‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 31 sur 172 · IN PAGE · texte numérisé non relu

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« A Faustine, vierge intrépide, qui vécut vingt et un ans, en paix. »

Le monogramme est entouré d'une couronne de lauriers ; à droite on voit une colombe, à gauche une ancre, double emblème dont nous parlerons plus tard.

Le second exemple appartient au cimetière de Saint-Calépode, et l'écriture, moitié cursive, moitié latine, de l'inscription, se trouve bien en harmonie avec la date et la forme du monogramme :

I SOCR yf T Q S

j^^ IN P // C Ê.

1 Marghi, p. 101.

ce Socrate, en paix. »

Les caractères et la forme des lettres^ le style, les mots, l'orthographe, les pensées, les choses particulières exprimées dans le contexte, les ornements elles emblèmes du monument sont encore autant de signes qu'il faut observer avec beaucoup de soin pour connaître la date des inscriptions. Que cette indication suffise, car l'explication nous conduirait trop loin ^

Au sortir de la longue audience sollicitée par les inscriptions, nous reprîmes la route de la porte Capena, et nous nous retrouvâmes sur la Yoie Ardéatine. La Catacombe de Sainte Balbine et de Saint-Marc était le but de notre visite. Située entre la Yoie Ardéatine et la Voie Appienne, elle forme un quartier de l'immense cimetière de Prétextât, et doit son origine, aussi bien que son nom primitif, à l'ilUistre Balbine, vierge romaine. La première année de son pontificat, qui était la cent trente-deuxième de Notre-Seigneur et la treizième du règne d'Adrien, le pape saint Alexandre convertit plusieurs citoyens romains, bon nombre de sénateurs et même le préfet de la ville, Hermès, avec toute sa famille. Du palais impérial descend aussitôt l'ordre d'arrêter le pontife et les nouveaux chrétiens..

Selon l'usage suivi à l'égard des prévenus de distinction, Hermès est remis à la garde d'un tribun militaire, nommé Quirinus, dont la demeure devient la prison du préfet, hbera custodia. Quirinus avait une jeune fille nommée Balbine. Soit compassion pour l'illustre prisonnier de son père, soit curiosité de le voir et de lui parler, cette jeune vierge, atteinte d'une grave maladie, s'approche un jour du saint martyr et baise

1 Voyez instituzione antico-lopidaria, c. vi. — Vermiglioli, t. II, lezione v, p. 156 et suiv., etc.

ses chaînes. A l'instant elle recouvre la santé. Heureux témoin du miracle, Quirinus devient sur-le-champ chrétien avec sa lille. Aussi brave soldat de Jésus- Christ qu'il l'était de l'empereur, il donne courageusement sa vie pour le Dieu qui a daigné le rendre tout à la fois le plus heureux des hommes en Téclairant et le plus heureux des pères en sauvant sa fille.

Digne héritière du courage paternel, Balbine consacra son existence aux périlleux devoirs de charité imposés aux femmes et aux vierges chrétiennes dans ces temps d'héroïque mémoire. Pleine de jours et de mérites, elle vint après sa mort reposer auprès de son illustre père, sur la Voie Ardéatine, dans le cimetière auquel elle eut la gloire de donner son nom *.

Avant le milieu du quatrième siècle, le pape saint Marc bâtit sur la Catacombe de Sainte-Balbine une église que l'empereur Constantin dota avec sa magnificence ordinaire -. Le saint pape voulut être inhumé dans ce vénérable cimetière, où il resta jusqu'au temps de saint Grégoire YII. A cette époque il fut transféré dans l'égUse de Saint-Marc l'Évangéliste, au pied du Capitule. Quant à sainte Balbine^ elle repose aujourd'hui sur l'Aventin. De la Basihque de Saint- Marc il reste à peine quelques vestiges entre la Voie Ardéatine et la Voie Appienne, non loin des églises de Saint-Paul et de Saint-Sébastien.

La Catacombe elle-même, faisant, ainsi que nous l'avons remarqué, partie intégrante du cimetière voi-

1 Baron., A7i. cxxxii, n. 11. — Arixghi, lib. III, c. xvn.

2 Obtulit Conslantiniis Augustus basilicœ quam cœmeterium constituit Via Ardeatiiia fiindum rosarum cum omni agro campestri, prœstantem solidos quadraginta. — Anast., in S. Mar. Pap.

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sin de Prétextât, sera décrite, les jours suivants, avec ce grand quartier de la Rome souterraine.

