‹ Histoire des causes de la révolution françaiseChapitre 12 sur 15 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

FACTION OU 10 MABS BT DU SI MAI 179S. BOBBSPIBBRB

BT SAIRT-JUST.

De toutes les conskléiatioQs qui pourront étonner le lecteur dans ce chapitre, aucune ne nous paraU aussi étrange que la nécessité de le consacrer à peu près tout entier à Robespierre. Non-seulement TbiK toire n'accorde souvent qu*un mot à des hommes dont il n*eût pas atteint la hauteur dans le cours d'une société calme et régulière, mais elle passera rapidement sur des personnages dont, même pendant la Révolution Française, Robespierre fut loin d'égaler la valeur morale et l'éclat. Dédaigné de tous ceux qui se Fassocièrent dans Tac* complissement de leurs œuvres, ils les soumit tous, l'un après l'an-

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moins sans effort visible et fatalement dans Tablme, comme léser» peut roulé dans la ftinge fascine et fait tomber les oiseaux. Il y avait donc dans la nature de cet homme une puissance de domination qui, pour n'avoir aucune fèrmule extérieure, pour n'éclater ni dans l'in* telligence, ni dans la hardiesse, ni dans renthott8iasme,ne s'imposait pas moins d'une manière mystérieuse, mais irrésistiUe ; et c'est pour cela que Tbistoire ne saurait loi refuser parmi les morts autant de place qu'il s'en fit faire parmi les vivants.

Quand on suit pas à pas la marche et les travaux de Robespierre, quand on lit ses discours, quand on assiste à ses clubs, quand on regarde ses actes, et qu'après avoir tout lu, tout écouté, tout pesé, on en veut porter un jugement, non en vue des passions du présent mais en vue des faits du passé et de la justice de l'avenir, on arrive à reconnaître et l'on est forcé de dire qu'il n'y avait véritablement en lui,

Ni talent.

Ni courage.

Ni principes.

Ce jugement diffère sans doute des diferses épopées que les partis ré- Yolutîonnaires ont composées, depuis treize ans, sur Robespierre, autant que l'histoire diffère de la poésie. Aussi cette raison même nous a-t-elle imposé des obligations qui, pour d'autres, étaient superflues. Aux poètes, Tin? ention avait suffi ; mais à l'histoire, il faut la preuve.

Il n'y eut, du vivant de Robespierre, parmi ceux qui le connurent, et même parmi ceux qui l'aimèrent, qu'une opinion très-unanime sur la nullité de son talent. Soit qu'il parlât, soit qu'il écrivit, on le trouvait déclamatoire, ennuyeux et vide. « Son éloquence, dit Meillan, n'était qu'un tissu de déclamations sans ordre, sans méthode, et surtout sans conclusions. Nous étions obligés, chaque fois qu'il parlait, de lui demander à quoi il voulait en venir. Il se plaignait, il se lamentait, il gémissait sans cesse des malheurs de la patrie, et jamais il n'avait un remède à proposer '. » M"'* Roland, qui l'aimait, et qui le recevait souvent chez eUe, n'en avait pas une idée plus favorable. « Je lui pardonnais, dit-elle, en faveur des principes, son mauvais langage et son ennuyeux débit. 11 écoutait tous les a?is, donnait rarement le sien; et j'ai oui dire que, le lendemain, le premier à la tribune, il faisait valoir les raisons qu'il avait entendu exposer la veille par ses amis. Son talent, comme orateur, était au-dessous du médiocre. Sa voix triviale, ses mauvaises expressions, sa manière vicieuse de prononcer, rendaient son débit fort ennuyeux. »

Nous avons réservé l'opinion de I^uvet pour la troisième, parce qu'ayant été en lutte constante et violente avec Robespierre, son sentiment avait besoin d'être amené et justifié par des témoignages plus , désintéressés sinon plus sincères. « Le très-médiocre Robespierre, dit-il, a triomphé de Danton. Je dis très-médiocre, parce que les pompeux rapports qu'il publie depuis que réunissant, comme principal membre du comité de Salut public, tous les pouvoirs, il dispose aussi des assignats, ne peuvent en imposer à quiconque le connaît aussi bien que moi. Détestable auteur et très-mince écrivain, il n'a aujourd'hui d'autre talent que celui qu'il est en état d'acheter. »

Voilà ce que pensaient du talent de Robespierre les hommes politiques et les écrivains notables au milieu desquels H vivait. Nous avions besoin de faire connaître cette impression générale qu'il avait laissée à ses contemporains, et à laquelle on ne cillait guère que deux exceptions, pour que le lecteur nous suivit sans défiance dans l'examen de ces travaux.

Les deux personnes qui curent, ou du moins qui exprimèrent une opinion différente sur le talent de Robespierre furent St-Just et La Harpe. « Vous, lui écrivait St-Just, qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l'intrigue, je ne vous connais que comme Dieu, par des merveilles... Je ne vous connais pas ; mais vous êtes un grand homme *. » Quant à La Harpe, il

« Meillan, ITém.

