II
118 HISTOIRE DBS CAROLINGIENS.
des villas royales, si nombreuses dans l'Ardenne, ainsi que des établissements ecclésiastiques.
A l'ouest du comté d'Ardennc et du Condroz, le pays de Lomme, pagus Lommensis, était borné au sud par la Thiérache, à l'occident par le Hainaut et la Fagne, au nord par le Brabant et la Hesbaie. Des Roches cite parmi les endroits anciennement connus de ce pagus la villa de Bienne, Beverna; la villa de Calco; le lieu appelé Brogne; Corbion, à peu de distance de Ciney; Florenne, dont l'abbaye n'existait pas encore; Gouvin, qui plus tard devint le chef-lieu d'un comté {comilatus Coviensis); Hastière, Hasteria, mentionnée dans un diplôme de l'an 910 ; Landrichamp, Landricum castrum, près de Givet ; le pays de Manise, Magiuisius pagus, entre Givet et Revin; le bourg même de Revin, Ruivinium, mentionné dans une charte du roi Pépin; la villa de Walhain, Walaham; enfin Namur, Aamucum caslrum. Suivant Wastelain, la mention la plus ancienne de cette ville se trouve au bas d'un diplôme donné en 693 par Chlovis III *.
Outre le comté de Lomme proprement dit et le pays d'Entre-Sambre-et-Mcuse, le pagus Lommensis contenait encore un comté distinct, auquel on donnait le nom de comilatus Darnuensis ou Damietisis, comté
bourg, publiées dans les Annale» de la toeiité pour la conservation de» monument» ht» torique», Àr!on, «85V, p. 43.
1 Namuco reccgnovi. (Ampliaima colleciio, t II, p. 14.) Il y a des monnaies mérovingiennes qui porient le nom de Namuco. (Guillemot, Catalogue de» légende» de» monnaie» mérovxngitnnei, La Rochelle, 1845.)
DESCRIPTION DES PA<!I i,y
«l'Arnau ou d'Ornau, et qui se prolongeait des deux côtés de la rivière de ce nom, depuis sa source jusqu'à son embouchure dans la Sambre.
Le chef-lieu du comté d'Arnau était Gembloux, \Gemelaus) y appelé Geminiacum par les Romains. (Tétait alors une villa; l'abbaye n'existait pas encore. Une charte publiée par Miraeus 1 désigne comme faisant partie du même comté la villa de Bouffioulx, /ta/îo/s;Ernage, Asnatgia; la villa de Courtil, Curtily, et Villers, Villare. Ces localités ont conservé leurs noms jusqu'à ce jour.
A l'ouest du pays de Lomme étaient la Fagne, Fania, contrée couverte de forêts, le Cambresis, Cameracensis pagus, et le pays de Famars, pagus Fanomartetisis. On cite dans la Fagne l'abbaye de Liessies, Laetia, fondé en 75J par Pépin *, le domaine de Waslers, prœdium Wallare, dont le roi Dagobert fit donation à saint Landelin 3 , et puis quelques endroits de moindre importance, entre autres, Boives, Bavia, mentionné avec Wallare dans le diplôme précédent, et Coursolre, Curtis Solrœ, dont il est parlé dans la vie de saint Walbert 4 .
Outre Cambrai, Cameracutn, ville romaine, célèbre dans les annales des Francs 5 , le Cambresis ne con-
» Mir. Optr. diplom., t. 1, p. 13».
1 Mir. Orig. Btnedicl., p. 18*.
' Mir Oper. diplom., t I, p.
* Acia SS. Btlg. $el., t. III, p. 3-iô.
