‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 35 sur 172 · DIES XXVI · texte numérisé non relu

DIES XXVI

a A Reine bien méritante, sa fille a fait cette tombe, à la bonne Reine, sa mère, veuve, qui demeura veuve soixante ans, et qui ne fut jamais à charge à l'Eglise, mariée une seule fois, qui vécut quatre-vingts ans cinq mois vingt-six jours. »

Ainsi le désir ardent de reposer auprès dïin martyr, ou de dormir le sommeil du juste à côté de leurs amis et de leurs proches, engagea les fidèles à s'imposer de généreux sacrifices pour obtenir un lieu particulier au miUeu du dortoir commun à tous leurs frères dans la foi. Les chambres sépulcrales furent ornées avec plus ou moins de richesse suivant la fortune de ces pieux chrétiens.

G" est un trait de Providence que les inscriptions soient venues révéler Torigine de ces cubicula^ dont le nombre est tel que le P. Marchi ^ en a compté plus de soixante dans la huitième partie des Catacombes de

1 Paffe 101.

Sainte-Agnès. A la vue de ces monuments plus ou moins dispendieux et trop exigus pour servir aux assemblées des fidèles, quelque moderne Judas n'aurait pas manqué de blâmer l'Église, cette sainte épouse du Sauveur, sous prétexte qu'elle avait, comme Madeleine, perdu en ornements inutiles un argent beaucoup mieux employé au soulagement des pauvres.

Certes l'Église aurait pu le faire, et sa justification se fût trouvée dans l'éloge adressé par le Fils de Dieu à la sœur de Lazare ; mais elle était trop sage et trop prévoyante pour l'entreprendre. Dans ces temps de douleur et de pauvreté, elle devait pourvoir à la nourriture d'un grand nombre de ses enfants, dépouillés de leurs biens ou retenus dans les mines et les prisons ; elle devait, en outre, préparer dans les Catacombes des lieux pour ses grandes et petites assemblées ; mais rien ne l'obligeait à faire creuser, à grands frais, de nombreux cubîcula dans le but unique de procurer à certains défunts une tombe plus distinguée.

Quoi qu'il en soit, les cubicula de la première espèce sont presque tous semblables pour les dimensions; mais ils diffèrent sous plusieurs rapports. Les uns ont des monuments arqués, les autres n'en ont pas; dans les uns, ces monuments sont des autels, ce qu'ils ne sont pas dans les autres; enfin, les uns sont ornés de peintures, dont les autres sont privés.

11 est temps de sortir des cubicula, d'autant que nous y reviendrons demain pour étudier le monument arqué, monumentum arcuatum , qui en est la partie principale. Toutefois nous ne les quitterons pas sans rappeler la foi vive des simples fidèles et de l'Église ellemême, dont ces vénérables édifices, quel que soit leur nom, cubiculum, grotte, ou crypte, sont l'immortel té-

moignage. Sanctuaire d'un ou de plusieurs martyrs, ces chambres appelées aussi lieux et demeures des martyrs, loca, sedes martyrum, étaient pour les premiers chrétiens comme le paradis de la terre.

S'y consoler pendant la vie, y reposer après la mort était toute leur ambition. Ce qu'était le Tabernacle pour les Hébreux, ces appartements des martyrs l'étaient pour nos pères : ils n'en approchaient qu'avec une vénération profonde. L'Église de Rome porta la sollicitude et le respect jusqu'à étabUr un ordre particulier de lévites préposés à leur garde. Du nom de leur charge ces ministres s'appelèrent Gardiens des cubicula ou Gardiens des martyrs, cubicularii mortyrarii.

Ce poste d'honneur et de confiance était placé si haut dans l'estime du clergé et du peuple, qu'il passait avant la dignité et les fonctions, pourtant si relevées, du sous-diaconat primitif, u Si quelqu'un veut s'enrôler dans la milice de TÉglise, nous voulons, dit le saint pape Sylvestre, qu'il soit d'abord portier, ensuite lecteur, enfin exorciste pendant le temps déterminé par l'évêque ; puis acolyte pendant cinq ans, sous-diacre cinq ans, gardien des martyrs cinq ans, prêtre trois ans, et qu'il arrive par ces degrés à l'épiscopat *. » Non content de maintenir ces sentinelles chargées de veiller à la garde de tous les cubicula des martyrs, saint Léon le Grand établit des cubiculaires spéciaux pour les

