C.ESO.MVS. SALYIV5 VONE
ME.MORIE INXOX QVI
ViXIT. AN.MS. XX. M. VI. ET
HOR. III. CYI FECERV>'T SVCCISIA
MAIIR. II. MARIN V5 FRAIIR '.
« Au Dieu très-grand, consacré. Gésonius Salvius, d'heureuse mémoire, innocent, qui vécut vingt ans six mois trois heures ; auquel ont élevé cette tombe Succisia^ sa mère, et Marin, son frère. )>
On voit, par cet exemple, que les chrétiens don^ naient au sigle D. M. S. une signification tout autre que les païens. Mais quelquefois on lit en toutes lettres : Dis Manibus, « aux Dieux Mânes. » Dans ce cas la pensée païenne est incontestable. Faut-il en conclure que l'inscription elle-même dont cette dédicace fait partie est une inscription païenne ? que le loculus sur lequel on la trouve est un loculus païen ? Partout ailleurs que dansla Rome souterraine on est endroit de le croire. Ici la conséquence, loin d'être rigoureuse, serait fausse et même absurde.
La santé des chrétiens, obligés de vivre dans les Ca-
1 La dernière ligne offre un exemple des incorrections dont nous avons parlé plus haut : alors, comme aujourd'hui, le peupb^ écrivait sans doute comme il parlait : mniir pour moter'pA froiir pour frntpv.
tacombes, faisait une obligation rigoureuse de fermer les tombes immédiatement et avec le plus grand soin. Mais dans les jours de détresse, alors que les persécutions ajoutaient, dans une semaine, plusieurs milliers de victimes aux décès ordinaires, les Fossoyeurs étaient évidemment débordés par l'ouvrage. L'Église entière venait à leur aide, et s'employait avec ardeur aux soins de la sépulture. Nous voyons les papes, les prêtres, les vierges, les dames romaines accomplir à l'envi ce devoir sacré, d'où dépendaient l'honneur des morts et la santé des vivants. C'est le cas de répéter avec Tertullien, bien que dans un sens différent, que tout le monde était travailleur : ïnhis omnis homo miles.
Pour clore les nombreuses tombes que la mort remplissait d'heure en heure, on prenait tout ce qu'on trouvait sous la main. De là, dans les Catacombes, cette étonnante variété de fermetures tumulaires en marbre fin ou en albâtre, en serpentin, en jaune ou en vert antique, en marbre africain, en pot^ta santa, en pierre ordinaire, en briques souvent écornées, souvent de plusieurs morceaux, quelquefois grattées ou couvertes de chaux, afin de faire disparaître d'anciens caractères. Les tombeaux païens devaient, plus que les autres édifices, offrir une riche moisson. Ils étaient situés dans la campagne, ils bordaient les Voies Romaines voisines des Catacombes ; le temps, la négligence, les guerres civiles, mille causes différentes en avaient détaché de nombreux débris, ou les avaient même changés en ruines.
Quoi de plus facile aux chrétiens que de prendre ces dalles de pierre ou de marbre, ces briques endommagées, et de les employer à leur usage? Faut-il s'étonner si quelques-unes de ces pierres tombales ont con-
serve, même après leur destination chrétienne, le signe primitif de leur dédicace aux dieux Mânes. Où trouver toujours, avant de les employer, le temps et Toutil nécessaires pour l'effacer? Peut-être le chrétien qui s'en servit ne savait-il pas lire? Peut-être, travaillant dans l'obscurité de la nuit, ne l'avait-il point aperçu? ou enfin, sûr de son intention, croyait-il sanctifier cette pierre par la destination qu'il lui donnait, et dès lors n'attachait-il pas plus d'importance à conserver qu'à supprimer sur la tombe de son frère ce signe de paganisme^?
Il n'est pas seulement vraisemblable, il est vrai que leschosessepassèrent ainsi. Lesinscriptionso/^îVMo^raphiques en fournissent la preuve matérielle. On donne ce nom à des pierres tombales qui portent d'un côté une inscription chrétienne et del'autre une inscription païenne. Placés dans les circonstances difficiles dont nous avons parlé, les chrétiens prenaient, pour fermer les loculi de leurs morts, la première dalle tumulaire qu'ils rencontraient. Ils mettaient dans l'intérieur le côté qui portait l'inscription païenne, et sur le côté extérieur ils gravaient l'inscription chrétienne. Parmi une foule d'autres, en voici trois modèles trouvés dans les Catacombes de Sainte-Priscille, de Gordien et de Saint-Hippolyte. Le premier présente sur le côté caché dans l'intérieur du loculus l'épitaphe suivante:
D. M. M. AYRELIVS PRIMOSYS. AVG. LIB.
1 Fabretti, Inscript., c. viii, i7iscript.39. — Lupi, Epitoph. Sever. Martyr., 106. — Jagutio, de Men. et Bo7i., lib. XL VI. — Zagcaria, histit. Lopid., lib. II, c. vu. — Morcelli, de Stil. inscript., 323. — Boldetti, lib. II, c. ix, x, xi. — Buonarotti, Veteri Cimiterial,^. 167, etc., etc.
MEMORIOLAM VETVSTATE DEI.APSAM
REFICIT SIBI. LIBERTIS. LTBERTADVSQ.
POSTERISQVE EORVM .
« Aux Dieux Mânes. Marcus Aurélius Primosus, affranchi d'Auguste, a refait ce petit monument tombé de vétusté, pour lui, pour ses affranchis, ses affranchies et leurs descendants. »
Cette pierre tombale, avec son inscription, prouve deux choses : la première, qu'il ne manquait pas, dans les environs de Rome, de tombeaux en ruines et dont il était facile de s'emparer en tout ou en partie; la seconde, que la même pierre avait reçu primitivement une inscription qui a été effacée, afin de pouvoir graver celle qu'on vient de lire : le fait est palpable pour qui a vu la pierre. Après avoir servi deux fois aux païens, nous allons voir cette même dalle employée dans une tombe chrétienne. Sur le côté extérieur on lit ;
FËSTVS VIT. N. XXVII.
« Festus vécut vingt-sept ans. » L'emploi de la piei're païenne, la brièveté, l'incorrection même de l'inscription chrétienne, se réunissent ici pour montrer la pénurie, l'empressement ou le peu d'habileté du charitable chrétien qui donna la sépulture à Festus. Toutes ces circonstances expliquent, beaucoup mieux que de longs raisonnements, la présence des pierres avec dédicace païenne dans les Catacombes K
Le second modèle offre intérieurement l'inscription parfaitement païenne de Julia Palestrica, et extérieurement celle d'un chrétien nommé Paul :
1 Voi/ez AuiNGHi, lib. lit, c. \n, p. '29:1.
JVLliE PALESTRICE
C0N.1VGI INCOMPARABILT
M. AVREL. FORTJS F1£C1Ï ET SIBI
TJBERTIS. LIBERTABYSQVE
POSTERISQVE EORVM
ET JVL. II. MAVRVS. ET. HELPES
FECERYNT POSTERISQVE EORVM.
« Aux Dieux Mânes. A Julia Palestrica, épouse incomparable, Marcus Aurélius Fortis a fait ce monument, et pour lui-même, et pour ses affranchis, et pour leurs descendants. Et Julius Maurus et Julius Helpes l'ont aussi fait pour eux-mêmes et pour leur postérité. »
Voici maintenant l'inscription chrétienne gravée sur la partie opposée de ce marbre lorsqu'il est devenu la fermeture d'un loculus des Catacombes :
PAVLYS