‹ Histoire des CarolingiensChapitre 6 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

En 775, Charlemagne, se préparant à une nouvelle expédition contre les Saxons, tint une assemblée générale dans sa terre de Duren, située entre Aix-la- Chapelle et Cologne. La campagne terminée, il revient, dit Eginhard, passer l'hiver dans le pays des Francs, ce qui signifie très-probablement à Herstal ; cela est d'autant plus vraisemblable qu'il sortait de la Westphalie. En 776, Charlemagne fit une nouvelle expédition contre les Saxons, et cette fois Eginhard dit en termes exprès qu'il revint passer l'hiver à Herstal.

Au printemps de l'an 777, il partit pour Nimègue, où il célébra les fêtes de Pâques, avant d'aller tenir une assemblée générale à Padcrborn. A son retour en Belgique, il célébra les solennités de Noël dans son domaine de Douzy près de Sedan, en Ardenne.

Après son expédition contre les Sarrasins d'Espagne, Charlemagne passa l'hiver de 778 à 779 à Herstal, où il célébra les fêtes de Noël et celles de Pâques. Il tint, cette année, une assemblée générale a Duren, d'où il partit pour aller de nouveau combattre les Saxons.

Au commencement de l'été 782, nous voyons Charlemagne traverser le Rhin à Cologne ; il venait de son château de Quicrzy, où il avait célébré les fêtes de Noël et celles de Pâques. Il fit alors contre Witikind et les Saxons insurgés cette fameuse cam-

ln Dutciaco villa. (Einh. annalt; «on. 777. )

pagne qui se termina par l'exécution de Verden. Après avoir infligé ce terrible châtiment, il se retira à Thionville pour y passer l'hiver (782-783). Il y célébra, suivant l'usage, les fêtes de Noël et de râques. C'est là qu'il perdit sa femme, la reine Hildegarde, qui mourut au mois de mai 783. Sa mère, la célèbre Berthe, mourut la même année, le 1 er des Ides (le juillet. Charlemagne était alors dans le pays des Saxons, qu'il parcourut en vainqueur depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe.

Lorsqu'il fut rentré en Belgique, il épousa la fille du comte Rodolphe, qui était Franque de nation et se nommait Fastrade. Il passa l'hiver de 783 à 784 dans son domaine d'Herstal, où il célébra, avec sa jeune femme, la naissance du Seigneur et la sainte Pâque.

Ce fut la dernière fois que Charlemagne séjourna dans cette antique résidence. Nous le voyons, en 788, donner la préférence à Aix-la-Chapelle; il y revient en 794, en 795, en 796, 798, 799, 800, 801, 802, 803, 804. Les écrivains allemands, qui ne négligent aucune occasion de tirer à eux la gloire des Carolingiens, ont prétendu que des raisons politiques avaient déterminé Charlemagne à transférer sa résidence d'Herstal à Aix 4 , comme si, à cette époque, les deux localités ne faisaient pas partie du même

' C'est l'opinion soutenue par Eichhorn, Deuticht Staait und Rtchisgeschichte, 1. 1, p. 675.

pagus et du même diocèse ! Et d'ailleurs Charlemagne lui-même a fait connaître les motifs de sa prédilection pour Aix-la-Chapelle. Dans le discours que nous avons déjà cité, il dit expressément que ce sont les eaux thermales, les sources d'eau chaude, découvertes dans les ruines du palais de Granus, qui lui ont inspiré l'idée d'y faire construire une église et une habitation. Eginhard également dit que les bains d'eaux naturellement chaudes lui plaisaient beaucoup; que passionné pour la natation, il y devint si habile que personne ne pouvait lui être comparé. C'est pour cela, ajoute Eginhard, qu'il fit bâtir un palais à Aixla-Chapelle et qu'il y demeura constamment pendant les dernières années de sa vie f .

Charlemagne qui n'était pas moins passionné pour la chasse que pour la natation, affectionnait aussi la forêt des Ardennes. Cette forêt n'était pas si éloignée d'Aix-la-Chapelle qu'il ne pût s'y rendre facilement. Aussi lisons-nous dans les Annales d'Eginhard, à la date de 804 : « Après avoir congédié son armée, il alla d'abord à Aix-la-Chapelle, et de là dans les Ardennes pour y chasser; puis il revint dans son palais d'Aix-la-Chapelle. » On trouve dans le poète Saxon (lib. II) une description pittoresque de ces parties de chasse. « C'est dans les forêts, dit-il, que Charlemagne a coutume de se livrer aux délassements agréables de la campagne; là il lance ses

» Einbard, Ma Karoli imper., c.tt.

chiens à la poursuite des bêtes fauves, et sous l'ombrage de la forêt il abat les cerfs à coups de flèche. Dès le lever du soleil, les jeunes gens chéris du roi s'élancent vers le bois, et les nobles seigneurs sont déjà réunis devant la porte du palais. Les airs sont troublés par le grand bruit qui s'élève jusqu'à son faîte doré; le cri répond au cri, le cheval hennit au cheval, les serfs de pied s'appellent les uns les autres, et le serviteur attaché aux pas de son maître se range à sa suite. Couvert d'or et de métaux précieux, le cheval qui doit porter l'empereur semble tout joyeux, et remue vivement la tête, comme pour demander la liberté de courir à son gré à travers les champs et les monts. Des jeunes gens portent des épieux garnis d'un fer pointu et les rets faits d'une quadruple toile de lin ; d'autres conduisent, attachés par le cou, les chiens haletants et les dogues furieux.

» Quand tout le monde est rassemblé, on lâche les chiens, les cavaliers entourent la forêt, le sanglier est lancé, les chasseurs entrent dans le bois ; Charles se précipite sur le sanglier pressé par les chiens, et lui enfonce son glaive dans le ventre. Pendant ce temps, des enfants placés sur une haute colline regardent ce spectacle. Charles ordonne de se remettre en chasse, et l'on terrasse encore un grand nombre de sangliers. Enfin l'on gagne un endroit du bois où l'on a dressé des tentes et des fontaines improvisées ; et là Charles, rassemblant les vieillards, les hommes d'un âge mur, les jeunes gens et les

chastes jeunes vierges, les fait placer a table, en ordonnant qu'on leur verse le falerne à longs flots. Pendant ce temps, le soleil fuit, et la nuit couvre de son ombre le globe tout entier. »

Le pays où ces chasses avaient lieu le plus fréquemment a conservé de Charlemagne un souvenir dont les traces se rencontrent pour ainsi dire à chaque pas. Ainsi l'on voit encore aujourd'hui sur la rive droite de l'Ourthe, près d'Esneux, les ruines du château de Montfort, qui fut, dit-on, la demeure des quatre fils Aymon, dont la légende se rattache à l'histoire de Charlemagne . Bien plus , on montre , vis-à-vis du château de Montfort, une tour de Charlemagne appelée aussi la tour de Renastein. Un peu plus loin, dans la bruyère au-dessus de Spa, on montrait, il n'y a pas encore bien longtemps, à droite de la route, un arbre isolé, que les paysans appelaient le hêtre de Charlemagne.

