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m HISTOIRE DES CAROLINGIENS.
Accinium, dans le canton de Dixmude, et Wormhout, Vuerminium, dans la Flandre française près de Dunkerque Plusieurs de ces localités appartenaient au pagus Flandrensis, les autres au Mempiscus.
§ î. LES VILLAS ROYALES.
Les villas ou palais royaux, tels que Charlemagne les a décrits *, étaient de vastes établissements où logeaient non-seulement le roi, les personnes de sa famille et les seigneurs de sa suite, mais encore tous les officiers ministériels et les employés attachés à la cour. Augustin Thierry, en s'aidant de son imagination, a tracé le tableau suivant de la villa de Braine : « C'était, dit-il, une de ces immenses fermes, dont les chefs Francs préféraient le séjour à celui des plus belles villes de la Gaule, et dans lesquelles ils convoquaient les Mais nationaux et les synodes des évêques. Ces habitations des rois barbares ne ressemblaient en rien aux châteaux féodaux, dont les ruines imposantes étonnent encore nos yeux. C'étaient de grands bâtiments non fortifiés, construits en bois plus ou moins élégamment travaillé, et entourés de portiques
1 Histoire de la transi., édit. Teulet, p. 3î3 etsuiv.
* Capitulai* de Villis, ap. Baluz., 1. 1, p. 331 ; Pertt, legee, t. 1, p. 181. Voir le célèbre commentaire de M. Guérard sur ce capitulaire, dans la Bibliothèque de l'école de$ chartes, série III, L IV, p. 901, 317, 516, de 1853 publié A part la mime année. Voyez aussi Waitz, Verfassungsgeschichte t. IV, p. HO et s.
LES VILLAS ROTA LES m
d'un style emprunté à l'architecture romaine. Autour de la demeure du prince étaient disposés les logements des officiers de son palais, des leudes qui vivaient à la table royale et ne s'étaient pas fixés s ur leurs propres terres, et enfin des moindres personnes, des lètes germains, des fiscalins ou serviteurs du fisc, qui exerçaient au profit du roi toute espèce de métier, depuis l'orfèvrerie et la fabrique des armes jusqu'à la tisseranderie et la mégisserie; depuis la fabrication des étoffes grossières destinées aux petites gens, jusqu'à la broderie en soie et en or... Des bâtiments d'exploitation agricole, des haras, des étables, des bergeries, des granges, les masures des cultivateurs, colonie et les cabanes des serfs du domaine complétaient le village royal *. »
Ce tableau manque d'exactitude, quand on veut en faire l'application aux palais carolingiens; il n'est exact que relativement aux dépendances du châtea u, qu'il ne faut pas confondre avec le château proprement dit. Celui-ci ne se composait pas de constructions en bois plus ou moins bien travaillé ; c'était un édifice solidement construit en pierre; mais il est vrai que l'établissement en général, avec ses dépendances, contenait une population d'hommes libres et de serfs, de fonctionnaires, de cultivateurs et d'artisans. Le capitulai re de villis parle des Franci établis
• 1rs quatre fUt de Chlolaire l«, flans l'ouvrage intitulé Dix ont d'tiule* historiques.
dans les fiscs royaux, pour dire qu'ils ne peuvent être jugés que suivant leurs lois; il les distingue des gens de la familia, auxquels il permet d'administrer des corrections corporelles, familia vapuletur. La villa était ordinairement gouvernée par un intendant de l'empereur, portant le titre de judex, aetor, ou milieu*. Le pouvoir de ce fonctionnaire supérieur sur les personnes non libres de la familia était à peu près absolu; seulement le capitulaire lui défend de les employer à son service particulier, d'en exiger des corvées, ou de les forcer a quelque travail, et d'en recevoir des cadeaux. Le judex avait sous ses ordres un grand nombre d'ofliciers que le capitulaire appelle majores, foreslarii, poledravii, venalores, falconarii, cellularii, decani, telonarii, et eœleri ministeriales. Parmi ces agents se trouvaient des hommes libres, qui possédaient des bénéfices dans le fisc même du roi. Le capitulaire fait aussi mention de fiscalins, fiscalini, qui vivaient du produit de leurs manses.