1 Constituit ut si quis desideraret in Ecclesia militare..., ut esset prias ostiarius, deinde lector, et postea exorcista per tempora quœ episcopus statuent ; deinde acolytus annis quinque ; subdiaconus annis quinque ; custos martyrum annis quinque ; presbyter annis tribus ;. . . et sic ad ordinem episcopatus ascendere. — Anast., m Sylv.

tombes apostoliques, noble emploi qui subsiste encore de nos jours ^

Reprenant notre pèlerinage dans les vastes souterrains de Saint-Callixte, nous lisions à la lueur de nos torches, ou nous écoutions le récit des événements dont cette Gatacombe fut le théâtre. Elle a vu passer les plus pures gloires de l'Église aux jours immortels de la grande lutte; elle a vu les souverains pontifes, cachés dans ses profondes retraites, consacrer leurs successeurs à l'épiscopat et au martyre, blanchir dans les eaux du baptême, nourrir du pain des forts, abreuver du vin qui fait germer les vierges leur bercail éperdu ; elle a vu les innocentes brebis descendre par toutes les entrées et chercher devant les tombes des martyrs le courage de soutenir avec gloire leurs terribles combats. Chaque galerie, chaque grotte, chaque cubiculum redit un épisode de la grande tribulation, le nom d'un héros, un usage sacré, un événement mémorable de ces âges d'héroïque mémoire. Il serait long de répéter en détail cette histoire de l'Église primitive, racontée par les mille échos des Catacombes de Saint-Callixte.

Parmi tant de faits écrits avec le sang de nos pères et qui devraient être écrits en lettres d'or dans la mémoire de leurs enfants, arrêtons-nous à quelques-uns qui, par leur importance, composent la trame générale de cette période historique, la plus merveilleuse que le monde ait jamais vue. Comme ces fleuves descendus du flanc des montagnes qui arrosent les vallées et disparaissent dans les entrailles de la terre pour

1 Hoc etiam coiistituit, et addidit supra sepiilcra Apostolorum ex clero romano Custodes, qui dicuntur Cubicularii. — Axast.. n S. Léon. — Boldetti, p. 33.

ressortir un peu plus loin avec une nouvelle majesté, l'Église, descendue des hauteurs du Calvaire, coule d'abord à la surface du globe depuis Jérusalem jusqu'à Rome; mais bientôt, contrariée dans sa marche victorieuse par la persécution, elle se cache au sein des Catacombes, d'où elle sortira pleine d'une vigueur nouvelle.

Au commencement du second siècle, sous l'empire d'Antonin, elle descend au cimetière de Saint-Callixte; mais elle y descend vivante dans la personne du pape saint Télesphore. Deux illustres martyrs de Milan viennent trouver l'auguste vieillard et le conjurent de donner pour évêque à leur Église saint Calimère, leur frère dans la foi. Le pape se rend à leurs vœux et fait couler sur le front du nouvel élu l'huile sacrée qui en fait un pontife et un martyr ^ ; quelle ordination!

Yoici une autre ambassade : le pape saint Urbain, caché dans la même Catacombe, voit arriver un jour deux illustres Romains, Yalérien etTiburce; ils sont envoyés par sainte Cécile, qui vient de les convertir à la foi. La noble vierge a dit à son époux : « Valérien, allez jusqu'au troisième milliaire de la Yoie Appienne. Là vous trouverez des pauvres qui demandent l'aumône aux passants ; je les ai souvent assistés, et ils sont très au courant de mon secret. Lorsque vous arriverez, vous les saluerez en disant : Cécile m'envoie auprès de vous afin que vous m'indiquiez le saint vieillard Urbain, pour qui elle m'a chargé d'une commission secrète. » Les pauvres leur indiquent une des entrées du vaste cimetière. Ils y descendent, et, suivant les indications qu'on leur a données, ils arrivent au souverain pon-

1 Bar.,J72. ad Martyr., 31 jiil. et 5 jaii.

tife. De ses mains vénérables ils reçoivent la robe blanche du baptême, qu'ils rougissent peu de jours après dans le sang du martyre ^

Quelques années plus tard, le pape saint Etienne prenait le chemin de la même Gatacombe, dont il fit longtemps sa demeure, son séminaire et sa cathédrale. Le lendemain de sa glorieuse mort, on envoyait aux frères restés dans Rome le pain sans lequel les chrétiens se croyaientincapables du martyre^.L'acolyte Tarsicius est chargé de l'auguste commission. Arrivé près des murailles de la ville, non loin du lieu où s'élève aujourd'hui la petite église Domine y qiw rac?«*s, il est rencontré par des soldats qui l'arrêtent et lui demandent ce qu'il porte.