La chasse était, comme nous venons de le dire, le délassement habituel de ce prince. Au mois de juillet de l'année 80o, il partit d'Aix-la-Chapelle pour aller chasser dans les Vosges, par Thionville et Metz, il séjourna ensuite quelque temps au château de Remiremont, llumerici castrum, sur la rive gauche de la Moselle; et puis il se rendit au palais de Thionville, pour y passer l'hiver.

Le séjour de Charlemagne à Thionville, pendant l'hiver de 805 à 806, fut marqué par un des grands actes de sa vie. Il y tint au mois de février une

assemblée générale des principaux de la nation, pour assurer la paix entre ses fils et diviser l'empire en trois parts, voulant que chacun d'eux sût d'avance quelles provinces il aurait à défendre et à gouverner, s'ils lui survivaient. On dressa un acte authentique de ce partage ; tous les grands le confirmèrent ; Eginhard fut chargé de le porter au pape Léon, pour qu'il y apposât sa signature. On sait que cet acte ne reçut point d'exécution, par suite de la mort de deux des fils de l'empereur *.

De Thionville, Charlemagne descendit la Moselle et le Rhin jusqu'à Nimègue ; il revint ensuite à Aix-la- Chapelle, et vers l'automne de la même année (806) nous le retrouvons à Celles, sur la rive gauche de la Meuse, près deDinant. Delà il retourne à Aix-la-Chapelle, pour célébrer la fête de Noël. C'est encore à Aix-la-Chapelle qu'on le rencontre, vers la même époque de l'année, en 807, 808, 809, 810, 811, 812, 813... Au mois d'août 813, il avait été chasser dans la forêt des Ardennes, pour la dernière fois ; il rentra malade à Aix-la-Chapelle, et depuis ce mgment jusqu'à celui de sa mort (28 janvier 814), il ne s'occupa plus que des dispositions à prendre pour que la couronne impériale passât sur la tète de son fils, pour que ses différends avec les peuples voisins fussent aplanis, et pour que l'empire des Francs fut maintenu et consolidé.

• Le icx'.c se trouve dans Eckbjrd, 11, il.

Sous Louis le Débonnaire, comme au temps de ses prédécesseurs, l'Àustrasie, tant ripuaire que salienne, comprenant la Belgique, formait toujours le centre de l'empire. Aix-la-Chapelle en était devenu la capitale. Cette ville, comme se des regni principales et principalis curia, avait éclipsé les anciennes habitations patrimoniales des Pépins ; c'est là que Louis résidait habituellement. Herstal et Jupille semblent néanmoins lui avoir encore servi quelquefois de lieux de retraite et de repos. On sait, par exemple, qu'il était à Herstal le 15 octobre 823 et le 19 avril 831 4 . Pour Jupille, on n'a pas la même certitude. Une phrase assez singulière, concernant cette localité, se trouve dans une lettre d'Eginhard au comte Poppon : « Pour ce qui est de la terre de Jupille, quand nous en aurons parlé ensemble, vous me trouverez prêt à faire ce qui aura été convenu entre nous 3 . » Que signifie cette phrase énigmatique? Jupille appartenait-il à Eginhard ou à Poppon? Il semble que l'un ou l'autre en avait la libre disposition. Peut-on en conclure que ce domaine avait cessé d'être une résidence royale? L'affirmative paraît assez vraisemblable.

Il y avait en Belgique, nous l'avons déjà dit, d'autres palais où l'empereur venait de temps en temps faire un séjour, tels que Theux et Thionville.

» V. Bœtanaer, Rtguta Carolontm, p. 38 et 49.

« CKmnrtê d'Eginhard. iraduct. d« II. Teulet. p. 187.

Nous trouvons Louis à Theux {in palatioregio Tectis), le 8 mai 820 et le 27 mai 827. Thionville, qui pendant des siècles fit partie de la Belgique, était un des endroits favoris de Louis le Débonnaire. Il y tint plusieurs assemblées nationales, notamment en 821, 828, 831, 835, 837. Thionville était probablement une possession héréditaire de la famille de Pépin II provenant de saint Arnuphe. Le voisinage de la forêt des Ardennes, où Louis aimait 5 chasser, devait être une des causes de sa prédilection pour cette résidence.

On voit qu'il ne nous manque pas de témoignages pour attester le fréquent séjour en Belgique tant de Louis le Débonnaire que de Chaiiemagne et de Pépin le Bref. Le grand nombre de villas royales qu'on trouve dans ce pays suffirait d'ailleurs, a défaut d'autres preuves, pour qu'il ne fût pas permis de douter de la préférence donnée par les Carolingiens aux rives de l'Escaut, de la Meuse, de la Moselle et du Rhin sur celles de la Seine, de la Marne et de la Loire *.

Nous avons déjà cité un assez grand nombre d'actes signés par ces princes à Jupille, à Herstal, a Theux, à Thionville, à Aix-la-Chapelle. D'autres se rapportent à la Belgique par leur objet, et peuvent aussi

1 Voyez, sur les -villas royales de ce temps, Valesius, Notitia Galliarum; Mahillon, De re diplomatica ; Duc ange, Glossarium ad $criptorei; D. Calmet, Notire eur la Lorraine; le P. Benoit, Histoire ecctit. et poltt. de la ville ft du diocèse de Toul; Raepsael, Œuvres complètes, t. IV, p. 1G5 et suiv. ; M. Lejeune, Becherches sur la résidence des ro e francs, etc., etc.

être invoqués comme preuves des nombreux rapports des Carolingiens avec ce pays. Tels sont, par exemple, les capitulaires contenant des additions ou des modifications à la loi salique, puisque cette loi était alors, pour la majeure partie des habitants, celle du pays. Le capitulaire de Charlemagne de l'an 798 contient la loi salique revisée *. Celui de l'an 803 a pour objet d'ajouter à cette loi des dispositions nouvelles * ; aussi ne fut-il mis en vigueur comme loi qu'après avoir obtenu l'assentiment de la population. Charlemagne donne pour instruction à ses rnissi, en 803 : « que le peuple soit interrogé au sujet des articles qui ont été récemment ajoutés à la loi et après que tous auront consenti, qu'ils apposent aux susdits articles leur confirmation et leur signature 3 . » Le peuple dont il est ici question ne pouvait être que le peuple salien, lequel habitait particulièrement la Belgique.

