mêlés dans les mêmes proportions. Il y parait, à de longs intervalles, des hommes remarquahlcs par la force et la grandeur de leur caraclère, soit en vices, soit en vertus.
Mais ce qui ahonde , là comme partout, c'est la médiocrité, la faihlesse, l'incapacité; la seule et grande compensotion do cet efTet
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incvilahlc des ( lianccs humaines, c'csl la stabilité que riiérédité du pouvoir assure au gouvernement monarchique. Les peuples y trouvent plus de repos ; mais les historiens se plaignent souvent d'y rencontrer une matière moins riche et moins animée pour les tableaux que leur burin doit tracer.
Cependant ils devraient, lorsque ces tableaux sont froids , en accuser plutôt leur système et leur talent que leur sujet. Au lieu d'écrire uniquement Ihistoire des princes, il faut écrire l'histoire des nations. Celles-ci sont toujours vivantes et animées. Souvent les règnes les plus faibles ont été les plus fertiles en grands événemens; la faiblesse en fait naitre ainsi que la force ; les rois doués de quelque génie les dirigent ; les monarques qui en manquent y assistent.
La vie de Philippe T' en est un exemple : Poiuaii.ip prince sans caractère, guerrier sans talent, '"''"' politique sans vues profondes , superstitieux sans piété, doué par la nature d'esprit et de beauté, mais privé par elle d'élévation et de fermeté, il régna cinquante ans, sans laisser après lui aucune trace glorieuse , et pourtant ce règne si terne fut, pour la France et pour l'Europe, l'époque de changemcns et d'événemens très remar([uables.
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Evc,umen> Eli ollol , cc f u t SOUS soii rôgno que l'Europe
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i.'i!.ir. se précipita sur I Askî , quo toutes les armées (le rOceident coururent arracher aux enfaiis de Mahomet le tombeau du Christ.
Dans le même temps l'Allemagne vit s'élever une lutte funeste entre le trône et la tiare. La fjucrrc des investitures commença. On vit tour à tour des papes et des empereurs déposés.
Au milieu de ces orages, vainement le roi Philippe restait presque étranger aux grands mouvemens qui s'opéraient autour de lui. Sa helliqueuse nation y prenait une part active et partout étendait sa renommée. Les Français, dirigés par un héros, conquirent l'Angleterre; nos chevaliers arrachèrent la Sicile aux Sarrasins, et remportèrent en Espagne sur les Maures de brillantes victoires. Enfin un prince français, secondé par la fortune, fonda le royaume de Portugal.
Tels furent les grands événemens de cette époque, où la nation française accrut sa gloire sous le règne d'un faible monarque. De tous nos rois , Lothaire I" et Louis XIV régnèrent seuls plus long-temps que Philippe.
Urgence (1.. Lorsqu'il monta sur le trône , la reine Anne ,
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romicic sa mère, et son oncle Robert, duc de nour-
Flandre.
gogne , furent exclus de la régence j^ar les grands. Ils In confièrent avec discernement a
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l'époux d'Alix, sœur du roi Henri, à Baudouin, comte de Flandre, dont on respectait également le courage et la prudence. Il justifia leur choix par sa sagesse.
Les Gascons, ne mesurant que sa puissance Défaite et
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et le croyant plus ambitieux que fidèle , refu- «icsGascons surent de reconnaître l'autorité du régent, dans la crainte qu'il n'aspirât au trône. A cette époque, Guillaume VIH, duc de Guienne, après une courte guerre contre le comte d'Anjou, auquel il avait enlevé la ville de Saintes, courut en Espagne pour soutenir le roi Alphonse VI contre les Sarrasins.
Le régent, feignant d'être animé de la même ardeur pour combattre les musulmans, marcha aussi vers les Pyrénées à la tête d'une armée. Mais, arrivé en Guienne, il dévoila ses véritables desseins, tomba sur les Gascons, les mit en déroute et les contraignit à se soumettre.
Ce fut alors que la fortune fit naitrc, dans r.ojoi le génie d'un prince normand, l'audacieux c. Anpicprojet de conquérir l'Angleterre. Le régent t.«iiiauni, favorisa d'abord cette grande révolution, parce qu'il n'en prévit pas le succès. Les grands hommes trompent tous les calculs de la politique. Les rois de France regrettaient constamment la perle d'une de leurs plus belles
nielo-Bàlar<).
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provinces, conquise sur eux par les guerriers (lu Nord; ils rc{;ardaient les ducs de ÎNormandie comme des vassaux infidèles, comme des rivaux et des voisins dan^jcrcux. Ils n'avaient jamais perdu l'espérance de reconquérir cel ancien fleuron de leur couronne ; et lorsque le régent vit le jeune duc Guillaume former l'entreprise téméraire d'une invasion dans la Grande-Bretagne, loin de l'en détourner, il l'y encouragea, espérant ainsi hâter sa ruine et profiter de ses malheurs : erreur funeste , qui })ar la suite, allumant une guerre interminahle avec l'Angleterre, rendit long-temps les monarques anglais maîtres des plus belles contrées de la France.
Des flots de sang et des siècles de batailles sullirent à peine pour affranchir nos provinces de ce joug anglais, et pour réparer les malheurs produits d'abord par l'imprévoyance de Baudouin, et plus tard par l'imprudent divorce de Louis-le-Jeune.
