‹ Histoire des CarolingiensChapitre 18 sur 23 · II. Î · texte numérisé non relu

II. Î

eut lieu entre eux près de la Marne. Le duc se reconnut par les mains et par le serment l'homme du roi, lui rendit la citadelle de Laon, qu'il fit évacuer, et promit de lui garder dorénavant une parfaite fidélité *.

Ces faits sont de la fin de l'année 949 et du commencement de 950. Louis d'Outremer régna paisiblement depuis cette- époque. Nous avons de lui un diplôme donné à Reims, le 20 août 950, par lequel il confirme une donation faite à l'abbaye de Saint-Pierre de Gand *. Mais en 954 il fit une chute de cheval en poursuivant un loup dans une partie de chasse. Cet accident occasionna sa mort, qui eut lieu le 9 septembre de la môme année. Il fut enseveli dans le monastère de Saint-Remi près de Reims.

§ 3. LOTHA1RE 1T LOUIS V.

Deux fils étaient nés du mariage de Louis d'Outremer avec Gerberge. L'aîné, du nom de Lothaire, était Agé de douze ans au moment de la mort de son père. Il fut élevé sur le trône dans une assemblée composée d'un grand nombre de seigneurs et d'évêques de Belgique, de Germanie, de Bourgogne, d'Aquitaine, de

1 Hugo iiaque dux per manus et sacraraentum régis efficitur, ac turrim Laudunicam suis evacuatara régi reddil ; multam abinde fidem seservaturum pollicens. [iïirhtr, 1. II, c. 77.)

» Mir. Oper. dipl., M, p. ÎCO ; D. Bouquet, t. IX, p. 607.

Gothic, et h laquelle assistait avec Hugues, duc de France, l'archevêque Brunon, nommé duc de Lotharingie par son frère Othon depuis l'année précédente. Le jeune Lothaire fut sacré roi, du consentement de tous, par Artold, archevêque de Reims, dans la basilique de Saint-Remi, le 12 novembre 954. Dès lors Hugues chercha à l'envelopper de sa tutelle, comme il avait fait a l'égard de Louis; mais le véritable tuteur de Lothaire fut' Brunon, son oncle, frère d'Othon et de Gerbcrge. Au reste, Hugues ne vécut plus longtemps; après une campagne assez heureuse en Aquitaine contre Guillaume, il tomba malade et mourut à Paris, le 16 juin 956. Il laissait trois iils en bas Age; celui qui fut connu sous le nom d'Hugues Capet n'avait alors que dix ans. Leur mère, Hedwige, qui était sœur de Gerberge, se plaça comme celle-ci, avec ses enfants, sous la protection de leur frère commun, l'archevêque duc Brunon; de sorte que les fils d'Hugues le Grand ou l'Abbé furent, pour ainsi dire, élevés avec les fils du roi Louis, dont ils étaient cousins germains.

Brunon se trouva ainsi à la tête du gouvernement des deux royaumes. S'il y avait eu en France, comme le suppose Augustin Thierry, un parti national et antigermain, c'eût été le moment pour ce parti de se lever, lorsque les rênes du char de l'Etat étaient tenues par un évèque allemand. Or, la seule opposition sérieuse que Brunon ait eue à combattre fut celle de Régnier II, comte de Hainaut, qui prétendait à la

39i HISTOIRE DES CAROLINGIENS.

succession de son parent Gislebert, et qui s'était mis en possession des biens donnés en dot par Gislebert à Gerberge. Régnier fut vaincu, et obligé non-seulement à restituer les domaines qu'il avait envahis, mais encore à quitter la Belgique. Son comté de Hainaut fut donné à un nommé Ricaire, qui le transmit à ses deux fils Garnier et Rainolde.

