‹ Histoire des CarolingiensChapitre 20 sur 23 · ANNO DOMINI MI · texte numérisé non relu

ANNO DOMINI MI

On n'a pas contesté l'authenticité de ce monument, bien que l'inscription donne à Charles, non la qualité de duc, mais celle de comte : car les ducs sont souvent désignés sous la qualification de comtes. Le titre de duc se rapportait à une dignité militaire et n'empêchait pas d'être comte en même temps. Mais comment expliquer la sépulture de Charles à Maestricht, et la date de mil un? Aurait-il été mis en liberté avant de mourir? Lesbroussart et Dewez sont de cet avis *. Ils supposent la possibilité d'une renonciation par Charles au trône de France, comme condition de sa sortie de prison; mais toutes les chroniques disent le contraire. La conjecture qui paraît la plus vraisemblable, c'est que le corps de Charles aura été transféré à Maestricht en 1001, à la demande de son fils Othon, alors son successeur dans le duché de Lotharingie. Cette translation aurait été faite secrètement et serait demeurée inconnue des chroniqueurs.

Il est assez probable d'ailleurs que Charles n'est pas décédé en 991, mais plus tard, comme il est dit dans la chronique du moine Richard de Cluni : Genuit autem Karolus in custodia de uxore sua duos filîos, Lu-

« C'est aussi l'opinion de Dynterus. 1. 1, p. 317-318.

dovicum et Carolum, et ipse in carcere post plura tempora mortuus est *. Le fait de la naissance de deux fils de Charles dans sa prison à Orléans , rapporté par presque tous les chroniqueurs , ne peut être mis en doute. Or, s'il était mort en 991, il faudrait nécessairement que ces fils fussent nés jumeaux. Quelques chroniques le disent; mais la plupart ne font pas mention de cette particularité , et Louis est appelé l'aîné dans quelques-unes. Suivant Y Art de vérifier les dates, Charles serait mort le 21 mai 992 ; Ernst dit avoir eu communication du nécrologe de la cathédrale de Liège, où sa commémoration était fixée au 22 juin *.

Charles laissa une postérité assez nombreuse : car outre les deux enfants nés pendant sa captivité à Orléans, il en avait trois autres nommés Othon, Gerberge et Hermangarde. Ceux-ci, suivant quelques auteurs 3 , étaient nés d'un premier mariage avec Bonne, fille de Godefroid d'Ardenne 4 , tandis que les deux autres eurent pour mère Agnès de Vermandois, fille d'Héribert III, comte de Champagne N , ou, suivant Ernst, fille d'Herbert II, comte de Troyes 6 .

' Apud Bouquet, t.X, p. 963.

« X cal julii cotnmemoratio ducis, Histoire du Limbourg, t. I, p. 407, note.

3 Anselme, 1. 1, p. 39; Dom Calmet, t. 11, p. 39; De Marne, p. 115 des dissertations.

* Chifllet dit, contre toule vraisemblance, que Bonne était soeur deGodefroid d'Ardenne, dit le Vieux. (Vtndiciœ Hispanic<r, c. IV.)

* VArt de vérifier les dates.

* Histoire du Limbourg, t. I, p. 408.

CHARLES ET OTHON. tl 9

Othon succéda à son père dans le duché de basse Lotharingie. Si Ton en croit De Vadder, il établit sa résidence à Bruxelles, et habita le château que Charles avait fait construire dans l'île de Saint-Géry. On ignore s'il a été marié 1 ; dans tous les cas, il mourut sans postérité en 1005, suivant la plupart des chroniqueurs*, en 1006 ou 1007, d'après Y Art de vérifier les dates. Lipsius dit que son corps fut déposé dans l'église de l'abbaye d'Echternach ; Molanus affirme qu'il fut inhumé dans l'église de Sainte-Gertrude à Nivelles 3 . Les anciennes chroniques ne rapportent aucune des actions de ce prince *. Après lui le gouvernement du duché fut donné à Godefroid II.

Gerberge, qui hérita du comté de Bruxelles 5 , après la mort de son frère Othon, épousa Lambert, comte de Louvain 6 . Cette princesse mourut à un âge avancé. Son corps fut inhumé dans l'église de Sainte-Gertrude à Nivelles. On lisait sur son tombeau l'inscription suivante, qui y était encore au temps de

1 Leroy, Grand Théâtre sacré du Drabunt, p. 5, dit qu'il mourut dans lo célibat. Wassenbourg, p. 115, dit qu'il épousa Blanche, fille de Guillaume comte d'Arles.

