‹ Histoire des CarolingiensChapitre 14 sur 23 · II · texte numérisé non relu

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dans les bois et marais voisins d'Aix-la-Chapelle. Leur but était probablement de tourner l'armée d'Arnulphe et de se placer entre elle et les troupes de renfort qui devaient lui arriver du côté du Rhin. Celle-là descendit le long de la Meuse, et après avoir traversé la Gheule elle s'arrêta aux environs de Fauqucmont. Une bataille fut livrée dans cet endroit, et la victoire resta aux Normans. L'armée royale fut mise en fuite et perdit beaucoup de monde.

La nouvelle de cette défaite détermina Arnulphe à aller lui-même attaquer les Normans. Il se transporta avec une armée formidable aux bords de la Meuse, et après avoir accordé à ses troupes quelques jours de repos, il les mena vers Louvain, où se trouvaient les forces principales de l'ennemi.

La bataille de Louvain est de tous les faits que l'histoire attribue aux Carolingiens, et qui se rapportent à la Belgique, un des plus mémorables. Depuis lors les Normans ne pénétrèrent plus dans l'intérieur du pays. La description de cette bataille nous semble devoir trouver sa place ici; on nous permettra de l'emprunter à Sismondi, dont le récit est conforme aux sources historiques :

« Arnulphe arriva près de Louvain, où les Normans ne l'attendaient pas. Mais lorsqu'il examina leur camp, il éprouva une grande inquiétude. Les marais, la Dylc et les abatis d'arbres qui couvraient ce camp, le rendaient inattaquable à la cavalerie ; et les Francs n'étaient pas dans l'usage de combattre à

pied. Amulphe hésita quelque temps avec anxiété sur ce qu'il devait faire; enfin, appelant à lui les plus considérables des Francs, il leur dit : « Hom- » mes qui honorez le Seigneur et qui, par la grâce » de Dieu, fûtes toujours invincibles en défendant » votre patrie, considérez dans vos ames si vous » voulez venger le sang de vos parents, que ces » païens, vos ennemis furieux, ont versé; si vous » voulez venger les temples de votre Créateur, élevés » en l'honneur des saints et que vous avez vus ren- » versés dans votre patrie, avec leurs saints minis- » très massacrés. Soldats, vous avez devant vous les » auteurs de tous ces crimes ; voulez-vous me suivre, » si le premier je descends de cheval, en portant vos » étendards à la main? Attaquons-les, ces ennemis, » au nom de notre Dieu; car ce n'est pas notre injure » que nous allons venger, c'est celle de celui qui » peut toute chose i . »

« Ce discours enflamma tellement les Francs, que jeunes et vieux descendirent également de cheval, et se déclarèrent prêts à combattre à pied. Ils demandèrent seulement que le roi tint en réserve un corps de cavalerie, pour les couvrir par derrière et empêcher toute surprise; puis ils marchèrent au combat. Les deux armées se rencontrèrent en poussant a l'envi l'une de l'autre des cris furieux. Les combattants s'étaient joints avec leurs (*pées. Comme les

« Ce discours est textuellement traduit des annales de Fulde-

313 niSTOIRE DES CAROLINGIENS.

Normans, qui jusqu'alors n'avaient point été vaincus, avaient chargé les plus braves d'entre eux de la défense de l'enceinte, le combat fût âpre et sanglant, mais de courte durée. Les Francs forcèrent enfin le retranchement; alors les Normans trouvèrent leur mort dans la rivière qu'ils avaient regardée comme leur défense : précipités par centaines dans les flots, ils s'y faisaient obstacle les uns aux autres pour nager, et, se saisissant par les bras ou les jambes, ils s'y noyaient ensemble. Deux rois des Normans furent tués dans cette déroute, et seize de leurs drapeaux présentés à Arnulphe K »

Arnulphe se signala par d'autres exploits encore, dont nous n'avons pas h nous occuper; bornonsnous a enregistrer les expéditions qu'il fit en Italie en 894, 895 et 896. C'est à la suite de cette dernière campagne, et après la prise de Rome, que le pape le couronna empereur.

