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CHAPITRE IV

Orthographe des Diphthongues.

Des simples lettres passons aux diphthongues: 1° les sculpteurs oublient souvent de les exprimer ; exemples : VITE, BONE, i^ourvitœ, honse ; 2° ils en font quelquefois sans raison ; exemples : ^orum, bjenemerenti, s^cunda, pour eorum, henemerenii^ semnda ; 3° ai pour œ est fort du goût des anciens Romains ; néanmoins on trouve cette forme de diphlbongue dans les siècles postérieurs à la république, jusqu'à Constantin, où elle tombe en désuétude ; exemples : cAicir.io, PRoviNCiAi, ROMAI, CLODiAT, etc., pour Cdecilio, Prooinciœ, Romœ, Clodiœ, etc.

Les diphthongues sont quelquefois liées, d'autres fois non ; exemples : ^rario, fortcn^ ; quelquefois les simples lettres qui ne forment pas diphthongues sont liées ensemble; exemples: vix t /V^^/^' i^eden p or ^ ^rario, pour vixit annos. Redemptor ab œrario. Ces ligatures, qui unissent ces lettres simples, sont d'une haute antiquité. En voici un exemple qui remonte à la onzième année de Domitien ; il est d'autant plus intéressant qu'il nous montre une ponctuation qui ne peut être attribuée qu'à la bizarrerie du sculpteur :

CLAUDIA ATTICA ATTICI. AVG lie. ABATIO ^

IN. SACRARIO. CERERIS. ANTIATI ^^^

DEOS SVA. INPEASA POSVIT

SACERDOTE. JVLIA. PROCULA

IMP. CESAR. DOMITI ^^

AVG. GERMAMC. XI. COS

« Claudia Attica (uxor) Attici, Augusti liberta a rationibus in sacrario Cereris antiatinœ (de la ville d'Antium) Déos sua impensa posuit, sacerdote Julia Procula imperatore Gaesar Domitiano Augusto germanico, undecimum consule.

Après avoir parlé de la forme matérielle des lettres, disons quelque chose des mots, savoir : 1° du changement des lettres ; 2° de leur omission ; 3° de leur addition ou redoublement ; 4° de leur transposition.

1° Du changement des lettres. Rien n'est plus commun dans les inscriptions païennes que les changements suivants :

B pour V. Exemples : Albei pour Alvei.

Atabis

Atavis.

Bibus

Bivus.

Bivus

Vivus.

Bixit

Vixit.

Probiiicia

Provincia

Serbus

Servus.

Sibe

Sive.

Viba

Viva

B prend encore la place du P. Exemples : coxLABsuMpour conlapsum; ou vice versa, pleps, sup pour plebs, sub.

G s'écrit quelquefois pour le G. Exemple : macistratvs pour magistratus, corconivs ^our G or g onius ; il remplace quelquefois le Q ; exemple : acuario pour aquario.

D se trouve mis pour T : qvodannis pour quota/mis.

E pour I dans un grand nombre de mots : deana, dolea, DABET, pour Diana, dolia, dabil,

F pour PH. Exemples : dafne, tridmfalem, triumfatori, pour Daphne, triumphalem, triumphaiori, etc.

Ipour E. Exemple: camina, mircvrivs, ob civis servatos turris, finis, PAREDJTI3, pour Cameua, Mercurius, ob cives se)Datos, twres, fines, parentes, etc.

K pour G : kjeso, kalendas, kandidatus, rarissime, arka- Rius, EvoKATUs, SAKRVM, URTiKA, pour cxso, caUndas, candidatuSy carissime, arcarius evocatus, sacrum, urtica.

M se change en N. Exemples : inpexsa, ixcomparabili, pour impensa, incomparahili.

N s'adoucit en S dans les mots messis, messibus, pour mensis, mensibiis.

0 se trouve pour U. Exemples : hoc, equom, PERPEiuoii, iNGENUOs, pour hue, equum, perpetuiun, ingenuus.

P. On rencontre, mais rarement, PH pour F. Exemple : PHEciT pour fecit.

Q pour C : loqvs, ovram pour locus, curain.

R se voit pour L : scperlectile ^our supellectile.

T pour D, comme atfines, atlectus, set, pour aâfines, adlectus, sed. A la troisième personne du pluriel du prétérit actif il se confond avec l'N précédent. Exemple : comparaverum, fecerum, sum pour comparaverunt, fecerunt, sunt.

V rend la pareille au B et prend souvent sa place : t)anuvius, PLACAViLE, VEXEMERENTi, pour Danubius, placûbile, henemerenti .

U usurpe aussi, surtout dans les inscriptions du siècle d'Auguste, la place de l'I. Exemples : lacrum^, maxumus, opTUMus, ULTL'MA, pour lacriiïiœ, jnaximiis, optimus, ultima. La place de l'O ; mamdatuve, suboles, numexclator, pour mandatove, soboles, nomendator. Enfin celle de TY, ainsi : iLLURicuM, suria, pour Illyricum, Syria.

2° De ï omission ou retranchement des lettres. Non- seulement elle a lieu pour les lettres doubles, mais encore pour les lettres simples. Exemples de la première proposition : JusiT, horearius, sula, colibertus, pour jussit, horrearius, Sulla, collibertus. Exemples de la seconde : chortis, M1NEVA, GALLD, viBc, pour choortls, MiuervŒ^ gallus, vivus.

Mais de toutes les lettres celles qui se trouvent le plus souvent supprimées dans les inscriptions sont l'M et l'N. Exemples de l'M retranché : Den an.xoru, ad homore, ante facie, eori', Deum, annorum, ad honorem, ante faciem, eorum. Exemples de l'N retranché : arniesi, cresceses, misenessi, aquileiesis, pour Arniensi, Crescenses, Misenensis, Aqmleiensis .

3° Du redoublement ou de Vaddition des lettres. Il porte principalement sur les deux lettres N et X. exemples :

HERENS, THF.NSADRIS, CENTENSIMCM, NONAGEX5IMC3I, CONJL'.NX,

pour hères, thesauris, centesimum, nonagesimum, conjux.

EXSORT^, EXSEMPLUM, FEXSUS, JUX'CXIT, VICXIT, MAXSIMI, MAXSU-

Mos, pour eœorlœ, exemplum, fixus, juyixit, vïxit, maxirni, rnaximos.

4° La transposition. Elle est assez rare : en voici un seul çxemple : maphitheatri, pour amphilheatri.

On se demande d'oùpeut venir cette orthographe sibizarre et si éloignée de la manière ordinaire d'écrire le latin. On peut en indiquer plusieurs causes, mais entre autres l'inexpérience du sculpteur et la prononciation vulgaire. Il est plus que vraisemblable que les peuples conquis prononcèrent la langue des vainqueurs chacun à sa manière, comme il nous arrive de prononcer les langues étrangères avec notre accent national. On a écrit comme on parlait ; de là l'orthographe étrange des inscriptions. Il faut seulement observer que les bizarreries que nous venons de signaler ne se rencontrent pas dans les inscriptions romaines d'un intérêt public et des beaux siècles delalatinité ; par exemple, d'Auguste à Trajan. A partir de Gordien, la langue publique elle-même s'altère à mesure que l'empire tombe en décadence.

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