• Voyez dans Brequigny, édition de Pardessus, t. Il, p. --fi», unethane de donation faite en 691, par Pépin à l'église de Sanu-Pierre à Cambrai.
tenait qu'un seul endroit digne d'attention : c'est Vinci, Vinciacum, où Charles Martel triompha des Neustriens. Des Roches assure que depuis la bataille de l'an 717, perdue par les Francs de Neustrie, on a donné à cette localité le nom de Crèvecœur i . Une charte de donation de Charles le Simple 4 fait en outre mention de Carnières, Walincourt, Junchy et Montigny. On peut citer encore Honnecourt, Hunulcurt, mentionné dans l'acte de 870,
Le Hainaut, Hanoium, dont le nom occupe une grande place dans l'histoire, était à cette époque un assez petit pagus se prolongeant entre la Sambre et la Haine, depuis la source de cette dernière rivière jusqu'à son embouchure à Condé. Mais ce pagus était un de ceux où la civilisation gallo-romaine et la religion catholique avaient fait le plus de progrès. Il y avait là un groupe d'établissements religieux dont les possessions couvraient presque tout le pays ; nous en parlerons plus amplement dans le § 3 de ce chapitre. Nous aurions du n'indiquer ici que les localités qui ne doivent pas leurs noms à des monastères ou autres établissements religieux; mais cette distinction est fort difficile, pour ne pas dire impossible.
Si l'on en croit Vinchant, Mons était la capitale du Hainaut déjà au temps de Charlemagne 3 . Maubeuge est connu depuis l'an 649 4 . Bavai est une ancienne
* Mémoire $ur Ut limites de» contrées, etc., p. 45. » Mir. Oper. diplom., t. Il, p 937.
* Vinchant, Annale* du Hainaut, liv. III, ch. 17. « Mir. Oper. dipL, t. III, p. 557.
DESCRIPTION DES PAGl. 151
cité romaine. Haumont, AUus mons t figure dans la viede sainte Waldetrude f . Saint-Gliislain, Ursidungus, est le nom d'une abbaye, de même que Crepin, Lobbes et Aulne. Le roi Dagobert donna à l'église de Cambrai, en 640, Breuil, Buriacum, Onain et Karubium, probablement Cambron, plus Aïnengium, probablement Enghien *. Dans les donations faites par Charlemagne figurent Fontaine-rÉvêque, Fontanœ 3 , Hauchin, Alcimiagas, Hérinnes, Ilerinio, Husigmes, Huniolo, Kain, Kinegas, et Waudrez, Wahlradium *. Il est fait mention d'Amblise et ô'Halcim, que Miraeus dit être Haucin, dans un diplôme de Charles le Chauve 5 . Loveruna, peut-être Loeverval, sur la Sambrc, avait été donné en 844 à l'église d'Aix-la-Chapelle par l'empereur Lothaire 6 . Sassigniaca, que M. Imbert appelle Sassignies figure dans une donation de Louis le Débonnaire à l'abbaye de Maroilles 7 . Cette abbaye reçut également de Charles le Simple plusieurs donations de biens situés dans le Hainaut, entre autres, Fayt, Fagetus, Flobeq, Flobodeica, Taisneres et Warchin 8 . On sait que Boussois est le nom du château dans lequel se défendirent les comtes Rainier
« Acia SS. ord. D. Benedirt , sœc. 11, p 86C
• Mir. Opcr.dipl., t III, p. l. Il est h remarquer qu'il y a deui Cambrons.
1 Falcuinus, Chron. Lobb., c. 6.
1 Mir. Oper. diplom., 1. 1, p 490 « Ibid., t. 1, p. 349.
• Ibid., t. I, p. 337.
• Ibid., t. I, p. S46.
« Ibid., t. 1, p 30, S Vil.
ttt HISTOIRE DES CAROLINGIENS.
et Lambert, en 974. Estinnes est un lieu célèbre par le fameux concile de Leptines. Péronne est l'endroit où fut livrée la bataille de ce nom, en 973. Montigny est mentionné dans les guerres de Charles le Simple contre ses vassaux. Escauponl, Pom Scaldis, est un lieu déjà connu des Romains, Tliieusies, Tiedeias, est mentionné dans la vie de saint Ghislain 1 . Enfin Hornu et Wasmes figurent dans un diplôme de l'empereur Othon I" 3 , ainsi que Villc-sur-Haine, Haigna. Sur la rive droite de la Sambre, entre Thuin et Charleroi, Wastelain indique un petit canton qu'il appelle pagus Sambreusis, où était l'abbaye d'Aulne \
Le Hainaut était séparé de l'Escaut par le pays de Famars, qui avait pour chef-lieu Valenciennes, résidence royale, où Charlemagne tint un plaid en 771 4 . Ce pagus contenait aussi les abbayes de Denain et de Maroilles, le fisc royal de Solème, le monastère de Saint-Sauve, le village de Famars, Fanum Martis, déjà mentionné dans la notice des dignités et des provinces de l'empire romain; plus Landrccy, Fichau, Croix, Baroy, Avesnes sur l'Escaut, suivant M. Imbert, qui ne craint pas d'y placer également Thuin, Thimnim, château dépendant de l'abbaye de Lobbes 5 .
