CHAPITRE III
BBS PRINCIPBS INTEODUITS DANS LA POLITIQUE PARLES l&G&IYAINS qu'avait suscités le GOUyERNEUENT EN 1788.
Le lecteur ne saurait avoir qu'une idée insuffisante de la nature«t de Tefficacité du concours que les écrivains, suscités en 1788 par H. de Brienne^ donnèrent à la Révolution, si, au moment même où
* Encore Tarrét du Conseil du 14 février porte-il : en attendant qu^U 8oU pris des mesures propres à prévenir la licence à laquelle on se litre, en imprimant toutes sortes d'ouvrages sans aucune sanction,,. Ce qui prouTe,que ces mesures n'étaient pas encore prises.
ctlte BbévQhiiioii oommenoe, nous ne prëciftions pas de nouTeaii celui qu'elle put devoir aux lettrés en général , et aux ^ilosophes du XVIII« siècle eu particulier. *■
BalMtués par plus de trente années de liberté de la presse aux principes, aux hardiesses, aux témérités du XVIII* siècle; témoins des effets visiblement désastreux de ses doctrines, et du crédit que ses .excès même lui donnent sur les intelligences, nous nous laissons aller* à icroire que les générations qui nous ont précédés durent d'autant plus céda* à cette fascination qu'elles y étaient moins préparées, et que l'explosion révolutionnaire fut la conséquejice naturelle et irrésistible des cba^ements amenés dans les esprits par la divulgation de ces théories.
Kous avons déjà montré ce qu'il y a d'erroné dans cette conviction, aujourd'hui générale, en prouvant que l'œuvre philosophique du XVIII' sijècle n'avait pas pu matériellement arriver jusqu'au peuple, pi par conséquent le séduire ; et nous allons le montrer sous une face nouvelle en prouvant que les populations d'élite, pénétrées par l'enseignement de la philosophie, avaient d'elle une idée entièrement lopposée à la nôtre, et que les partisans et les chefs de la Révo- Iiitioii voyaient dans les écrivains et les philosophes non des auxiliaires mais des ennemis.
Si, au moment où le peuple, intervenant pour la première foi^, depuis deux siècles, dans la discussion des affaires publiques, avait à choisir ses mandataires aux Etats Généraux, il s'était véritablement senti de l'estime et de l'admiration pour les philosophes, il est clair qu'il l'eût témoigné en les honorant de son choix. Paris surtout, qui était le séjour habituel et à peu près exclusif des lettrés, qui les voyait, qui les entendait, et qui était presque le seul à les lire et à les comprendre, aurait dû couronner leurif services par la noble mission de donner des lois au pays. Eh! bien, voici, rapportée par un contemporain éminent et fort bon juge, l'opinion générale qu'on avait à Paris , sur les hommes de lettres, au commencement de la Révolution.
(c Je dois observer, dit Railly, que je remarquai une grande défaveur dans l'Assemblée (c'était TÂssemblée électorale de Paris, formée le 11 mai 1789) pour les gens de lettres et pour les académiciens. Je puis en parler plus librement, en ayant été seul excepté.... Il y avait deux classes dominantes dans l'assemblée : les marchands et les avocats. Les marchands connaissaient peu les gens de lettres ; et il y a toujours eu rivalité entre eux et les avocats, qui pouvaient le plus les apprécier. Les gens de lettres n'ont donc pas été portés»,». Pourquoi si peu d'entre eux se sont-ils montrés au premier rang dans la Révolution ? Je ne dissimulerai pas q^e plusieurs ont pu mettre de la politique dans leur conduite ; que plusieurs, au milieu du combat des puissances , ont pu avoir la fausse sagesse d'attendre ^événement, et de ne pas se hâter de reconnaître Vauto»
rite nouvelle et légitime Peu de gens de lettres ont donc Joué
un. râle; les avocats en ont joué un vraiment beau.....; on peut dire que Von doit à leur ordre le succès de la RévoliUion^ n
iipsi, Bailly, homme de lettres et trois fois académicien, constate gu'â Saris mèJKe, c'eat-à-dire dans la capitale des lettres, les écrivains étaiengt en grande défaveur^ au commencement de la Révolution, it explique cette défaveur en disant que les écrivains s'étaient montrés géa^alement trop réservés à Tégard des idées nouvelles ; qu*ils s'étaient tenus à l'écart pendant la lutte, et qu-ils n'avaient voulu se prononcer qu'après l'événement. Il ajoute que les avocats avalent, au contraire, joué un beau rôle^ et que c'était à eux qu'était dû le succès de la Révolution.