Afin de ne pas livrer les perles aux pourceaux, Tarsidiusrefusederépondre.Al'instantilestaccablé d'une grêle de coups de pierres et de bâton ; il expire martyr de son respect pour la sainte Eucharistie. Les soldats, retournent son corps, fouillent ses vêtements et ne trouvent rien. Saisis de frayeur, ils se dirigent vers la porte Capena, y rencontrent une multitude de chrétiens qui se glissent dans les cimetières pour y célébrer les obsèques du pape Etienne, martyrisé la veille. Ils vont trouver l'empereur pour l'informer de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils ont vu. C'est alors que Yalérien publie le barbare édit par lequel il interdit aux chrétiens l'entrée des cimetières ^.

Nonobstant la défense impériale, les pasteurs et le troupeau continuent de chercher un asile dans les vas-

1 Act. B. Cxcil.

2 Idoiieus esse non potest ad martyriuni qui ab Ecclesia non armatur ad prœlium, et mens déficit quam non accepta Eucharistia erigit et accendit. — S. Cypr.

3 Aringhi, lib. III, c. II, p. 269.

tes Catacombes de Saint-Callixte. Mais les païens en on découvert quelques entrées, et les papes Sixte II et Caïus arrosent de leur sang ces mêmes lieux, théâtre récent du martyre de saint Etienne. Voilà quelques-uns des faits accomplis dans le cimetière de Saint-Callixte. Ils donnent l'idée de la vie de l'Église, de la violence des persécutions et du courage héroïque de nos pères, capables de braver, pour conserverie trésor de la foi, toutes les horreurs d'une existence toujours placée entre les angoisses de la crainte et la perspective de l'échafaud.

Leur courage et leur foi se révèlent encore dans la sépulture qu'ils donnent aux martyrs. C'est ici qu'après avoir, malgré les bourreaux, retiré du Tibre ou enlevé des voies publiques, du grand Cirque ou du Colisée, les corps sanglants de leurs frères, ils viennent les inhumer pendant la nuit. Au premier rang des glorieuses victimes qui peuplent les immenses Catacombes de Saint-Callixte figurent les saints papes Anicet, Antère, Pontien, Fabien, Corneille, Lucius, Etienne, Sixte II, Denys, Eutychien,Eusèbeet Melchiade, tous martyrs. On peut ajouter les autres saints pontifes Zéphirin, Urbain, Marc et Damase; car les cimetières particuliers dans lesquels ils furent déposés font partie du cimetière de Saint-Callixte.

Sur la même ligne se place le capitaine des gardes prétoriennes saint Sébastien. Son nom est tellement populaire qu'il absorbe, en quelque façon, celui de saint Callixte et s'impose généralement aux Catacombes de la voie Appienne. Jeté après sa mort dans le Grand Égout, il en fut retiré la nuit suivante par sainte Lucine, et déposé au cimetière de Saint-Callixte. A tant de noms célèbres si Ton ajoute ceux de sainte Cécile, de saint Maxime, de sainte Lucine et une foule d'autres.

on conviendra sans difficulté que la Voie Appienne continue'd'être sous le Christianisme ce qu'elle fut sous le paganisme : la reine des voies et le quartier général

de la gloire.

Catacombes de Saint-Zéphirin, — de Sainte-Cécile, — de Saint- Sixte. — Histoire. — Monument arqué, Arcos <liuin ou Monumentum arcualum. — Origine. — Détails sur l'Église de Rome en 251. — Inscription et origine des crj-ptes et des églises. — -Leur destination religieuse. — Preuves historiques. — Preuves archéologiques. — Autel. —Chaire pontificale. —Preslyterium. — Confessionnaux. — Bénitiers.

La Voie Appienne nous vit pour la troisième fois, mais non pour la dernière. Centre des vastes Catacombes qui en font la reine des voies, le cimetière de Saint Callixte était exploré. Mais dans ce grand faubourg de la ville souterraine on distinguait plusieurs quartiers. Bien que partie intégrante delà Catacombe principale, ils sont désignés par des noms propres et méritent Tattention du voyageur à cause des événements dont ils furent le théâtre. De ce nombre est le cimetière de Saint-Zéphirin, pape et martyr, a Le glorieux pontife, dit Anastase, fut déposé dans son cimetière, près de la Catacombe de Callixte, sur la Voie Appienne *. » Qu'il l'ait fait ouvrir ou qu'il l'ait seulement honoré par sa sépulture, Zéphirin méritait de donner son nom à cette partie de la Rome souterraine.