Catacombes de la Voie Appienne. — Lampes. — Placement. — Double destination. — Matière. — Forme. — Emblèmes. — Catacombe de Saint-Callixte. — Origène. — Découverte de Bosio. — Partie publique du cimetière de Saint-Callixte. — Souvenirs de sainte Cécile, — de saint Philippe de Néri, Moïse du seizième siècle. — Partie secrète du cimetière de Saint-Callixte. — Nouvelle gloire de saint Philippe de Néri. — Bosio et Baronius.

Nos visites dans les anciennes régions d'Alta Semita et de Yia Lata nous avaient insensiblement rapprochés du Forum. Nous le franchîmes, et quelques instants plus tard nous arrivâmes sur la Voie Appienne. Dans ce quartier général de l'orgueil et de la volupté, dans ce rendez-vous des Césars et des dieux s'échelonnaient, se touchaient, se prolongeaient, pendant plusieurs milles^ sur deux lignes parallèles, et des tombeaux resplendissants de marbre et de bronze, et des temples non moins somptueux, quoique peutêtre plus impurs que les tombeaux. Voici d'abord le ruisseau d'Aqua d'Accio, dans lequel les prêtres de Cybèle venaient laver la statue de la déesse en chantant des paroles que ni la mère des dieux, ni la mère des sénateurs, ni la mère des infâmes musiciens qui les prononçaient, n'auraient pu entendre sans rougira

Plus loin, c'est le temple de Mars, bâti par Sylla,

1 Talia per publicum canlitabantur a iiequissimis scenicis qualia non dico matrem Deorum, sed matrera qualiumcumque senatorum vel quorunilibet honestoruni virorum, immo vero qualia nec matrem ipsorum scenicorum deceret audire.— Aug., de Civ. Dej. lib. III. CIV.

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dont chaque mystère était, comme ceux des autres divinités, accompagné d'im sacrilège ^. A quelques pas s'élevait le Sacrarium de Cybèle ; le temple de la Tempête, vœu de Marcellus sauvé d'un naufrage ; le temple des Muses, devenu, sous Auguste, le Bazar des Juifs - ; le temple de l'Honneur et de la Tertu, et une foule d'autres où chaque passion divinisée trouvait un encouragement et un modèle.

En raison de ses profondes souillures, la Voie Appienne demandait une plus abondante expiation. Reine des Voies, elle était l'orgueil de la vieille Rome : elle devait l'être de la nouvelle. Ses dalles tant de fois pressées par les chars des triomphateurs devaient être foulées par les pieds de triomphateurs plus illustres, et les tombeaux ruinés des maîtres du monde faire place aux tombes immortelles des vainqueurs du monde et de Rome elle-même : il en est ainsi. Pendant trois siècles, des flots de sang ont inondé la Voie Appienne avec plus d'abondance que les autres; et nulle part les Catacombes ne sont ni aussi vastes ni aussi peuplées. Afin de les visiter avec un nouvel intérêt, nous ajoutâmes à la connaissance des inscriptions l'étude des lampes qui s'y trouvent par milliers.

De distance en distance, on rencontre, à droite et à gauche, de petites niches taillées dans les parois des galeries. Qu'elles fussent destinées à recevoir des lampes, la preuve en est dans leur forme, dans leur position,

1 Cum nullum sit sacrum quod suum non liabeat sacrilegium. — Senec, de Benefic.

2 Nunc sacri fontis nemus et delubra locantur Judaeis, quorum cophinus fœnumque supellex ; Omnis enim populo mercedem pendere jussa est ArJiOr, et ejectis mendicat silva Camœnis.

JUVÉNAL, Sat.ui.

dans la fumée qui les a noircies et dans les lampes que plusieurs conservent encore. Près des loculi, dans les cryptes et les cubicula, on voit aussi des pierres saillantes, en forme de consoles ou de tablettes, appropriées au même usage; enfin les lampes se suspendaient aux voûtes des galeries et des lieux de réunion^

Pour dissiper les ténèbres éternelles de ces profonds souterrains, il fallait d'innombrables lumières ; on le conçoit sans peine. Mais, outre la nécessité physique, plusieurs raisons mystérieuses commandaient encore cette brillante illumination. Allumer des lampes près des tombeaux était un usage commun à tous les peuples de l'antiquité ; et cet usage continue de s'observer dans l'Église catholique. Plusieurs motifs l'avaient fait naître et l'entretenaient parmi les païens.

