‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 33 sur 172 · HOC OÎ'VS FECIT · texte numérisé non relu

HOC OÎ'VS FECIT

FIERI REYERENDISSIMYS PATER

DOMINVS &VILLELMVS ARCHIEPISCOPVS BITVRÎCEXXIS ANNO DOMInI ÎI. CCCC. JX.

a C'est ici qu'autrefois reposa le corps de sainte Cécile, vierge et martyre. Ce petit monument a été fait par ordre du révérendissime père le seigneur Guillaume, archevêque de Bourges, l'an du Seigneur mille quatre cent neuf. »

En avançant, on trouve VA?'ea, c'est-à-dire la petite place à jamais célèbre où saint Philippe de Néri vint pendant dix années de sa vie passer la nuit en prières. Pourquoi cette assiduité sans exemple dans l'histoire? Nous aimons à compléter ici la réponse à cette belle question, déjà effleurée le 22 décembre. Il y a quarante siècles, Israël était en marche vers la Terre promise ; les Amalécites lui ferment le passage et jurent de l'exterminer. Leurs gros bataillons s'ébranlent, on en vient aux mains ; Israël est menacé d'une extermination complète. Moïse monte sur une montagne solitaire, d'où il contemple la face du combat. Pendant toute la durée de la lutte il élève ses mains suppliantes vers le Dieu des armées ; et sa prière, plus puissante que les légions d'Amalec, fixe la victoire aux drapeaux d'Israël. Révélation mémorable de l'ordre providentiel, type lumineux de la conduite indiquée aux chefs des nations dans les moments solennels, l'exemple du législateur antique ne fut jamais oublié dans l'Église, et toujours il fut imité avec succès par les Moïses des siècles chrétiens.

Or, l'Église traversait le seizième siècle. Puissant organe de toutes les passions des rois et des peuples, Luther a convoqué le ban et l'arrière-ban des ennemis du catholicisme : la lutte s'engage, lutte gigantesque qui jette le sacrilège et l'apostasie jusque dans le sanctuaire, et qui couvre l'Europe de sang et de ruines. De son regard inspiré, Philippe de Néri, le saint

de Rome, a vu la face du combat. Il a compris que l'homme seul est trop faible contre Tenfer. Accompagné de saint Charles Borromée, comme Moïse de Hur et d'Aaron, il se retire dans la profonde solitude des Catacombes. Pendant dix ans il élève ses mains vers le ciel et demande à TArbitre suprême le triomphe de l'Eglise. A son aide il appelle les deux millions de martyrs qui reposent autour de lui ; et la voix du sang, mêlée à la voix de la foi, monte au ciel rapide comme Téclair, puissante comme l'amour. La foudre part, la division se met dans le camp ennemi; et, comme aux constructeurs de la tour de Babel, il ne reste aux réformateurs orgueilleux que la risée du monde.

Il était juste qu'un monument rappelât aux générations le théâtre de cette glorieuse victoire, ou, comme dirait Bossuet, le lieu d'où le coup vainqueur était parti. Le ciseau d'Algardi et la plume du célèbre Rondanini ont noblement rempli ce devoir. On peut voir dans l'église de Saint-Sébastien le bas-relief qui représente le Moïse du seizième siècle dans l'attitude du combat, et dans les Catacombes linscription qui chante sa victoire. En voici le commencement:

C.tCUS HIC LOCI SQUALOR ET ILLUSTRI MARTYBUM SANGUINE ADHUC STILLAXS,

AT S. PHILIPPI NERH LONGO DECEM ANNORUM DOMICTLIO ILLU3TRI0R, CtC.

((Ce sombre lieu, illustré par le sang des martyrs, dont il est encore humide, saint Philippe de Néri l'a rendu plus illustre encore par un long séjour de dix années ^ »

' Aringhi, lib. III, c. XII, p. 277.

La plupart des voyageurs se contentent de visiter la partie du cimetière de Saint-Gallixte dont nous venons de parler. Il en est une autre d'un difficile accès, beaucoup moins explorée que la première et pour cela plus intéressante aux yeux de l'archéologue : nous y viendrons demain.