ïï^pareil témoignage , sur la part qu'eurent les lettrés dans l'initiatire révolutionnaire, est d'autant plus significatif qu'il est dû à un lettré occupant un rang considérable, et qu'il fut écrit après la publication des cent brochures suscitées par l'arrêt du £S juillet. I^e rôle attribué aux avocats, dans l'avènement de la Révolution, est la vérité roème, comme nous l'avons montré dans le récit des longues luttes de la royauté avec les corps judiciaires. Quant à Voltaire, à Rous* seau et aux autres encyclopédistes, l'idée ne vient même pas à Railly de les nommer, au milieu des idées et des événements de 1789. Il y a donc bien loin, comme on voit, des écrivains du xviii siècle, tels que les représente Bailly, se tenant à l'écart de la Révolution, et ne se hâtant pas de la reconnaître, même après le succès, de ces mêmes écrivains, tels que les représentent les historiens de nos jours, démolissant la vieille société par leur audace, et entraînant le peuple dans le torrent de Jeurs écrits.
Âuj^ yeux de Bailly, qui n'était qu'à moitié révolutionnaire, les écrivains et les philosophes de la fin du xYiii" siècle ne s'étaient montrés que froids et indifférents pour la Révolution ; mais les véritables révolutionnaires les jugeaient bien plus sévèrement et ils voyaient en eux des ennemis, u Us ont combattu la Révolution^ disait Robespierre, dès le moment qu'ils ont craint qu'elle n'élevât le peuple aa-dessus de toutes les vanités particulières. Les uns ont employé leur esprit à frelater les principes républicains et à corrompre l'opinion publique; ils se sont prostitués aux factions. Les autres se sont enfermés dans une lâche neutralité» Les hommes de lettres, eo général, se sont déshonorés dans cette Révolution ; et à la bonté éternelle de l'esprit, la raisdn du peuple en a fait seule tous les frais. Hommes petits et vains, rougissez, s'il est possible ; les prodiges qui ont immortalisé cette époque de l'histoire humaine ont été opérés sans vous et malgré vous ». .»
C^tes, Robespierre devait se connaître en révolutionnaires; et il était, mieux que personne, en état de discerner ceux auxquels la Révolution devait quelque chose de ceux auxquels elle ne devait rien. Or, d'après lui, elle se fit sans les hommes de lettres et malgré ^ux; et ceux dont elle eut le moins à se plaindre restèrent, à son égard, dans une lâche neutralité.
* Robespierre, Rapport fait au nom du comité de salut public, sur les idées morales et religieuses, le 7 mai 1794.
