‹ Histoire des causes de la guerre d'Orient d'après des documens français et anglaisChapitre 3 sur 13 · VT PRÉFACE · texte numérisé non relu

VT PRÉFACE

est sans doute touU tracé; mais par sa nature il est complexe, il est soumis à des lenteurs nécessaires, et il est exposé à des accidens qui ne peuvent être prévenus qu'à force de prudence, de vigilance et de fermeté opportune.

Le système de la France et de l'Angleterre, qui ne peuvent attaquer la Russie que de loin, consiste naturelfement à combiner avec leur action celle des puissances voisines de la Russie.

Au premier abord, il est certain que l'intérêt de ces puissances, l'Autriche et la Prusse, est de se joindre ànous pour contenir et refouler la puissance russe, qui pèse sur leurs flancs et les menace les premières; mais malheureusement la situation de l'Autriche et de la Prusse n'est pas simple. Il y a d'abord entre elles et le gouvernement russe le lien moral d'alliances de familles, l'habitude d'une intimité politique de quarante années, le souvenir de ^services récens. Ce n'est pas tout: si, géographiquement, l'Autriche et la Prusse souf&'ent des agrandissemens de la Russie, si elles ont un point douloureux sur la ligne de leurs frontières qui les met en contact avec les- Russes, elles ont un autre point sensible et malade, elles redoutent un autre péril, les insurrections de races et la révolution sur leur propre territoire. Déchirées entre le passé, qui leur a légué une politique d'habitude, et l'avenir, qui

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leur commande mie politique de liévoyance; placées entre deux dangers^ celui d'un yMLa qui les écraserait de son agrandissement et celui d'une révolution qui les frapperait au cœur^ l'anxiété de ces deux puis sances est bien naturelle. U n'est pas aisé, dans de pareilles situations, de prendre un parti rapide et violent. 11 y a donc de ce côté des lenteurs inévitables, et c'est en les ménageant, au lieu de les brusquer, que nous pouvons seulement espérer d'en venir à bout.

De pensée et de cœur, l'Autriche et la Prusse sont dans cette lutte avec les puissances occidentales; leurs actes à la conférence de Vienne en sont l'irréfutable preuve. Elles ne se sont pas séparées im seul jour des puissances ocddentales dans la proclamation du principe de l'intégrité et de l'indépendance de l'empire ottoman, et dans le blâme des agressions russes. Comme la France et l'Angleterre, elles ont déclaré inacceptables, dans le dernier protocole de la conférence, les propositions présentées par la Russie sous le nom de « préliminaires de paix. » Si eUes ne se joignent pas à nous dans l'action à l'instant même, nous ne devons point accuser leur mauvais vouloir; il ne faut l'imputer qu'aux incertitudes et aux embarras de leur position. Être vis-à-vis d'elles confiant et patient et avoir de justes et habiles égards pour leur situation, est le moyen infaillible de gagner leur coopération active. En efTet, tandis que nous les rassure-

VIll PREFACE.

ron^par cette attituitrij les développemens de la guerre forceront la Rusaiêgè leur donner des inquiétudes tou^ jours pfUs sérieuses 9 à mettre en danger leurs intérêts vitaux; ils finiront par les contraindre à prendre le parti décisif. Avec les Russes en Bulgarie, avec la fermentation que leur présence ne peut manquer d'exciter, d'entretenir, de redoubler au sein des populations gréco-slaves de la Turquie, avec la contagion inévitable de -ces mouvemens de races sur les races homogènes des provinces autrichiennes, il sera impossible à TAutriche de garder la neutralité : son propre salut lui mettra Tépée à la main. L'Autriche une fois engagée, la Prusse, poussée par l'opinion de ses peuples et par ses devoirs de confédérée envers l'Allemagne, sera forcée de suivre, et alors la grande et irrésistible ligue de l'indépendance européenne contre les usurpations de la Russie se trouvera formée naturellement et sans perturbation.

Laisser naturellement la Russie à développer les inquiétudes qu'elle doit donner par la force des choses à l'Autriche, voilà le premier terme de notre politique; éviter, de notre côté, de susciter de pareilles inquiétudes aux gouvernemens allemands, voilà le ^second. Nous ne pouvons l'atteindre qu'en empêchant les explosions révolutionnaires.

Pour résister à la Russie, à la puissance qui est à la

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