En quittant ces cryptes vénérables, la grande figure de saint Philippe de Néri reste gravée dans l'âme du voyageur : on marche sur le sol de tuf qu'il a foulé de ses pieds, arrosé de ses larmes; on le voit, on l'entend, et tous les échos des galeries semblent répéter ses soupirs. Mais ce qui ajoute à la gloire de cet illustre saint, ce qui le montre vraiment comme l'homme providentiel, c'est le double souvenir qui vient s'ajouter au premier.

Philippe de Néri, qu'on peut appeler non-seulement le Moïse, mais encore le Josué de l'Église au seizième siècle, ne se contente pas d'obtenir, par ses prières, le triomphe immédiat de la vérité ; il ordonne à ses deux aides de camp de la consoler et de la venger pour une longue suite de siècles. Le protestantisme jette au vent les cendres des martyrs ; et, comme Rachel, les églises désolées de France, d'Angleterre et d'Allemagne versent des larmes inconsolables. A ce premier sacrifice le protestantisme en ajoute un autre. Les centuriateurs de Magdebourg prennent l'Église depuis son berceau, et, la suivant pas à pas dans ses différents âges, la soumettent aux fouets sanglants de la calomnie, puis la livrent àla dérision et aux mépris de la foule.

D'une main, Philippe de Néri montre les Catacombes à Bosio ; et, sous les pas du nouveau Colomb, la grande Cité des martyrs découvre ses splendeurs cachées : la Rome souterraine devient une mine féconde qui com-

ble l'Église de richesses et de consolations inattendues. De leurs tombes entr'ouvertes sortent des légions de martyrs ; ils remplacent leurs devanciers sur les autels de l'univers, et l'antique burin qui avait écrit sur leurs monuments, seize fois séculaires, les dogmes catholiques, grave au front du protestantisme les stigmates flétrissants de la calomnie et de la nouveauté.

De l'autre main, Philippe montre à Baronius, son disciple chéri, l'Eglise des siècles indignement outragée par la plume des novateurs. Baronius a compris; et voilà qu'aux applaudissements de l'Europe s'élève un monument immortel où sont gravés, par la main de la Vérité et du Génie, les fastes glorieux du catholicisme. L'ÉgUse est vengée et consolée ; vengée par les Annales ecclésiastiques, consolée par les Catacombes, double gloire de l'humble Philippe de Néri. En vain l'erreur aux abois pousse des cris de rage, en vain elle essaye de se débattre sous le poids qui l'écrase; comme celle de l'Arabe, fugitif habitant du désert, sa main débile ne peut détacher une pierre des immobiles pyramides qui proclament sa défaite et sa honte.

Bénédiction de l'eau pour les malades, — Nouvelle visite aux Catacombes de Saint-Callixte. — Les Cubicula, Cubiculum Clarum. — Antiquité des Cubicula. — Paroles de saint Jérôme.

— Trois espèces de Cubicula. — Origine. — Soin et respect de l'Église pour les Cubicula. — Ordre des Cubiculaires. —

— Descente aux Catacombes de Saint-Callixte. — Glorieux souvenirs des persécutions, des papes et des martyrs.

Au lever de l'aurore, le canon du château Saint- Ange annonçait le retour du jour mémorable où le soleil de la vérité se leva sur les nations assises dans les

ombres de la mort. Reconnaissants de ce bienfait^ dont le monde jouit encore, les habitants de Rome accouraient aux églises : tout travail était suspendu. La chapelle de la Propagande réunissait les prêtres de l'Orient et de rOccident, qui célébraient sur le même autel, en offrant la même victime, la vocation de tous les peuples à la fois. Au grand spectacle de la variété des rites dans l'unité du sacrifice nous voulûmes ajouter celui de la variété des prières dans l'unité d'un même usage, en attendant le bonheur de voir dans les Catacombes Ta variété des supplices et des victimes pour la défense de la même religion. Après le ciel, resplendissante demeure oii tous les âges, toutes les conditions, toutes les langues, toutes les tribus, sont couronnés dans réternelle unité de l'amour, je doute qu'il y ait rien de plus beau que ce triple spectacle.

Conduits par cette pensée, nous nous rendîmes successivement à l'église des Stigmates eih l'église deSaint- Athanase. Dans l'une et l'autre nous fûmes témoins de la bénédiction de l'eau que, suivant l'antique usage, l'Église de Rome bénit, chaque année, le jour de l'Epiphanie, pour le soulagement des malades. Aux Stigmates, la vénérable bénédiction se fait dans le rit latin, à Saint- Athanase, suivant le rit grec. Partout se retrouve , n'importe la forme du langage, la pompe grave et solennelle du catholicisme, la merveilleuse poésie de ses chants, la douce onction de ses prières, le symbolisme éloquent de ses cérémonies et son inviolable fidélité aux saintes traditions des temps apostoliques.