Il ne faudrait pas croire, du reste, que Robespierre d^tinguât «ntre les philosophes du xyiii* siècle, encore vivants de son temps, et ceux qui étaient déjà morts. Il les confondait toôs dans la même ré^obation et dans le même mépris. Voici en quels termes, d'ailleurs justes et sévères, il jugeait les encyclopédistes ; et Ton reconnaîtra qu'il était loin de voir en eux, comme on le fait aujourd'hui, les précurseurs de la Révolution :
« Cette secte, en matière de politique, resta toujours 'au-dessous des droits du peuple; en matière de morale, elle alla beaucoup au delà de la destruction des préjugés religieux. Ces coryphée^ dicla- .. maient quelquefois contre le despotisme , et ils étaient pensionnés ' par les despotes ; ils faisaient tantôt des livres contre la Cour, et . tantôt des dédicaces aux rois , des discours pour les courtisans, et des madrigaux pour les courtisanes. Ils étaient fiers dans leurs écrits et rampants dans les antichambres. Cette secte propagea avec beaucoup de z4Ie l'opinion du matérialisme , qui prévalut parmi les grands et parmi les Leaux esprits. On lui doit une grande partie de cette espèce de philosophie-pratique qui, réduisant l'égolsme en système, regarde la Société hupiaine comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'iniuste, la probité comme une affaire de goût ou de bienséance, le monde comme le patrimoine des fripons adroits. »
Reste l'homme qui personnifia plus spécialement le xyiii^ siècle/ et que le silence de Robespierre pourrait peut-être faire excepter de la^haine et du dédain voués aux philosophes par les chefs de la Révolution. Mais il fut enveloppé, comme les autres, dans la proscription commune; car voici le jugement que la Révolution porta sur Voltaire par la bouche de Marat :
V. Voltaire, adroit plagiaire, qui eut l'art d'avoir l'esprit de tous ses devanciers , et qui ne montra d'originalité que dans la finesse de ses flagorneries; écrivain scandaleux, qui pervertit la jeunesse par les leçons d'une fausse philosophie , et dont le cœur fut le trône, de l'envie, de l'avarice, de la malignité , de la vengeance , de la perfidie et de toutes les passions qui dégradent l'espèce humaine ^ »
Il faut donc renoncer, en présence de témoignages si concluants et si formels, à cette idée, toute moderne, que la Révolution procéda de l'œuvre des philosophes du xyiii<* siècle, des travaux des écrivains . qui continuèrent cette œuvre , et des sentiments d'indépendance que la philosophie alluma dans le cœur du peuple. Ceux qui assistèrent aux débats de la Révolution, comme ceux qui la firent , constatent 'unanimement que ces écrivains et ces philosophes lui restèrent étrangers, ou qu'ils la trahirent quand ils ne la combattirent pas. Le peuple se tint éloigné de ces philosophes, et ses chefs les maudirent. Croit-on que Robespierre et Marat n'eussent pas au contraire béni la philosophie s'ils lui avaient dû leur puissance?
Un seul philosophe trouva grâce devant Marat et devant Robespierre ; ce fut Rousseau. Néanmoins , sa faveur ne fut pas générale
* Marat, VJmi du peuple, U9 431.
parmMes ré?o)|itionnatres ; car, Tud des p1us*éiftinents, Camille Desmaolios, avait cessé, d^ait^il, d'en être idolâtre depuis qu'il avait vu,. ^Ds sra confessions , que kousseau était devenu aristocrate sur ses vieux Jours,
Et qu'on n'allègue pas, comme on l'a fait souvent, que Voltaire et Rousseau avaient si bien préparé la Révolution Française qu'ih l'avaient annoncée dans leurs ouvrages. Ces sortes de prédictions tirent toute leur importance du vague des expressions et du hasard des éi^énements.
Rousseau avait dit : u Nous approchons de l'état de crise et du siècle des Révolutions >• » Voltaire, beaucoup plus clair et plus précis, avait dit : « Tout ce que je vois jette les semences d'une Révolution qui arrivera inâmanquablement, et dont je n'aurai pas lé plaisir d'être témoin... La lumière s'est tellement répandue de proche en proche qu'on éclatera à la première occasion, et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux; ils verront bien des choses '. »
Cette espèce d'intuition n'a rien que d'apparent et ne dépasse pas la portée ordinaire qui appartient aux grands esprits. Ainsi , Rousseau croyait approcher seulement du siècle des Révolutions, tandis qu'il touchait, sans le savoir, à la Révolution elle-même; ainsi, Voltaire croyait que la diffusion des lumières ferait tout éclater à la première occasion ^ tandis qu'au moment oili nous sommes, et dix ans après la mort de Voltaire, Louis XVI est obligé d'exciter le peu-» pie par des émeutes et par des libelles pour lui faire comprendre qu'il avait intérêt à l'établissement de l'égalité.