Edouard , roi d'Angleterre , était mort sans laisser d'enfans. Ce prince reçut, des passions du temps, le titre de saint , parce que, dans l'ardeur de sa dévotion, il avait fait un vœu de chasteté contraire au lien conjugal qu'il avait formé , e( à l'intérêt de sa couronne , (jui demandait un héritier.
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Aiilrefois Etloiiard , persécuté par les Danois, avait trouve un asile contr'eux dans la cour de Guillaume-le-Bàtard , duc de Normandie : l'on prétend que, conservant la mémoire de ce bienfait, la reconnaissance dicta son testament, et que, par cet acte, il léî^ua son royaume au prince normand. Mais rien ne démontre la vérité de ce fait, car ce testament ne fut jamais publié.
Edouard était fi;endre de GodcAvin, comte de Kent, majordome du palais. Lorsque le roi d'Angleterre mourut, llarold, fils de Godewin, prétendit liautcment à la couronne.
Le duc de Normandie soutint de son côté ses droits, accusant publiquement llarold d'injustice, d'usurpation et même d'ingratitude. II racontait que ce même llarold, se livrant un jour au plaisir de la pùclie, s'était vu emporté, par un coup de vent, sur les côtes de Picardie, et que là il fut mis en prison; que du fond de son cacliot , pour intéresser le duc de Normandie à son sort, il lui avait écrit qu'il ne s'était embar([ué que dans le dessein de venir secrètement lui confirmer les promesses d'Edouard relativement au trôné d'Angleterre.
Ce qui est certain, c'est que Guillaume le protégea, le délivra, l'accueillit dans sa cour.
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Il' conduisit avec, lui eu Tîrota.j^nc pour conihîiKie sous ses ordres, lui donna sa lille en mariage, et lui permit de retourner en An- [jleterrc, après lui avoir lait jurer de renoncer à toutes prétentions au sceptre d'Angleterre, et même à la possession de la ville de Douvres, qui lui appartenait.
Harold, revenu dans sa patrie, nia ou viola ses sermens. Les Anglais se montrèrent favorables à ses vues, parce qu'ils redoutaient un joug étranger; et, dès qu'Edouard fut mort, ils donnèrent la couronne à Ilarold, et le proclamèrent roi presque unanimement.
Cependant son propre frère, Tosthon, soutenu par un parti et appuyé par le régent de France, qui lui fournit des vaisseaux et de l'argent, lui disputa le trône : telle était la politique de Baudouin; en même temps qu'il donnait des armes et des secours à Tosthon, il encourageait Guillaume à soutenir ses droits, dans l'espoir de faire profiter son royal pupille des fruits de cette triple lutte.
Si Harold se trouvait embarrassé par la guerre intestine que lui suscitait son frère, de son côté Guillaume ne rencontrait pas moins d'obstacles dans ses projets : le IMaine, qu'il venait de conquérir, se montrait disposé à la révobe, et Conan , duc de Bretagne, le me-
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iiaçait de la guerre. « Je ne sais, lui écrivait » ce duc , si je dois vous féliciter sur la gloire » que vous promet la conquête de l'Angle- » terre; mais, avant de poursuivre cette noble )) entreprise, je vous demande préalablement , )) comme acte de justice, la restitution de la » Normandie, que vous possédez sans aucun » droit; car Robert, dont vous prétendez être » le fils, la donna, en partant pour la Pales- » tine, à mon père le duc Alain, son proche » parent. Vous savez qu'il se rendit à Rouen » pour vous voir, et que la il fut empoisonné » par vous ou par vos ministres. J'étais trop » jeune alors pour le venger; aujourd'hui je » veux me faire rendre justice et me res- » saisir d'un duché à la possession duquel , » comme bâtard, vous ne deviez point pré- » tendre. Si vous me refusez une juste satisfac- » tion , je vous y contraindrai par la force des » ai'mes. »
Guillaume répondit avec hauteur à ces menaces. Conan s'avança à la tète de son armée, et assiégea Chàleau-Gonthier, ville située sur la frontière de l'Anjou et du Maine; mais il v mourut empoisonné par un de ses ofliciers, qui courut se réfugier en Normandie. Ce crime délivia Guillaume d'un grand péril. Hoel , son beau-frère, ({ui lui succéda, parut renoncer
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a loiil ilosi'in hoslilo conlrr le dur de Normand ii'.
sci sss.» Guillaume, comme tous les hommes donl le '"'""""' jrénie sut fixer la fortune, se montrait aussi actif en négociant qu'en combattant; il obtint de la jalousie de l'empereur Henri ï\ contre la France, l'assurance d'une diversion, si le récent, profitant de son absence, voulait attaquer la Normandie. De plus, ayant appris que ITarold avait négligé, en montant sur le trône, de solliciter l'approbation du Saint-Siège, dont l'ambition prétendait alors disposer des couronnes, il flatta, irrita l'orgueil romain, et obtint du pape, Alexandre II , l'autorisation de faire valoir ses droits à la couronne d'Angleterre. Ce pontife lui envoya même un drapeau béni et un cheveu de saint Pierre , présent qui , aux yeux des peuples dans un temps de superstition, valait peut-être mieux que de puissans secours.
Après avoir fait toutes ces sages dispositions, Guillaume rassembla les barons, et leur communiqua son dessein. Les uns, redoutant les suites d'une entreprise si téméraire, s'eflorcèrent de l'en détourner ; les autres , éblouis par son éclat, partagèrent son avis : la majorité se Coniposi- montra favorable au duc.
^""rJéc!" Méditant de])uis long -temps cette grande