Persuadés que l'àme était un feu subtil qui ne s'éteignait pas entièrement avec le corps, mais qui voltigeaitautourdes tombeaux, ils croyaient devoiry placer des lampes, comme symbole de l'âme et de l'immortalité. Peut-être encore le faisaient-ils pour honorer les dieux m/'(?rnrtwj, les Mânes, auxquels les morts appartenaient et qu'ils supposaient présents dans le sépulcre avec les cadavres. Deux autres motifs semblent expliquer plus clairement la raison de cet usage.

On voulait d'abord témoigner le respect pour le défunt et perpétuer le souvenir de ses vertus, de sa fortune ou de sa noblesse. Des fouilles exécutées dans les monuments funéraires confirment cette opinion, en montrant que le nombre des lampes s'accroît avec l'illustration du défunt. Ensuite, on ne voulait pas que

1 Marchi, p. 136.

l'âme, censée présente dans la tombe avec le corps, demeurât péniblement enveloppée de ténèbres. De là ces nombreuses inscriptions où se trouve l'obligation imposée aux affranchis d'entretenir des lampes allumées aux tombeaux de leurs anciens maîtres. De là encore, parmi le petit peuple, qui n'avait pas le moyen d'allumer une lampe, l'usage, dont nous avons déjà parlé, de souhaiter au mort la terre légère ou l'air tranquille, et de déposer sur sa tombe des fleurs et des parfums*.

Ainsi le respect pour les morts est un hommage à la Divinité, -telle fut chez les païens l'origine des lampes funéraires. De ces deux motifs le Christianisme abolit le second, qui était superstitieux, et consacra le premier, fondé sur les plus respectables sentiments de la nature. Que dis-je? non content de le consacrer, il l'ennoblit.

Guidés par une philosophie supérieure à la raison, les premiers fidèles placèrent un grand nombre de flambeaux et de lampes aux tombes de leurs frères et surtout des martyrs, pour marquer leur respectueuse affection envers ces illustres morts. De même que les païens accompagnaient avec des torches allumées leurs grands hommes, ou leurs t)iomphateurs montant au Gapitole, ainsi les chrétiens accompagnaient avec un nombreux luminaire leurs parents et leurs amis vainqueurs du monde et montant au Gapitole de l'éternité-.

1 Ne anima, in tumulo cum cadavere cinereque manere putata, tamdiu misère jaceret in tenebris. . . cui minoris fortunœ liomines infimœque plebis, lucernam accendere nequientes, levem terram tranquillumque aerem precabantur, et flores odoresque tumulo imponebantur. — Lact., de Luceniis antiquorum, tit. I, c. 54, 65.

2 BOLBETTI, p. 525.

Cet usage était pour eux un devoir si consolant et si sacré que la crainte même des persécutions ne pouvait les empêcher d'y satisfaire. Entre mille exemples je citerai celui de l'illustre matrone sainte Sophie. Ayant recueilli le corps précieux' de saint Clément, évêque et martyr d'Ancyre, elle brava tous les périls, alluma une multitude de lampes, et l'enveloppa dans des linges d'une éclatante propreté^. Si quelquefois le danger était trop imminent et trop grave, ils se contentaient d'un luminaire plus modeste ; mais dans ce cas l'histoire a pris soin de notifier leurs regrets-.

Au respect religieux pour les fidèles enfants de l'Église se joignait une manifestation de la croyance h leur félicité présente dans un monde meilleur et à la résurrection future. Les lampes traduisaient à leur manière ces mots tant de fois gravés sur les tombes : In pace, bibas in Deo^ bibas in xtei^num. (( Nous proclamons, disaient-elles, par ces lumières innombrables, que les saints ont quitté la vie tenant en leurs mains la lampe de la foi, et nous les félicitons d'être entrés dans la cité de la lumière, où, suivant l'expression du Saint- Esprit lui-même, ils brillent comme des astres et des soleils au firmament de l'éternité^. »

Ce n'était pas seulement à la sépulture des martyrs qu'on allumait des lampes et des flambeaux, le même hommage de respectueux.amour, le même témoignage de foi ardente se renouvelait aux jours anniversaires

1 Sollicitudinem omnem solvens et mœrorem, lucernarum accendit multitudinem, et tollens corpus, miindis vestibus et linteis involvit. — ApudBo'LL\:\B., 23 janv.