Louis le Débonnaire aussi fit des additions à la loi salique. Nous avons de lui deux capitulaires de l'an 819, contenant, le premier vingt et un, le second neuf capitula addila ad legem salicam 4 , plus un capitulaire de la même année, contenant douze articles interprétatifs de cette loi 5 . Ce dernier a été reproduit dans

» Baluz., t. I. p. 281.

» Ibid., p. 387.

a Capit.,ann. 80:î, c. 19, ap. Baluz., t. I, p. 39V.

* Pertz, Ugt$, t. I, p. 2ioetauiv.

« BjIuz., t. I, p. 5J7 etsuiv.; Pertz, t. I, p 2S9etî30.

LES VILLAS ROÏALES. 159

le quatrième livre d'Ansegise. Enfin le capitulaire de Thionville, de Tan 920, contient une disposition remarquable ; il y est dit que les articles qui ont été ajoutés Tannée précédente à la loi salique par le consentement de tous, ne doivent pas être considérés comme capitulaires, mais comme faisant partie de la loi «.

Parmi les capitulaires de l'empereur Louis, il en est encore un qui, au point de vue de l'histoire de Belgique, mérite une attention particulière : c'est celui de Thionville, du mois d'octobre 82 1 *, reproduit dans le quatrième livre d'Ansegise, c. VII, de conjurationibus servorum 3 . Ce capitulaire concerne particulièrement la Flandre ; il y est dit en termes exprès : « De conjurationibus quaî fiunt in Flandris et Mempisco et in Cieteris maritimis locis volumus ut per missos nostros indicetur dominis servorum illorum, ut constringant eos ne ultra taies conspirationes facere pra?sumant, etc. » On voit qu'il s'agit de conspirations qui s'étaient manifestées par des troubles, des émeutes, parmi les populations soumises aux seigneurs territoriaux de ces contrées. L'empereur veut que ces seigneurs soient responsables du maintien de l'ordre dans leurs domaines; ce sont eux qu'il menace de l'amende et du ban royal de soixante sous.

Quel était le caractère de ces conspirations?

1 Capitulare, ann 820, c V. ap. Baluz , t. I, p. 622. * Perti, Uge$ y p. 230.

5 Baluz., t. I, p. *Î7j.

Étaient-elles semblables ou analogues à celles des villes à communes du douzième siècle? Comme il nous manque à cet égard toute espèce de données historiques, c'est un problème impossible à résoudre. Cependant Raepsaet et, après lui, M. Kervyn de Lettenhove 1 ont cru reconnaître ces fraternités germaniques qui remontent au temps du paganisme et qui sont connues sous le nom de Gildonia *, Gilden. Hincmar, dans une lettre à son neveu de Laon, les nomme collectée quas Geldonias et confraternitates vulgo vocant. Il les juge moins sévèrement que ne l'avait fait Louis, si toutefois c'est bien de ces sortes d'associations que notre article du capitulaire entend parler.

En soi l'institution des Gilden, d'où est sortie celle des corps de métiers, n'avait rien de criminel. Les membres de la gilde tenaient des réunions régulières, qui finissaient ordinairement par des banquets, des orgies, des scènes tumultueuses, et souvent par des batailles 3 . Nous devons à M. Wilda des renseignements fort curieux sur cette institution 4 . Mais est-ce bien de cela qu'il s'agit dans le capitulaire précité? Ne serait-ce pas plutôt de conspirations et de révoltes imputables aux Saxons qucCharlemagnc avait transportés dans cette partie de l'empire? Il est à remarquer en effet que Louis, dans son capitulaire,

1 Hiiloire de Flandre, ?■»• edit., 1. 1, p. 65 et 63.

» Voyez Durange. nux mots Gildte *t Gildonia, nouv. édit ,t.Ill, p. £85.

» Zœj.fl. Deuttrhe RechUgetchithte, 3» edit. p. 9ît, note 68.

« Gilderoten im Hittelalttr, Halle, 1831 .

ne parle que des populations établies dans les lieux maritimes fin maritimis loch). Or, c'était l'époque où les Normands commençaient à descendre sur la côte. Les Saxons qui avaient tant d'affinité avec ce peuple, auraient-ils voulu profiter de l'occasion pour se soulever? Cette conjecture ne semble pas dénuée de vraisemblance.

Il nous reste à faire mention d'une charte de Louis le Débonnaire, dont M. Polain a découvert l'original aux archives provinciales de Liège. L'objet de cet acte est une donation de la villa Promhem, faite à l'église de Saint-Lambert à Liège, sur la demande de l'évêque Fulcharicus ; sa date est l'an xm e du règne de Louis le Débonnaire; le lieu de l'expédition, Aix-la-Chapelle. Le texte du diplôme est connu ; Chapeauville l'avait publié, et il avait été réimprimé dans le Spiciîegium eccles., t. II, p. 481. M. Polain a jugé qu'il était assez important pour en donner un fac simile \ et pour discuter son authenticité.

Cette discussion est loin d'être oiseuse; car l'acte dont il s'agit peut être suspecté , non-seulement à cause de l'inexactitude de YIndictio dans la date, mais surtout par la raison qu'en 826, époque à laquelle il appartiendrait, si sa date était exacte, le siège épiscopal de Liège était occupé par Walcand, et non par Fulcharicus, qui n'est mentionné à cette date dans aucune chronologie ou chronique des évoques de Liège. Pour

' Bulletin de l'Académie royale, I. XIX. p. 453, année 185*.

sauver l'authenticité de son diplôme, M. Polain croit pouvoir lui assigner la date de 831, et placer à cette année cet évêque nouvellement découvert. Mais on connaît le successeur de Walcand : ce fut Pirard, et non Fulcharicus.

S'il nous était permis d'émettre une opinion conjecturale, nous dirions qu'il y avait peut-être à Tongres un clerc, un chorespicopus du nom de Fulcharicus, et que c'est de lui qu'il est question dans le diplôme de 826. Cela paraît d'autant plus vraisemblable qu'il est qualifié Tungrensis episcopus, et qu'à l'époque dont il s'agit le siège effectif de l'évèché n'était plus à Tongres.