Sur la rive gauche de l'Escaut, nous trouvons au
• Acta SS. Belg. tel., t. IV, p. 385 et 38*.
» Mir Oper dip/om., 1. 1, p 50fi.
« Ibid , t I, p. 54. Description de la QauU Belgique, p. ViO. « V. Mabillon. De re Jiplom., t. IV, p. 148.
* Geographia pittorvm, p. 147.
sud le pagus Atrebatensis des Romains, c'cst-a-dire l'Artois. Une partie de cette contrée a pris le nom de pagus Adertisus ; une autre a reçu des Francs le nom germanique (ÏOsterbant , une troisième s'appelle pagus Melenatensis ou Methelensis, c'est le Melanlhais ; une quatrième, Pabulensis, c'est le pays de Puelle ou Pevele.
On cite une foule d'endroits anciennement connus dans le pagus Adertisus 1 ; les principaux sont Arras, Atrebatum ; Sarcin, Sarcinium ou Siricinium; Vitri, sur la Scarpc, Victoviacum; Lambres, Lambrae ou Lambris, sur la même rivière 4 ; Boiri-Sainte-Riclrude Batiacum 3 ; l'abbaye de Mareul, Mareolum; Henin- Lictard, Henniacum ; Lens ; Saints, Sancti, prés d'Oisi; Berniuville et Dinville, Bernivilla et Daginvilla dont il est fait mention dans un diplôme de l'an 673 *; Moncliy, Moniaco; Wailli, Walliaco; Beaureins, Bellirinoou Belreino; Roïlecourt, Rodulficurte; Radingliem, Badoni villa; Fressin, Frisensi ntrte, et Saussoi, Sautcidio, près d'Ucsdin.
L'Ostrevant, pagus Ostrebannus, parait être la partie de l'Artois qui se trouve entre l'Escaut et la Scarpe. On désigne comme situés dans cette contrée les monastères d'Hasnon et de Marchiennes ; plus la
1 V WdSteUin, Detcription de la Qavle Belgique, p. 363; Des Roches, SI '•moin tmr In q*e$tion det contrée* , p. 47 » Mir. Oper. dipl., t. I, p. S48.
* Mir. Ibid ,l. I,p. I3H.
« Mir Ibid , 1. 1, p. H6.
villa de Gouy, Gaugiacum, celle de Waversin, Wavercium *; Bouchain, capitale du comté *; Lambres, déjà indiqué ci-dessus comme faisant partie de l'Artois, et Riulay, Iiullagio 3 .
Le Mélanthais, dont il est Tait mention dans l'acte de partage de Tan 837, était la contrée située au nord de l'Artois, où se trouve encore aujourd'hui Séclin, Saclinium, déjà nommé dans la vie de saint Éloi. M. Warnkœnig, dans son histoire de Flandre (t. I, p. 124), y place Douay et Esquermes, Scelmi, Scelmum. Un diplôme de l'an 870 indique Neuville, (Villa Nivilla) comme située in pago Megenetisse *. Dans un diplôme de l'an 877, il est fait mention aussi de Ronchin, villam Rumcinium, et de Templeuve, villa Templovio, l'un et l'autre situés in pago Medenentinsi 5 . La seconde de ces villas parait cependant appartenir au pays de Pevele, qui était séparé du Mélanthais par une petite rivière appelée la Marque.
Le pagus Pabulensis, ou pays de Pevele, était situé entre la Marque, l'Escaut et le pagus Tvmacenm ; il comprenait le monastère d'Elnone ou Saint-Àmand. Sa capitale était Orchies, Orchiacum ; on y trouve en outre Mons en Puelle, in Pabula Montes; Templeuve déjà nommé; Beuvry, villam Bebrogium, cité dans le
' Mir. Opcr. dipl., t. I, p. 3*-3.i.