D'ailleurs, ce qui montre bien que ces sortes de prophéties ne sauraient avoir une valeur sérieuse, c'est qu'il serait aisé d'en citer d'autres, beaucoup plus précises encore , sans qu'il fût néanmoins possible d'en nier la puérilité. Ainsi , le poète Roursault aurait prédit la Révolution Française bien avant Rousseau et Voltaire, puisque, en 1700, il faisait dire à une greffière dans les Bourgeoises de qua^ litéj u C'est la saison des Révolutions que la fin des siècles. » Enfin, Peitier aurait très-clairement prédit, le 1«' mars 1790, la Révolution de 1850 et les ordonnances de M. de Polignac dans ces lignes des j^ctes des Apôtres : «c En 1830, oui, messieurs, c'est là le moment qu'ils (les prêtres) ont choisi pour sabrer la constitution^ détruire jusqu'au moindre vestige de la démocratie royale , et Varistocralie, renaissant de ses cendres, s'emparera de nos lanternes. » Certes, ceci est aussi positif et aussi net que Rousseau et que Vohaire ; et il faudrait nécessairement admettre aussi cette prédiction si le plus vulgaire bon sens n'ordonnait pas de les rejeter toutes.
Ces considérations , ces faits et ces preuves jettent donc un grand jour sur la part attribuée aux philosophes du xyiu<* siècle, dans la préparation et dans l'avènement de la Révolution Française ; et ils nous
* Rousseau, jS'mt/é.
> YolUire, Lett. d M. de Chauvlin,
pcrmâttront d'apprédeh aree une parftiite eiaetUuc^ , le oaaooiws qu'elle reçut àes ^éeriyaias 'suscités par M. de Brieone , le K juillet 1788. ^
Deux principes , le premier plus particulièreffleut histarique, le second plus particulièremeut philosophique, servent de base à la plupart de ces brochures, et eolaioment aux meilleures. Ces deux principes sont ceux-ci :
Prenièrement , il faut opérer le retour aux aocienoes constitutions du royaume , avec le maintien des trois ordres, et de Tantique ^torité des parlements '.
Deuxièmement, la loi doit être Témanation et TexpreBsion de la volonté io^viduelle et universelle '•
Comment peut-on concilier deux choses aussi distiuctes, aussi opposées , aussi essentiellement contradictoires que le sont le maintien des institutions antiques et la souveraineté individuelle ?-*Notre mission est d'exposer les idées des philosophes de 1788, et non de les défendre. Nous allons donc montrer d'où procédaient leur principe hislorique et leur principe philosophique. Le lecteur les jugera tous les deux.
Dans la pensée des écrivains les plus libéraux de 1788, dans la pensée de Target, de Rabaut de Saint-Etienne et du «omte d'Ëotraigues, le retour aux anciennes institutions de iâ France constituait un progrès, parce qu'à leurs yeux, Tagrandissement successif de la royauté était une usurpation.
Cette idée étrange, mais sincère, que nous ayons vue professée par tous les parlements du royaume , provenait de données inexactes et uttmrseilemait accréditées sur les origines de la société Française. Parmi ces erreurs, qui avaient cours vers la fin du xyiii* siècle, Tune d'elles supposait que la monarchie française avait commencé par être représentative, se fondant sur une fausse interprétation d'un oapituiaire de Charles le Chauve, mi il est dit : lex consensu populi fitemistituUoneregis'^y c^est-à-dk^e comme on traduisait alors : la loi se /ait par le consentement du peuple et par la constitution du roip
Le tort de cette traduction était d'avoir rendu populus par peupie, et rex par roi; car il n'y avait réellement, au ix« siècle, ni roi, m peuple, dans l'acception moderne de ces deux mots.
Cbarlemagne lui-même n'était le maître que dans ses propres Etats, qui étaient peu étendus et qu'il gouvernait par des préfets , ou envoyés, nomfl^és en latin Missi. Le capitulaire de l'année 825, rendu à une époque où Louis le Débonnaire avait repris de ses enfants le patrimoine de Charlemagne, montre que les Préfets se réduisaient à dix, résidant à Besançon, à Mayence, à Trêves, à Cologne, à Rheiiiis, 4 Sens, à Tours, â Lyon, à Tarentaise et è Vienne. Hors de là, celui
* Voir : — d'Enlraigues, Mémoire sur les États (;é«érflMjr.— Siéycs, Qu*e8i'Ce que le tiers-état ?— ' Jhid, ' Baluse, Capit. an, 864. '
%oVmi appelait rex Francorum n'éfait que k chef d'une puMsanle coofédératioD militaire , formée de princes i^dataires^ mais iadépeodawits, tous I^islateurs, justiciers, seigneurs et maîtres cbez eux, eomme le prétendu roi de France Tétait chez lui.