Un grand nombre d'ouvriers étaient attachés aux fiscs royaux. Le capitulaire veut qu'il s'y trouve des orfèvres, des maréchaux-ferrants, des armuriers, des cordonniers, des tanneurs, des charpentiers, des menuisiers, des tailleurs, des oiseleurs, des savonniers, des brasseurs, des boulangers, des faiseurs de filets, etc. Il y avait aussi des églises et des clercs, car le capitulaire prescrit formellement de payer la dîme aux églises qui sont dans les fiscs, et défend d'y admettre d'autres clercs que ceux du prince et de sa
familia. Enfin toute villa royale avait de vastes étendues de terres arables, de prés, de bois, et l'on y trouvait tout ce qui est nécessaire aux travaux de l'agriculture : des écuries, des étables, des bergeries, des porcheries, des pigeonniers, des poulaillers, etc. Le capitulaire contient de nombreuses dispositions concernant l'agriculture, le jardinage, l'élève et l'entretien des chevaux, du bétail, des animaux de basse-cour, l'exploitation et la conservation des forêts, la confection du vin, de la cervoise, du vinaigre, du beurre, du fromage, du pain. Il va jusqu'à désigner les végétaux qui doivent être cultivés dans les jardins, en distinguant les plantes médicinales, aromatiques, potagères, légumineuses. Les arbres à fruit sont également énumérés ; on désigne même les espèces de pommiers auxquelles il convient de donner la préférence.
C'est sans doute à cause de ces détails qu'on a comparé les villas de Charlemagne à de grandes fermes, de grands établissements d'exploitation agricole. Cette appréciation nous parait inexacte. Les villas proprement dites étaient de véritables châteaux parfaitement construits ; sur les fiscs ou domaines qui en dépendaient étaient établies des espèces de colonies, très-bien organisées et qui semblent avoir servi de type aux communes du moyen âge. C'est là que les métiers ont dû se former, que les arts industriels ont dù prendre naissance, et que les travaux de l'agriculture trouvèrent des motifs d'encouragement
131 IltSTOlRE DES CAROLINGIENS.
dans les besoins des populations agglomérées. Les villas royales et les monastères furent les éléments du nouvel ordre social qui se préparait et qui devait aboutir à l'organisation des communes.
La partie orientale de la Belgique était, pour ainsi dire, le chef-lieu de l'empire des Francs. On y trouve les plus célèbres villas des Carolingiens, Jupillc, Herstal, Clièvremont, Theux, Aix-la-Chapelle; les lieux de naissance et de séjour de Charles Martel, des Pépins, de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. Jupille, sur la rive droite de la Meuse, parait avoir été la plus ancienne de ces résidences. Pépin d'Herstal y mourut en 714. On voit encore à Jupille, vers l'endroit où l'on suppose qu'était le palais, un bain fort ancien, que M. de Villenragne croit avoir servi au roi Pépin. Si l'on s'en rapporte aux traditions, il devait y avoir à Jupille sept tours ou châteaux. On induit d'une sentence arbitrale de l'an 1452 *, qu'à cette époque une des tours existait encore, et qu'on l'appelait ly thor del Weige (en flamand der wacht) ; ce qui permet de supposer qu'elle avait été construite avant l'introduction de la langue romane dans ces contrées.
Herstal, sur la rive gauche de la Meuse, vis-à-vis de Jupille, a sans doute été fondé par Pépin II, qui en conserva le nom. Cependant M. Henaux rapporte, d'après une vieille chronique, que Pépin le Bref lit
1 Del vaux, Dictionnaire géojr. de ta prov. de Lit je, part. 1", p. i*J.
bâtir une église et un palais à Herstal, avec les matériaux d'un ancien pont qui réunissait autrefois les deux rives de la Meuse vis-à-vis de Cheratte *. Tout ce qui reste aujourd'hui de cette villa si célèbre, c'est une place qu'on appelle H Cour. On y voit aussi un vieux bâtiment que Delvaux suppose être l'ancien palais de Pépin *, mais qui appartient évidemment à une époque moins ancienne. Nous croyons pouvoir en dire autant de l'édifice appelé Refuge des chanoines d'Aix, qu'on montre au bord de la Meuse, près de l'église, comme une construction de Cliarlemagne.