* V. Hùloirede Bouchain, par le P. l'eut, réimprimée à Douai en 186t.
* Ces trois dernières localités sont nommées, dans un diplôme de £77 (Mir. Oper. dipl., t. I, p. 13H.)
« Mir. Oper. dipl., t. III, p. ?89.
« IbiJ-, t I.p. 138.
DESCRIPTION DES PAdl. 1:5
diplôme susdit de l'an 877, et peut-être Roubaix, Rotbodirodo y dont il est fait mention dans un diplôme de 871 ».
A l'occident de l'Artois, dans le pays des Morins, était le pagus Tarvennensis ou Teruanensis, s'étendant jusqu'à la mer. Le Boulonais était en quelque sorte dépendant de ce pagus; son chef-lieu ou, si l'on veut, sa capitale était l'ancienne ville de Térouanne, peu éloignée de la côte, à cette époque *. Un diplôme de l'an 654 y place Sithiu, c'est-à-dire la célèbre abbaye de Saint-Bertin, plus la villa de Talingen et Aussyau-Bois, Alciaco \ Les autres endroits principaux de ce pagus étaient, suivant Malbrancq et Wastelain, Aire, Ariacum, Renti, Bentica, Blangi, Blangiacum, et Alciacum que Des Roches appelle Aucby 4 .
La Flandre, dont il nous reste à parler, est la partie de la Belgique dont l'histoire et la topographie ont été étudiées avec le plus de soin. Dans l'acte de partage île l'an 837 5 , le Mempiscon est distingué du Flanderes ; et par un diplôme de Charles le Chauve de
i Vet. scrip. coll., t. 1, p. <9i>.
* Teruannensis citttas secus mare fundata, dit un diplômede Louis VII, roi de France, en 1 166. (Schaeyes, la Belgique et lei Pays-Bas, éd. de >85S. t. 11. p. 17 t.,
* Mir. Oper. diplom., t. I, p. "7.
« Des Roches, Mf moire sur la question des contrées, cantons, elc.
» Char ta divisions imptrii, ap. Baluz , t I. p. C86. La même distinction entre )e Mempiscus et l.t Flandre se retrouve dans un autre capitulaire, où il est dit : « De coiijurationibus servorum qus fiuot in Flandris et tn Mempijco {Capit. ab Anseg.. hb. IV, c. 7, ap. Baluz., 1. 1, p. 775.)
i*t> UIST01KE DES CAHOLINGlItfvS.
l'an 847 ! , il est constaté qu'au neuvième siècle on donnait le nom de pagus Mempiscus au pays des Ménapiens. Il y avait donc dans les Flandres deux grandes divisions territoriales : celle qu'on appelait Flandre, étant distincte du pays des Ménapiens, ne pouvait être autre que le littoral Saxon, littusSaionicum, occupé par des colons d'origine saxonne et s'étendant des frontières de la Morinic jusqu'à l'embouchure de l'Escaut *. Le Mempiscus comprenait sans doute tout le pays occupé par les Ménapiens entre l'Escaut et le littoral. Raepsact a fait de louables efforts pour déterminer les limites exactes de ces deux grandes divisions 5 ; il attribue au pagus Flandrensis tout ce qui se trouve à l'occident de la voie romaine conduisant de Boulogne à l'Escaut près d'Anvers, ainsi le pays de YVacs avec les quatre villœ de Bouchaute, Assenede, Axel, Hulst, et le petit pagus Iseieticus, s'étendant le long de l'Isère et comprenant Nieuport.
Cette délimitation nous parait fort hasardée ; il est d'ailleurs extrêmement douteux que les dénominations de Mempiscon et de Flanderes, qui s'appliquaient à des nationalités aient jamais servi à désigner deux grandes circonscriptions administratives. Nous voyons par le capitulaire de Charles le Chauve de
« In territorio Menapiorum quod nunr Meraptscum appellant. (D. Bouquet, t. VIII, p. 488.)