On nous pardonnera sans doute ces discussions de détail, en faveur du but que nous nous sommes proposé. Il s'agissait d'exposer ce que fut la Belgique sous les premiers Carolingiens, et quels furent les rapports intimes de ces princes avec les habitants du pays. Nous nous sommes efforcés de réunir tous les renseignements, toutes les données propres a jeter quelque jour sur ce sujet. C'est l'ébauche d'un tableau qui doit trouver son complément dans la description des établissements ecclésiastiques, ainsi que dans les faits postérieurs, dans les événements dont nous aurons bientôt à rendre compte.

Le roi Pépin avait dit dans un capitulaire de Tan 755 : Ut episcopi debeant per singulas civitates esse *. L'exécution de ce décret était facile dans la Gaule romaine, où il y avait des cités anciennement reconnues pour telles; mais en Belgique il ne restait de la domination romaine d'autres lieux qui en rappelassent le souvenir que Tournai et Tongres, et encore cette dernière ville était-elle en ruine. On rétablit le siège épiscopal de Tournai, et l'on en donna l'administration à l'évêque de Noyon, de même que le diocèse d'Arras avait été confié à l'évêque de Cambrai. On transféra l'évêchéde Tongres à Maestricht d'abord, à Liège ensuite, et un nouveau siège épiscopal fut établi à Utrecht.

La circonscription des provinces ecclésiastiques fut réglée sur l'ancienne division de l'empire romain. Il y eut un métropolitain pour la première Belgique, un autre pour la seconde Belgique, un troisième pour la seconde Germanie. L'archevêque de Trêves étendit sa juridiction sur une partie du Luxembourg; l'archevêque de Cologne sur les diocèses de Tongres et d'Utrecht; l'archevêque de Beims fut métropolitain

1 Capitula synodi Vernensis, édita a Pippino rege, ann. 753, c. I, ap. Balui , 1. 1, p. 167. Pertz, leg., I, p. 21.

des évocliés de Cambrai, de Tournai, d'Arras et de Térouanne.

Nous avons déjà parlé de la division des diocèses en archidiaconés et en doyennés. Il est fort difficile de trouver des renseignements sur l'application de ce système à la Belgique pour l'époque qui nous occupe; il parait même que les archidiaconés et les doyennés n'ont été complètement organisés dans notre pays qu'après le neuvième siècle. Buchcrius, Des Roches, Foppcns , Sohet et beaucoup d'autres se sont chargés de nous faire connaître cette organisation qui est restée à peu près la môme jusqu'au seizième siècle.

On a cru saisir un rapport exact entre I'archidiaconé et le pagus, et l'on a pensé que la division ecclésiastique ayant pris l'ancienne division politique pour base, on devait y trouver tous les éléments de la topographie administrative du pays. Si cette opinion était fondée, ce serait surtout relativement à la France, où les pagi étaient déjà, dans les périodes celtique et romaine, des subdivisions naturelles ou administratives de la cité ; mais il a été démontré par des publications récentes, notamment par celles de M. Desnoyers, concernant la topographie ecclésiastique de la France au moyen âge J , que cette concordance entre le pagus et l'archidiaconé était fort irrégulière. M. Ja-

> Annuaire» hittorique» pour les années '85$ et 1859, cités par M. Jacobs, Géographie de Grégoire de Tour» et de Fridegaire, p. «95, à la suite de lu traduction de Grégoire de Tours par M. Guizot, édit. de 1861.

cobs également a recueilli dans un grand nombre de publications relatives au moyen âge, des renseignements et des faits précis sur les archidiaconés et archiprêtrés qui répondaient à d'anciens pagi, et sur les pagi qui, au contraire, étaient morcelés entre des archidiaconés, des archiprêtrés et des doyennés.

En appliquant la méthode de M. Jacobs à la Belgique, on arriverait bien certainement au môme résultat. Il sufïit de jeter un coup d'œil sur rénumération qu'on trouve dans Bucherius des archidiaconés et des doyennés pour voir qu'ils avaient des rapports trèsdouteux avec les pagi. Ainsi, par exemple, le Brabant, pagus Bracbantum, s'y trouve scindé entre trois archidiaconés, ne répondant à aucune subdivision de ce pagus : le premier a ses doyennés à Saint-Brice, près de Tournai, à Chièvres, à Hal et à Grainmont; le deuxième à Bruxelles, à Alost et à Pamele; le troisième est dans le diocèse de Liège.

Au reste, les archidiaconés, les archiprêtrés et les doyennés n'ont pu être institués qu'après les paroisses, puisque l'objet de leur institution était de réunir un certain nombre de paroisses sous l'autorité d'un chef commun. Or, les paroisses ne furent régulièrement organisées en Belgique que sous Charlemagne et Louis le Débonnaire. C'est ce dernier qui assura leur existence par son capitulaire de l'an 816, en ordonnant que la dotation de chaque église paroissiale {dos eccle-

siœ parochialis) fût d'un mansus integer, libre de toute 11. h

charge *. Avant cela, on leur avait donné une part dans les dîmes *; mais toutes les dîmes d'un diocèse devaient être réunies dans les mains de l'évêque, qui en faisait la distribution, et il paraît que la part qui en revenait aux églises paroissiales était souvent insuffisante.

Le principal évéché de la Belgique était celui de Liège. C'était l'ancien évéché de Tongres, dont le siège, transféré d'abord à Maestricht, avait été rapproché de Jupille et d'Herstal, où résidaient les princes de la famille des Pépins. On attribue a Saint- Hubert cette dernière mutation 3 , qui donna naissance à la ville de Liège; mais ce qu'on a dit d'une sorte de constitution que saint Hubert aurait donnée à cette localité 4 est évidemment fabuleux. Liège était un fisc royal ; la masse de ses habitants appartenait par conséquent a la classe des fiscalins, qui jouissaient d'une plus grande somme de liberté que les serfs ordinaires, mais qur n'étaient pas des hommes libres. Rien n'indique que ce fisc royal ait été donné à saint Hubert, qui continua à porter le titre d'évéque de Tongres, et qu'on lui ait conféré le pouvoir de changer la condition des habitants;

1 Capit. Aquitgr. ann. 816, c. 10, ap. Baluz., t. I, p. 565.

» Capit , ann. 779, c. 13, ap. Baluz., t. I, p. 197.

» Rettberg. 1. 1, p. £60. Geita ponlif. Leod., 1. 1, p. 119. HarUheim, Concilia Germaniœ, t. 1, p. 39.