2 Id., 21 jauv.

3 Ad significandum lumine fidei lllustratos sanctos decessisse, et modo in superna patria lumine gloriœ splendere. — S.Hieron., Cojitr. Vigil. et in Vita Poul/e.

de leur glorieuse mort. Lorsque la paix fut donnée à l'Église, on continua d'accomplir ce devoir, sinon avec plus de fidélité, du moins avec une solennité plus grande. Le clergé et le peuple de la ville sainte, formés en grandes processions, descendaient, des flambeaux à la main, dans les galeries des Catacombes magnifiquement illuminées. Les pontifes célébraientles saints mystères dans les cryptes vénérables, et les martyrs de la paix venaient se retremper dans le sang divin et dans l'esprit des martyrs de la persécution i. Afin d'assurer la perpétuité d'un usage si précieux, des revenus furent assignés pour illuminer les Catacombes aux jours de dimanche, de vigiles et de fêtes de martyrs 2.

On s'explique maintenant la prodigieuse quantité de lampes de toute espèce trouvées dans les cimetières chrétiens. Non moins que leur multitude, la matière, la forme, les emblèmes qui les distinguent témoignent éloquemment de la foi de nos pères. Sauf un petit nombre en bronze, elles sont généralement en terre cuite, la plupart d'un travail simple et même grossier; mais toutes affectent la forme symbolique d'une petite nacelle.

A l'une des extrémités se trouvent un ou deux becs pour la mèche, à l'autre une petite anse, dans le milieu une ou deux ouvertures pour verser l'huile, le tout accompagné souvent de deux anneaux d'où part ui>e double chaînette, terminée par un crochet et destinée à suspendre la lampe aux voûtes des cryptes ou aux parois des galeries. Cet appareil se rencontre surtout

1 Feria qiiarta in hebdomada quarta,quan(lo clerici vaduritcum cruce per cœmeterium, ad S. Paulum et S. Anastasium, tolum aitare est clericorum. — Miss. Lateran.

2 AxAST., in J 0071. III, et Greg . m.

dans les lampes des Fossoyeurs; car les autres se plaçaient sur les consoles ou dans les niches. Afin de rendre palpable la description de ces objets trois fois vénérables, parleur âge, parles mains qui les ont touchés et par l'usage auquel ils ont servi, nous en avons fait graver un qui se trouve dans le plan, à la fm de ce volume.

Rien de plus instructif que la lampe des Catacombes. Par sa forme elle rend palpable la destinée de l'Église, barque immortelle voguant sur la mer orageuse du monde vers le rivage de l'éternité. Par cela seul elle donnait au simple néophyte, à l'enfant, à la pauvre femme, le secret des conseils de Dieu, dans le gouvernement du monde. Elle lui mettait encore dans la main sa propre image, l'image de sa vie et de sa condition terrestre. Deux choses, lui disait-elle, me composent, la terre et le feu, et ces deux choses vous composent vous-même : la terre, c'est votre corps; le feu, c'est votre âme. Comme moi vous devez briller etchauffer, et comme moi, vous consumer en brillant et en échauffant. Je suis l'emblème du chrétien, comme le chrétien lui-même est l'image du divin Maître, véritable lampe où les splendeurs de la Divinité brillent sous l'enveloppe terrestre de l'humanité *. »

Les nombreux emblèmes dont elle est couverte développent cet enseignementgénéral. On y voit tour à tour le monogramme de Notre-Seigneur, commencement et un, auteur et consommateur de la foi; le chandeher,

1 Lucerna, lamen in testa; lumen in vase ; divinitas in humanitate. Vas hiimanitas, lumen divinitas. Prœcessit Christus ferens lucernam, sequitur ciiristianus tenens exempli semitam. Proposuit humanitatem lucentem, ex divinitate extulit lucernam, ut videamus fide, ambulemus operatione, dirigamur imitatione. — HuG. à S. Vict , t. I, Aimot. in Psolm., lxxix.

image de la charité; la colombe, symbole de l'innocence ; le Bon Pasteur portant sur ses épaules la brebis égarée, touchante exhortation à la confiance et au repentir; la croix, ancre de salut au milieu des tempêtes de la persécution; enfin la palme du martyre, quelquefois même la figure d'un martyr triomphant, éloquent prédicateur de la récompense future. De ces détails et de beaucoup d'autres qu'il serait facile d'ajouter, il résulte que la lampe des Catacombes était un catéchisme, où se trouvaient expliqués d'une manière palpable les grandes vérités et les grands devoirs de la religion.

Avec quel bonheur on prend dans ses mains ce catéchisme écrit il y a dix-huit siècles! Avec quel saint orgueil le catholique des derniers temps y lit les dogmes immuables de sa foi! Cette lecture était achevée lorsque nous arrivâmes aux Catacombes de Saint- Callixte. Salut! merveille de la Rome souterraine, quartier général de la gloire et du martyre, travail de géants; dites-nous quelles mains vous ont bâtie, quelles mains vous ont rendue à la lumière et à l'admiration de l'univers.