* Papierê trouvés cheM Mo^ptêrre, n» 95.

adressa à Robespierre uDe leUre de félicilatioi» et d'éloges sur lès deux discours qu'il avait prononcés, le 8 juin 1794, à la fête de i Etre Suprême. C'était le 19 août 1790 que Sl-Just trouvait Robespierre un grand homme. Il n'avait néanmoins encore rien fait ni lien dit, à cette époque, qui pût légitimement passionner le disciple Je plus enthousiaste ; et La Harpe fit connaître, en l'an v, ce qu'il fallait penser de ses éloges de l'an m. « On se rappelle, dit-il, ce qu'étaient autrefois les écrivains des chmrniers, qui fournissaient a tous venants des lettres de bonne année, des lettres d'amour ou des lettres d'injures. 11 y avait le style à dix sols, le style à vingt, le style a trente. Voilà précisément toute la hiérarchie du bel esprit révolutionnaire. Il a produit cinq ou six écrivains et autant d'orateurs de la Montagne qui se sont élevés jusqu'au style b trenle sols ». »« La Harpe n'avait plus peur d'être guillotiné quand il s'exprimait ainsi, et Il donnait en toute liberté d'esprit sa véritable valeur au stylé de Robespierre.

C'est comme orateur et comme penseur qu'il faut apprécier Robespierre, pour avoir de son talent une idée claire et précise. Le malheur est qu'il est fort di£Bcile de discerner et de mettre à part son œuvre oratoire et son œuvre philosophique. Cependant, nous allons étudier la première dans la série des opinions qu'il prononça, sur diverses matières, au sein des assemblées délibérantes, et la seconde dans les morceaux plus étendus, plus réfléchis, plus solennels, sous forme de discours ou de rapports, où il eut occasion d'aborder les grandes questions de la religion, de la morale et de la politique.

Robespierre, mince avocat au Conseil provincial d'Artois, n'avait rien qui put le signaler a Tallention de l'Assemblée constituante. Il avait trenle ans ; il savait son droit coutumier comme on pouvait le savoir à son âge, et il n'avait ni souffert, comme Mirabeau, ni étudié, comme Duport, ni brillé, comme Mounier et Rarnave. Il n'apportait même pas a l'Assemblée des opinions hardies et étranges qui pussent Vy faire distinguer. C'est sans raison, et au mépris des faits les plus positifs, qu'on a supposé 'qu'il avait alors des opinions républicaines. Nous montrerons plus loin, avec ses propres écrits comme avec les témoignages les plus irrécusables, qu'il ne les avait même pas trois ans plus tard, et qu'il fut l'un des derniers à comprendre et à vouloir la République. Robespierre n'était alors qu'un constitutionnel comme Mirabeau ou comme les Lameth, avec lesquels il parlait et il votait ; et personne, dans ce parti, ne montra un plus grand attachement et un plus grand respect pour l'autorité royale.

C'est le 20 juillet 1789 que Robespierre parla pour la première fois à l'Assemblée constituante, pour dire deux mots en faveur d'une émeute de Saint-Germain , et le â7 pour demander la violation du secret des lettres. Le |)euple de Paris, qui était alors dans la plus grande anarchie, avait saisi, dans la nuit du ââ au 25 juillet, sur

> La Harpe, du Fanatisme dans la langue révolulionnaire. ^ Yoy. une note du Moniteur, séance du 98 septembre 1780.

M. de GatMotu, nmrittfe du roi à Genève, diverses lettres que le diêtrict des Petits-Âugustius avait d'abord ouvertes et puis envoyées au duc de Lianoourt, président de l'Assemblée. C'était de ces lettres que Robespierre demandait communication, ce à quoi TÂssemblée ne voulut pas consentir.

Ce début de Robespierre contient et caractérise le principe de sa conduite à l'Assemblée constituante. Il s'y montre inquiet, soupçonneui, froidement inquisiteur, constamment préoccupé de trames

Su'il promet de dévoiler et qu'il oublie, et donnant toujours Tintérét u peuple pour cause et pour but à sa sollicitude. Sur à peu près cent opinions ou discours qu'il prononça dans cette Assemblée, oa n'en trouverait pas six où le nom du peuple ne soit mis en avant. II est vrai qu'il ne perd pas une occasion d encenser son idole, et il ne parle guère que lorsque l'intérêt du peuple, tel qu'il l'entend, lut en donne la facilité. Tantôt, comme le 31 juillet, lorsque la commune de Paris avait rendu la liberté au baron de Besenval, sur la demande de Necker, il veut, pour calmer le peuple^ lui donner la certitude que ses ennemis n'échapperont pas à la vengeance des lois ' ; tantôt, comme le 11 septembre, sur la question de savoir quelle sera la durée des législatures, il veut que cette durée ne soit que d'un an, parce que ie pet^ie^ dans une monarchie, ne pouvant exercer sa toute*puissance qu'en nommant îles représentants, il est juste qu*il les change souvent *; tantôt, comme le 7 avril 1790, il veut l'établissement des jurés en matière civile, parce que des hommes qui veu^ ient être iiàres sont capables de surmonter toutes les difficultés^ et que le moment étant propice à cette institution, on n'a pasie droit de hasarder, par un ajournement, le bonheur du peuple '.