« Jura legalia civibui tradidit. (Gilles d'Orval, ap. Cbapeauville, 1. 1, p. 137.)

ce qui aurait été sans exemple a cette époque *.

Saint Hubert mourut en 727 ; son fils saint Florebert occupa le siège épiscopal de 728 à 747 ; Fulcarius, qui lui succéda, est probablement le même personnage qui, sous le nom de Fulcrius, assista au synode d'Attigny en 765. Après lui Charlemagne donna l'évêché à Agilfred, son parent. On voit que l'empereur tenait peu compte de son propre capitulaire de l'an 803, par lequel il ordonne que désormais les évêques seront élus dans le diocèse même et selon les canons, par le clergé et le peuple, sans aucune considération de personnes ni de présents, et uniquement en raison de la sagesse et des mérites des candidats *.

L'évêquc Agilfred fut chargé de garder le roi Didier, que Charlemagne avait ramené captif d'Italie 3 . Il mourut en 784 ou 787; Didier fut alors transféré en Picardie 4 . Garibald, qui succéda a Agilfred, occupa le siège épiscopal jusqu'en 810. C'est à lui que Charlemagne adressa, en 804, une lettre dans laquelle il ordonne que personne ne puisse tenir

» Egir.hard, dans son Histoire de In tranilalion desSants Martyrs, raror.îe le miracle opéré sur une jeune fille nommée Adalinde, laquelle était serre •lu monastère de Saint-Lambert. La liberté n'avait donc pas été accordée aux serfs de l'Église; comment l'Église aurait-elle pu la donner aux serfs qui ne lui appartenaient pas?

* Capituhire Aquisqranente anni 803, c 3, ap. Balut., t. 1, p 779.

» Annales Lobienseï, ap. PerU, t. Il, p. 118; Sigebert de Gembloux, a, l'an 774.

* Annales S<m<jal!rr.<r$, ap Pertz, 1. 1. y. 7.i.

un enfant sur les fonts du baptême, s'il ne connaît l'oraison dominicale et le symbole des apôtres Après la mort de Garibald, Charlemagne donna l'évèché à Walcand, qui l'occupa jusqu'en 831, et dont le nom se retrouve parmi ceux des personnes qui assistèrent comme témoins au testament de l'empereur.

Les communautés religieuses prirent en Belgique un grand ascendant; Yabbas, c'est-à-dire le père du Cœtwbium, occupait un haut rang parmi les grands de l'empire. Les papes poussaient à l'établissement des monastères en leur accordant des immunités ecclésiastiques qui les exemptaient de la surveillance des évêques diocésains. Les princes et les grands enrichissaient par des donations les églises en général, tant les évêchés et les églises paroissiales que les couvents et les chapitres. Un bon nombre de maisons religieuses avaient déjà été fondées en Belgique sous les Mérovingiens. Les princes de la seconde dynastie, qui, avant leur avènement à la royauté, avaient puissamment contribué à la fondation de ces établissements, ne manquèrent pas de favoriser leur développement lorsqu'ils furent montés sur le trône.

Pour juger de la situation du pays, il faut nécessairement connaître la place qu'y occupaient les communautés religieuses. Nous avons déjà parlé des fondations pieuses dues à la famille des Pépins ; nous avons cité, à l'occasion, un assez bon nombre de

< DomBouquel, GaU. hi$t. colUct., U III, p. 118.

monastères qui datent de cette époque ; mais ce n'est qu'en embrassant l'ensemble de ces établissements qu'on peut se faire une idée exacte du changement qui s'était opéré dans le pays des Francs, depuis l'introduction du christianisme.

Dans le Brabant, nous trouvons d'abord Meerbeck, près de Ninove, monastère fondé par Odelard et Nonc , parent de sainte Berlende * ; Dickelvenne , Thiclivinnium, sur l'Escaut, fondé en 750 par Hilduard, évêque de Toul; Antoin, également sur l'Escaut, monastère dépendant de l'abbaye de Lobbes* ; Condé, au confluent de l'Escaut et de la Haine, abbaye qu'on croit avoir été fondée par saint Amand, au septième siècle 3 ; Leuze, Lutosa, abbaye dont la fondation est également attribuée à saint Amand, et qui fut donnée en 802 par Charlemagne à saint Ludger, évêque de Munster 4 . Tous ces noms figurent dans l'acte de partage de l'an 870, et c'est probablement pour désigner les monastères qu'ils y sont mentionnés.

Citons encore, dans le Brabant, l'abbaye de Renaix, Rotnasce, où furent transportées, sous le règne de Louis le Débonnaire, les reliques de saint Hermès 5 ; Petinghem, près d'Àudenarde , communauté de clercs, où Charles le Chauve donna, en 864, un di-

i Wastelain, Description di la Gault Belgique, p. 453.

* Dachtr. Spicileg., t II, p. 735.

* Wustelain, /. c. p. 4V8.

« Miroeus, Opéra diplom., t. III, p. 8

* Jdir., Oper. dipl., 1. 1, p. 117.

plôme en faveur du monastère de Saint-Bavon. Nous avons déjà parlé des abbayes de Saint-Pierre et de Saint-Bavon : la fondation de ces deux monastères ne se constate pas, comme celle de la plupart des autres abbayes, par une charte de donation royale ou princière ; mais les hagiographes rapportent que ces établissements furent dotés, au septième siècle, par un seigneur de la Hesbaié, cousin, comobrinus, de sainte Gertrude, qui leur donna tous ses biens pour s'y retirer lui-même sous le nom de Bavou'.Éginhard, à qui ces deux monastères avaient été concédés l'un en 811, l'autre en 819, obtint de Louis le Débonnaire deux chartes en leur faveur. Les immunités les plus étendues leur étaient garanties par ces actes, tant pour leurs biens présents que pour leurs biens futurs, tant pour les hommes libres établis sur leurs terres, que pour leurs serfs des deux sexes *. C'est probablement à ces immunités qu'il faut attribuer l'agglomération d'habitants qui se forma autour des abbayes de Saint-Pierre, et qui donna naissance à la ville de Gand.

Nous avons déjà également fait mention de l'abbaye de Nivelles, fondée par la veuve et la fille de Pépin de Landen, vers l'an 650. Il y avait aussi un monastère

» Voir les biographie* de Saint-Bavon et les commentaires de Jean l'érier, dans les Acta $anctorum Btlgii ttlecta, t. Il, p 436 et suiv.