• Warnkœnig, H Moire de Flandre, t. I, p. US. » n.-opfjet, OEuvree complétée, t. III, p. 108 «t suit.
Tan 844, que le Curtricisiis, pays de Courtrai, et la Fiatidra étaient réunis sous l'autorité du même comte, avec Noyon. le Vermandois et l'Adertisus En était-il de même avant Charles le Chauve? C'est ce qu'on ne sait pas. Le seul fait que l'oit puisse constater, c'est que la Flandre et le Mempiscus étaient deux pays distincts, et qu'ils se subdivisaient en plusieurs pagi plus ou moins considérables; mais il ne semble pas, d'après le capitulaire susdit, qu'aucun de ces pagi fût assez considérable pour qu'un comte fût préposé exclusivement à son administration, moins encore que le Mempiscus et la Flandre eussent chacun leur gouvernement à part.
On pense assez généralement que le Mempiscus ou plus exactement Menapiscus, pays des Ménapiens, comprenait un pagus Mempiscus plus restreint, comme il y avait dans le Haspengow un pagus liaspinga. Mais la situation et les limites de ce pagus Mempiscus sont fort peu connues. Il est d'ailleurs fort difficile, quand on rencontre le nom de Mempiscus dans une charte, de distinguer s'il s'agit du pagus restreint ou de celui qui embrassait toute la Ménapie. Un diplôme de Louis le Débonnaire, de l'an 822, fait mention de Roulers, Roslar, comme situé in pago qui dicitur Mempiscus. Une charte de l'an 847, citée par Raepsaet *, y place les villages d'Ardoye ,Couckelare,
« In Noviomiso, Vermendiso, Adertiso.Curtrictso, FUndrs, comitatibti» Engelracnni. (Mir Oper. dipl., t. I, p »*o; Baliir.., 1. 11. p. 68 et 69.) » Œuvres complète», t. III. p 110
i»8 HISTOIRE DES CAROLINGIENS.
Lidda, Recolwingahem, Coolscamp, Winghene, Bernhem et Bonart. On y met aussi Poperinghe, suivant une charte de Tan 877 1 ; Tronchiennes Truncinium, en flamand Drongene, suivant un titre ancien, cité par Henschenius *, et Cassel, Castellum Menapiorum, si Ton en croit les actes du chapitre de cette ville, de Tan 1085 3 ; ce qui du reste est vraisemblable, car un diplôme beaucoup plus ancien, de l'an 864, indique Helsoca, probablement Eeke, près de Cassel, comme situé dans le pagus Mempiscus 4 . Suivant M. de Bylandt, le Mempiscus restreint comprenait Poperinghe, Tronchiennes, Verwicq, Esche ou Ecke, Ypres, Lederzeele, Comines et Warneton 5 .
Dans la vie de saint Eloi, écrite par saint Ouen, au septième siècle, il est parlé d'un pagus Gandensis °; la même expression se trouve dans un diplôme de Charles le Chauve de l'an 864 7 . Cependant la charte de donation de l'an 870 désigne le lieu où est situé le monastère de Blandinium par ces mots : in vico Gandensi 8 . Le Castrum Ganda est certainement plus ancien, mais c'est aux deux abbayes de Saint-Pierre
1 Wasielain, Uetcription de la Gaule Belgique, p. 417
• Apud Boll. et neuscta., 1. 1, Febr., p.
» Des Roches, Mémoire couronné tur la <iuettion det contrée*, conton», etc.
« Wastelain, Detcription de la Gaule Belgique, p. 41 f>. « Commentalio ad quœitionem qua pottulatur descriptio hi»torka-jeo*jraphica comitatut Flandriw, p. '38.
• Du Chesne, 1. 1, p 63ï.