Quant à ce que le capitulaire nomme le peuple , c'était Ja réunion de ce corps de noblesse guerrière, qui couvrait alors la France et dont les domaines étaient cultivés par des esclaves. Ce qui apporté , beaucoup plus tard, le nom de peuple, de communes, ou de tiers» ètat^ n'existait pas encore , et n'a pris naissance et développement que par suite des afrranchissements du xi", du xii' et du xiii« siècles. Ce nouveau peuple entra, pour la première fois, aux Etats Généraux, sous Philippe le Bel, en 1502; et comme on l'y appelait pour lui demander de Targent, il y serait certainement entré longtemps avant cette époque s'il avait déjà existé.
D'ailleurs , la nature même des assemblées où le prétendu peuple était appelé prouve clairement qu'il était un corps de noliiesse guerrière. Ces assemblées portent, par suite d'un vieux préjugé bistorit|ue, le nom de Champ de Mars, ou de Champ de Mm, quoique le texte de Flodoard ou du Moine de St<Gali, qui les ont plus particulièrement décrites, fasse connaître que ces assemblées farent tenues indistinctement tous 1^ fsois de Tannée , et souvent deux fois dans le même mois. En outre, ces réunions avaient lieu à des distances si considérallies l'une de l'autre qu'il serait insensé de supposer qu'un peuple quelconq^ie eût pu %^y transporter, surtout à une époque où la France, couverte de forêts, n'avait ni ponts, ni routes, ni h^eileries ^
C'était donc une doniiée com{)lèlomeot inexacte que celle qui supposait un gouvernement représentatif dans les premiers siècles delà monarchie ; et c'était une pensée bien plus inexacte encore que celle qui voyait un progrès dans le retcur de la civilisation moderne aux sauvages riKiiments du passé.
Nous avons dit que ces mêmes brochures, qui demandaient à Louis XVI Je retour aux anciennes €<i;istkiitioRS, voulaient en même temps que la loi fût formée par l'expression de la volonté individuelle des citoyens. Cette dernière prétention, considérée par rapport à la première, en ëtait évidemment Ta négation ; car, dès qu'on admet que la volonté individuelle doit être considérée comme source de la loi
^ Voici un relevé que nous avons fait de quelques-uns de ces prétendus Champs ée mai, avec Tanuée et le mois de la réunion : — 820, janvier ;
— 821, février «< octobre; — 763, mars; — - 817, avril; — 823, mai et novembre ; — 824, juin ; — 840, juillet; — 825, août ;— 836, septembre;
— 826, octobre el juin ; —83.i, novembre; — 819, liécembre e/ juillet. Voici maintenant un relevé de dix villes où eurent lieu ces réunions :
— Nevers, en 763; — Compiègne, 757 ; — - Dur^n, 761 ; — Worms, 764;
— Attigny, 765 — Orléans, fè6 ; Valenciennes, 771 ; Paderborn, 777 ; — logelheim, 788 ; Mayenee, 800. Ainsi, le moyen de comprendre qu*aux années 764, 765 et 766, le corps électoral français se fût transporté à Buren, en Prusse; à Attigny, dans les Ardennes; et à Orléans, sur la Loire !
Don-sealement on ne paît nat prescrire â cette folodté le- maintien de telles ou de telles institutions, mais nul ne saurait prévoir où s'arrêtera le cours des volontés/ c'est-à-dire des passions ou des fantaisies hmnaines.
Considévée-en elle-même, la théorie qui fait de la volonté individuelle la source et le type même de la loi veut être examinée mûrement; et comme elle sert de base à la brochure de l'abbé Siéyès, c'est à son occasion qu'elle va être discutée et appréciée.
La brochurede l'abbé Siévès, de beaucoup la plus célèbre de toutes, fut, ainsi que les autres, le fruit de l'arrêt du 5 juillet. Elle porte la date de 1789, et dut paraître avant le 24 janvier '.