Une autre tentative de rébellion fut celle de Robert de Trêves, fils d'Herbert de Vermandois et frère de l'évêque déposé, Hugues. Il convoitait la forteresse de Dijon ; ne pouvant s'en emparer par force, il tâcha de corrompre l'officier qui la commandait, et se fit livrer la place par trahison. Brunon, avec deux mille soldats belges, s'empara des terres de Robert et mit le siège devant la ville de Troyes. De leur côté, le roi et sa mère conduisent des forces contre la place de Dijon ; Robert se soumet, implore l'indulgence du roi, lui donne des otages et se lie à lui par serment. On l'oblige à livrer le traître, qui est décapité.

La destruction du château de Chèvremont, qu'une légende liégeoise attribue à l'évêque Notker *, doit être de la même époque. Cette forteresse était, diton, habitée par un guerrier farouche nommé Immon, qui répandait la terreur et la désolation dans le pays. L'évêque appelé au château pour administrer le baptême à un enfant nouveau-né, y introduisit, sous l'habit religieux, des hommes d'armes qui, à un signal

» Chopeauville, Grtta pontif. Tungr., Traject. et LeoJ., 1. 1. c. 50.

donné, égorgèrent le châtelain et ses gens. Cette histoire est peu vraisemblable; mais le personnage d'Immon n'est pas fabuleux; il figure dans la chronique de Widukind, comme ancien compagnon d'armes de Gislebert. On y rapporte qu'il trahit son seigneur, et qu'il s'empara par surprise du château de Chèvremont *. Peu de temps après il y fut attaqué par Brunon, et il est très-probable, quoique la chronique ne le dise pas *, que c'est dans cette guerre que le château fut démoli et rasé.

On voit qu'il ne s'agit dans toutes ces affaires que d'intérêts privés. Les voleurs, latrones, comme dit Widukind, doivent être réprimés; la nation indomptable des Lotharingiens a besoin d'être mise à la raison; mais de Gaulois, de mouvement national gaulois, il n'y a pas d'apparence. Évidemment M. Michelet est dans le vrai, lorsqu'il dit : « Gouvernée, défendue par des étrangers, la Neustrie n'avait depuis longtemps de force et de vie que dans son clergé... Il semble qu'elle ne présentait guère que des esclaves épars sur les terres immenses et à moitié incultes des grands du pays 3 . » Quant à ceux-ci, aux grands,

1 Widukindi lies gestœ Saxonicœ, lib. II, c. 23 et 28, ap. Pertz, Monumenta Germ. hist., t. II, p. 444.

'Widukind se borne à dire que Brunon purgea le pays des voleurs ou des brigands qui l'infestaient : « Qucm cum rex prœfecisset genti indomitœ Lothariorum, regionem a latronibu3 purgavit, et in tantum disciplina legali instruxit, ut summa ratio, suramaque pax illis in partibus lecum tenerent.»(Lib. II, c. 30.)

1 Histoire de France, Iiv. II, ch. 3.

nous les voyons accourir de toutes parts à Laon, dès qu'ils sont informés du retour du roi dans cette ville. « Deux des fils du feu duc, Hugues et Othon, s'y rendent aussi, dit Richer, et, en présence de tous, jurent au roi de le servir fidèlement. Lothaire, voulant reconnaître leur dévouaient, donna à Hugues le titre de duc qu'avait porté son père et ajouta à sa principauté le pays de Poitiers ; il donna à Othon la Bourgogne 1 . »

L'archevêque Brunon présida pendant près de douze ans aux destinées des deux royaumes. Il s'efforça de maintenir la paix et la concorde, dans la Ts'custrie, entre ses neveux, le roi Lothaire et les fils d'Hugues *. Afin d'assurer la défense de la Lotharingie, il forma de ce pays deux duchés, et confia à Frédéric, comte de Bar, le duché de haute Lotharingie, correspondant au pays qui depuis fut appelé Lorraine, à Godefroid, duc de Verdun ou d'Ardenne, la basse Lotharingie, qui est la Belgique actuelle. Brunon mourut en 965 5 . Aucun événement grave ne vint troubler l'ordre qu'il avait établi, jusqu'à la mort de l'empereur Othon 4 , qui eut lieu en 973.

