‹ Histoire des causes de la guerre d'Orient d'après des documents français et anglaisChapitre 2 sur 10 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Nous sommes à la veille d’une guerre qui va engager l’action de la France, et peut altérer profondément la situation de l’Europe. Comment la France et l’Europe en sont-elles venues là? C’est, pour tout homme qui s’associe par la pensée aussi bien que par le cœur au sort de son pays, un impérieux besoin d’esprit et de conscience que de se mettre en état de répondre à une si émouvante et si vitale question. Depuis un an, toute l’Europe est agitée et troublée dans ses intérêts par les incidens de la question d’Orient ; mais l’opinion publique n’en

avait connu, jusqu’à présent, que les péripéties

extérieures. Aujourd’hui, au moment où ont échoué tous les efforts et toutes les combinaisons pacifiques de la diplomatie, deux gouvernemens, ceux de France et d’Angleterre, exposent au grand jour les pièces intimes du procès, et viennent satisfaire la sérieuse et patriotique curiosité qu’éveille la gravité des circonstances. La lecture attentive et la comparaison des documens publiés par la France et surtout par l’Angleterre nous révèlent et nous font suivre jour par jour l’origine, les causes, les progrès de la crise qui éclate; elles nous rendent compte de la position faite à la France et des devoirs que lui tracent ses intérêts et son honneur. On comprendra l’avide empressement avec lequel nous avons fouillé ces volumineux dossiers diplomatiques. Nous avons hâte de proclamer l’impression que cette étude nous a laissée : elle a confirmé tous nos pressentimens ; elle nous a démontré que les intérêts permanens et la dignité de la France sont directement en jeu dans la lutte qui commence; elle nous a prouvé que dans cette guerre la France a le droit pour elle, et que pendant les négociations sa politique a été conduite avec intelligence, modération et fermeté. l T ne telle conviction, qu’on nous permette de le dire, est une

satisfaction bien douce pour ceux que les révolutions ont éloignés de la politique active, mais dont elles n’ont pu détacher les ardentes sollicitudes de la fortune de leur pays; nous serions heureux de la faire passer, telle que nous l’avons éprouvée, dans l’esprit de nos lecteurs.

Nous allons du moins l’essayer, en résumant aussi fidèlement que possible les correspondances officielles qui sont pour ainsi dire l’histoire en action de la crise actuelle. Cette histoire peut se partager en quatre périodes : la première est remplie par les négociations de la France au sujet des lieux-saints; l’ambassade du prince Menchikof forme la seconde; la troisième est marquée par l’intervention diplomatique des quatre puissances dans le différend turco-russe; la quatrième, déterminée par le désastre de Sinope, conduit la France et l’Angleterre à la guerre avec la Russie. Dans chacune de ces phases, la situation et l’attitude des puissances se dessinent et se précisent d’une façon particulière. 11 faut en quelque sorte noter pas à pas, dans les documens diplomatiques, cette marche progressive des choses et les évolutions des cabinets, pour bien voir de quel côté a été le droit, de quel côté l’injustice, pour apprécier lasitua-

HISTOIRE 1*ES CAl'SES, ETC.

tion respective des divers gouvernemens vis-à-vis les uns des autres, et pour saisir l’ enchaînement des obligations morales et des nécessités qui ont fini par contraindre la France et l’Angleterre à rompre avec l’empereur de Russie.

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