Si Ton en croit M. Henaux, il y avait déjà à Liège, au huitième siècle, un palais appartenant aux Pépins; Carloman, frère de Pépin le Bref, y aurait fait un séjour r.n 743 \ Mais il est prudent de se méfier des illusions patriotiques de M. Henaux. Les chroniqueurs rapportent qu'en 769 Charlemagne célébra la Paque auprès de saint Lambert, à Liège, apttd sanctum Lantbertum in vico Leodico 4 . Ainsi s'exprime notamment Éginhard. Dans les annales de Lorsch, de la première rédaction, on lit in Leodico vico publico; les mots apud sanctum Lantbertum n'y sont pas. Il est vrai qu'une variante indiquée par M. Pertz dit : ubi sanctus Lant-
* Sur la naiitanre de Charlemagne à Liège, l« éilit., p. 40.
* Dict. giogr. de la prov. de Liéje, partie II, p. 1 15.
* Sur la naiaance de Charlemagne, p. 43.
« Celebravitque Dataient Domini in villa Duria et pascha apud Mnctum Lantbertum »n vico Leodico. (Einh , Annalee, ad ano. 7G9, ap. Perti, 1. 1, p 149)
bei tus martyr in coiyore requiescit *. C'est la seule mention qu'on trouve d'un séjour de Charlemagne à Liège, et elle ne prouve aucunement qu'il y eût alors un palais royal en cette ville. La manière dont s'exprime Eginliard semble plutôt indiquer que Charlemagne descendit au monastère de Saint-Lambert, ce qui serait d'ailleurs conforme aux usages du temps.
Nous pensons que, pour être dans le vrai, l'on doit se figurer le vallon de la Meuse comme parsemé de villas et habité par de grands propriétaires, seigneurs fonciers, par les serfs attachés à l'exploitation de leurs domaines, et par les ecclésiastiques et les sujets de l'Église de Saint-Lambert. Au milieu de ce vallon se trouvaient les résidences royales de Jupille et d'Herstal. On peut se figurer, d'après ce que nous avons dit des villas en général, ce que devaient être Herstal et Jupille au temps des Pépins. Le développement de la ville de Liège s'opéra probablement lorsque ces deux résidences furent abandonnées ou commencèrent à déchoir. Les établissements ecclésiastiques étaient d'ailleurs organisés sur un pied analogue, et la familia de Saint-Lambert devait contenir les mêmes éléments dans de moindres proportions.
A peu de distance de Liège, sur la Vesdre, était Chèvremont, désigné sous le nom de Kevermunt dans les diplômes de 947 et 972. C'était une forteresse inexpugnable. « L'accès en était si difficile, dit la
« Monumtnta Gtrmauia historica, t. I, p. 1*8.
LKS VILLAS ROYALES. 141
légende, et ses fortes murailles la protégeaient si bien, qu'elle ne pouvait craindre absolument aucun assaut, aucun siège *. » Ce château paraît avoir été habité, nous l'avons déjà dit, par Ansgisil et Begghe, fille de Pépin de Landen. Il existe, en effet, une vie de sainte Begghe, écrite au neuvième siècle et imprimée à Louvain en 1631, dans laquelle on rapporte que Chèvremont fut embelli et fortifié par Ansgisil et Begghe. Des recherches et des fouilles récentes ont fait découvrir sur la montagne qui porte ce nom les restes d'un mur d'enceinte d'une grande étendue, flanqué de tours, et les substructions de l'une des tours du château 2 .
Le district de Theux, districtum Tectis, dont il est fait mention dans le partage de 870, était un domaine de la couronne, ou de la famille carolingienne, administré par un économe impérial, actor, qui avait sa résidence au palais de ce nom. Une charte de Louis le Débonnaire et de Lothaire, son fils, nous apprend que ces princes firent un séjour à Theux, en 827 5 . Le palais fut donné à l'église de Liège, en 898, par Zwentibold, et la vaste forêt qui en dépendait, en 915, par Charles le Simple.
Le château de Franchimont, voisin de Theux, doit son nom, Francorum motus, au séjour des Francs,
' Chapeativille, Gtttn ponlificum Tungreru., etc., t. I, r. SO. » V. le rapport de M d Otreppe de Bouvette, dans lo Bulletin de l inttttut archéologique lit>jtoit, 1. 1, p. 437. » Actum Tectis pubuo rt-gio Mnteiie, Amplttt. coUtct , t 11. p. i~>).
Uî HISTOIRE DES CAROLINGIENS.
et Pepinstcr, qui n'en est pas éloigné, rappelle évidemment quelque circonstance relative aux Pépins.