' liieher, Mb. III, c. 13

* Prteterej Lothanum, sororis suie fllium, de aotiqua regum prosapia ortum, cutn o sobnnis suis vehememer esset oppressus, tnirifiLe eruit et exullavit; nec cessavit, donec in locum patris sui regem consiituii, ac majores ipso poientioresque ilugonis (ihos omnesque ilhus regni principes sub jugum ejus stravit. (Ruotgeri Vita Brunonis, c. 39.)

* Ruotgeri Vita Brunoni*,c. i5.

* Othon W avait été sacre empereur par le pape Jejn XII, le i fé vner 96i.

Mais à peine Othon II eut-il succédé à son père, que la discorde reprit son empire. Lothaire n'avait pas oublié que la Lotharingie était la patrie de ses aïeux ; il voyait sans doute à regret que ce royaume fût sorti de la succession des Carolingiens; mais la pensée de le reprendre ne lui serait pas venue, si elle ne lui avait été suggérée par les événements. Il y avait à la cour de Lothaire deux jeunes princes dont nous avons déjà parlé, Régnier et Lambert, qui étaient fils de Régnier, comte deHainaut, et qui aspiraient à rentrer en possession de leur comté. Ce sont ces jeunes guerriers qui commencèrent les hostilités. Godefroid, duc de basse Lotharingie, venait de mourir de la peste en Italie (en 964) ; ils crurent que l'occasion était favorable, et en effet ils parvinrent à expulser du Hainaut les comtes Garnier et Rainold, qui avaient succédé à Ricaire. Il y eut entre eux un combat sanglant à Péronne, près de Binche; la victoire resta aux lils de Régnier; leurs rivaux furent vaincus et tués Mais peu de temps après 3 Othon II marcha contre les vainqueurs ; il vint les attaquer dans le château de Boussoit 3 , sur la Haine, et les força à repasser en France. Le comté de Hainaut fut alors

' Chron. Balder., lib. I, c. 94; Sigeberti, aan 973.

* Kn 97V, d'après Sigehertde Gembloux.

* Les chroniqueurs appellent ce château Bussud, Buxudis, Buxu$. Plusieurs écrivains ont pense que c'était Boussu prés do Suiot-Ghislain. Mais Dewez fait remarquer que le château de Boussu n'a été tàti qu'en 1^40; tandis que celui de Boussoit, voisin du champ de bataille de Pérontie, est très-ancien. (Dewez, Histoire générale Je la Belgique, t. Il, p. ?98.)

donné à Arnoul *, qui se fixa à Valenciennes, et à Godefroid, qui établit sa résidence à Mons.

Chassés de leur pays pour la seconde fois, privés de leur patrimoine, dépouillés de leurs dignités, Régnier et Lambert firent éclater des plaintes légitimes et cherchèrent à se créer des partisans en France. Leurs efforts ne furent pas infructueux; ils trouvèrent de l'appui dans Othon, fils du comte de Vermandois, dans Hugues Capet, et dans Charles, frère du roi Lothaire, qui, ne possédant que son épée, recherchait toutes les occasions de guerroyer. Une expédition fut résolue et tentée en 976 ; l'attaque fut dirigée sur Mons; on n'en connaît pas les détails; tout ce qu'on sait, d'après les chroniques, c'est que Godefroid fut blessé. Arnoul prit la fuite, et nonobstant, la place de Mons qu'ils défendaient résista aux efforts des assiégeants 2 . Cette expédition n'en eut pas moins des résultats considérables. Pour mettre un terme aux hostilités, Othon II se prêta à un arrangement qui semblait concilier tous les intérêts. Charles de France fut créé duc de basse Lotharingie, sous la suzeraineté du roi de Germanie, auquel il prêta serment

1 M. Henri Martin prend cet Arnoul pour le comte de Flandre : c'était lo filsdlsaac, comte de Cambraiet do Valenciennes. (H. Martin, Hiiloirtdt France, t. II, p. 536.)