Le souvenir des rapports qu'Arnulphe eut avec la Belgique et des pouvoirs qu'il y exerça nous a été conservé par quelques diplômes dans lesquels on trouve le reflet de ses tendances politiques et religieuses. Ces actes sont au nombre de cinq ; en voici le résumé succinct :

1° Une charte de confirmation expédiée de Francfort en juin 888, en faveur de l'église de Sainte-Marie

' Sismondi, Histoire de$ Français, t. Il, p. 23V-235, vdit de Bruxelles,

d'Aix-la-Chapelle *. Il s'agit de la donation de Bastogne faite à cette église par Charles le Gros et d'un acte par lequel le roi Lothaire lui permit de prélever la none sur quarante-trois villas royales, énumérées dans la charte d'Arnulphe. Parmi ces villas on remarque Gemenich, Meersen. Elsloo, Rechem, Theux, Sprimont, Herstal, Jupille, Neuville, Amblève, Manderveld, Duren, Monsdorf, Paliseul, Chassepierre, Longlier, Amberloux, Bastogne, Orto;

2° Un autre diplôme de la même année, également signé à Francfort, par lequel l'empereur Arnulphe, roi de Lotharingie, donne l'abbaye de Lobbes, avec toutes ses dépendances mobilières et immobilières* ses familles et serfs des deux sexes, à Francon, évêque de Tongres et de Liège *. Il est à remarquer que cette donation eut lieu presque immédiatement après la mort de l'empereur Charles le Gros, auquel Arnulphe succéda ;

3° Un troisième diplôme de Francfort du mois de juillet 889, par lequel Arnulphe donne à Rathbod, archevêque de Trêves, l'abbaye de Saint-Servais à Maestricht, avec ses églises, ses fermes, édifices, familles et serfs des deux sexes, dîmes, etc. 5 ;

4° Un diplôme de la même année et daté également de Francfort, par lequel Arnulphe fait donation de

' Appendice de la chronique de Mouskes, p. 551 ; Ernst, Codex diplom. Limbury., p. 87.

* Mir. Oper. dipl., 1. 1. p. 65J.

* Mir Opir. dipl., t. I, p. i50.

M HiSTOIllE DES CAROLINGIENS.

plusieurs domaines ù Gcrolfe, que Reginon qualifie comte des Frisons, et qui fut le père de Théodorie I er , comte de Hollande;

5° Un autre diplôme du même roi Arnulphe, du 30 octobre 890, approuvant l'échange de quelques fonds de terre fait entre le monastère de Stavelot et un certain Richaris *.

Tous ces actes paraissent avoir la morne signification : Arnulphe voulait se faire des partisans dans la Lotharingie et même* se ménager l'appui des Frisons.

Arnulphe avait placé son fils naturel Zwentibold, ou Zwendibald *, sur le trône de Lotharingie, en 895, avec le consentement des grands de ce royaume, sans cependant qu'il y eût unanimité incontestable. On peut en juger par les termes dans lesquels le fait est rapporté dans la chronique de Reginon :

Ann. 894. « Arnulphe vint à Worms et y tint un plaid général, voulant placer son fils Zwentibold sur le trône de Lothaire ; mais les grands de ce royaume n'y consentirent aucunement 3 . »

1 Marténo et Durand, Amplùs. coll., t. Il, p. 3.1 ; Li»le chronologique des <<!ijs et ordonnance» de la principauté de Stavelot et Mulmedy, p. 7.

■ Le duc clos Mora\c» s'appelait aussi Zwentibold. Il avait été parrain de ce ftls naturel d'Arnulphe et d'une noble hongroise, et lui avait donne son nom.

» Chron. Heyinoni», apuJ Périt, ifonum. Germ. hist , t II. p. G 06.