Élevé en ^03 surle trône déjàquinze fois ensanglanté de saint Pierre, il gouverna l'Église pendant la persécution de Septime-Sé vère . L'orage fut tellement violent qu'on crut à l'arrivée du véritable Antéchrist et à l'ap-

^ Sepultus est in cœmeterio suo juxta cœmeterium Callixli, ViaAppia. In S. Zéphirin.

proche de la dernière heure du monde ^. Caché dans les Catacombes, d'où il dirigeait la lutte, encourageait les combattants et leur donnait dans les eaux du baptême des successeurs au martyre, le saint pape sortit un jour de sa retraite, afin de recevoir dans ses bras paternels le plus grand génie de l'Orient' accouru pour voir de ses yeux l'antique Église de Rome ^.

Ces bras qui venaient de s'ouvrir pour embrasser Origène s'armèrent bientôt pour frapper Proclus, l'opiniâtre sectateur de Montan.' Après avoir encouragé les martyrs, affermi les apologistes et condamné les hérétiques, le souverain pasteur, devenu victime à son tour, monta sur l'échafaud et signa de son sang la foi dont il avait reçu le dépôt de saint Victoret qu'il transmit à saint Callixte l'an 221 ^. La Catacombe de Saint-Zéphirin fut bientôt absorbée dans celle de Saint-Callixte, en sorte qu'aujourd'hui les archéologues romains ne peuvent avec certitude en assigner les limites *.

Il en est autrement du Cimetière de Sainte-Cécile. Le quartier de la Catacombe de Saint-Callixte où fut déposée l'illustre vierge conserve non-seulement le nom de l'héroïne, mais encore ses limites particulières. A la description que nous en avons donnée il suffit d'ajouter, pour le faire connaître complètement, le récit abrégé des glorieux événements dont il fut le théâtre.

Qu'on ne s'étonne pas du mot événement employé pour désigner la sépulture des martyrs. Si l'événement est un fait qui sort de l'ordre ordinaire, soit par son

1 Sandini, Vitœ Pontif. rornan., t. I, p. 28.

2 Origenem, qui Romam venerat, ut Romanam Ecclesiam omnium antiquissimam coram videret^ comiter excepit. — Id.

3 Bar., An. 221, n-* 1.

•> Aringhi, lib. III, c. XIII, p. 282.

importance, soit par le courage héroïque des acteurs, n'est-on pas en droit d'appeler de ce nom l'acte à jamais glorieux qui rappelle, et la mort victorieuse des martyrs, et l'intrépidité de leurs frères, qui, en dépit des bourreaux, venaient enlever leurs dépouilles sanglantes, pour les transporter à de longues distances, malgré les difficultés, les périls, les ténèbres de la nuit, dans des tombes souterraines creusées par la charité la plus héroïquement patiente qui fut jamais? Et puis ces sépultures de martyrs n'étaient-elles pas une profession solennelle de la foi qui a sauvé le monde et créé les lumières et la civilisation modernes ?

Donc le quartier de Sainte-Cécile vit une nuit arriver le saint prêtre Polémius, accompagné de courageux chrétiens, qui déposèrent dans les loculi nouvellement creusés quarante martyrs, égorgés naguère aux applaudissements de la grande Rome. Dans une autre circonstance il reçut neuf cents hôtes non moins illustres. En rangeant autour de Cécile ces légions de martyrs, la piété des fidèles semblait vouloir rehausser la gloire de Tillustre vierge et lui tresser une couronne de rubis immortels *.

Près du quartier de Sainte-Cécile se trouve, dans la même Catacombe de Saint-Callixte, le cimetière de Saint-Sixte IL L'édit de Yalérien qui interdisait aux fidèles l'entrée des Catacombes venait de paraître. Plus de refuge ni à la face du soleil ni dans les entrailles de la terre pour les brebis et les pasteurs. Dans ces circonstances difficiles. Sixte, Athénien de naissance, succède au pape saint Etienne. Sauver de la mort les fidèles éperdus, sauver de la profanation les

* Aringhi, lib. III, c. XIV.

corps des martyrs, telle est la double pensée qui occupe d'abord le nouveau pontife. Malgré la défense impériale, il descend aux Catacombes, il s'y cache avec son troupeau, il le nourrit de la parole et du pain qui fait les martyrs ; le cimetière de Saint- Callixte devient sa demeure habituelle.

