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de saint Bertin le droit de chasser dans les forêts 1 ; ce qui était alors un grand privilège. On trouve la confirmation de ces privilèges et immunités dans deux chartes de Louis le Débonnaire, de 830 et 836 *.
Dans l'Ostrevant, nous avons l'abbaye d'Arnon, sur la Scarpe, fondée vers la fin du septième siècle 5 , et celle de Marchiennes, Marchianœ, fondée en 653 par sainte Rictrude 4 . Breuil, Broyla, qui devait sa fondation à un frère de sainte Richtrude, est dans le pagus lœticus. Maroilles, Maricolœ, dont il est fait mention dans le partage de Tan 870, appartient au pays de Famars. Deux abbayes assez considérables se rencontrent dans la Fagne : Wallare ou Waslare, fondée par saint Landelin, sur un domaine qui lui avait été donné par le roi Dagobert I er 8 , Liessies, Lœtia, fondée par le comte Wibert, vers Tan 751 6 . Ce dernier monastère avait de vastes possessions dans la Thirache et le Hainaut, qui lui avaient été donnés par Pépin le Bref.
Dans la Flandre, où le christianisme avait eu tant de peine à pénétrer, les communautés religieuses étaient en petit nombre. Quelques chroniques rappor-
» llir Op dipl., t. 1, p. 497.
• Ibid., t. Il , p. 930 et 931 ; D. Bouquet, t. VI, p. 568 et 601.
• Cbatte de confirmation de Cbarle» le Cbauve, de l'an 877; Mirau», Oper. dipl., t I, p. 3*.
« Mir. Op. dipl , 1. 1, p 138.
• V. deux diplômes de CkO et 6ki dans Mineu», Oper. dipl., t. I, p. 489 et 490.
« WaiteUin, Dttcript.de la GauU Belgique, p. 446.
lent que saint Trudo, riche seigneur de la Hesbàie, avait fondé, au septième siècle, sur l'emplacement où s'éleva plus tard la ville de Bruges, un monastère de quatre-vingts religieux, qui fut le berceau des abbayes d'Eeckhout et de Saint-Trond 1 ; mais cette tradition est fort contestée. Le monastère d'Eeckhout n'apparaît qu'à une époque beaucoup moins ancienne. La tradition rapporte aussi que saint Eloi fonda une église, et saint Amand un monastère à Àrdenbourg. Il y avait réellement un monastère célèbre àTourhout, Turholtum. Il avait, dit-on, été fondé par saint Amand; il fut donné, en 832, par Louis le Débonnaire à saint Anschaire, évêque de Hambourg 5 . L'abbaye de Berg Saint-Winoch doit son origine à un monastère primitivement (au septième siècle) établi par saint Winoch à Wormhout, près de Saint-Omer. Enfin l'abbaye de Tronchienne, Truncinium, Dronghen, dont la fondation est attribuée, comme beaucoup d'autres, à saint Amand, existait bien certainement dans la première moitié du dixième siècle.
Parmi les fondations pieuses que nous venons de citer, on a pu remarquer qu'il en est beaucoup qui émanent de la famille carolingienne. Le roi Pépin, indépendamment des donations faites par lui-même, confirma toutes celles de son prédécesseur. C'est ainsi que, par une charte de l'an 753, il confirma
i Acta SS. Belg. ulect., t. V, p. 4-14; Mir Optr dipl., t I, p. 61, «t 1. 111, p. 57 ; Beaucourl, Detcript. hiitoriqut de l'abbayt d'Eeckhout, p. 193. • Rolland., 1. 1. Febr., p. 396.
m HISTOIRE DES CAROLINGIENS.
toutes les donations faites à l'église de Saint-Martin d'Utrecht par Pépin d'Herstal, Charles Martel et Carloman; il concéda en outre à cette église la dixième partie du produit des impôts payés au fisc pour les terres, les serfs, les tonlieux, les ventes, etc. *.
L'église d'Utrecht n'eut pas une moins large part aux libéralités de Charlemagne. Par diplôme de l'an 780 *, il lui lit donation de sa villa de Lcusden, Lisiduna, sur l'Eem, près d'Amersfort, in pago Flehite super alveum llemi, avec toutes ses dépendances, terres, manses, habitations, édifices, serfs, bois, champs, prés, pâturages, pièces et cours d'eau, etc., plus avec quatre grands bois, situés des deux côtés de l'Eem. Ce diplôme contient également donation d'une église construite à Dorestadt et appelée Vbkirida, probablement Uberkirch. Il se termine par une concession d'immunités semblables à celles dont nous avons déjà fait mention. Cette concession fut confirmée , en 814, par une charte de Louis le Débonnaire 5 .