Voilà par quelle méthode Robespierre poursuivit, pendant trois années, la coiiquète de sa popularité ! Ses propres amis le trouvaient fort ennuyeux; mais ils lui pardonnaient, comme M*"* Roland, en faveur des principes*

Si RobespieiTC parlait souvent et même toujours du peuple, il le laisait sans emportement, sans violences, sans paroles comminatoires. Il était de sa nature de déclamer, mais non de s'édiauffer. On peut même dire qu'il ne dépassa jamais, en foit de hardiesses, la limite moyenne des opinions de l'Assemblée constituante, et que souvent il se montra plus raisonnable et plus modéré que les constitutionnels. H demanda le jury en matière civile, mais Siéyès, Chapelier et Duport le demandèrent comme lui ; il demanda que le maintien de la Constitution ne fût pas confié aux gardes nationales, mais Mirabeau et Montlosier le demandèrent comme lui ; il demanda l'élection des prêtres et des évêques par le peuple, mais la majorité de l'Assemblée la vota comme lui ; il demanda pour l'Assemblée le droit exclusif de ftiire la paix ou la guerre, mais Barnave le demanda comme lui ; il demanda que le jury ne pût prononcer la peine de mort qu'à l'una-

« Moniteur du lljmilenJd». — • Ibid. ~ > Ibid.

DfiliMé 4e8 toîx, mais La Fayette et M. de PolksviRe le demandèrent comme laî «. *

On ne citerait de Robespierre qu'une opinion hardie qu'il profiessa seul, quoiqu'il n'en fût pas l*auteur, et qu'il i'eàt tout simplement déduite des principes posés dans la Constitution par rAssemblée nationale. Cette opinion est même néeessaire à connaître pour avoir une idée vraie et précise de la portée et du penchant de son esprit.

Lorsque rÀ^eoiUée discuta, le 23 décembre 1789, les conditions d*éligtbi1ilé aux fonctions administratives, Robespierre demanda que le bourreau pût être élu aux conseils de la commune, du district ou du département. Il ne faudrait pas croire qu'en mettant en avant cette proposition étrange, il obéissait déjà aux penchants féroces et sanguinaires qu'il manifesta plus tard si largement. Robespierre était alors d'un caractère modéré et de mœurs fort débonnaires, et il demandait, dans le même discours, qu'on ab<H!t la peine de mort. Ce qui déterminait alors la conduite de Robespierre, c'était la prétention commune aux esprits médiocres de tous les tenips, et principalement aux esprits de cette époque, de paraître observateurs sévères de la logique, ou, comme on disait alors, de èien raisonner. 11 partait donc de l'article 1«' de la déciaraiion des droits de Chommey dans lequel il est dit que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; n et il en concluait que le bourreau étant un homme, il était égal, en droits, à tous les autres citoyens.

Cette espèce de s<^istes, acharnés sectateurs de la logique des mots et des formules, mais. étrangers à la logique des idées et du bon sens, qui est la seule vraie, tournaient froidement la manivelle d'un dilemme ou d'un syllogisme, et ils tenaient pour bon, légitime et sacré tont ce que rendait la meule de leur mécanique, que ce fût des membres d'homme ou des membres de phrase, que ce rât de la boue ou du sang. C'étaitbien ratsonné, donc c'était bien raisonnable ; ils ne sortaient pas de là. Notez d'ailleurs que ces fervents adorateurs de la logique des mots outrageaient odieusement la logique des idées. Le même Robespierre qui ne voulait pas, le 25 décembre 1789, qu'un seul citoyen, fût-il le bourrean, i^ût être privé de ses droits, exposait, le ^ décembre 17^, la légitimité du gouvernement révolutionnaire et de la suspension des droits de tous ; et ce philosophe sensible qui demandait, le 19 janvier 1791, qu'un homme ne pût être condamné à mort par le jury qu'à l'unanimité des voix, faisait arrêter soixantetreize députés, ses collègues, le 3 octobre 1793, et déclarait toute instruction judiciaire contre eux superflue, en disant : « c'est l'histoire qui les condamne, et l'opinion publique qui les frappe '. »

C'était donc par abus du raisonnement, et pour paraître, comme l'appelait M"« Roland, un défenseur chaleureux et opiniâtre des principes, que Robespierre avait soutenu les droits du bourreau. Il se monfrarl d'ai41enrs souvent plus traitabie et plus juste que beaucoup

^ Moniteur du 9 janvier 1790 au ^janvier 1791. ^ Barrèr«, IHém,

de conatitutioQDelf. Aiosi, le 19 férrier 1790, il appvyait la cause des nioioes, et demandait pour eux des pensions supérieures à celles qu'on leur accorda; ainsi, le 20 avril, il demandait, sans Tobtenir, une indemnité pour la résiliation des baux des dîmes ecclésiastiques ; ainsi, le 17 mai, il protestait de son respect pour la Majesté royale en termes dont peu d'orateurs auraient dépassé l'énergie, la noblesse et l'élévation >.