Elle traite deux questions très-distinctes; d'abord, la question politique,,vue dans le moment; ensuite, la question politique, vue en elle-même. La première moitié de son travail est un morceau de polémique soutenue dans l'intérêt du tiers-état, contre la noblesse et contre le clergé; la seconde est un morceau de métaphysique expliquant l'origine des sociétés et l'organisation des gouvernements.
La première moitié du travail de l'abbé Siéyès est consacrée à établir une prétention fort simple en elle-même, car elle copsiste à dire que le tiers-état est tous ', et, par conséquent, qu'il est la nation ellemême. Siéyès fonde cette prétention sur deux raisons; *^ui sont celles-ci :
Premièrement, la nation étant un corps d'associés, vivant sous /a loi commune^ la noblesse et le clergé n'en font point partie, parce qu'ils vivent sous la loi exceptionnelle du privilège.
Deuxièmement, le tiers-état comprend vingt-ctnq millions d'individus accomplissant tout le travail de la société, tandis que les deux ordres privilégiés ne présentent pas deux cent mille personnes remplissant des fonctions lucratives ou honorifiques. Si donc on retranchait les ordres privilégiés, la nation resterait, non quelque chqse de moini, mais quelque chose de plus.
Voilà la première thèse de Siéyès ; thèse fort simple, comme on voit, mais encore plus absurde que simple.
D'ab«rd, il était absurde d'exclure la noblesse et le clergé de la nation sous le prétexte qu'ils étaient régis par le privilège au lieu de l'être par la loi commune. A ce compte, le tiers-état, non-seulement n'aurait pas composé la nation, mais en aurait été lui-même exclu, parce que la plus grande partie de ses membres vivaient hors de la loi commune, ou plutôt, parce que, sous l'ancienne société,- qui était formée de pièces de rapport, il rt^y avait pas de loi commune.
Ainsi, les^ bourgeois de Paris, m dire de Siéyès, n'auraient pas fait partiç de la'nation, car ils jouissaient de privilèges considérables.
^ En effet, une note de la page S2 dit qu*ên vient d^accorder au tiers la double représentation, ce qui indique la date du 37 décembre 1788 ; et une autre note de la page lOSiiiscute la question de Télection en commun des trois ordres, questioiSnranchée par la convocation des assemblées primaires., le 24 janvier 1789.
* Siéyès, Qu'est^e que le tierg'étai ?
Ils étaient exempts de la taille.
Ils étaient exempts des droits ^Aidé^^ appelés gros et augt^eii^
tation.
Ils étaient exempts du' droit de franc-fief.
Ils étaient exempts des droits d'entrée sur les denrées, pçpvénant de leur crû, et Necker estime cette exemption à une valeur de 400,000 à 500,000 fr.
Ils pouvaient acquérir des fief^ dans toute retendue du royaume.
Ils pouvaient user de brides d'or.
Ils pouvaient porter les armes de chevalier, comme nobles de génie et origine ^
Ainsi encore, les ouvriers du faubourg Saiot-AntoiDe,à Paris, n'auraient pas, au dire de Siéyès, fait partie de la nation, car ils étaient exempts des droits de maîtrise comme habitant sur le territoire de l'Abbaye ; et cette exemption était considérable, puisque les frais de maîtrise s'élevaient, comme nous l'avons dit, à un taux moyen de 21 S fr. par personne.
Ainsi encore, les villes de Poitiers , de la Rochelle, de Saint-Jeand'Angely, d'Angouléme, de Saint-Maixent, de Tours, de Niort, de Cognac, de Toulouse, de Bourges, d'Angers, d'Abbeville, de Lyon, de Péronne, n'auraient pas, au dire de Siéyès, fait partie de la nation, car ces villes étaient réputées nobles , et leurs habitants pouvaient posséder des fiefs.
Ainsi encore, le bourg de Blérancourt, dans le département de l'Aisne, n'aurait pas, au dire de Siéyès, fait partie de la nation, car il a?ait, comme une infinité d'autres, le privilège d'un marché franc; privilège pour le maintien duquel St-Just implorait, le 19 août 1790, la protection de Robespierre.