Quelle est cette bénédiction si nouvelle pour nous et peut-être complètement inconnue d'un grand nombre de chrétiens ? L'Évangile nous apprend que Notre-Seigneur fut baptisé dans le Jourdain, et les plus anciens

Pères sont unanimes pour fixer l'époque de cet événement au sixième jour de janvier. C'est alors que le Fils de Dieu régénéra, par son contact sanctificateur, les eaux qu'il avait tirées du néant et que le mal avait souilléescommetoutlerestedelacréation.Enmémoire de ce bienfait, l'Église bénit l'eau le même jour, et, certaine qu'elle reçoit de la parole divine une vertu salutaire, elle la distribue à ses enfants pour la guérison de leurs maux. Que sa confiance ne soit pas vaine, d'éclatants, je dirais de perpétuels miracles le démontrent. Ils sont tels, que les ennemis les plus acharnés de l'Église catholique en reconnaissent l'authenticité*.

Or, cet usage, suivi de nos jours encore dans l'Orient même par les sectes schismatiques, Rome, gardienne fidèle de toutes les saintes traditions de la foi aussi bien que des inspirations de la charité primitive, le conserve avec honneur et le pratique avec succès 2. L'incrédulité aurait bonne grâce de le révoquer en doute ! Elle qui refuse à Dieu le pouvoir de donner aux éléments et aux signes sacrés une vertu curative, ne l'avons-nous pas vue, pendant le choléra-morbus, porter sur soi, en guise de scapulaire, un morceau de camphre pour se

1 Je citerai, entre autres, deux savants de premier ordre parmi les protestants : Casaubon, Exercit. 13, § 10 ; et Cave, Hist. litter., dissert. 2, de libris et officiis Gi^secorum,^. 179.

2 Haec dies est qua baptizatus est et aquarum naturam sanctificavit. Idcirco etiam in hac solemnitate sub mediam noctem omnes, cum aquati fuerint, domum Latini referunt, et per integrum annum conservant, utpote quod hodierna die sanctificatœ sint aquie ; fitque miraculum evidens cum niliil temporis longinquitate aquarum illarum natura vitiatur, sed integro anno atque adeo biennio et trienni sœpe quœ hodie fuit hausta incorrupta et recens permanet, ac post tantum temporis cum iis quae fuerint e fontibus eductae certat. — S. Chrys., Hom. xxiii, de Baptism. Christi. — LuD. Thomass., de Festis, lib. II, c. 7, ad an.Christi, 29, § 7. — Sandini Hist. famil. sacrœ, p. 76, etc.

préserver du fléau ? Ne la voyons-nous pas descendre de jour en jour jusqu'à l'idolâtrie de la science médicale,, et quelquefois jusqu'aux ridicules prescriptions du charlatanisme et de la magie ?

Au sortir de la cérémonie nous reprîmes le chemin de la Voie Appienne. Arrivés dans les vignes qui couvrent cette partie de la Campagne romaine, notre excellent guide nous montra plusieurs entrées des Catacombes de Saint-Callixte. On chercha la moins difficile, et nous disparûmes dans les souterrains du vaste cimetière. Des galeries nombreuses fuyant dans tous les sens, des tombes vides, des éboulements, des places, des cryptes, des cubicula, enfin tout ce qu'on voit dans les autres Catacombes^ on le rencontre ici sur une plus vaste échelle. La description de chaque monument serait une répétition inutile. Conformément au plan que nous nous sommes tracé d'instruire le pèlerin de la Rome souterraine, en lui faisant connaître les uns après les autres les différents objets qui s'y présentent, nous allons lire avec lui une nouvelle page de ce grand livre.

A mesure qu'on s'enfonce dans ces sombres demeures, on trouve des excavations de grandeurs différentes, pratiquées dans le flanc des galeries. Chambres, cubicula ; grottes ou cryptes, cryptei ; places, arœ: tels sont les noms divers de ces lieux, doublement remarquables par leur forme et par leur destination. Parlons aujourd'hui des cubicula si nombreux dans les Catacombes de Saint-Callixte, de Prétextât, de Sainte-Agnès, et des Saints Alarcellin-et-Pierre sur la Voie Labicane.