Que valent, comme œuvre oratoire et littéraire, ces opinions el ces harangues dont Robespierre a parsemé le Moniteur? Hélas! quelque courage qu'on mette à les lire, et quelque indulgence qu'on mette à les juger, il est bien difficile de leur assigner, en général, un prix quelconque. C'est généralement court sans être concis, et sec sans être vif. L'idée y vient péniblement et incomplètement, et le style y est bien plus loin de la simplicité que de la platitude.

Lorsque, plus tard, Robespierre se fit journaliste, lorsqu'il se mêla aux luttes passionnées du club des Jacobins, et surtout lorsqu'il eut conquis une position presque dictatoriale à la Convention, il chercha à donner a ses discours une forme plus oratoire et plus littéraire. Ces discours étaient toujours écrits. Lorsqu'il les composait, dit Garai, il avait la Afouveiie Héloïse ouverte à c6té de lui, et il s'étudiait à en reproduire les tournures. Cette observation de Garât paraît parfaitement fondée, au moins en ce qui touche les grands discours d'apparat ou les rapports que Robespierre fit à la Convention. On y retrouve, non le style chaud, coloré et véhément de Rousseau, mais sa fausse solennité et son enflure ; non cette passion à la fois tendre et impérieuse qui pénètre le cœur et qui domine Vâme, mais ces prosopopees théâtrales, ces apostrophes déclamatoires, en uu mot, toutes ces formules vaines que les rhéteurs enseignent, faute de pouvoir enseigner le savoir, l'esprit et l'émotion.

 l'Assemblée constituante, les discours de Robespierre passaient moins inaperçus que dédaignés. Quand ils étaient trop gauches, son ami Buzot lui en faisait crûment la fraternelle observation; quand ils étaient visiblement outrés, Mirabeau grommelait entre ses dents que l'exaltation des pi'incipes n'en était pas la sublimité ; et lorsque, par aventure, ils avaient paru gagner la faveur de l'Assemblée ou des tribunes, Charles Lameth venait sournoisement en confisquer le résultat au profit de son ambition et de sa cause.

A la Convention, Robespierre n'était pas plus éloquent, mais il était plus écouté. Ses discours d'alors avaient, comme ceux de Phocion, une hache ; c'était celle du bourreau. Lorsque sa voix glapissante s'exhalait en phrases sententieuses et ampoulées, l'Assemblée lâche et tremblante battait des mains comme le cirque romain aux strophes criardes de Néron. Au moins, en retour de l'ennui impérial qu'il imposait à la foule, Néron ne lui demandait que des applaudissements; mais les applaudissements n'auraient pas suffi à l'avocat d'Arras ; il lui fallait encore des tètes.

^ Moniteur du 19 nu$i 1790.

Ce serait doDc prostituer le nom d'orateur que de le donner à ce phraseur incolore et nauséabond, aussi peu familier avec la grammaire qu'avec Téloquence *, et dont les oeuvres s'appellent des discours, faute d'un mot pour désigner le verbiage sans idée, sans chaleur et sans style. 11 nous faut maintenant l'examiner comme penseur, et étudier dans ses travaux les plus médités, les plus dé?elopppés, les plus solennels, la mesure générale de son intelligence et de son aptitude.

Quatre productions nous ont paru de nature à montrer les aspects principaux de l'esprit de Robespierre; son discours à l'Assemblée nationale sur la constitution civile du clergé ; sa discussion aux Jacobins avec Brissot sur la question de la guerre; son rapport à la Convention sur les princi|ies du gouvernement révolutionnaire, et son discours, au nom du comité de Salut public, sur les idées religieuses et morales, sur les fêtes nationales et sur l'Être Suprême. Ainsi, les rapports de l'autorité civile avec l'autorité ecclésiastique; la conduite politique de la France vis-à-vis des puissances étrangères; la direction intérieure des intérêts nationaux; l'appréciation des principes religieux et moraux, considérés comme moyens de gouvernement, — voilà les quatre ordres d'idées élevées, importantes, difficiles, sur lesquels s'est exercé le jugement de Robespierre aux diverses époques de sa carrière publique, et à l'occasion desquelles il a dû nécessairement faire connaître ce qu'il savait, ce qu'il voulait, et ce qu'il pouvait.

Beaucoup de députés de l'Assemblée constituante concoururent, comme Robespierre, à établir ce qu'on nomma la constitution civile du clergé ; mais il agit en vertu de principes qui lui étaient propres et que nous avons à examiner.

Tour Mirabeau, pour La Fayette, pour les Lameth, pour le parti constitutionnel enfin, la constitution civile du clergé était un moyen d'abattre la puissance politique, l'organisation administrative et l'influence financière de l'épiscopat, au profit général du pouvoir nouveau qu'ils prétendaient élever.

Pour Camus, pour Martineau, pour les jansénistes du comité ecclésiastique, la constitution civile du clergé était un moyen de tirer une formidable vengeance de la bulle unigenitus, de réparer les désastres de la secte, et de détruire, dans la plus belle province de la catholicité, l'autorité de la chaire pontificale.