Un peu plus loin vers l'Est était ïeNovum Castellum, où fut enfermé, en 741, Grifon, frère de Pépin et de Carloman. On voit encore aujourd'hui les ruines de ce château, construit ou reconstruit au huitième siècle, et qu'on désigne maintenant sous le nom de château d'Amblève. Il est certain qu'il porta longtemps son nom de Xovum Castellum *, et qu'on l'appelait encore Ncuf-Chastel au seizième siècle, lorsqu'il était propriété de la puissante maison de la Marck 2 .
Nous avons déjà parlé d'Aix-la-Chapelle, qui se trouvait sur le territoire du pagus de Liège. Cette ville devint, sous Charlemagne, la capitale de l'empire; elle fut proclamée solennellement locus regalis et caput Galliœ trans Alpes 3 . Près de là étaient les résidences royales de Tolbiac ou Zulpich, de Duren, de Fouron, où Louis le Bègue et Louis de Saxe se réunirent, en 878, pour confirmer le partage de la Lotharingie fait par leurs pères *.
Miracus rapporte que de son temps, c'est-à-dire au commencement du dix-septième siècle, il se voyait à Fouron-le-Comte des fossés et des terrasses avec les
1 Un ilt pli nie de Lot ho ire, de l'an 863, yorle : Actum Noto Castro in payo Leochensi. (M.irlrue, Amplis», t-ollect., t. Il, p. 27.)
* Rovy, Promenades historiques dam le pays dt Liège, t. Il, p. 107-108; Delvuux , Dictionnaire géographique de la protinre de Liège, 1*« partie, p. ;»7l et a ; Gronrig.ignngo, Chaud fontiine, naVonnade, p. 171 et I7Î.
a Caroli Ma.c imp sermo, anud Mir. Oper. dipl , t. 1, p. U.
* In loco <j<u voeatur Furonis. (D. Bouquet, t. VIII, p. 31.)
restes de fondations d'un vieux château, sur une élévation nommée Op de Sale, et que dans la vallée un endroit, éloigné d'un quart de lieue environ, appelé Steenbosch, offrait les ruines de plusieurs anciens édifices *.
Beaucoup plus célèbre est le château de Mecrsen, appelé Marsna palatium dans les Annales de Saint- Bertin. Il n'existe plus d'autre vestige de ce palais que le nom du village de Meersen, sur la Ghcule, près de Maestricbt. Le domaine paraît avoir été cédé par Charles le Simple à Gislebert, duc de Lotharingie, qui le donna en dot avec d'autres biens à sa femme Gerberge, sœur de l'empereur Othon I er . Celle-ci en fit donation, en 968, à l'abbaye de Saint-Remi à Reims, et par suite on y érigea un monastère, appelé abbatia Marsna dans un diplôme de l'empereur Othon III, de l'an 986. Ernst pense que le monastère, qui devint dans les temps postérieurs la maison prévôtale de Meersen, fut construit sur l'emplacement de l'ancien palais *.
Un peu plus bas, sur la rive droite de la Meuse, se trouvait Ilaslou, aujourd'hui Elsloo, lieu fameux par le séjour des Normands. La aussi il doit y avoir eu une villa royale, puisqu'un diplôme dcLothaire, de l'an 860, se termine par ces mots : Actum Aslao palatio
• forum btbjic. rhron., ann. 878, p. 190.
1 Ifiiloiredu Limiourg, t. I, p. :îï7. Los jclei dalos de Meersen, apvj vtUam ilannxtn, sont nombreux ; nous en feroun mention dans le récit des eveueme uis.
m HISTOIRE DES CAROLINGIENS
regio ! . Ernst prétend qu'il faut prendre aussi pour Elsloo YKUdione villa, où Charles le Chauve donna un diplôme le 25 octobre 876 4 .
M. Rahlenbeck, dans une de ses publications, signale encore un autre palais carolingien, sur l'emplacement duquel se trouve aujourd'hui le moulin de Mesch, en wallon Méhault, à une lieue de \ Maestricht. C'est dans cet endroit, connu successi-
■ vement sous les noms de Merchault et de Manderveld, ; que s'arrêta l'empereur Lothaire se rendant de Liège h Mcerscn en 854. Il est remarquable qu'une prairie du village de Mesch porte encore aujourd'hui le nom de Franbyk \
Si du Masgau et du Luihgau nous nous transportons dans les Ardennes et dans les Vosges, nous y trouvons une autre série de palais carolingiens. C'est en premier lieu Longlare, Longlier, qui paraît avoir été habité par Chlotaire II et où Pépin le Bref séjourna en 750 et 763. On a pensé que le château royal de IsOtiglare était situé à l'endroit qui porte aujourd'hui, par abréviation, le nom de Glaire, a une demi-lieue de Sedan, sur la gauche de la Meuse 4 . C'est évidemment une erreur. Longlare ne peut être autre que Longlier, près de Neufchàteau en Ardenne. Une charte
1 CoJtx I.iuriiham diplom , t I. p. 5».
1 Ernst, Histoire du Limbourg, t. I, p. 33! ; Mabillon, Ann iln orJini sancti Benedicti, t. III, p. C8I ; Bouquet, t. VIII, p C5'i.