Il y a encore quelques autres donations pieuses de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, qui intéressent la Belgique, mais qui sont moins importantes. Par diplôme de l'an 802 4 , Charlemagne donne à l'abbaye de Verden, Werdimensis, le fisc royal deLeuzc, Lulhosa, en Hainaut, où il y eut un chapitre de cha-
1 Mir. Oper. diphm., t. I, p.
» M r. IbiJtm, p. ii i.
s Mir. thiltm. p 40S.
« Mir. lUiJcn», t. Ml, p. 8.
noines. En 817, Louis le Débonnaire confirme l'immunité de l'église de Cambrai *. En 818, il fait donation au chapitre de la cathédrale de Tournai d'un terrain pour agrandir les cloîtres 4 . Par diplôme du 19 août 8 19, Louis fait donation de sa villa de Sassigny, Sassiniaga, au monastère de Maroilles, Maricolas, en Hainaut s . Il donne, le 29 juin 822, divers terrains au monastère de Saint-Amand, dans la Flandre d'alors 4 .
Pouvons-nous passer sous silence un acte assez singulier de Louis le Débonnaire? Le 31 février 831, a la demande de Judith, sa dernière femme, il donne a un de ses hommes, nommé Hildefrid, une partie des biens du monastère de Renaix, Rodenacum, notamment la villa d'Iserna et une autre villa appelée Thorensel 5 .
Enfin, nous citerons encore comme intéressant la Belgique, un diplôme donné à Theux, le 25 mai 827, par lequel Louis le Débonnaire décide un procès entre l'abbé de Stavelot et Yactor domanial de Theux 6 .
Le contenu des actes que nous n'avons fait que citer montre assez bien quelles étaient la nature et l'im-
« Mir. Oper. dipl., t 11, p. 9:0;V. Carpentier, Hit. Camtr;D. Bouquet, t. VI, p. 490.
• Mir. Oper. dipl., 1. 1, p. 336. Ce diplôme se trouve plu» complet »u supplément de Foppens. Mir, t. Il, p. 1 1 57 ; mai* c'est le m«?m« Voy. D. Bn<i juet, t. VI, p. t)>)9.
•"• Mir. Oper. dipl., t. I, p. S4G.
« Mentionne par D. Bouquet, t. VI, p. 5"0.
» Mir. Oper. dipl.. t. I, p. S47.
« Murène, Âmplittima ccUtvtio, t. Il, p. Î5.
m HISTOIRE DES CAROLINGIENS.
portance des donations faites aux monastères et aux églises épiscopales. On leur donnait non-seulement de grandes propriétés territoriales, des mansi, des curies, des villœ, des pagi entiers, mais encore des exemptions de tonlieux et autres charges publiques, des droits régaliens et des privilèges, tels que les droits de chasse et de pêche, le droit d'exploitation des mines, le droit de recevoir des tonlieux sur les rivières traversant leurs propriétés ; des moulins avec droit de banalité, des salines, des dîmes, des rentes en argent et en prestations quelconques *.
Souvent aussi on leur donnait des serfs, des esclaves ; presque tous les affranchissements se faisaient à leur profit, de telle sorte que les affranchis devenaient leurs tributaires. Le nombre des personnes tributaires des abbayes et des églises épiscopales était considérable. Dans quelques pagi, tels que le Hainaut et l'Ardenne, où les établissements religieux s'étaient multipliés, une grande partie de la population se composait de leurs sujets et des personnes placées sous leur protection ; c'est ce qu'on appelait la famille de l'église ou du saint patron de l'église, familia sancii Pétri, familia sancti Lambertiy etc.
Nous avons indiqué plusieurs diplômes qui accordent des immunités très-étendues aux monastères
» Wariikœnig, Uitioin du Droil bttgique, Bruxelles, 1837, p. 168 et Misantes.
et aux églises. Les domaines auxquels s'appliquaient ces immunités cessaient d'être soumis à la juridiction du comte; ils n'appartenaient plus au pagus. Les abbés et les évêques avaient la juridiction civile et pénale non-seulement sur leurs serfs, mais encore sur les personnes libres qui habitaient leur territoire. Toutefois comme, en leur qualité de prêtres, ils ne pouvaient pas exercer la juridiction criminelle, ils avaient à cet effet un fonctionnaire laïque appelé ; vice dominus, vidame. L'usage s'introduisit de con- t fier ces fonctions à un seigneur du voisinage, qu'on appela advocatus; c'est l'origine des avoueries.