Pour Robespierre, la constitution civile du clergé était un moyen de tirer les dernières conséquences contenues dans la déclaration des droits de l'homme, et de placer le clergé dans l'état conformément à toutes les règles de la logique, en vue du principe supérieur qu'il s'était imposé.

Quatre axiomes, tirés d'une façon plus ou moins immédiate de la

*■ Voici un échantillon du sfylc de Robespierre : « ^observe que cette longue proclamation est f/tconvefta^/e, etc.... « Monitenr du \Q janvier

dëdantioa des droit», oMtenaieiit Ititte la d<ietrine de lobespierre sur la oOQstitutioii clfile du clergé.

Prenièremeot, toutes les fonctions publiques étant d'institution sociale, il n'en pouvait exister aucune qui ne fût strictement utile.— Robespierre supprioiait donc les abbayes, les coufents, les cathédrales, les coll(^iales, les archevêchés et le cardinalat, ne conservant que les évècbés et les cures, et encore en les réduisant au nécessaire.

Deuxièmement, les prêtres étant de véritables magistrats, institués pour le bien du peuple, et le peuple étant le meilleur juge de son bonheur, il avait le droit d*éllre son clergé. — Robespierre voulait donc que le peuple nommât lui-même ses curés et ses évêques^ comme il nommait ses agents au conseil de la commune et au conseil do département.

Troisièmement, les ecclésiastiques étant des officiers établis pour le bien eommon, leur traitement, subordonné à Tutilité générale, devait être conforme à celui des autres officiers publics. — Robespierre supprimait donc toutes les dotations de Téglise, et soumettait la condition matérielle du clergé aux règles ordinaires et aux nécessités de$ finances. '

Quatrièmement enfin, l'intérêt du peuple, qui paye le clei^é, étant qu'il s'unisse autant que possible aux institutions communes, il fallait ïy rattacher par les liens les plus puissants. — Robespierre demandait donc le mariage des prêtres '.

Voilà, dans leur ensemble, les idées de Robespierre sur les rapports du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir civil. Elles reposaient, comme II est facile de le voir, sur deux monstrueuses absurdités, et ruinaient, sans qu'il l'eût remarqué, les fondements mêmes de IBglise.

La première absurdité du raisonnement de Robespierre consistait à prétendre définir lui^mênoe Tf^lise, indiquer et limiter son pouvoir et sa constitution ; tandis que r%lise en recevant, seule, le dépôt de la pensée divine, a reçu en même temps, et par cela même, le droit exclusif d'interpi'éter son dogme, d'expliquer sa doctrine, d'apprécier et d'appliquer les changements jugés nécessaires à sa discipline et à son organisation.

Certes, Robespierre était dans son droit en pensant et en disant qu'un prêtre n'est qu'un magistrat comme un autre, chargé seulement du culte, comme un autre est chargé des finances ou de la police. Tout homme a le droit incontestable de raisonner, et par conséquent de déraisonner à sa guise, et de se faire des choses l'idée qui lui convient ; mais 1 idée qu'on se fait d'une chose n'est pas nécessairement la chose elle-même, et la vérité ne se laisse pas atteindre par quiconque la poursuit.

Si l'Eglise était tout ce qu'il conviendrait aux philosophes dédire qu'elle est, il y aurait autant d'Eglises que de définitions. Elle seule

^ Moniteur du !•' juin \7m.

sait au jaste te ^aVHe est, parée qu'elle tenle a recii fa parele de Dieu, avec le droit de l'enseig^, et par conséquent de l'hiterpréter. Ce qiie Robespierre eoncevait et organisait pouvait donc être une Eglise quelconque; mais ce n'était pas l'Eglise catholique, parce qu'elle seule se connaît, elle seule a le droit de se définir et de s'organiser conformément à son origine et à son essence.

La seconde absurdité du raisonnement de Robespierre consistait à changer la juridiction essentiellement folontaire de l'Eglise en Juridiction ^xintentieose et forcée.

Ce qui caractérise en effot la foi religieufe, c'est qu'elle est librement profossée et librement exécutée; tandis que la loi civile, une fois établie, s'impose aux volontés comme aux résistances de tous. Un fidèle peut toujours, sans inconvénient temporel, s'exempter de la loi religieuse; un citoyen ne peut jamais, sans châtiment immédiat, s'exempter de la loi civile.

C'est donc parce que sa foi l'y détermine que le fidèle a une confiance entière dans la mission et dans le pouvoir du chef de l'Eglise, et qu'il lui obéit spontanément comme à Dieu lui-même. Dès lors, c'est une chose insensée que de prétendre s'interposer entre le chef de l'Eglise et le fidèle, et que de vouloir mettre la main sur cette émanation du cœur, de l'esprit et de l'âme, qu'on appelle la croyance. Qu'importe donc au pouvoir réel du successeur de Pierre qu'une assemblée révolutionnaire bouleverse l'organisation religieuse d'un pays, y institue, y supprime des sièges épiscopaux, y intervertisse et y confonde les pouvoirs ecclésiastiques? Absolument rien ; car le dief de l'Eglise n'a qu'à dire : ces prêtres ne sont pas mes prêtres, ces temples ne sont pas mes temples ! et aussitêt le prêtre dissident n'est qu'un renégat, et l'Eglise profanée n'est qu'une grange.