Ann. 895. « Arnulphe vint à Worms; les grands de tous ses royaumes s'y étant réunis, il célébra une assemblée générale [comentum publicum), dans laquelle, avec l'assentiment et l'approbation de tous, il éleva son fil s Zwentibold à la royauté en Lotharingie *. »

Le but du roi de Germanie, en conférant la couro mie de Lotbaire à son fils, malgré l'opposition qui s'était manifestée dans la première assemblée, était d'élever une forte barrière du côté de, la France occidentale. Son plan échoua à cause principalement du caractère fougueux et tyrannique de ce prince plus Hongrois que Franc. Le premier de ses actes suffit pour le caractériser. A peine est-il monté sur le trône de Lotharingie, qu'il entreprend de conquérir la Neustrie. Désirant agrandir son royaume, ditReginon, il rassembla une immense armée, et, sous prétexte de prêter secours à Charles contre Eudes, il alla investir la ville de Laon, dont il ne put s'emparer. Il se retira lorsqu'il apprit qu'Eudes, qui était en Aquitaine, marchait contre lui.

En 897, nous le voyons guerroyer contre les seigneurs du pays ; il prive de leurs honneurs et dignités les comtes Etienne, Odoacre, Gérard et Matfried. Il marche contre eux avec une armée; arrivé a Trêves, il distribue à ses compagnons d'armes les domaines des vaincus et se réserve pour lui-même les monastères d'Horréc et de Saint-Pierre de Metz. Son

» Chron. Rt'jin., Perlz, /. c.

père, l'empereur Arnulphe, s'efforce de réparer ses torts ; il l'engage à se marier et obtient pour lui la main d'Oda, fille du comte Otton de Saxe et sœur du roi Henri l'Oiseleur. Il le convoque ensuite au plaid tenu à Worms et saisit cette occasion pour le réconcilier avec Etienne, Gérard et Matfried.

L'année 898 fut marquée par un événement considérable; le roi Eudes mourut le 3 janvier. Selon M. Le Glay, il fut cbassé du trône, et ne mourut que l'année suivante, à la Fère en Picardie 1 . Charles fut alors proclamé roi de France ou de Neustrie par tous les grands de ce royaume, y compris les vassaux de son rival décédé ou dépossédé. Presque seul le comte de Flandre, Baudouin II, se dispensa d'aller lui rendre hommage. Cependant il avait d'abord pris ouvertement parti pour le Carolingien ; mais à la question de dynastie vinrent se mêler pour lui des questions d'intérêt et de rivalité. Parmi les grands qui entouraient le roi Charles, Baudouin croyait voir des rivaux, même des ennemis. Foulques l'archevêque de Reims, lui fit en effet concurrence pour la possession des abbayes de Saint-Vaast et de Saint-Bertin. Herbert, comte de Vermandois soutint contre le comte de Flandre une guerre dans laquelle le frère de celui-ci, Raoul, fut tué. Baudouin se débarrassa de ses ennemis en faisant assassinersuccessivement Herbert et Foulques. Dans ces luttes particulières, les intérêts dynas-

» Histoire ici comte$ dt Flandre, 1. 1, p. 57.

tiques de Charles furent souvent perdus de vue. Le roi, pour s'assurer l'appui de Baudouin, fut obligé de lui confirmer la possession d'Arras dont il s'était emparé, et de lui céder l'abbaye de Saint-Bertin, dépouille du vénérable archevêque Foulques.