» Mir. Op. dipl., t. I, p. S6-Î7.
et de Saint-Bavon, que la ville de Gand doit son origine. Si autour de cette ville il se forma un pagus, ce fut probablement à l'aide des domaines acquis par les moines. Suivant Butkens, tout le pays de Waes lit partie du pagus Gandensis 1 ; cette acquisition semble avoir été une conséquence de la donation de Tamise {villa Temseca, in pago Wasiœ), faite par Charles le Chauve à l'abbaye de Blandinium, en 870. M. de Bylandt soutient avec quelque raison que le pays de Waes ne fut annexé au pagus Gandensis qu'en 949 par un diplôme de l'empereur Othon P r ; tandis que Saeftingen, Axel et Tamise, localités de ce pays, sont citées dans une charte de Louis le Débonnaire de l'an 821 comme faisant partie du pagus Flandrensis *.
Le pagus Thorolianus est dans le même cas. Thourout, Thoraltum, Torwaldo, qui lui donna son nom, doit son origine à un monastère fondé par saint Amand au septième siècle, et donné par Louis le Débonnaire à Ansgarius, évêque de Hambourg, en 834. Une charte de l'an 743 z comprend Thourout dans le Mempiscus, ce qui semble prouver que le pagus Thoroltanus ne se composait que des possessions de l'abbaye. Ces possessions comprenaient, outre le village de Thourout, Roulers, Ardoye, Coolscamp et Wyngene, suivant le diplôme de l'an 848, mentionné cidessus.
» Trophées du Brabant, 1. 1, preuves, p. 11 . » Commenlalio, p. 36.
s Brequigny, Diplom. ad m Franc, 1. 1, p. 487.
130 HISTOIRE DBS CABOLINGIENS
Le pagus Curtricisus, dont nous avons déjà parlé, semble avoir formé un comté, sans cependant qu'il eût un comte particulier. Ce pagus est nommé dans la vie de saint Eloi, écrite au septième siècle, et dans le capitulaire de Charles le Chauve de l'an 853 1 . Suivant Des Roches, il était borné à l'orient par l'Escaut, à l'ouest par le pagus Mempiscus, au nord par le jxtgus Gandemis, au sud par le Mélanthais. La ville de Courtrai était connue dès le temps des Romains; parmi les autres localités du pagus, qui sont nommées dans les monuments anciens, on remarque Synghem, Aspre, Caneghem, Audegem, cité par Eginhard *, etc.
Le pagus Tornacensis est nommé dans un diplôme de l'an 837 3 , qui y place Cisoin, Cisonium, Confin, Confinium, Summin, Summinium. Un diplôme de Tan 870 désigne dans le même pagus un endroit nommé Greftin, Gressonium *. D'autres actes mentionnent comme faisant partie de ce pagus, Rlandain, Hollain, Espain, Waterlos, Warcoin 5 , Espierre, Helchin, Dottignies, Bouvines, Brillon, etc. Selon Des Roches, il s'étendait jusqu'à Espain, vers le sud, la Marque vers l'ouest, Helchin vers le nord, et l'Escaut vers l'orient. On sait que Tournai est une ancienne
1 Mir Ope r dtp/., 1. 1. p 340.
» Hitt de la trantlat. des SS. Martyrs, ëdit. Teulet, p. 3?6. » Mir. Oper. dipl , 1. 1, p. 19-iO.
« Ibid., t. III, p.S89.
* Warcoin {Vuemundia} eJl nommé par Eiuhard, dana «on H»to4rt de Ut translation dts SS. Martyrs, «dit. T«ulet, p. 38Û.
ville romaine; Fauteur de la vie de saint Amand dit qu'elle fut la capitale du pays des Ménapiens.
Plusieurs diplômes font mention d'un pagus Leticus, qui, suivant une charte de l'an 867, devait contenir Àrmentières, Estaires et Merville, Armentariœ, Sta~ irœ, Broylus. Les limites de ce pagus sont fort difficiles à déterminer, à cause de la diversité des lieux indiqués comme y étant compris. Une charte de l'an 877, de Charles le Chauve, mentionne tout à la fois, comme située inpago Letico la villa d'Haisnes, villam Haignas, au sud de la Bassée, et la villa de Reiningen, Reninga au quartier de Furnes f . Raepsaet a supposé que le pagus Leticus n'était pas territorial, mais personnel, comprenant tous les lèles établis dans divers pagi. C'est une conjecture qui nous parait peu fondée. M. de Bylandt pense que le pagus Leticus s'étendait depuis Haisnes jusqu'à Reningen et comprenait la forêt de Wastelau, sur la rive droite de la Lys, entre les villes d'Aires et de Merville 2 .