* V. Caumartin, Promenade* dam le» env iront de Visé, p. 10 1, note.
* Teulet, OEwret d'Eginhnrd, p 61.
d'Olhon le Grand, de 947, dit en termes exprès : in villa Lonyliers; et dans une charte d'Othon II, de Tan 982, on trouve Curtem Longlar nuncupatum. Ces deux formes s'appliquent ensuite à une église, dans la charte de fondation du prieuré de Longlier, par Henri III, en 1055, où il est dit ecclesia de Longlier, et dans l'acte de confirmation de Frédéric de Luxembourg, en 1064, où l'on trouve ecclesia de Longlari *. Ici l'identité est manifeste; on voit clairement que Longlier et Longlare sont deux dénominations du même lieu.
Les autres résidences royales sont hors des limites de la Belgique actuelle ; c'est principalement Thionville, Theodonis villa, sur la rive gauche de la Moselle, où se tint la célèbre assemblée qui réhabilita Louis le Débonnaire et condamna l'archevêque Ebbon avec ses complices; Metz, capitale du royaume d'Austrasie sous les Mérovingiens ; Attigny, témoin de tant d'assemblées, de tant d'événements mémorables, et qui n'est plus aujourd'hui qu'un petit village du département des Vosges ; à côté d'Attigny, Douzy, château de chasse situé au confluent de la Ghiers et de la Meuse. Remiremont, Thin, Arches, Ercry, etc., étaient des villas de moindre importance.
Il n'est pas sans intérêt de rechercher quelles sont celles de ces villas que les rois Carolingiens habi-
t AnnaUt de la Société pour la conurtalion dtt monununlt kiatoriqurs dont la province Je Luxembourg, isto-rtft) et 1850-1851, p. IGî.
U«5 HISTOIRE DBS CAROLING1EN5.
tèrcnt le plus fréquemment et pour lesquelles ils avaient une préférence marquée.
Pépin, depuis son avènement à la royauté, ne paraît pas avoir séjourné souvent en Belgique. Eginhard rapporte qu'en 759 il célébra la nativité du Seigneur à Longlare, Longlier, et la Pûque à Jupille 1 ; qu'en 763 il s'arrêta encore à Longlier pour y passer l'hiver, et qu'il y célébra les fêles de Noël et de Pâques ; qu'en 765 il convoqua l'assemblée générale de son peuple dans sa terre d'Attigny, et
l qu'il passa l'hiver à Aix, où il célébra les solennités
i de Noël et de Pâques.
Les Annales de Lorsch et de Metz * ne nous en apprennent pas davantage ; mais il est impossible que ce soient là les seules stations que Pépin ait faites en Belgique. Ce pays était le point central çl fondamental de la puissance des Carolingiens; c'est là qu'ils venaient pour rallier sous leur drapeau les hommes de guerre qui devaient les suivre, chaque fois qu'ils avaient un ennemi à combattre ou une expédition à entreprendre. Ce fait n'a pas échappé à la perspicacité de M. Guizot : « Cest surtout d'Austrasie, dit-il, que partent les bandes de guerriers qu'on voit se répandre soit en Italie, soit dans le midi de la Gaule 3 . » Quand Pépin vint à Longlier
1 Antu:Ie$ Lnurùtemt» et Einhardi Annalet, ann. 73'J. (Perlz, Monumenta Grrm. hi$t., t. I, p. lii. et 141.) • Annalet Met., ad ann. 758, ap. Perti, /. c, p. 333. » Covrid'hiitoire moderne, 19» leçon.