Dans le moment même où Charles ne négligeait rien pour se concilier les feudataires, le roi de Lotharingie Zwentibold avait la maladresse de se brouiller avec Régnier, comte de Hainaut, son fidèle et unique conseiller. Il le priva de ses honneurs et de ses biens et lui ordonna de sortir du royaume dans un bref délai. Un diplôme du mois de mai 898 nous apprend qu'au plaid général tenu à Aix-la-Chapelle, Zwentibold lit solennellement restitution à Rathbod, archevêque de Trêves, de l'abbaye de Saint-Servais de Maestricht, qu'il avait précédemment donnée en précarie au comte Régnier 1 . Au lieu d'obéir à l'arrêt de proscription qui venait de le frapper, le comte se retira avec les autres mécontents dans un endroit que la chronique appelle Durfoz, et qui probablement était situé sur la Meuse près de Dordrecht. Reginon rapporte que Zwentibold voulut les poursuivre ; mais qu'il dut y renoncer à cause des marais et des eaux de la Meuse qui rendaient cet endroit inaccessible. Quand il vit que ses efforts étaient impuissants, il ordonna aux évêques qui étaient avec lui d'excommunier Odoacre, Régnier et leurs compagnons. Sur leur refus, il les

* Miraci Opéra diplom , t. I, p. 3~>ï.

318 IMSTOIKE DES CAROLINGIENS

accabla d'injures et déchargea un coup de bâton sur la tête de Rathbod, evêque de Trêves, son chancelier. Cet acte de violence acheva de lui aliéner les esprits. Les révoltés appelèrent à leur secours Charles le . Simple, roi de France, qui ne se fit pas attendre. Il marcha directement sur Aix-la-Chapelle, et de là se rendit à Nimègue. Zwentibold qui s'était réfugié d'abord auprès de l'évêque Francon à Liège, traversa la Meuse avec tout ce qui lui était resté fidèle, et se rendit à Vlaardingen, où il fut rejoint par les vassaux du royaume qui habitaient ces contrées. Se trouvant ainsi à la tête d'une force sur laquelle il n'avait pas osé compter, il partit pour aller combattre son compétiteur. Charles abandonna Nimègue et se rendit à Prum, où il organisa une petite armée. Mais quand les deux rivaux se trouvèrent en présence, au lieu de combattre, des négociations s'ouvrirent pour traiter de la paix, et les deux rois finirent par se donner la main. Charles retourna paisiblement dans son royaume de Neustrie.

En 899, comme on commençait à prévoir la fin prochaine de l'empereur Arnulphe, dont le fils Louis, dit l'Enfant, n'était âgé que de sept ans, les optimates d'Arnulphe et de Charles se réunirent a Saint-Goar, sur le Rhin, pour en délibérer. Zwentibold se rendit à cette conférence; il espérait, mais en vain, d'être nommé régent. Arnulphe étant mort le 28 novembre suivant, Louis, son fils légitime, succéda a la couronne de Germanie ; et comme Zwentibold continuait

de se rendre odieux par ses violences, ses exactions et ses rapines, les grands de la Lotharingie portèrent également leur vue sur ce jeune prince. Louis se transporta à Thionviile, où il reçut leurs serments et fut couronné roi de leur pays. Zwentibold, furieux, se mit à ravager par le fer et le feu les propriétés de ceux qui lui faisaient défection. Mais des secours arrivèrent d'Allemagne, où Louis était retourné. Une bataille fut livrée le 30 août 900, sur la rive droite de la Meuse, dans le voisinage de Sustcren ; les insurgés y prirent part, et Zwentibold fut tué, dit Reginon, par les comtes Étienne, Gérard et Matfried. On l'enterra dans l'abbaye de Susteren. Sa veuve Oda, fille d'Othon, roi de Saxe, épousa Gérard peu de temps après. Les insurgés furent rétablis dans leurs honneurs et dignités, notamment Régnier, auquel les chroniqueurs donnent le titre de duc de Hesbaie et de Hainaut *.

Nous avons conservé, comme souvenirs du règne de Zwentibold en Belgique, l°un diplôme du 30 mai 895, par lequel il donne à l'abbaye de Stavelot, avec l'assentiment du comte Liutfrid qui le tenait en fief, le domaine de Bislanc, en Ardenne 2 ; 2° un diplôme de

1 Chion. Iteginonit, ad ann. 899 et 900, aj». l'ertz, p. 6'.t8 et 609. Dans les annales de S. Maximin à Trêves, il est dit simplement : « Artiulfusie.v obiit, Zvrcntiboldus a suis interhcitur. • (Pertz, t. II, p. 213.)

