FECIMVS NOBIS ET .N0STRI3 ET AMICI
ARCOSOI.IO CVM PARETICVLO SVO IX PACEM.
(( Demeure éternelle d'Aurélius Celsus et d'Aurélia Jlarita, mon épouse : nous avons fait pour nous, et les nôtres, et nos amis, cet arcosolium, avec son petit mur. En paix. »
Ce petit mur indique les différents compartiments qui divisent Varcosolium 2. D'ordinaire une marche élève le tombeau de quelques pouces au-dessus du sol ; quelquefois une pierre, en forme de balustrade,
primicerius scrinii a pecuniis. » — Voyez Bar., A?i. ad Mm^tyr., 19 mai.
1 Voir le plan à la fin du volume.
* Marchi, 85.
en défend l'approche ; et souvent les murs latéraux, ainsi que la niche tout entière, sont couverts de peintures à fresque. Tel est Varcosollum. Dans les cubicula particuliers, cette tombe principale renferme quelquefois le corps d'un martyr, mais le plus souvent celui du pieux chrétien qui l'a fait élever, ou même ceux de ses proches et de ses amis, comme l'indique l'inscription d'Aurélius Celsus. S'il s'agit d'une grotte ou d'une petite église destinée aux assemblées des fidèles, Varcosolium est toujours, comme nous allons voir, la tombe d'un martyr.
N'oublions pas ce qui a été dit hier, savoir que les cubicula des Catacombes se divisent en trois classes : les petits, les moyens et les grands. Tombeaux de famille, les premiers doivent leur origine à ld?^été des fidèles. Aux preuves déjà données de ce fait iipnpiortant il convient d'ajouter le témoignage du pape s£^^ Corneille. On verra clairement, par le budget deâ'Église de Rome au milieu du troisième siècle, qu'iKejut été complètement impossible à la comgunaut|--dfe faire face aux dépenses extraordinaires qu'entraînifit la fabrication des nombreux cubicula semés dans Lés galeries de toutes les Catacombes ; les tr^^^-^tx^^' plus riches empereurs n'y auraient pas sufS*»»?^;*?*-'^
L'an 25 i , saint Corneille, pape et martyr, écrivant à Fabius, évêque d'Antioche, lui dit : « Il y a dans l'Église de Rome quarante-six prêtres, sept diacres, sept sousdiacres, quarante-deux acolytes, cinquante-deux exorcistes, lecteurs et portiers, plus de quinze cents veuves et indigents^ auxquels la grâce et la libéralité du Seigneur fournit le nécessaire ^ » Ainsi l'unique fonds de
1 Ille ergo Evangelii vindex ignorabat unum episcopum esse oportere in Ecclesia catholica ? In qua non ei latebat (quomodo
l'Église était la bonté de Notre-Seigneur manifestée par la charité des fidèles.
Si, à l'énorme dépense exigée pour nourrir, vêtir, loger les ministres sacrés, les veuves et les impotents, on ajoute d'autres frais non moins indispensables pour le culte, pour la réception des pèlerins, pour la sépulture à donner gratuitement, non-seulement aux veuves et aux infirmes entretenus par l'Église, mais e;ncore aux indigents, dont le travail suffisait h peine à leur subsistance, et surtout aux martyrs, dont les corps ne pouvaient que bigi rarement être inhumés aux frais de leurs proches, il sera très-logique de conclure que tous ou presque tous les cubicula privés sont l'ouvrage des fidèles riches ou aisés.
Satisfaire à leur piété particulière, ouvrir des lieux pour les petites assemblées sans aggraver les charges de l'Rglise, telle fut leur noble pensée ^ Cette origine explique pourquoi les cubicula de la première classe ne renferment pas toujours dans leur arcoso/ium le corps d'un martyr.
C'est à dessein que j'ai cité la lettre de saint Corneille. Elle nous fait connaître les ressources et le personnel de l'Église de Rome au milieu du troisième siècle. Du nombre des prêtres indiqué par le pape, on a conclu avec raison le nombre des églises de Rome à la même époque.
enim latere posset ?j presbyteros esse quadraginta sex, diaconos septem, subdiaconos septem, acolythos duos et quadraginta, exorcistas autem et lectores cum ostiariis quinquaginta duos, viduas cum thlibomenis plus mille et quingentis, quibus omnibus Domini gratia et benignitas alimenta suppeditat, — Cornel. pap., Epist. XI, ad Fab. Ep. Antioch., de Novitiani ingenio, etc.; in Epist. Rom. Poîitif., edit Petr. Couatant., p. 160, n. 3. 1 Marchi, 100.
Les cuhicula de la seconde et de la troisième classe, appelés cryptes et églises, ayant été ouverts par la communauté pour les assemblées religieuses des fidèles, ont l'avantage de posséder la tombe d'un ou de plusieurs martyrs, sur laquelle une discipline rigoureuse obligeait d'offrir exclusivement les saints mystères. Placée au fond de la grotte, la tombe ou Varcosoliwn du martyr principal était le maître-autel de l'église souterraine. Quelle que fût sa pauvreté ou sa splendeur, son étendue ou son exiguïté, ce monument était l'objet de la vénération profonde de tous les frères ^
A part la différence essentielle que nous venons de signaler, les cryptes et les églises ne diffèrent des cubicula de la première espèce que par l'étendue de leurs proportions: plus grandes que les cubkulaAes cryptes, à leur tour, sont plus petites que les églises. Le cubiculum est la partie, la crypte est le tout '2. De là vient qu'on trouve des cubicula même dans les cryptes, comme on trouve plusieurs chambres dans la même maison, plusieurs chapelles dans la même église. Un passage d'Anastase le Bibliothécaire ne laisse aucun doute sur la réalité de cette distinction, a Le prêtre Marcel, dit l'ancien auteur, recueillit nuitamment le corpsdeMarcellin et des autres martyrs, et les ensevelit sur la Voie Salaria, dans la Gatacombe de Priscille, dans le cubicidum elarum^ qu'on voit encore de nos
1 Et magni solium brève confessoris adorât Jugiter e variis congesta Irequentia terris.
S. Paulin, Fragm, nat., ix.
2 II cubicidum è la parte ; la Cripta è il tuLto. — Marghi, p. 16).
jours... dans la crypte près du corps de saint Crescention ^ ))
Maintenant que nous sommes fixés sur la différence qui existe entre les trois espèces de cubicula^ entrons dans les grottes et les églises. Justifions aujourd'hui ce que nous avons avancé de leur destination religieuse; demain nous rendrons compte de l'exiguïté et de la forme de ces Basiliques primitives.