* Sigebert. Gemblac, ad ann. 1005 ; Albericus trium font., ibid. 3 Militia tacra Brabanl., p. 69.

* Do hoc historiœ nihil recitant, nisi quod patri successerit; unde et credilur liberos non habuisse quos historiaa non tacuissent. [Magn. Chron. belg.)

5 II serait peut-être plus exact de dire qu'elle hérita d'une partie des domaines de son frère, c'est-à-dire de Bruxelles et de ses environs, de Vilvorde, de Torvueren, et d'une partie de la forêt de Soignes.

« D. Calmet, 1. 11, p. 39 ; De Vadder, p. 106.

De Klerk, et qui nous a été conservée par a Thymo :

Inclyla Gerberga Bruxellensis comitissa, Ex Caroli stirpe magni tune sola rcmansil :

Cui conjunctus erat sacro nexu raaritali Belliger egregius Lambcrlus Lovaniensis.

Proh dolor! his regno spoliatis atque ducatu, Lovanium tantum neenon Bruxclla rcmansil «.

C'est une question fort controversée que de savoir si du mariage de Gerberge et de Lambert il naquit un ou plusieurs enfants. Butkens *, s'appuyant sur la généalogie de saint Arnoul, écrite à la fin du treizième siècle, et sur Jacques de Guise, mort en 1398 3 , leur donne pour enfants Henri, Lambert et Mathilde; mais d'après Baudouin d'Avesnes, la généalogie de Charlemagne publiée par d'Achery 4 , et celle de Charles, écrite au douzième siècle et publiée par Miraeus 5 , Lambert et Gerberge n'eurent qu'un fils, appelé Henri, lequel fut père de trois enfants: Lambert, Henri et Mathilde. Quoiqu'il en puisse être,

1 Erost fait remarquer que cette épitaphe n'a pas I air d'être de l'époque où Gerberge fut inhumée. [Mémoire »ur lescomtei de Loutain, p. Î4.)

» Trophiet de Brabant, liv. IM, ch. 1«, p. 74 et suiv.

8 V. la préface de VHistoire du Hainaut par Jacques de Guise, publiée par le marquis de Fortia dTrban.

« D A hery, Spi'ilerfum, t. II. p. 493.

* Mirœus, Operadipt., 1. 1, p 363. Ernst cite ce passage décisif : « Gerberga genuit Ileoricum seniorem comitem de Brussella. Henricus senior gênait Lambertum et llenrieum frai rem ejus et MathilJem sororem ejus, etc. » (Mémoire tur les comte» de Loutain, publié par H. Lavalleye, P. 25.)

CHARLES ET 0T1I0N. 4t1

Mathilde, fille ou petite-fille de Gerberge et de Lambert, épousa Eustache, comte de Boulogne, et fut l'aïeule du célèbre Godefroid de Bouillon, roi de Jérusalem.

Hermangarde, la seconde fille de Charles, épousa Albert, premier comte de Namur. Elle gouverna ce comté pendant la minorité de son fils et celle de son petit-fils. Elle était parvenue à une extrême vieillesse lorsqu'elle s'éteignit, on ne sait en quelle année. Son corps fut inhumé dans l'église de Notre-Dame à Namur *.

Quant aux deux fils de Charles, nés pendant sa captivité, on ne sait trop ce qu'ils sont devenus. Les chroniqueurs rapportent qu'ils trouvèrent un refuge à la cour de l'empereur. Ils avaient été chassés du royaume occidental, si l'on en croit Adhémar de Chabannes *; ils s'étaient évadés de prison suivant d'autres auteurs. On attribue à Louis, l'aîné, une longue postérité, qui ne se serait éteinte qu'en 1248 dans la Thuringe 5 . Il résulte des recherches récemment faites par M. Boettiger sur ce sujet que, vers l'année 1030, il y eut dans la Thuringe proprement

1 Gramaye, tiamurcum, p. 84; Gaillot, Histoire de Namur, t. 1, p. 93.

* Curolus in carcere usque ad mortem retenais est Aureltanis, ubi genuit Carolum et Ludovicum, elexpulsi sunt filii ejus a Francis, profectique ad imperatorem Romanorum habitaverunt cum eo. (D. Bouquet, t. X, p. 145.)

* Duravit iltaslirps Carolina adannum MCCXLV1II in posteris Ludovici, qui Ottonis ex alia matre frater fuit et Thoringiœ Landgravium parens. (D. Bouquet, l. c, note a.)

Page 1