Représentons-nous une ouverture en guise de porte pratiquée dans la paroi d'une galerie; franchissons cette porte, quelquefois avec un seuil, le plus souvent

au niveau du sol ; nous arrivons dans une petite cham- }3re de quelques pieds de longueur, de largeur et de hauteur. Ordinairement cette chambre représente dans son ensemble le sanctuaire en rond-point d'une petite chapelle.

Cependant la forme absidale n'est point invariable : on trouve des cï^^ecM/fl circulaires, demi-circulaires, carrés, triangulaires, pentagones, hexagones et octogonés. En examinant la nature du terrain on peut bien admettre que cettevariété tient souvent à l'irrégularité des couches de tuf lithoïde ou granulaire ; mais elle n'en prouve pas moins, contre quelques-uns de nos archéologues, que la forme absidale n'était nullement de rigueur et que les Basiliques païennes ne furent point le modèle obligé de nos églises primitives.

Le fond est occupé par une tombe de martyr, exhaussée de quelques pieds et placée dans une niche. La partie supérieure de la tombe forme une table sur laquelle on peut sans difficulté célébrer les saints mystères. Dans les parois latérales du cubiculum sont placés horizontalement deux ou trois loculi, comme dans les galeries. Le rond-point du cubiculum, qu'on appelle tholus, est souvent orné de peintures dont nous dirons plus tard les sujets ordinaires. Donnons à toutes ces parties la teinte noirâtre de la pierre ou du tuf exposés à l'air depuis des siècles, appliquons cette couleur à tous les objets dont il vient d'être parlé, et nous aurons en même temps la forme et la physionomie ducubiculum i.

Les vastes Catacombes nommées ci-dessus et dont il est fait une mention si fréquente dans les Actes des Martyrs, ont un plus grand nombre de cubicula que les autres. La raison en est qu'elles furent plus fréquen-

^ Voir le Plan à la fin du volume.

tées et plus longtemps habitées aux époques des persécutions ^

Quelquefois le cuhiculum communique avec la surface du sol par une ouverture de moyenne largeur. On lui donne alors le nom de cubiculumclarum, « chambre claire ». S'il n'a point d'ouverture supérieure, c'est un cuhiculum ordinaire, cuhiculum vulgare. Comme leur nom l'indique, ces ouvertures, luminaria^ étaient destinées à donner de l'air et un peu de lumière. On pense aussi qu'elles servaient à descendre des vivres, peutêtre même les corps des martyrs, lorsque la crainte d'être découvert ne permettait pas de recourir aux entrées ordinaires. Telle est, ce semble, la première raison pour laquelle ces ouvertures sont obliques et non point verticales, comme nos cheminées -. Empêcher la pluie, les pierres, la terre et les autres objets de tomber d'aplomb dans le cuhiculum, au risque de l'endommager ou de blesser les fidèles, telle est la seconde.

Dans le but de prévenir ce dernier inconvénient et de pourvoir à leur solidité, les luminaires n'ont guère qu'un mètre carré. S'ils traversent des couches de tuf granulaire oulithoïde, ils sont sans revêtement; quand ils rencontrent des Qlons de pouzzolane ou de terre végétale, les parois sont soutenues parune maçonnerie en pierre ou en brique. L'ouverture supérieure n'est pas au ras de terre ; mais elle est entourée d'un petit mur qui, l'exhaussant d'un pied environ, empêche l'eau de s'y précipiter et d'y entraîner avec elle la terre et les pierres qui dégraderaient' bientôt le luminaire ^

1 BOLDETTI, p. 13.

2 II faut en excepter les luminaires des Catacombes de Sainte- Hélène, qui sont postérieurs aux persécutions.

3 Marghi, p. 1G8.

Les ouvertures que nous venons de décrire sont contemporaines des Catacombes. On voit encore, notamment dans le cimetière des Saints-Marcellin et-Pierre, qui sont décorées à la base de peintures primitives. Le même cimetière présente une crypte où l'on a trouvé cette inscription :

COMPARAVI SATDRNINUS A

SVSTO LOCVM VISOMVM AVRI SOLID

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