* Sigeltrt. rhron., ad nnn. 976 ; Contin. Frodoardi, ap. Bouquet, t. VIII, p. 2U; Dewez, t. II, p. 399; II Martin, t. II, p.7ii; Jihrbuecher dt% dtutschen Reichi unter dem saechsiichcn Stamme , continue par Giesebrechf, t. II, part. 1", p. 29.

de fidélité 1 ; on rendit à Régnier le comté de Hainaut, et Lambert eut le comté de Louvain

Il paraît que ces concessions ne répondaient pas à tous les vœux, à toutes les espérances. Autour du roi Lothaire s'agitaient des passions, des ambitions pour qui l'état de paix n'était qu'un obstacle. Hugues Capet et d'autres grands de la cour entraînèrent le roi Lothaire dans une expédition sans but et sans raison contre Aix-la-Chapelle, où se trouvait le roi Othon avec sa femme Théophanie 3 . Cette équipée n'eut d'autre résultat que de brouiller les deux souverains et d'engager Othon à faire, l'année suivante, une expédition semblable contre Paris 4 . Quand Lothaire ouvrit enfin les yeux, il comprit que ses véritables ennemis étaient ceux qui le poussaient à la guerre contre le roi de Germanie, afin de l'isoler complètement et d'avoir meilleur marché de l'autorité royale. Il envoya à Othon des députés, dont le discours est précieux à recueillir, car il éclaire parfaitement la situation : « Jusqu'ici, dirent-ils, les fauteurs de dis-

1 D'après la chronique do Balderic de Cambrai, Charles no fut nommé duc par Olhori II quo sous la condition expresse de lui rondre hommage comme vassal, et de s'opposer aux tentatives que pourrait faire son frère pour s'emparer du duché.

s Suivant Alhéric, ce ne fut qu'en 998 que Régnier et Lambert furent mis en possession de leurs comtés. (D. Bouquet, t. IX, p. 587.) Une charte do l an 10f»3 constate que Lambert était comte de Louvain à cette époque, Comité Lovmniœ Lantberto. (Minons, Optra dipl., t. I, p. 318.)

* L'.lrr de vérifier les data, t. XIII, p. 356.

4 Jahrbuechtr de$ deutschen Reich», l. c, p. 48-T5; Hugues de Fleury, dans D. Bouquet, t. VIII, p. 3*3 ; le continuateur de Frodoard, dans Bouquet, t. IX, p. 81.

corde, de haine, de guerre, ont triomphé ; ceux, en effet, qui se complaisaient dans la discorde, parce qu'ils pensaient que près de rois en désaccord il y avait pour eux à gagner, ont tenu une place élevée entre deux nobles princes. Ils désiraient le malheur commun, afin d'acquérir près de rois brouillés entre eux plus de gloire et plus d'honneur... >. »

Les deux rois eurent donc une entrevue, et la paix fut rétablie entre eux en 980 2 . Quand Hugues en fut informé, son dépit éclata de manière à ne point laisser de doute sur ses desseins. Il courut à Rome, où le roi Olhon s'était rendu à la demande du pape Benoit VII. Il espérait le détacher de Lothaire, ou tout au moins s'assurer son amitié pour l'empêcher de soutenir Lothaire contre ses puissants vassaux. Le résultat de celte négociation fut bien différent. Soit par l'effet de la volonté d'Othon, soit par l'intervention des hommes raisonnables des deux partis, une réconciliation générale eut lieu, pour quelque temps du moins ; Hugues lui-même se rapprocha de Lothaire et les deux princes s'unirent par les liens d'une apparente amitié.

i Richer, lib. III, c. 79.