» Mi tous, Oper. Jiplom., t. 1, p. 18 et 131. Si nous sommes bien informé), la charte originale concernant Blamiinium, donnée le 1 juin 815, doit se trouver aux archives de la cuthédrale de Saint-Bavon à Gand.

à Soignics, fondé vers l'an 665 par saint Vincent, dit Maldegaire, époux de sainte Waudru *. Enfin Malines Maalinas ou Maslinas, sur la Dyle, mentionnée dans l'acte de partage de Tan 870, était une église, c'està-dire une maison religieuse, fondée par saint Ruraolde ou Rombaut au milieu du huitième siècle.

Dans la Hesbaie, nous comptons six établissements ecclésiastiques : Orp, Orpium, sur la Jette, monastère qu'on croit avoir été fondé par Alpaïde, mère de Charles Martel ; Meldert ou plus exactement Maldaert, Maldaria, que nous avons signalé comme le plus ancien des monastères de Belgique, ayant été fondé par Pépin de Landen » ; Calmont, près de Tirlemont, mentionné dans l'acte de partage de l'an 870, et qui pourrait bien n'être autre que le monastère de Maldaert, situé sur le Calfberg 3 ; l'abbaye de Saint- Trond, Sarcinium, fondée vers l'an 665, par un seigneur de la Hesbaie, nommé Trudon 4 ; le monastère de Bilsen ou Munster-Bilsen, Belisia, fondé vers l'an 669 par sainte Landrade, qui en fut la première abbesse, et enfin l'abbaye d'Ama ou Amai, Amawi«m, sur la Meuse, fondée par sainte Ode, tante de saint Arnou, évéque de Metz 5 .

1 Wastelain, I c , p. 135.

* Voirie tome I", p. 103.

8 Suivant M Imbert, il y avait deux monastères dans la commune de Meldert.

* On trouve dans Miraus un diplôme de donation de l'an 746 en faveur de l'abbé de Sarthinium (Mir., Oper. difï., 1. 1, p. 493.)

* Wastelain, l. c, p. tll.

Les communautés religieuses étaient plus rares dans le nord de la Belgique. Ainsi, dans le pays de Stryen, subdivision de la Toxandrie, qui touchait au Teisterbant, il n'y en avait pas d'autre que l'abbaye de Thorn, fondée en 992. Mais dans le Riensis pagus ou pays de Ryen, qui confinait au Brabant, Anvers avait une église dont il fut fait donation, avec le territoire qui en dépendait, à saint Willebrord 1 ; Deurne avait un monastère qu'on dit avoir été fondé par saint Amand *, et Lierre, Ledi, possédait l'abbaye de Saint-Gomaire, mentionnée dans l'acte de partage de l'an 870.

Sur les bords de la Meuse, les établissements ecclésiastiques étaient plus nombreux et plus considérables. Dans le Masgau, nous trouvons d'abord l'église de Saint-Servais de Maestricht, qui au temps d'Eginhard était une abbaye ; elle figure comme telle dans le partage de l'an 870 ; en second lieu, Susteren, Suestra, monastère fondé par saint Willibrord, vers l'an 714 5 ; puis, l'abbaye de Berg ou de saint- Odile, à Berg sur la Roer, fondée par Pépin d'Herstal pour saint Viron 4 , et enfin l'abbaye d'Eyck, près de Maseyck, fondée en 730 par les parents de deux saintes filles, Harlinde et Reinule 5 . Il y avait aussi,

1 Mir , Optr. diplom., t I, p. 419.

* Wastelain, l. c, p. 931.

» Mir., Optr. dip., t. 111, p. 186 ; Bréquigny, édit. de Parde»ui, U II, p. 998.

* Mir., Optr dipl, 1. 1, p. 199.

« Ibii., p. 958.

près de Fauquemont sur la Gheule, une abbaye de Saint-Gerlac, où reposaient les reliques de ce personnage.

Dans le Luihgau, pays de Liège, l'église de Saint- Lambert paraît avoir été primitivement une sorte de succursale de Saint-Servais. Elle grandit, comme toutes les autres, par les donations successives des princes, et surtout par la translation du siège épiscopal de Tongres. Il y avait, sur la montagne de Ghèvremont, derrière le palais qu'on appelait alors Novum castelhm, une église dédiée à sainte Marie. Pépin d'Herstal lui avait fait plusieurs donations rappelées dans un diplôme de Charlemagne de l'an 779 *. L'église de Chèvremont, suivant un diplôme du roi Zwentibold, de l'an 897, était à cette époque une abbaye royale ".Elle avait des propriétés dans la Hesbaie, la Toxandrie, le Brabant, le Hainaut, les pays de Liège et de Lomme ; ses biens furent transférés plus tard à l'église de Notre-Dame d'Aix-la- Chapelle 5 .

Le Condroz avait deux églises de Notre-Dame, l'une à Huy, l'autre à Dinant, cette dernière mentionnée dans le partage de l'an 870 ; plus, un monastère sur la Lesse, appelé Celles, Cellœ qui devait son origine à des cellules construites par saint

1 Mir., Optr. diplom., t. I, p. 49H.

» Ernst, Histoire du Limbourg, 1. 1, p. 333.

s Anselme, Getta epùcop. Leod., dons le t. IV de VAmptiutma cotttctio cieMartène et Durand.

174 HISTOIHE DES CAROLINGIENS.

Hadelin, disciple de saint Remacle, et qui fut doté par Pépin d'Herstal *.

C'est dans l'Ardenne que se trouvaient les établissements les plus considérables. Airttons-nous un moment aux abbayes de Stavelot et de Malmédy. Elles avaient été fondées par saint Remacle, évêque de Tongres, et dotées par le roi Sighcbert, en 650 V Ce prince leur avait assigné un territoire de douze milles d'étendue, tant en largeur qu'en longueur 3 . Cette donation fut augmentée par Grimoald, maire du palais, qui leur concéda la villa de Germigny, Germiniacum, dans le pays rémois 4 . Childéric, successeur de Sighebert, confirma la donation de Germigny, mais il réduisit de douze milles à six le territoire de la première fondation 5 . Les villas d'Emblève, de Cherain, Charanco, et de Lierneux, Lethernaco t paraissent avoir été alors retranchées de leurs possessions; toutefois cette perte ne tarda pas à être réparée; nous trouvons que déjà en 720 Charles Martel restitue les villœ Tofino et Silvestrivilla 6 , que

' Wastelain, l. c, p. 1H.