Depuis les premiers jours de la propagation évangélique, l'Église posséda des oratoires et des temples à la face du soleil, dans Jérusalem et dans Rome, en Asie, en Espagne, dans les Gaules, et partout où elle a formé des disciples-. Néanmoins les fidèles eurent aussi, pour les jours de persécution, des églises souterraines, 011 ils tenaient leurs assemblées et accomplissaient tous les actes commandés par la religion. Quant aux chrétiens do Rome en particulier, c'est un fait établi avec une égale certitude par l'histoire écrite et par l'histoire monumentale.
Les Actes des Martyrs^ les ouvrages des premiers Pères nous montrent le petit troupeau du Sauveur disparaissant dans les Catacombes aussitôt que l'édit sanglant était affiché ; les proconsuls et les philosophes faisaient un crime à nos pères de leurs conciliabules clandestins dans les cimetières ; les empereurs leur interdisaient, sous peine de mort, l'entrée de ces souterrains; le peuple en fermait les portes, ou les com-
1 Marcellus presbyter noctu coUeg-it corpora (Marcellini et aliomm)... et sepelivit ea in Via Salaria, in cœmeterio Priscillse, in cubiculo claro, quod patet usque in hodiernum diem... in crypta juxta corpus S. Crescentionis. — In Marcellin,, xjop. — Marghi, p. 102-3.
2 Voyez^ dans Ciampini, Monim. vetev.^ t. I, c. xvii et xvni, le catalogue de ces églises primitives.
blait de pierres etde terre, afin d'y étouffer les fidèles; et quand la violence de la persécution se ralentissait, le premier acte de clémence consistait à laisser libre l'accès des Catacombes*.
Or, ce n'était pas seulement pour y cacher leur vie et leur mort que les chrétiens s'y réunissaient avec tant d'empressement. Leur but principal était de s'y préparer aux luttes héroïques de la foi, en priant sur les tombeaux de leurs frères déjà couronnés et en se fortifiant par les sacrements, par la parole divine et surtout par la merveilleuse Eucharistie, sans laquelle ils se croyaient, avec raison, incapables de vaincre. Telle est la vraie raison pour laquelle la malice infernale des persécuteurs leur en interdisait l'entrée^. Cette inten-
1 Cura ergo sic proposita essent impia edicta... christianorum nemo apparebat in publico.. . Per totam quippe vagantes solitudinem et in speluncis atque cavernis, ut quisque latebram invenerat, se continentes, non poterant diu tolerare esuriem. — Act. S. Theodol. , apud Ruinart.
Primum criminationis caput a Celso est a christianis clancularios conventus Ijaberi solescere le^ibus vetitos.— Orig., Contra Ceh., lib. I.
Prœceperunt (imperatores Valerianus et Gallienus) ne in aiiquibus locis conciliabula fiant, nec cœmeteria ingrediantur. Si quis itaque hoc tam salubre prœceptum non observaverit, capite plectatur. — Act. S. Cijp., apud PiUinart.
Excludebantur nostri a subterraneis recessibus,cum vehementior urgebat persecutio. —Epist. Cornel. pap. ad Lupicin.
lilud scitu dignum quod, cum imperator quispiam persecutionem in christianos instaurare constituisset, aute omnia eos a cœmeteriis arcere solebat, ne in unum conveniendi eis facultas esset. — Panvin., de Cœmet., c. ir.
Valeriano imperatore capto, fîlius ejus Gallienus, monarchiam nactus, moderatius imperio utitur, et confestim publiais edictis persecutionem contra nos motam remisit... Exstat ejus constitutio quam ad Episcopos misit, permittens illis illa loca recipere quœ cœmeteria vocantur. — Euseb., Hist., lib. VII, c. xiii. 2 Idoneus non potest esse ad martyrium qui ab Ecclesia non
tion des fidèles se révèle comme un trait de lumière dans la fameuse inscription du jeune martyr saint Alexandre, trouvée, par Sévéranus, dans la Catacombe de Saint-Gallixte, où nous sommes maintenant. La voici telle qu'elle a été publiée par le savant archéologue :
ALEXANDER MORTVVS NON EST SED YIVIT SVPER AS
TRA ET CORPVS IN HOC TYMVLO QUICSCIT VITAM
EXPLEVIT CVM ANTONINO IMP. QVI VBI MVLTVM BENE
FICII ANTEVENIRE PREVIDERET PRO GRATJA ODIVM
REDDIT GENVA ENIM FLECTENS VERO DEO SACRIFJCA
TVRVS AD SVPPLICIA DVCITVR 0 TEMPORA INFAVSTA
QVIBV3 INTER SACRA ET VOTA NE IN CAVERNIS QVIDEM
SALYARI POSSIMVS QVID MISERIYS VITA SED QYID MISERIYS IN
MORTE CVM AB AMICIS ET PARENTIBYS SEPELIRI
NEQVEANT TANDEM IN COELO CORYSCAT PARVM