Robespierre n'avait donc aucune idée vraie de l'Eglise catholique, de son essence, de sa constitution, lorsqu'il s'ingérait à faire dans sa doctrine, dans sa hiérarchie des changements dont elle seule est juge, et dont il ne saurait appartenir qu'à elle d'apprécier la légitimité et la convenance. Il ne montrait pas une ignorance moindre de cette religion en confondant le citoyen, qui obéit, avec le fidèle, qui croit ; en réglementant la foi, comme la loi; en s'imaginant que le pouvoir politique, qui confère un grade administratif ou militaire, peut conférer pareillement un caractère et un grade religieux, érigeant ainsi l'Assemblée nationale en concile et ses décrets en canons !

Sans doute, d'autres esprits qui passent, bien à tort; pour trèsgrands, commirent la même erreur que Robespierre, et méconnurent presque aussi profondément que lui la nature du catholicisme; mais la plupart de ces hommes savaient ce qu'ils faisaient, et Robespierre ne le savait pas. Mirabeau savait qu'il abattait l'antique constitution de l'Eglise gallicane ; Camus savait qu'il détruisait, au profit de la secte janséniste, l'autorité du saint siège; les nombreux réformés qui étaient à l'Assemblée savaient qu'ils travaillaient pour eux, en aidant Camus et Mirabeau ; mais Robespierre croyait travailler à la constitiilioii de son pays et mettre l'une de ses parties les plus essentielles

en b«rffloiiie «fec les priodpes fondamentaux sur lesquels elle était basée. Il ne coinfM*enalt pas qu*il feisait une Eglise sans fidèles, des pasteurs sans troupeau et une religion sans Dieu ; et qu'avant quatre années, lui-même reconnaîtrait et proclamerait la nature essentiellement libre de cette foi, qu'alors il tentait de tyranniser et de soumettre.

C'était donc bien plus en rêveur inexpérimenté qu'en liomme d'Etat qu'agissait Robespierre lorsqu'il comprenait comme nous venons de le voir les rapports de l'autorité ecclésiastique avec l'autorité civile. Recherchons maintenant quelle idée il s'était faite des rapports de la France révolutionnaire avec les Etats européens.

C'est à la fin de 1791, et à l'occasion des rassemblements d'éntigrés opérés sur le territoire de l'électeur de Trêves, que fut posée la grande question de savoir si la France déclarerait la guerre à Tempereur d'Allemagne. Un office remis à M. de Noailles, le 21 décembre, prévenait Fempereur que si les émigrés n'étaient pas dissipés le 1$ janvier! l'armée française entrerait immédiatement en campagne.

La question fut d'abord débattue au club des Jacobins, et Ropesplerre y prononça son grand discours le S janvier 1792. 11 répondait a Brissot. Ce discours, composé avec soin, est, quoique long et diffus, le meilleur morceau de son auteur. La phrase y est assez vive, et, chose inouïe, quelquefois spirituelle,, principalement aux dépens de ce lourd et stupide baron prussien qui se faisait appeler Ânacharsis Clootz. Ce discours, et celui que Robespierre prononça encore le 11 janvier, pour répondre aux attaques de Louvet, est évidemment d'une autre main que les rapports déclamatoires et ampoulés débités à la Convention. Où est, dans cette œuvre hybride, la part de Robespierre? Nous ne savons; mais si l'on suit le témoignage de Garât, Robespierre doit avoir composé les rapports ainsi que les discours prononcés à la fête de l'Etre Suprême, car ils portent la trace visible d'une imitation affectée et maladroite de Rousseau.

Robespierre parla contre la guerre, et son discours est une accusation contre son caractère, contre son intelligence et contre sa sincérité. Brissot, Vergniaud, Guadet, tous les girondins, tous les jacobins voulaient la guerre ; et le cordelier Robespierre aurait dû la vouloir bien plus ardemment encore, puisqu'il devait se montrer un jour plus révolutionnaire qu'eux. Si quelqu'un devait défendre la monarchie, la constitution, l'ordre, la paix, cet avocat de la modération, du calme, de l'apaisement des passions, de la légalité, pouvaitîT être Maximilien Robespierre ?

Et remarquez ses arguments, que l'abbé Maury, Cazalés, ou H. de Virieu n'auraient pas plus heureusement trouvés:

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés, et le premier Conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis, n ^ Cela était vrai ; mais alors, toute la conduite mi-

litaire de la Rérolutioii fut une sanglante eitraragance, car elte eut pour objet de répandre à main armée les doctrines françaises chez les peoples étrangers.