* In foresto riostra nuncupata Arduenna comtnisimus ut ibi monasteria cognomento Siabula? seu Malrauodanum construatur. (Mir. Optr. dipl., t. IV, p. 17.1.)

• Dans le diplôme de l'an 66*, où h donation se trotne rappelée, il est dit expressément : tam in longum qwxm in trantcenum.

« Mir., Op. .Upl , t III, p. 381 ; Ampli$$ima collect., t. H. p. 9; Bréquigriy,£ip?om. et épis t., t. (I, p. 9i.

» Pr»ceptum de l'an 666, dans Mirtone, Ampli*», collée , t. II, p. 10. Diplôme de l'an blïdans Mirœus, op. dipl., I. III, p. î$i.

6 Ampliu. collett., \ II, p 15 ; Urequiguy, t. II, p. 313.

M. Dénoue traduit par Tofin et Silvestrecourt *. En 746, Carloman restitue la villa de Lierneux 5 avec ses dépendances comprenant Bras, Brastis, Fairon, Feronio, et Odeigne, Aldanias; il fait en outre donation aux abbayes, sous la même date 5 , d'un grand nombre de villas, parmi lesquelles on remarque Leignon, Lenione, dans le Condroz, Paliseul, Palaliolo, et Braibant, Brabante.

On peut juger de l'importance des abbayes de Stavelot et de Malmédy par une charte de Sighebert, qui leur accorde un droit de tonlieu dans les ports de l'Aquitaine, avec libre navigation dans la Loire, et par une autre charte de Louis le Débonnaire, qui exempte du péage appelé tonlieu les bateaux des deux monastères naviguant dans le Rhin et la Meuse 4 . Voilà donc une communauté religieuse, établie au fond des Ardennes, qui perçoit des péages dans les ports de l'Aquitaine et possède des navires dans les plus grands fleuves de l'Europe.

Par un diplôme de l'an 814 5 , Louis le Débonnaire confirma les monastères de Stavelot et de Malmédy dans toutes leurs possessions; il reconnut également les droits qui leur avaient été précédemment concédés sur les églises et les dîmes de Duren,

1 Elude» historiques sur l'ancien pays de Stattlot et de Malmédy, Litige, «848, p. 316.

« Ampl. coll , t. Il, p 19 ; Bréquigny, t. II. p. 405. 8 Ampliss. coll., t. II, p. Î0.

* tbid.. p. il. Benholet. Hiitoire du Luxembourg, l II, p. 41.

* Amplist. coll., t. Il, p. il.

Clotten, Bossu, Sinzig, Andernach, Thommen, Glains, Cherain, Theux, etc. Plusieurs autres diplômes de donation et de restitution, notamment ceux des années 862, 874, 882, 888, 895, 896, 902, 905,907, 911, 912, 924, 925, 953 *, attestent que, si les biens de ces abbayes furent parfois empruntés, pour les besoins de la guerre, leurs richesses et leur puissance ne cessèrent point de croître, jusqu'à ce que, la dissolution de l'empiro aidant, elles parvinrent à se constituer en souveraineté indépendante.

La célèbre abbaye de Pruim ou Prum, située dans le Caroscow pagus, à l'est des abbayes de Stavelot et de Malmédy, fut fondée en 760 par le roi Pépin, qui venait d'expulser les Musulmans et de mettre fin à leur domination dans le midi de la Gaule. Nous voyons dans un diplôme de cette année *, que Pépin et sa femme Bertrade font à l'abbaye de Prum une donation considérable de biens provenant de leurs patrimoines respectifs. Ils lui donnent, entre autres, tout ce qu'ils possèdent de terres dans le pagus Caros, plus deux villas sur la Moseile, une autre dans le pagus Bedensis, un bénéfice dans le Riboariensis; une propriété sur le Rhin dans le pagus de Spire; une autre sur la Meuse dans un lieu appelé Ruminio in pago Bomenci. Cette charte est signée par plusieurs

i ÂmpUi». collect., I. H, p. îfi eUuiv.

■ Mir. Optr dipl., t. III, p. 4.

évôques, notamment par Folcarius, évêque de Tongres, et par plusieurs comtes. La fortune de l'abbaye de Prum ne fut pas moins brillante que celle des abbayes de Stavelot et de Malmédy ; elle aboutit au même résultat.

On peut en dire à peu près autant de l'abbaye d'Epternach ou Echternach, située dans le Bedagow, Bedensis pagus. Cette abbaye avait été érigée en 698 par saint Willebrord dans un domaine qui lui avait été donné à cet effet par sainte Irmine, fille du roi Dagobert 1 . Il lui fut fait une donation nouvelle par Pépin d'Herstal et sa femme Plectrude en 706 ». Une charte de la même année constate que Pépin prit l'abbaye d'Echternach sous sa protection spéciale s . Nous avons encore une charte de l'an 717, par laquelle Charles Martel, fils de Pépin, concède à cette communauté tout ce qu'il possède à Baillonville 4 , et enfin une charte de Pépin le Bref, de l'an 752, contenant une donation de biens en faveur d'Echternach, avec exemption de tonlieu dans tout le royaume 5 .

L'abbaye de Saint-Hubert, dans l'Àrdenne belge, complète la série des grands établissements monastiques de cette contrée. Son origine remonte à une donation faite par Pépin d'Herstal et Plectrude à

1 Mir Oper. dipl., t I, p. 944.

1 Bréquigny, Dtplom et epitt., cdit. Pardessus, t. II, p. 37J.

5 Ibidem, p. !'.4.

« Ibidem, p. 3«0.

« Mir. Oper. dipl.,\. I, p. CH.

Bérégise, en 687 4 . Cependant l'évoque Walcand, Waltgaudus, fut en quelque sorte le fondateur de l'abbaye de Saint-Hubert. La solitude de saint Bérégise, dit le Cantatorium, n'était habitée que par un petit nombre de clercs ; Walcand supprima leur communauté, y établit des moines en corps de religion , etleur assura des possessions suffisantes pour subvenir a leurs besoins. Ce fut lui aussi qui Ht transporter au monastère dAndage le corps de saint Hubert, et qui lui donna le nom de ce saint *.

Il y avait encore dans l'Ardenne quelques établissements de moindre importance. Tels étaient le monastère de Cugnon, fondé par Sigebert III en 648, et l'église de Nassogne, érigée par le roi Pépin, en mémoire de l'assassinat de saint Motion.