» Martèno, Ampliss. coltect., t. 11, p. 3V. Liste chron. deséditt et ordonn. de la principauté de Statelot et Malmedy, p. 7. Bislanc est nommé dans l'acte de partage de l'an 870; c'est Bihain, pas d Hou (Mise, ou Bellaiu suivant M. Grandgagnoge.

la môme année, par lequel il soumet le monastère de Susteren à l'autorité de l'abbé de Prum 1 ; 3° un diplôme du 11 novembre 896, portant donation à l'abbaye de Stavelot d'un terrain avoisinant le village de Lierneux, à la condition de célébrer chaque jour une messe et de chanter des psaumes 4 ; 4° un diplôme daté de Nivelles, 26 juillet 897, par lequel sont concédés à l'abbaye de ce nom, sur la demande de l'abbesse Gisla, fille du roi Lothaire, de nombreux domaines, parmi lesquels on remarque le village de Goyck, près de Halle, Lennick, Wambeke, Tubise, Ittre, Rebecque, Hennuyères, Baulers, Vorst près de Meerhout, etc. 3 ; 5° un autre diplôme daté d'Aix-la- Chapelle, 31 juillet même année, par lequel Zwentibold donne à l'abbesse Gisla son domaine de Seflent, près d'Aix-la-Chapelle 4 ; 6° un diplôme du 8 octobre 898, par lequel il est fait donation de la villa de Theux à l'église de Saint-Lambert de Liège, représentée par l'évêque Francon 5 ; 7° un diplôme, de la même année, par lequel Zwentibold reprend au comte Régnier, à qui il l'avait donnée en précaric, l'abbaye de Saint-Servais de Maestricht, et la restitue à l'archevêque de Trêves °. Ce diplôme est suivi d'un

» Mir. Opéra diplom., t. III, p. 590

« Martine, /. r., p. 35; Bertholet, t. Il, p.lî; Bœhmer,/. c; Liste chronologique, p. 7.

9 Mir Oper. diplom., 1. 1, p 503 ; Bœhmer, p. 1 13. « Ernst, Codex diplom., p. 83.

« Mir. Opéra diplom., t. I, p. i53 ; Chapeauvillo, t. I, p. 19*; Bœhmer, p. H3.

• Mir. Oper. dipl., t. I, p. îo3.

autre de même date, oii il est dit que c'est dans une assemblée générale (in generali placito nostro) que l'archevêque Rathbod a obtenu cette restitution.

Immédiatement après la mort d'ArnuIphe, son fils Louis avait été, comme nous l'avons déjà dit, élu roi de Germanie, dans une diète tenue à Forchhcim en Bavière. Comme Louis n'était âgé que de sept ans, on lui donna un tuteur, qui fut régent du royaume : c'était l'archevêque Hatton, primat de l'Église d'Allemagne et l'un des prélats les plus éminents de son époque. Hatton annonça aussitôt l'élection au pape et s'eftbrça de la justifier; ce qui prouve la puissance toujours croissante du saint-siége *.

L'événement le plus mémorable du règne de Louis, qui fut très-court, est une guerre intestine entre deux familles puissantes. D'un côté se trouvaient les comtes Adalbert, Adalard et Henri, appelés les Babenbergiens, du nom de leur château de Babenberg (aujourd'hui Bamberg); de l'autre était l'évêque Rudolphe de Wurzbourg avec ses trois frères, dont l'un, du nom de Conrad, fut père du roi Conrad I er . On appelait ceux-ci les Conradiens. Les comtes Lotharingiens Gérard et Matfried sont mêlés à cette querelle. Alliés d'Adalbert, nous voyons dans la chronique de Reginon qu'ils avaient envahi les possessions de l'église de Saint-Maximin de Trêves et de l'abbaye d'Horrée,

' La suscnption de cette lettre est assez remarquable; en voici les termes : L'nicerxali PapcB non uni ut urbittti tolius orbii (Labbe, Concil. IX, ann. 911 ; Zimmerman, p. 308, note.)