«c Les récits des hommes éclairés qui connaissent les contrées étrangères démentent tout ce qu'on nous raconte de Fardeur avec laquelle elles soupirent après notre constitution, n — Cela était vrai ; mais alors cette constitution était bien peu digne d'envie, ou les peuples étrangers étaient bien plus libres et bien plus heureux qu'on ne le disait sous leurs propres gouvernements, puisque les principes de la RéTolution Française étalent pour eux un objet ou de mépris, ou d'épouvante.

n Totre organisation civile du clergé et l'ensemble de Totre constitution, proposés brusquement aux Brabançons, suffiraient pour raffermir la puissance de Léopold. » — Cela était vrai f-mais alors l'organisation du clergé était bien monstrueuse, et la constitution bien réToltanfe, puisque leur seule idée aurait rejeté le Brabant insurgé dans les bras de la maison d'Autriche.

Ainsi parlait Robespierre; mais Robespierre constitutionnel, parce que la Constitution lui avait donné une place ; Robespierre royaliste, parce qu'il fallait qu'il f eût un roi pour fbnder ce conseil de régence où il devait s'asseoir avec Danton ; Robespierre conservateur, parce qu'il ayait à maintenir une situation inespérée qu'il devait aux hasards de la Révolution ; Robespierre sans projets et sans idées, parce qu'il condamnait alors les principes de sa conduite à venir, et qu'il sapait les fondements de sa grandeur future.

Ecoutez, en effet, les conseils qu'il donnait à la France :

u II est dans la nature des choses que la raison soit lentement progressive '. — Sans doute ; mais alors, il fallait mesurer au pays les progrès avec parcimonie ; il ne fallait faire ni cinq mois plus tard, l'émeute du SO juin, qui précipita la monarchie; ni sept mois plus tard, l'émeute du 10 août, qui précipita le monarque ; et Robespierre, au lieu de devenir président de la Convention, serait resté président du tribunal de Versailles.

» Remettez l'ordre chez vous, avant de porter la liberté ailleurs. » — Sans doute ; mais pour rétablir l'ordre en France , il fallait raffermir le pouvoir ébranlé, restaurer les tînauces épuisées, fermer l'antre horrible des clubs, d'où sortaient la calomnie, la sédition et le meurtre ; et Robespierre, inutile à cette oeuvre calme, bienfaisante et réparatrice, aurait repris, dans son cabinet d'Arras, les affaires de ses clients, au lieu de prendre, au comité de Salut public, les affaires de la France.

Robespierre ne concevait donc a la France de 1792, au-dehors, qu'une position isolée, afin que sa désorganisation intérieure ne fût pas, pour les peuples étrangers, un objet de dérision, de dégoût ou d'épouvante; au-dedans, qu'une politique prudente, mesurée, consli-

Prudhomme, Hévoluliom de Paris,

lotkNiBéUe *; «I cetAe poUtUiiie eût préfmu ou rëpriané totttes l€§ mesures viomtes qui mirent dans sa matn le gouvernement du pays. Ainsi, le jugement à porter sur son discours aux jacobins est contenu dans ce dilemme : ou Robespierre ne comprenait pas la Réfolution, ou il la trahissait; ou il n'avait aucune idée, aucun soupçon, aucun pressentiment de la chute de la monarchie, qui était pourtant si prochaine, ou il la maintenait pour profiter de ses fiiveurs, enfin, ou il manquait absolument d'intelligence, ou il manquait absolument de patriotisme.

Reste une autre hypothèse, dans laquelle Robespierre eût manqué pareillement et de patriotisme et d'intelligence. Nous montrerons' dans ce chapitre que cette hypothèse était la vraie. Il manquait d'intelligence, car il ne soupçonnait, ni ne comprenait, ni ne voulait la république, qu^ques jours avant d'en devenir l'arbitre suprême ; il manquait de patriotisme, car il ne voyait, dans l'ijournement de la guerre, que 1 affaiblissement de La Fayette, l'ennemi mortel de la faction d'Orléans *. Aussi cette fierté de l'homme d'Etat, résistant à l'enthousiasme du peuple pour la guerre, fit-elle bientôt place à la lâcheté du tribun, courant après la foveur de la multitude. Attaqué par Louvet sur les motifs secrets de sa conduite, et effrayé de l'isolement où son discours l'avait jeté aux jacobins, il revint, le 11 janvier, sur son opinion du 2, et, comme l'Assemblée entière, il demanda la guerre, pourvu que le peuple pût compter sur l'armée , comme si déjà l'armée n'avait pas échappé à la royauté !

« C'est à cette condition, dit-il, que moi-même je demande â grands cris la guerre... Français, hommes du 14 juillet, qui sûtes conquérir la liberté sans guide et sans maître, venez, formons cette armée qui doit fiffrancAir l'univers ! n —Ainsi, tout est changé en huit jours; il n'est plus extravagant d'aller, à main armée, offrir une constitution aux peuples étrangers; les nations soupirent réellement après la déclaration des droits de l'homme ; l'organisatioQ civile du clergé n'épouvante plus les Belges; il n'est plus dans la nature des choses que la raison soit lentement progressive ; et Ton peut aller porter la liberté ailleurs, avant d'avoir mis l'ordre chez soi!