* Les historiens ne sont pas d'accord sur les stipulations de la paix de 980. Les auteurs de VArt de vérifier let d(tte$, t. V, p 488, disent, mais en termes dubitatifs, qu'Othoo ne conserva la Lorraine que comme fief de la couronne de France. Dewez démontre par les chroniques l'inexactitude de cette assertion. Sismondi (t. II, p. 48i) traite de faLlo cette prétendue inféodation de la Lotharingie. On peut voir aussi la note A de D. Bouquet, t. X, p. 1Î2. Selon l'opinion commune, le traité fut conclu sur les bords du Cher daus l'Ardeune ; d'après l'Art de vérifier les dates, ce terait a Reims.

Cette amitié fut scellée par le couronnement du fils de Lothaire, Louis, proclamé roi par le duc et les autres grands du royaume, dans une assemblée tenue à Compiègne, en 981.

La situation du roi Lothaire se trouvait notablementaméliorée par ces arrangements; mais la royauté en elle-même n'y avait gagné aucune garantie nouvelle. Ce qui lui manquait, c'était un territoire à elle propre et non inféodé à quelque duc ou comte assez puissant pour se rendre indépendant. L'occasion parut se présenter d'atteindre ce but si désirable, à la mort de Raimond, duc des Goths. En faisant épouser sa veuve par Louis, on espérait faire passer sous l'autorité directe du roi toute l'Aquitaine et laGothie.Ce mariage fut négocié; les deux rois partirent pour l'Aquitaine avec une suite nombreuse ; ils furent reçus par Adélaïde, dite aussi Blanche, au château de Vieux- Brioude sur l'Allier, dans la basse Auvergne. Après quelques conférences, Louis épousa solennellement la veuve de Raimond, la lit couronner, conjointement avec lui, par les évêques et l'éleva sur le trône. Mais cette union ne dura pas longtemps. Louis était trop jeune et Blanche trop âgée, pour que des habitudes et des goûts différents ne les missent bientôt en désaccord. Leurs caractères étaient d'ailleurs si opposés qu'au bout de deux ans de mariage un divorce devint nécessaire. Blanche se maria ensuite â Guillaume d'Arles «.

« Richer, lib. III, c. 9i et 93.

Vers la même époque, le 7 décembre 983, Othon II mourut, n'étant âgé que de vingt-huit ans. Il laissait un fils né en 980 et qui par conséquent n'avait que trois ans d'âge. Cet événement eut pour résultat de rompre de nouveau le lien qui unissait la dynastie carolingienne à la maison de Saxe, et de rapprocher de celle-ci la dynastie future des Capets. La veuve d'Othon II, Théophanie, qui était une princesse grecque, se vit disputer la tutelle de son fils Othon III par Henri le Querelleur, parent de l'empereur décédé ; et non-seulement Charles, duc de la basse Lotharingie, s'engagea dans le parti de cet Henri, mais le roi Lothaire saisit cette occasion d'envahir la haute Lotharingie. Il lit le siège de Verdun, et finit par se rendre maître de cette place. A dater de cette époque, la perte de la dynastie carolingienne paraît avoir été résolue dans les conseils de l'impératrice Théophanie. L'archevêque de Reims, Adalbéron, aidé de quelques vassaux dévoués a la maison de Saxe, parvint à lui faire rendre la tutelle de son fils ; on calma les appétences d'Henri le Querelleur, en lui donnant le duché de Bavière, et le roi Lothaire abandonna bénévolement la ville de Verdun.