dans le même pays. Ils furent attaqués par le fils de Conrad, et se défendirent vaillamment dans un lieu fortifié; mais le roi Louis arriva lui-môme dans le pays avec un corps d'armée. Trop faibles pour pouvoir lui résister, ils furent mis en jugement dans une assemblée générale à Metz, et condamnés au bannissement. Conrad perdit la vie dans un combat le 27 février 905. Adalbert fut livré au roi par une sorte de trahison d'Hatton, et eut la tête tranchée f .

Le roi Louis mourut en 912. Malgré la rapidité de son passage sur le trône de Lotharingie, nous en retrouvons les traces dans quelques diplômes qui sont parvenus jusqu'à nous. Tels sont : 1° un diplôme daté de Metz, 10 septembre 902, qui approuve un échange de terre fait entre le comte Régnier et l'abbaye de Stavelot 5 ; 2° un diplôme du 9 octobre de la même année, portant donation à l'église d'Aix-la-Chapelle de certains biens situés à Wandre 3 ; 3° un diplôme daté de Francfort, 26 octobre 907, par lequel le roi Louis accorde a l'église de Liège l'abbaye de Fosses, que Gisla, sa cousine, avait cédée à l'église de Liège en s'en réservant l'usufruit *; 4° un diplôme du 28 janvier 908, confirmant à l'église épiscopale de Liège des donations antérieures, notamment celles des abbayes

1 V. la chronique de Reginon, nnn. 802-8i1G. Pcrt/, l. « p. Gl I . ' Ibnene et Durand, /. «.-., p. 3ti ; Herïl.olet, \>. ~'ù ; Liste ihrvno:o<jiq't:, p. 7.

3 Ernst. CoJex Jiplom., p. 8?.

* Ibidem, p. 90.

de Lobbes et de Fosses *; 5° un diplôme du 9 novembre 909, confirmant une donation faite aux moines de Chèvremont du domaine de Mortier près de Liège, ou de Mortroux, Mortarium locum 2 .

A l'extinction de la famille des Carolingiens orientaux, les nations qui, en Allemagne, étaient réunies sous leur sceptre, les Bavarois, les Souabes, les Saxons, les Thuringiens et les Francs d'outre-Rhin, se trouvèrent dans la nécessité d'élire un roi, si elles voulaient rester unies et ne former qu'un seul royaume. Leur tendance vers l'unité était si forte qu'elles ne songèrent pas à démembrer la monarchie en autant d'Etats qu'il y avait de peuples différents. La grande question était de savoir dans quelle nationalité il fallait prendre le roi. D'après le principe de la légitimité, sanctionné en 752, renouvelé et confirmé h chaque changement de personne sur le trône, l'Allemagne aurait dû chercher son roi dans le royaume occidental, et conférer la couronne à Charles dit le Simple. C'était l'avis des Lotharingiens, qui considéraient leur pays comme un royaume distinct de la monarchie allemande proprement dite, bien qu'annexé à cette monarchie.

Leur attachement au principe de la légitimité

' .Mir. Oper. tUphm., 1. 1, p. 3V ; Chnpeauville, 1. 1, p. 167; Itehmcr, p. I 17.

* Mir. Optr. dipl.,1. I, p. 333; D. Bouquet, IX.p. Bœlimer,p. 1.7. Suivant Ernsf, .Vort'irium est Mortroux ; mais M. Gramlgagnnge soutient ■ pic c'est Mortier. Voir son mémoire sur les noms de lieux, p. 02.