Peut-être, en voyant quelles idées vagues, vacillantes, subalternes, Robespierre a jusqu'ici apportées, soit dans la constitution temporelle de l'Eglise, soit dans l'appréciation du r61e de la France en .Europe, sera-t-on tenté de croire ou que son intelligence, longtemps courbée sur les petits intérêts du barreau, n'avait pas encore pu atteindre, en 1789 et en 179^, le niveau des questions politiques, ou que son génie révolutionnaire, captif et manquant d'espace dans les langes constitutionnels des gouvernements routiers, avait beaoio,

^ « Renverserez-vous cette Constitution, lors même que jnsqu^ici voul n'avez pu déployer assez d*énergle pour la faire exécuter ? »— Prudhomine, BévoL de Parie.

* Louvet, Mém,

pour s'éfeodre, des troaées larges et profoDdes que le fier des émeutes fait aux empires. Aussi, allons-nous le suivre par delà ks raines éa 10 août, les cadavres de septembre et Téchafoud de Louis XYI, jusqu'au plus grand épanouissement de son autorité et de sa gloire^ au moment où, la* Convention ayant décrété, sur un rapport de Saint- Jiist, le 10 octobre 1793, que la constitution était suspendue jusqu'à la paix , Robespieri'e vint exposer , au nom du comité de Samt public, les principes du gouvernement révolutionnaire. Rien alors ne le gênait; son action était libre, sa volonté souveraine; le tranchant de la guillotine émondait devant lui toutes les branches de sa route, et il pouvait, sans trouver d'obstacles, tailler la France sur le patron de sa fontaisie , aussi librement que Dieu avait rêvé la forme du inonde dans le néant.

Voici donc le gouvernement idéal de Robespierre, son système, son utopie, sa religion :

«( Le gouyemement révolutionnaire a pour but de fonder la République.

» Aux bons citoyens, il doit toute la protection nationale. » Aux ennemis du peuple, il ne doit que la mort. » Le gouvernement révolutionnaire est juste et légitime, car il a pour loi le salut du peuple, et pour titre la nécessité. » Que faut-il donc foire ?

» Poursuivre les inventeurs coupables des systèmes perfides ; » Proléger le patriotisme, même dans ses erreurs. » Otez les déclamations, les menaces, les redites, les apostrophes, les prosoposées, — tout le rapport de Robespierre sur les principes du gouvernement révolutionnaire se réduit à ces phrases textuelles. Et ce n'est pas seulement pour les temps de troubles «t de lutte qu'il le propose, mais encore pour les temps de calme et de paix, car toute la différence qu'il indique entre la gouvernement révoHUîonnaire et le gouvernement ordinaire, c'est que le premier doit être seu- \emeni plus actif dans sa marche et plus libre dans ses mouvements. Le but reste donc le même, ainsi que le principe; il n'y a quelque changement que dans l'emploi des moyens. Ainsi, Robespierre fait deux parts dans sa société : D'un côté, il met ce qu'il nomme le peuple ; de l'autre, il met ce qu'il nomme les ennemis du peuple. A son peuple, il donne tout appui ; aux ennemis de son peuple, il ne donne que l'échafaud. — Voilà lé principe et le but de son gouvernement.

Son peuple, il le protège et il lui pardonne lout, même ses erreurs, c'est-à-dire ses crimes. Les ennemis de son peuple, il les poursuit et les extermine. — Voilà la règle de son administration.

En théorie, on ne saurait certes rien imaginer de plus simple. C'est le feu qui embrase les moissons, ne voulant et ne laissant de place que pour ses cendres. C'est Attila, envahissant les villes, foulant aux pieds de ses chevaux le droit, la propriété, l'intelligence, la vie, et faisant une boue sanglante de tout ce dont Dieu avait foit la jeunesse» la force, la grâce, la beauté. Lui non plus ne devait que la

mort à raarope épouvantée, car il faut être autre chose qu'une bète fouye pour savoir que, lors même qu'on doit la mort à une créature humaine, on lui doit encore la justice et la pitié.

Mais qu'est-ce donc que Robespierre appelait le peuple, et qu'est-ce qu'il appelait les ennemis du peuple? à qui devait-on toute la protection nationale? à qui ne devait-on que la mort? C'est dans les écrits même de Robespierre, c'est dans les pages secrètes auxquelles il confiait son intime pensée qu'il faut aller chercher sa doctrine sociale. C'étaient les tables de sa loi, écrites pour lui seul, aux heures les plus secrètes de sa vie sombre et atrabilaire; et le bourreau seul put en ouvrir les feuillets.

« D'où viennent les dangers? -— Des bourgeois '•

» Quels sont nos ennemis? ~ Les ricabs '.

» Quand l'intérêt des riches sera-t-il confondu avec celui du PRUPLE? — jamais '.

» Qui retarde l'instruction du peuple? — Les écrivains, qu'on doit proscrire comme les plus dangereux ethneiiis de la patrie 4.

» Que faut-il?

» 11 faut que l'insurrectioit continue.

» Il faut que le peuple s'allie à la Convention, et que la Convention SE SERVE DU PEUPLE.

» Il faut que les saks-culottes soient pâtés, et restent dans

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