Pour les mettre plus en sûreté, il y fait transporter les corps de saint Pierre et de saint Paul, en ménageant aux fidèles la facilité d'y faire leurs stations avec moins de danger. Mais tel est Tacharnement des persécuteurs qu'ils découvrent la retraite souterraine du pontife. Ils l'en arrachent et le conduisent en triomphe devant le temple aux cent colonnes, consacré par Sylla en l'honneur du dieu Mars, sur la Voie Appienne. Ils osent lui proposer de sacrifier à l'idole. Pour toute réponse, le vicaire de l'Homme-Dieu fait sa prière, et le temple tombe en ruines ^ Reconduit aussitôt dans le souterrain d'où il vient d'être tiré. Sixte est mis à mort avec quatre de ses diacres. Cela se passait le huit des ides d'août de Tan 261 ^.

Près du pontife viennent reposer une multitude de martyrs, ses enfants et ses disciples ; et dans sa tombe le vénérable patriarche de la gloire ressemble au père de famille dont parle l'Écriture, qui voit ses fils et ses petits-fils rangés autour de sa table, comme des rejets d'olivier autour du vieux tronc qui leur a donné naissance. Pour n'en citer que quelques-uns, je nommerai les saints prêtres Eusèbe et Grégoire, martyrisés sous l'empire de Constance, l'apôtre de l'arianisme. Ces nobles enfants, venus du sanctuaire, avaient été précédés par deux martyrs sortis du palais impérial.

1 ARiNGHr,lib. III, c. X, p. 2G5.

2 Sandini, p. 47.

Un des plus cruels persécuteurs, Dèce, avait à son service deux chrétiens non moins recomniandables par l'éminence de leur mérite que par leur attachement à la foi. Calocérus était chambellan de l'impératrice, et Parthénius un des intendants du palais. Le i9 mai de Tan 253 Dèce apprend qu'ils sont chrétiens et veut les obliger de sacrifier aux idoles. Menaces, promesses, tout est employé pour les séduire ou les contraindre.

Yains efforts î Le glaive seul peut terminer la lutte entre le bourreau impérial et ses nobles victimes. Une dame chrétienne, sainte Anatolie, fait enlever par ses serviteurs les corps des martyrs ; elle-même les ensevelit dans des linges blancs avec des parfums, et vient les déposer en toute hâte dans la Catacombe de Saint- Sixte *. Son zèle pieux n'en reste pas là; des colonnettes de porphyre ornent le loculus des héros de la foi, qui payent par des miracles, perpétués de génération en génération, l'empressement de leur bienfaitrice et la confiante prière des fidèles ^.

1 Le pape Lucius, qui vécut, ainsi que nos saints martyrs, avant le pape saint Sixte, est également dit : « Positus Via Appia ad Xystum. Sed eo potissimum nomine locus prœnotatur quo tune temporis,quando haecscribebantur, omnium voce nuncupaJjatur. » — Aringhi, lib. m, p. 282.

■2 In quo loco bénéficia martyrum exubérant usque in hodiernum diem. — Arixghi, ib., c. xvi, p. 282. — Saint Calocère est appelé : Prsepositiis cubicuU uxoris Decii imperatoris ; et saint Parthénius : Alterius muneins Primicerius . Quelques auteurs ont pensé que le titre de Primicerius désignait le premier secrétaire de l'empereur; il paraît plus probable qu'il s'applique à un officier chargé d'une intendance particulière dans le palais. Ainsi on trouve un primicier général, un primicier conservateur des décrets, un primicier de la cassette, de la masse d'or, du vestiaire sacré, des anneaux, de l'argent : « Pnmicerius totius officii, primicerius scrinii canonum, primicerius scrinii aurœ massœ, primicerius scrinii vestiarii sacri, primicerius scri'iii annularensis,

En parcourant ces différents cimetières ou plutôt la Gatacombe de Saint-Callixte, dont ils font partie, on rencontre de nombreux cubicula. L'occasion était belle d'examiner le monument arqué, monumentum urcuatum^ qui en forme le principal ornement. Au fond du cubiculum est ordinairement un tombeau creusé dans l'épaisseur du luf. Les parties latérales sont légèrement excavées, de sorte que le loculus se détache de la muraille et forme saillie, La partie supérieure, taillée en niche circulaire, laisse complètement libre le dessus du tombeau ^. Dans le langage ordinaire, les tombes de ce genre s'appellent monuments surmontés d'un arc, monumentum arcuatum; mais leur vrai nom est arcosolium, qui exprime, du reste, la même idée. L'inscription suivante, placée dans un cubiculum particulier, prouve l'antiquité du mot et en donne la véritable signification :

DOMVS ETERNALIS AVR CELSI

ET AVR JLARITATIS COMPARI MEES

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