LES VILLAS ROYALES. Hî
et à Jupille en 739, il sortait du pays des Saxons, où il était allé faire la guerre avec une armée d'Austrasiens. Quand il revint à Longlier, en 763, il ramenait l'armée qui était allée ravager l'Aquitaine, et c'est après avoir congédié ses troupes que, suivant Éginliard, il s'arrêta au château de Longlier pour y passer l'hiver. Enfin, quand il célébra les fêtes de Noël et de Pâques a Aix-la-Chapelle, en 766, il se préparait à marcher de nouveau contre Waifre en Aquitaine. »
La Belgique était donc le point de départ et de retour de toutes les expéditions guerrières ; elle était en quelque sorte le quartier général des rois carolingiens. Les chroniqueurs ne font mention des séjours qu'ils y firent que relativement à la célébration des lûtes de Noël et de Pâques, qui se faisait a cette époque avec beaucoup de solennité, et à laquelle ils attachent une haute importance; mais il est sans doute d'autres occasions dont ils ne parlent point, et qui durent ramener plus souvent le roi Pépin dans la patrie de ses aïeux.
S'il est possible de contester le lieu de naissance de Charlemagne, on doit reconnaître au moins qu'il était aussi Belge par les goûts, les mœurs et son attachement à la patrie des Francs que par son origine. Il habitait la vieille Austrasie de préférence à tout autre pays. Cette prédilection se manifeste dès le commencement de son règne. A peine a-t-il pris les insignes de la royauté à Noyons, en 768, qu'il vient célébrer
la fêle de Noël à Àix, où il ne devait y avoir alors qu'une habitation médiocre. L'année suivante il célèbre la Noël à Duren et la Pâque a Liège *.
Bien que la ville de Liège fût alors à son berceau, il n'y a pas d'endroit qui ait conservé de Charlemagne un souvenir plus populaire. Son nom est encore aujourd'hui dans la bouche du peuple, comme si son règne venait seulement de finir; il s'est conservé dans les proverbes locaux. M. Alphonse Le Roy, professeur à l'université de Liège et l'un des auteurs du Dictionnaire des mots et proverbes wallons, édité par la Société Liégeoise de littérature wallonne, a bien voulu nous communiquer, avant qu'elle vît le jour, une feuille d'épreuve de cet ouvrage, dans laquelle on trouve le proverbe suivant : / fût leyî Vpire wissqui Charlemagne Va planté ou ta mettou. Litt. « Il faut laisser la pierre (la borne) où Charlemagne l'a plantée ou l'a mise. » Les villageois des environs de Liège, surtout ceux du pays d'Outre-Meuse, se servent de ce dicton pour dire qu'il ne faut rien changer à l'état des choses; qu'il ne faut pas toujours innover.
En 770, Charlemagne célébra la solennité de Noël à Mayence, et puis il vint célébrer la sainte Pàque dans son château d'Herstal *. Éginhard rapporte qu'au mois de mai suivant (771) il convoqua rassemblée générale h Valenciennes sur l'Escaut, et qu'ensuite il
» Einhardi AnnaUi, ad an». 7G9.
* Vrid., ann. 7?.). Annilet LaurUstmes, ibid., apud Pertz, t. I, p. 148 cl H9.
partit pour aller passer l'hiver, sans indication de lieu Il nous semble rationnel d'induire de cette manière de s'exprimer, que Charles retourna à Herstal, d'où il n'était sorti que pour aller tenir l'assemblée générale à Valenciennes. Ce fut dans le courant de cet hiver, au mois de décembre, que son frère Carloman vint à mourir. Charles, qui voulait s'emparer du royaume tout entier, se rendit à Corbeny près de Laon, où il reçut l'évêque Wilharius, le prêtre Fulrad et plusieurs autres prélats, ainsi que les comtes et grands officiers de son frère, parmi lesquels on remarquait Warin et Adalhard, neveu de Pépin. Cette année, il célébra les fêtes de Noël à Attigny; mais il revint célébrer celles de Pâques à Herstal.
L'année 772 fut marquée par la première expédition de Charlemagne contre les Saxons. Il ravagea leurs pays par le fer et le feu, s'empara du château d'Eresburg, renversa l'Irminsul, et puis il revint encore 5 Herstal, oîi il célébra les fêtes de Noël et de Pâques.
Charlemagne passa l'hiver suivant à Thionville; c'est la qu'il reçut l'envoyé du pape, qui venait lui demander sa protection contre les Lombards ; c'est aussi de là qu'il partit pour l'Italie, d'où il ramena à Liège le roi des Lombards qu'il avait fait prisonnier (774).
Ad bieoiandum proflciscitur. [Einh. annal'*, ann. 7*1.)