Il est parlé aussi d'un pagus Iserelicus dans un diplôme de l'an 805, cité par Malbranq. Ce petit pagus, devait être situé sur les deux rives de l'Isère; suivant la chronique d'Iperius, à l'an 860, il comprenait le portus Iserœ, qui est probablement l'endroit où fut bâtie plus tard la ville de Nieuport. C'est donc par erreur que Des Roches et Wastelain l'ont placé dans
» Mir. Oper. dipl., t. 1, p. 138.
* Voir la disMrUlioo précité» p«ge 41.
le pays de Mempiscus ; il appartient plutôt à la Flandre.
Le littoral saxon, qui composait le pagus Flandrensis f est peu connu. Tout ce territoire était couvert de marais, de bois et de bruyères ; il était exposé aux irruptions fréquentes de la mer et de l'Escaut vers son embouchure. M. de Bylandt divise le pagus Flandrensis en quatre parties, savoir :
1° Le pagus Flandrensis proprement dit, comprenantBruges, Ghistelles, Rodenbourg (plus tard appelé Ardenbourg), Aldenbourg, Gravelines, la ville de saint Willibrord, Berg, Mardick S Petressem, Ostende, Scarphout, Maldegbera, Lapschure, Fumes, Dixmude, Bambourg, Oostbourg, etc. ;
2° Le pagus Isereticus dont nous venons de parler ;
3° La terre de Waes, comprenant Axel, Saeftingen, Tamise, Thesla, Hulst, Beveren, Bouchout, Waesmunster;
4° L'île de Cadsand, primitivement habitée par les Cattes et que, suivant M. de Bylandt, les Hollandais ont tort de vouloir attribuer a la Zélande *.
Plusieurs endroits cités dans cette énumération nous paraissent douteux relativement à l'époque dont il s'agit; d'autres ont une existence constatée par des documents irrécusables. Une charte de Louis le
> V. l'Histoire de Hardie* et de la Flandre maritime, par Raymond de Rerlraud, Dunkerque, 185Î.
' Fredêrici comitit de Bylandt commenlalio, etc., p. 36.
Débonnaire, citée par Sanderus ! , Tait mention de Saftingen, Axel et Tamise. Suivant Vredius, qui a puisé ses preuves dans les documents des dixième et onzième siècles, le pagus Flandrensis comprenait Bruges 2 et ses environs, c'est-à-dire Ardenbourg, Ooslbourg, Lapschure, Oostkerke, Houthave, Lissewege, Mcclkork, Uytkerk, Dudzcelc, Labbeke, Sackingbcm, Aldenbourg, Klarkem, Warrhem, Sarrem, Eessene, Kcyem, Dicasmutha probablement Dixmude 5 . Les chroniques rangent dans les limites de ce pagus tout le pays de Waes, avec les quatre Métiers, Bouchout, Assenede, Axel et Hulst.
Ëginhard, à l'occasion des miracles opérés à Gand, dans le monastère de Saint-Bavon, parle d'une fille venue du village de Fursenum 4 . Il est trèsprobable qu'il s'agit de Fumes, appelée Fumœ dans les documents du douzième siècle; Eginhard nomme aussi le village de Machelen, Magie, qui existe encore, à trois quarts de lieue de Dcynze ; celui de Baesrodc, Baceroda, à une lieue de Termonde, sur l'Escaut; Mullen, Millinium, entre Gand et Audenarde; Eessene
1 Fian t iliust., a l'anicle Allenhunjum.
» La ville de Kruges doit son origine à R mdouin I», conte de Flandre, qui y fit construire un château pour servir do défense contre les Normans V. la Chronique de Saint-Berlin, ann. 8C2
3 Des Roches. Mémoire sur les limites des contrées, etc., p. 56 Voyez aussi l'excellent essai de M. de Smet, sur les noms des villes et communes de la Flandre occidentale, dans le tome XXVI des Mémoires Jel'AcaJtmie royale de Belgique.
* llist. delà transi., édit. Teulet, p. 32Ï.