Au reste, les possessions des abbayes et des églises étaient gouvernées à peu près comme les pagi; on y trouve l'institution des écbevins et toutes les autres institutions nationales, celle des placita ordinaires, celle des tria placita généraux. Le Cantatorium de saint Hubert jette sur ce point tout le jour désirable. Il y est dit que l'abbé Reginard, « profita de l'entrevue de l'empereur Henri avec le roi des Français h Ivoix, en 1034, pour solliciter du pouvoir^ souverain de l'empereur la confirmation du privilège de tenir une foire sous son église, et du droit de célébrer, comme par le passé, pendant sa vie, tous les jours de plaids, de lever des impôts, d'exiger des corvées, de rendre haute et basse justice, de percevoir les péages sur les foires et sur la tenue des plaids , enfin de connaître des actions et plaintes de toute nature. De son temps, selon le droit géné-
ralement en usage, aucun avoué n'assistait aux plaids de l'abbaye, si ce n'est aux plaids généraux , tenus trois fois par an. Lorsque, dans ceux-ci, les échevins jugeaient qu'une caution devrait être fournie, ils la déterminaient, non selon la volonté des seigneurs, mais suivant les ressources des personnes. L'avoué était traité a l'aide des prestations ordinaires; le monastère y suppléait, si elles ne suffisaient pas. Enfin, si l'avoué amenait par la force un contumace, rebellent, devant la justice, il recevait la treizième partie de l'amende *. »
On voit que les institutions germaniques avaient pénétré jusque dans les monastères, qui étaient en quelque sorte des établissements romains. Il est vrai que les habitants de ces monastères, à très-peu d'exceptions près, appartenaient à la Belgique par leur naissance et leur origine. L'Église n'était aucunement romaine quant à son personnel ; elle ne l'était que sous le rapport de son organisation hiérarchique, de ses dogmes et de sa discipline; elle existait dans la monarchie franque avec les droits et les privilèges qu'elle avait acquis sous le gouvernement romain et qui étaient la garantie de son indépendance.
Malheureusement l'indépendance de l'Église n'était pas une garantie pour l'indépendance et la sécurité du pays. Cette observation nous ramène, à notre
i Cmtalortun*, g 9. Nous a>o»i* sui»i la traduction de M de KoUt.Ix. Jtruxcltcs. IS47, p 35
LES ÉTABLISSEMENTS ECCLESIASTIQUES. 18l>
point de départ. Nous avons dit au commencement de ce chapitre, que la Gaule romaine avait puissamment réagi sur la patrie des Francs; nous pouvons maintenant mesurer les effets de cette réaction. L'espèce de statistique qui précède, quelque imparfaite qu'elle soit, donne une idée assez exacte de l'importance relative des pagi, qui étaient l'élément germanique, et des communautés religieuses qui représentaient l'élément romain. Dans plusieurs localités, ce dernier l'emportait de beaucoup sur l'autre; une grande partie du territoire et avec le territoire ses habitants étaient passés en sa possession. La classe des hommes libres, propriétaires du sol, en qui résidait autrefois la force de la nation, avait disparu dans ces localités, ou plutôt elle était entrée dans la famille de l'Église, pour jouir de ses immunités. Il y avait là toute une population qui, vivant sous le joug paisible des évêques et des abbés, perdait, avec sa rudesse naturelle, son énergie et l'habitude des combats.
Dans les autres contrées, les fils des Francs devaient avoir conservé les mœurs de leurs pères ; mais aussi la civilisation avait fait peu de progrès parmi eux ; ils étaient, par cela même, médiocrement attachés à un ordre social qui ne répondait pas à leurs instincts. Ces faits sont importants à constater; ils expliquent la facilité avec laquelle les barbares du Nord, les Normans, dont nous aurons à nous occuper bientôt, envahirent le pays, le peu de résistance qu'ils
rencontrèrent de la part d'une partie de la population, et l'appui qui leur Tut prêté par les habitants des côtes.