‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 30 sur 172 · IX. ANN. XXXVI · texte numérisé non relu

IX. ANN. XXXVI

EX II. CONJVGI.

EXEMERENTJ. FE.

Q. JVL'A .TVSTA.

Pour toute inscription chrétienne, le Fossoyeur n'a pu graver grossièrement et à la hâte que le monogramme de Notre-Seigneur, la palme et l'image du martyr triomphant.

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De tout ce qui précède il résulte clairement que la présence des noms et des signes païens dans les inscriptions des Catacombes ne contredit en rien l'origine et la destination exclusivement chrétienne de la grande Cité des martyrs. A cette connaissance précieuse il est utile d'en joindre une autre qui, pour être d'une moindre importance, offre cependant un vif intérêt : je veux parler de la ponctuation et de l'âge des inscriptions.

Rien de plus inconstant que Torthographe et la ponctuation des anciens monuments, chrétiens et païens. La cause en est tout ensemble dans les changements de prononciation auxquels la langue latine ne fut pas moins sujette que les autres; dans l'habitude d'écrire comme on prononçait, sans repos marqué entre chaque membre de phrase; dans l'ignorance et le caprice des ouvriers ; dans la douleur des parents, qui, pour donner plus de solennité à leurs regrets, séparaient chaque mot par un ou plusieurs points, afin d'obliger le lecteur à faire autant de pauses que l'inscription comptait de paroles et même de lettres ; enfin dans l'amour des vivants, qui, pour exprimer leur tendresse envers les défunts^ remplaçaient les points par de petits cœurs, ou par des palmes, si les morts étaient des martyrs. Voici quelques modèles qui mettront sous les yeux ces différentes espèces de ponctuation.

Les objets en terre cuite, comme les briques et les figurines, présentent souvent des inscriptions sans point ni séparation aucune. Exemple :

EX PRAVLPI.E ACCE PTA P.E ET APR C03

En style ordinaire : Exprœdiis Ulpiœ accepta Pœtino et Aproniano consulibus. « Cette urne a été faite avec la terre tirée des champs d'Ulpia, sous le consulat de Pétinus et d'Apronianus K »

Rien n'est plus commun que ces mots : bibas pou^ vivas, bixit pour vixit^ vone pour bonœ et autres semblables, où les lettres sont écrites comme elles étaient prononcées.

Le caprice ou l'ignorance des ouvriers se remarque dans les inscriptions suivantes, ponctuées après et même avant chaque mot :

, PARTHENI. HAVE.

, BENE. . BALEAS

. QVI. ME. SALVTAS.

. CVM. SOSSIA. FILIA. MEA.

f( Parthenia, salut. Porte-toi bien, toi qui me salues avec Sossia, ma fille. »

« Juventius Titus, etc. » Je remarquerai en passant que les anciens mettaient les points au milieu des lettres, et non point au bas, comme nous avons coutume de le faire. Je remarquerai en outre que, dans les inscriptions en bon style, la dernière ligne n'est presque jamais ponctuée : c'est un signe auquel le célèbre Maffei veut qu'on reconnaisse l'authenticité du monument ^.

1 Les fastes consulaires font connaître l'âge de cette urne en nous rappelant que Quintus Arrius Paetinus et Caius Veranius Apronianus étaient consuls l'an 123 après Jésus-Clirist.

2 Arte critica lapid., col. 21?, 214.

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Dans les suivantes les cœurs, au lieu de points, témoignent de la douleur des parents et des amis : on les trouve également sur les tombes païennes et sur les tombes chrétiennes :

DIGXO FUJO DYLCISSIMO DIGXVS PATER

YixiT. ANN. 1. M. vm ^ 111 Çy

(( Aux Dieux Mânes consacré. A Dignus fils chéri, Dignus son père. Il vécut un an huit mois trois jours, »

Nous trouvons la même ponctuation sur la tombe d'un martyr :

JVLIA Py STERCORIO ^ CO.XJVGl £j

QY. AN. XXVIII. (^ CVil Q. Y. A.\.\. Y. BM. IX PAGE

(( Julia à Stercorius son époux, qui vécut vingt-huit ans, avec lequel elle vécut cinq ans, bien méritant, en paix. »

Avant de quitter les inscriptions des Catacombes, il reste à étudier les signes auxquels on peut reconnaître leur âge. En voici quelques-uns généralement admis par les plus habiles archéologues.

La brièveté. Cest un fait reconnu que la langue épigraphiqiie des premiers chrétiens était extrêmement concise et sobre de paroles. La simpUcité, l'humilité, le manque de temps, d'outils, d'habileté, et d'autres circonstances dont nous avons déjà parlé rendent raison de ce fait d'ailleurs incontesté. Vers le milieu du quatrième siècle, alors que l'Église se trouvait dans

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des conditions différentes, les inscriptions deviennent plus longues et plus explicites. La première que nous allons apporter comme exemple est celle d'un martyr. Bien que très-courte, elle est cependant une des plus étendues parmi celles des temps primitifs :

EL SECVXDINO. BE.NEMERENTI

MINISTRATORI CHRESTIANO IN PAGE

OVI VJXIT. ANN. XXXVI. DP. UI. NON. MAR.

A ^1. Secundinus, bien méritant, administrateur chrétien i, en paix, qui vécut trente-six ans, déposé le trois des nones de mars. »

La seconde date du milieu du quatrième siècle et justifie par son développement l'observation qui précède :

CVBICVLYM. AVRELI.E MARTIN.E CASTISSIME ATQVE PVDICIS-

SIM.E FEMlNyE OVE YIXIT INCOIYGIO ANN. XXHl DXIII BEN

EMERENTI QVE YIXIT ANN. XI M. XI DXIII DEPOSITIO

EJVS

DEI III OCT. NEPOTIANO ET FACVNDO CONSS. IN PACK.

« A bonne mémoire. Cubiculum (ou monument) pour Aurélia Martina, très-chaste et très-pudique femme, qui vécut en mariage vingt-trois ans quatorze jours, bien méritante, qui vécut en outre (à moins qu'il n'y ait une faute dans l'inscription) onze ans onze mois treize jours ; sa déposition le trois des nones d'octobre, sous le consulat de Népotien et de Facundus, en paix. » Cette date donne l'année 336.

Le monogramme de N. S. ^P . Nous parlerons un autre jour de l'usage et de la signification de cet em-

1 BoLDETTi montre que ce titre d'administrateur chrétien ne peut désigner qu'un diacre. — Lib. II, c. yii, p. 414.

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blême vénérable ; aujourd'hui nous devons le considérer simplement comme un signe chronique ou indicateur du temps. On le trouve formé de deux manières : en croix de Saint-André ^, ou en croix

grecque -4^, c'est-à-dire dont les quatre bras d'égale

longueur se coupent à angle droit. Cette dernière forme est beaucoup moins ancienne que la première et dénote le courant du quatrième siècle. L'autre, au contraire, remonte aux temps apostoliques et k la grande ère des persécutions ^ Il suffira de deux exemples pour rendre sensible cette double forme. Le premier nous est offert dans Tinscription de la célèbre martyre sainte Faustine, retirée des Catacombes de Saint-Callixte :

FAVSTIN.E. VIRGINI. FORTISSIM.E.

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