L'héroïque matrone dont le nom brille comme un diamant parmi tant de noms illustres qui remplissent les annales sanglantes de la primitive Église, sainte Lucine, disciple des Apôtres, fut la fondatrice de cette immense Catacombe. Le nom qu'elle porte aujourd'hui lui vient du pape saint Callixte, qui, poussant les travaux avec une ardeur proportionnée aux ravages incessants des persécutions, étendit dans tous les sens les galeries primitives et en ajouta de nouvelles.

On ne saurait trop le redire, depuis qu'elle a été réhabilitée par le Christianisme, la femme est devenue

une puissance, un nouvel élément qui concourt à tous les grands faits de l'histoire. De la crèche au Calvaire, du Calvaire aux Catacombes, des Catacombes sur le trône des Césars, du trône des Césars à tous les trônes du monde civilisé, des trônes aux chaumières, on la suit à la trace lumineuse de son dévouement et de son courage. Elle est associée à tous les grands hommes et à tous les grands saints, pour produire ces œuvres et ces institutions inconnues du monde ancien et qui sont encore la gloire exclusive de l'humanité chré tienne . Honneur donc à sainte Lucine et à saint Callixte, fondateurs du plus beau, du plus vaste, du plus noble faubourg de la grande Cité des martyrs !

Mais quel est le nouveau Colomb qui découvrit ce monde souterrain après une disparition douze fois séculaire? L'an du Seigneur 1590, Antoine Bosio, errant dans la Campagne romaine, flairait, s'il est permis de le dire, ces vastes demeures, comme le navigateur génois, voguant sur l'Atlantique, flairait les plages américaines. Sorti de Rome parla porte Capena, Bosio arrive près de l'église de Sainte-Marie m Palmis, laisse à gauche la Yoie Appienne, et se dirige du côté de l'ancienne Yoie Ardéatine. Dans un terrain tourmenté, appartenant à l'hospice de Saint-Jean de Latran, il aperçoit à fleur de terre quelques arcades en brique. Il ne doute pas de la présence d'une Catacombe, dont ces arceaux masquent l'entrée, et il se laisse couler dans l'étroite ouverture.

L'amour de la science lui donne des ailes ; il s'avance, il s'avance encore dans ces sombres souterrains. Bientôt les galeries se resserrent et s'abaissent; il ne peut plus marcher qu'en rampant, et il rampe. Ni la difficulté des passages ni la crainte des éboulements

nepeuvent l'arrêter; nuit et jouril continue sa pénible investigation. Enfin le plus glorieux succès couronne ses efforts : une cité tout entière se déroule devant lui. Infatigable au travail, inaccessible à la crainte, il l'explore plusieurs fois dans tous les sens, et ne peut, malgré la longueur et le nombre de ses courses, parvenir à en mesurer l'étendue. Aux galeries s'ajoutent des galeries, à l'étage supérieur se joint un étage inférieur, et telle est, d'après l'estimation commune, la dimension de cette Catacombe, qu'elle s'étend à droite et à gauche de la Voie Appienne, des portes de Rome à la Basilique de Saint-Sébastien, de là à Saint-Paul hors des murs et jusqu'à Saint-Paul Ti^ois- Fontaines *. A mesure que nous les visiterons, nous ferons connaître les innombrables monuments trouvés dans la partie du cimetière de Saint- Gallixte découverte par Bosio, ainsi que les Memorie de la portion plus anciennement connue ^

C'est dans la Basilique de Saint-Sébastien que se trouve l'entrée ordinaire de la Catacombe. Pendant que le bon frère de Saint-François préparait les flambeaux, nous fîmes une nouvelle station à la Platonia. C'est, comme on sait, le lieu où reposèrent pendant quelque temps les saints apôtres Pierre et Paul. Leur sépulture prit, par excellence, le nom de Tombes, et le cimetière voisin, celui de Lieu auprès des Tombes. Nous finissions la courte prière qu'on est heureux d'ajouter à tant d'autres, répandues ici depuis dix-huit siècles par des milliers de pèlerins, lorsque le frère vint nous dire : Signori, aile Catacombe ; et nous le suivîmes au bas de l'église. Près de la porte qui allait

1 Aringhi, lib. III, c. XXII, p. 29?, 5. - Voir le Plan à la fin du volume.

s'ouvrir nous lûmes l'inscription suivante, qui pénètre l'âme d'un sentiment indéfinissable de respect, de joie, de frayeur et de douce mélancolie.

HOC EST COEMETERIVM CALLISTI

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