Il ne manquait pas de communautés religieuses dans le pagus «le Loin me ou do Namur. L'abbaye de Brognc ou de Saint-Gérard devait son origine à une chapelle bâtie, dit-on, par Pépin de Lauden 3 . Moustier avait été fondé par l'intervention de saint Air.and. Nous avons déjà parlé de l'abbaye de Fosses, qu'Eginhard appelle monastciium Scotorum *, parce que saint Foillan et saint Outain étaient Irlandais, et qu'à cette

1 V. Charta qua Pippuius et Pleetrudia uxor ejus t-astrum Ambra in Ardenna Beregiso douant, ut ibi condaritur relia etoeclesia. anno 687 (lire— quigny, édit. de Pardessus, t. II, p. 203.)

* V. le Cantatorium, 5 et 6.

* Mir. Optr.dipl., t. H. p.

* JUttoire de h trautlalion dr$ saints martyrs.

époque on donnait encore à l'Irlande le nom de Scotia major. On sait qu'Andenne , entre Namur et Huy, avait été fondée par sainte Begghe, qui y fit construire sept églises (Andania ad septem ecclesias), par imitation des sept églises de Rome qu'elle avait visitées. L'abbaye de Waussore, Waiciodorum, sur la rive gauche de la Meuse entre Givet et Dinant, ne fut fondée qu'en 944. Gembloux, monastère de Bénédictins, doit datera peu près de la même époque. Lambert, comte de Louvain, en était avoué en 948 *. N'oublions pas Malogne, Malonia, sur la Sambre. Cette abbaye passe pour avoir été fondée, en 685, par un évéque anglais nommé Bertuin *. Mirneus nous indique encore l'abbaye d'Hastière, Uasteria in comitatu Namurcensi, fondée en 654 3 .

Si du pays de Namur nous passons dans le Hainaut, nous trouvons d'abord sur la Sambre la célèbre abbaye de Lobbes, Laubacus ou Lobiœ, fondée par saint Landelin vers l'an 653. Pépin d'Herstal fit, en 691, une donation considérable à ce monastère 4 . L'abbaye de Lobbes possédait cent cinquante-trois villages, lorsqu'elle fut donnée à Francon, évêque de Liège, en 888 B . L'abbaye d'Aulne ou d'Aine, également située sur la Sambre, était une dépendance de

« Mir. Oper. dipl., 1. 1, p. 41.

* Wastelain, Dttcript. d« la Gaule Belgique, p. 137.

5 Mir. Optr. diplom , 1. 111, p. 1.

« Mir. Op. dipl., t. Il, p. I 196 ; Drequigny, Dipl. et epiit., edit. de Pardessus, t. Il, p. 119.

« Mir. Oper. diplom.,t. I, p. 650.

1hO HISTOIRE DES CAROLINGIENS.

Lobbes. Ce monastère avait été fondé, comme le précédent, par saint Landelin, en 656 *.

Les monastères de Sainte-Waudru, de Mons 4 , et de sainte Aldegonde, de Maubeuge 3 , doivent leur origine aux libéralités de deux sœurs, dont les parents, Walbert et Bertille, avaient établi une communauté de filles à Coursolre, Curtis Solra 4 . L'abbaye d'Haumont, Altus motis, fut fondée par saint Vincent Maldegaire, époux de sainte Waudru, qui se retira dans une autre communauté, également fondée par lui à Soignies 8 . Le monastère de Grepin, près de Condé, paraît avoir été fondé par saint Landelin 6 ; et l'on attribue à saint Guislain la fondation de l'abbaye de ce nom dans un endroit qu'on appelait Ursidungus, sur la Haine 7 . Tous ces établissements sont du milieu du septième siècle.

En sortant des limites de la Belgique actuelle, sans trop s'en écarter, on peut citer encore un bon nombre de communautés religieuses; et d'abord l'abbaye de Saint-Amand, sur la Scarpe, dans le pays de Pevele. On rapporte que saint Amand, ayant administré le

' Wastelain, L c, p. 44<t. Voyez aussi Histoire de ïabbaye d'Aulne, par Lebrocquy, Bruxelles, 18f>1.

» Waldetrudis elegit sibi locum in proprio allodio, qui Caririlocu* dicitur.ad taabitandum. [Chron. Gieleberti, p. 15.)

* Villam ipsaminqua monasterium situmest...QuœnuncupaturMaIbodium attaque est in pago Ilainoenai. (Mir. Op dipl., t. III, p. 557.)

* Wastelain, Detcript. delà Gaule Belgique, p. 438.

* Vita eancti Antterti, ap. Dolland., t. Il febr., p. 354.

« Mir. Op dtp., t. II, p 11Î9; Chron. Balderici, p. 108. ' Wastelain, l. c.

baptême à Sighebert, fils du roi Dagobert, obtint une donation considérable qui servit à fonder le monastère d'Elnone, appelé depuis l'abbaye de Saint- Amand. Par diplôme de l'an 639, le roi lui concéda tout le territoire situé entre l'Elnone et la Scarpe, avec des immunités étendues non-seulement pour le domaine concédé, mais pour tous ceux qui pourraient y être ajoutés par la dévotion des fidèles et la largesse des princes *.

Une des plus célèbres abbayes de ce temps est celle de Saint-Berlin, primitivement appelée abbatia Sithiensis. Elle était située près de Saint-Omer, dans le pays de Terouanne et avait été fondée par le seigneur Adoalde vers Tan 654 ». Elle fut enrichie par une foule de donations 5 . Chaiiemagne, par un diplôme de l'an 771, confirma les immunités que ses prédécesseurs lui avaient accordées : ut 7iullus judex publiais ibidem ad caussas audiendas, aut fréta exactanda y tel fidejussores tollendos, tel mansiones aut pa~ ratas [aciendas, etc. *. Un autre diplôme de Charlemagne, de fan 791, accorde à l'abbé et aux moines

* Miraeus, Opéra diplomatiea, t. 1. p. 113. On trouve un diplôme semblable de Tan fi'i7 dans le recueil de Bréquigny, édition do Pardessus, 1. 11, p. 46. L'authenticité du diplôme de Dagobert a été contestée. Voyez sur ce sujet une notice fort intéressante dans la Rtvtu det Opéra diplomatica de Jrïrwui, par Le Glay, Bruxelles, 1856, p. 17.

» V M.neus, Oper. diphm., t. 1", p. 7.

* Ibid., t. Il, p. 956-931; t. IV, p. 171-3*5; Bréquigny, p. ?03, 595,301, 307, 3î1, 369, 380, 418, 430, 434.

* Mir. Op. dipl., !. I, p. *.9i.

Page 1