âiï HISTOIRE DKS CAROLINGIENS.

explique lui seul la résolution des Lotharingiens d'offrir le pouvoir suprême au roi Charles, mais cet acte paraît avoir aussi une autre cause que nous appellerons une raison de fait. Leur nationalité n'était pas en opposition avec celle des Francs de Charles le Simple; de môme que ceux-ci, ils provenaient de la souche salienne. Quel antagonisme pouvait-il y avoir, par exemple, entre les habitants des deux rives de l'Escaut? Ils appartenaient à des États différents, mais n'étaient-ils pas de la même nation, de la même famille? Les Francs de la Lotharingie et ceux du nord de la Neustrie avaient non-seulement une origine commune, mais des intérêts communs, tout comme aujourd'hui la Belgique et le nord de la France.

Mais bien différent était l'état des choses ou plutôt des esprits dans le royaume de Germanie. Il y avait antipathie nationale entre les Germains et les Français, quelle que fût l'origine de ceux-ci, franque ou gauloise. Cette antipathie, qui datait de la guerre des Saxons, n'avait fait que se développer; on l'avait vue se manifester en France, lorsqu'une fraction de Gallo- Francs avait offert la couronne à Louis de Saxe, et que celui-ci avait mieux aimé se faire céder la Lotharingie occidentale que de succéder à son cousin. C'est à cet antagonisme national que nous attribuons le parti pris par les Bavarois, Souabes, Saxons, Thuringiens et Francs ripuaires, de se choisir un roi de nationalité germanique. Il n'y eut de divergence d'opinion que sur un point secondaire : devait-ou

prendre dans un royaume d'origine tronque un roi

franc de naissance, ou était-il nidifièrent de prendre

un Saxon, un Souabe, un Bavarois? Dans quelle tribu

se trouvait l'homme le plus convenable et le plus

capable? On tint une diète à Forchheim, en Bavière,

où Arnulphe et Louis avaient été élevés sur le trône.

Parmi les quatre nations qui y figurèrent, celles des

Francs (ripuaires) et des Saxons y étaient venues en

grande masse; chacune avait à sa tête un prince

éminent : les Francs, Conrad; les Saxons, Othon.

Tous deux étaient des ducs distingués par leur valeur

et leurs talents politiques. Un premier scrutin fut

favorable au dernier; mais, avancé en âge, Othon

sentit que la couronne royale était un fardeau trop

lourd pour lui ; il refusa, et recommanda Conrad, qui

fut alors élu avec d'autant plus de satisfaction qu'il

était franc, et qu'on nourrissait encore l'idée que le

royaume, étant d'origine franque, devait avoir aussi

longtemps que possible un Franc pour souverain.

Quant a l'aptitude requise pour bien gouverner

l'Etat, elle ne paraissait pas douteuse. Cependant le

gouvernement de Conrad ne répondit pas à ce qu'on

en attendait. Influencé ou même dirigé par les

évêques et jaloux de la puissance toujours croissante

des ducs, il essaya de les abaisser. Soutenus par les

nations qu'ils représentaient, ceux-ci se défendirent

les armes à la main. Ainsi tirent Henri, fils d'Othon,

duc de Saxe; Arnulphe de Bavière, son propre

gendre, et même les deux nuncii camerœ Erchanger et il. 21

Bertholde, gouverneurs feudataires de la Souabe. Conrad ne put maintenir la paix au milieu de ces éléments de dissension. Il mourut à la fin de Tannée 918, après six ans d'un règne rempli de chagrin et d'amertume. Il était cependant si éclairé sur les intérêts du royaume et si soucieux de son avenir, que sur son lit de mort il recommanda au choix de la nation son plus redoutable adversaire, le duc Henri de Saxe «.

Henri fut élu roi à Fritslar, le il avril 920. Bien qu'il fût forcé de se soutenir par la force des armes contre Burchard, duc des Souabes, et Arnulphe, duc des Bavarois, il réussit cependant à maintenir l'unité du royaume, à l'agrandir et même à le défendre contre des ennemis étrangers très-dangereux, notamment contre les Hongrois. C'est sous lui que la Belgique fut de nouveau réunie à l'Allemagne, mais toujours sans la Flandre.

1 Le procédé de Conrad e?t dramatiquement raconto dans la chronique de De Dynter, t. I, p. 29?.

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