La paix semblait donc être rétablie ; mais peu de temps après, le 2 mars 986, Lothaire mourut à Laon avec tous les symptômes d'un empoisonnement 1 . Ri-

1 On a de Lothaire qna:re diplômes, savoir : 1» Charte de confirmation donnée au palais de Lyon, le 10 décembre 9!>0. en faveur du monastère de S. Bavon de Gaud ; 4» Diplùmc qui confirme diverses possessions a la

cher ne le dit pas, mais il décrit la maladie à laquelle le roi succomba en termes qui ne laissent guère de place au doute : « Attaqué de ce mal que les médecins appellent colique, dit-il, il éprouvait au côté droit, au-dessus des parties naturelles, une douleur intolérable. Il ressentait aussi des douleurs atroces depuis le nombril jusqu'à la rate, et de là jusqu'à l'aine gauche, et de même à l'anus. Les reins et les intestins étaient aussi quelque peu attaqués. Il avait un ténesme continuel et une évacuation sanguine; la voix était parfois voilée, quelquefois il était glacé par le froid de la fièvre; ses intestins faisaient entendre des rugissements. Il éprouvait un dégoût continuel. Il faisait pour vomir des efforts sans effet, son ventre était tendu, son estomac brûlant »

Des soupçons planèrent sur la reine Emma , qui était fille de l'impératrice Adélaïde, veuve d'Othon I er , et par conséquent alliée à Théophanie. On l'accusait de complicité avec Adalbéron, jeune prélat que Lothaire avait élevé au siège épiscopal de Laon. Le fils de Lothaire, Louis V, paraît avoir partagé l'opinion publique sur les relations coupables d'Adalbéron avec sa mère. Cela résulte d'une lettre d'Emma à l'impératrice Adélaïde : « Mes douleurs se sont encore aggra-

méme abbayo, donne à Arras en 907; ."• Diplùme donné nu château de Douai en 975, par lequel il est Tait restitution de la villa d'Aisne à Judith, abbesse de Marchienne sur la Scarpe; i» Restitution de diversbiens à l'abbaye de Maroilles, en *>77. (Mir. Oper. dipl., t. I, pp. 45, 40, 1 Vi et 144.) » Rlcher, lib. III, c. 109.

vées, dit-elle, depuis que j'ai perdu mon mari. Mon espérance était dans mon fils ; ce fils est devenu mon ennemi. Mes amis les plus chers se sont éloignés de moi, pour me plonger dans l'ignominie avec toute ma race. On a inventé d'atroces calomnies contre l'évêque de Laon : ils le persécutent et ils veulent le priver de ses honneurs, pour me couvrir d'une honte éternelle. 0 ma mère! venez à mon secours *. »

Le roi Louis n'en voulait pas moins à l'autre Adalbéron, l'archevêque de Reims, le conseil et l'appui de la reine Théophanie. A peine monté sur le trône, il réunit les grands du royaume, et leur tint un discours fort significatif, dans lequel il exprime franchement sa pensée : « Adalbéron, dit-il, archevêque de Reims, l'homme le plus scélérat de tous ceux que la terre supporte, méprisant l'autorité de mon père, favorisa en toutes choses Othon , l'ennemi des Français ; il l'aida a conduire une armée contre nous; il l'aida à ravager les Gaules, et, en lui fournissant des guides, il lui donna les moyens de rentrerchez lui sain et sauf, ainsi que son armée. Il me paraît juste et utile d'arrêter ce misérable, pour lui infliger la peine d'un si grand crime, et pour porter en même temps la crainte au cœur des méchants qui voudraient suivre ses traces *. >

Le premier mouvement du roi fut de marcher sur

' Gtrbtrli epist. in prrtona Ihmtna» rtg. 97, trnJuct. de Sismondi, îîitt. t!t$ Français, t. II, p. 3W, édit. de Bruxelles, I8.tr.. * Richer, lib. IV, c . ?.

Reims et d'enlever de force la métropole ; mais cédant aux conseils de son entourage, il envoya des députés à l'archevêque, pour lui demander s'il entendait résister à son roi ou se purger, en temps convenu, des charges portées contre lui. Adalbéron répondit qu'il ne refusait pas de se soumettre aux ordres du roi et de lui donner les otages qu'il demandait, ne redoutant nullement les charges qu'on lui opposait. Des conférences s'ouvrirent, et le roi s'éloigna avec son armée. Il était à Senlis, lorsqu'au mois de mai de l'année suivante, 987, on apprit sa mort. Plusieurs chroniques disent qu'il fut empoisonné comme son père. Si l'on en croit Richer, il mourut d'une chute de cheval, étant à la chasse 1 . Il avait à peine vingt ans. (Test ce prince dont on a cherché à flétrir la mémoire en lui donnant le surnom de Fainéant.

Le proeès d'Adalbéron se trouva terminé par cet événement. Dans une assemblée qui eut lieu après les obsèques du roi, on fit pour la forme une sorte d'appel à toute personne qui voudrait soutenir l'accusation à la place du défunt; mais personne ne s'étant présenté, le duc Hugues, qui était d'accord avec Adalbéron, prit la parole et dit : « Si le procès est fini parce qu'il n'y a personne pour le soutenir, il faut reconnaître dans le métropolitain un homme noble et doué d'une haute sagesse. Écartez donc de lui tout soupçon et rendez honneur au grand

' B:rher,HKIV,c.5.

évêque; révérez-le comme tel, el proclamez hautement quelle est sa vertu, sa prudence et sa noblesse 1 . » Nous verrons bientôt qu'en s'exprimant ainsi, Hugues n'était pas désintéressé, et qu'il attendait d'Adalbéron des services pour lesquels la réhabilitation de celui-ci était indispensable.

§ 4. CHARLES ET OIHON.

Nous approchons du dénoûment de ce grand drame qui doit finir par la chute de la dynastie carolingienne et par l'avènement de celle des Capets. Pour apprécier le véritable caractère de cette révolution, il faut commencer par se rendre compte de la situation des deux compétiteurs qui se trouvèrent en présence. Louis étant mort sans enfant, il n'y avait pas d'héritier direct de la couronne. Le prince qui, en ligne collatérale, y était appelé par sa naissance, Charles, frère de Lothaire et oncle du dernier roi, se trouvait à l'étranger, étant duc de la basse Lotharingie. Il n'avait guère d'autres partisans dans la Neustrie qu'Herbert III, comte de Vermandois, Arnoul II, comte de Flandre, et quelques vassaux du Midi qui se bornaient à faire des vœux pour les Carolingiens ; tandis que tous les personnages les plus puissants étaient ses ennemis. Sans parler d'Hugues Capet, son com-

» Ricber,lib. IV, c. 7.

pétiteur, il avait contre lui la veuve de Lothaire, Emma, et tout le parti des Othon, y compris le métropolitain de Reims, Adalbéron, qui avait défendu les intérêts de Théophanie à la mort d'Othon II, plus le fameux Gerbert, qui fut élevé sur le siège apostolique par Othon III *. Hugues Capet, au contraire, avait resserré les liens qui l'attachaient à ses cousins de Germanie, en allant trouver Othon II à Rome en 980 ; il s'y était concilié les bonnes grâces de Vimpératrice Théophanie, qui paraît avoir dès lors promis de seconder son ambition *. Nous venons de voir aussi comment il avait acquis des droits à la reconnaissance du métropolitain de Reims, dont l'influence était considérable.

Hugues Capet s'appuyait donc sur le parti germanique, qui était opposé à l'élection de Charles. C'est précisément le contraire de ce qu'a supposé Augustin Thierry pour fonder son système.

Hugues se hâta de profiter des avantages de sa position. Avant que Charles eût fait valoir ses droits, il se fit proclamer roi par les grands réunis à Senlis sous la présidence d'Adalbéron, et dès le 1 er juin 3 , il était couronné à Noyons par cet archevêque qu'il venait de sauver d'une accusation grave. De son côté, Charles réunit quelques troupes, entra en Neustrie et

• » Viia Nauritii BurJini, c. XVII, ap. Baluz., Miictllan., lib. III, p. 49*.

* Epist. Uujonii régi» ad Thtoph. Aujust., ap. Bouquet, t. X, p. 59S.

* Suivant Ricber, Ut. IV, eu. H, Louis V était mort le iî mai.

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