La prétention de voir la nation entière dans le tiers-état, sous le prétexte que la noblesse et le clergé n'étaient pas régis par la loi comnnine, n'avait donc aucun fondement ; et elle ne pouvait provenir que de l'ignorance la plus complète et la plus étrange au sujet des faits les plus vulgaires de l'ancienne organisation du pays.
Ensuite, la seconde raison alléguée par Siéyès, pour décj^rer la noblesse et le clergé étrangers à la nation, n'est ni plus fondée, ni plus sensée que la première.
Le tiers-état comprenait, il est vrai, près de vingt-cinq millions d'in-. dividus, tandis que la noblesse et le clergé n'en comprenaient guère plus de deux cent mille; mais cela n'empêchait pas que la nation ne comprit le clergé et la noblesse. L'ar/iiée de Louis XVI comptait trois cent vingt mille 'soldats, et ne comptait que onze mille officiers , et cependant les officiers faisaient partie de Tarmée. Le clergé du temps de Louis XYI comptait quarante mille prêtres, et no comptait que cent quarante prélats ; etj^pendant les prélats faisaient partie du clergé. Enfin, le roi était tout seul de son espèce ; et cependant le roi de France faisait apparemment pariiode la nation française. .
* Fontanon.— Ze/^/'a^. du 9 août l^ll,c(mtinuée8 en septembre 1409.
— 5Si —
Le clergé et la noblesse auraient été dix fois moins nombreux eneore^ qu*ils n*en auraient paê moins possédé leur nationalité pleine et entière, au même titre que tout le monde. Le nombre ne saurait, en'effet, ni rien ajouter à un droit, ni en rien retrancher. Le droit est un ; et quand il réside en un homme, il y est aussi complet et aussi sacré qne s'il résidait en mille.
C'était d'ailleurs un bien misérable oubli, de la part de Tabbé Siéyès, que celui qui lui faisait perdre de vue la cause pour laquelle 1e nombre de la noblesse était si restreint. Jusqu'au xyi« siècle, la noblesse avait formé à peu près exclusivement les armées françaises; . et c'était elle , par conséquent, qui avait couvert de ses cadavres les champs de bataille, depuis Clovis jusqu'à Charles VIIL II restait donc, en 1789, bien peu de noblesse en France, parce qu'elle était morte a Bouvines, à la Massoure, à Crécy, à Poitiers, à Nicopoiis, à Azincourt ; parce qu'elle avait donné son sang pour l'honneur et pour l'intégrité de la France, avant que le tiers-état, qui devait hériter de son courage, ne fût appelé aux armées.
Lorsque César et Tacite racontaient que toute la noblesse des Ëduens, des Nerviens, des Yénètes et des Chérusques était morte, en défendant le territoire de la patrie '; lorsque Aristote racontait Textermination de la noblesse de Tarente, de la noblesse d'Argos et de la noblesse d'Athènes, tombées en combattant pour le salut du peuple, ils ne refusaient pas aux derniers rejetons de ces familles illustres et malheureuses la consolation et la gloire d'appartenir encore à leur pays.
L'injure faite .au clergé par l'abbé Siéyès n'était pas moindre. Ses membres étaient moins nombreux, sans aucun doute, que le peuple lui-même, parce qu'il suffît toujours d'un pasteur par troupeau ; mais si peu qu'ils eussent été dans les rudes siècles du moyen âge, ils n'avaient pas moins suffi à instruire, à civiliser, à affrancbiV ce même peuple, dont le vicaire-général de Chartres se faisait' lé flatteur ; et il était au moins singulier qu'on prétendit les exclure d'une nation dont la formation, la puissance et les lumières étaient, en grande partie, leur ouvrage.
Du reste, malgré le ton dogmatique de ce qu'il appelle ses prin* cipes, l'abbé Siéyès n'était pas très-sûr de leur justesse; et la preuve, c'est qu'il en changeait souvent. Ainsi, après avoir dit que la Nation, c'était un corps d'associés vivant sotis la loi commune % il dit plus loin, que la Nation , c'est tous les habitants et, tous les tributaires de la chose publique ^. Or, le clergé et la noblesse étaient habitants du territoire, et tributaires de la chose publique, ils faisaient don'c partie de la nation ; et ce n'était pas la peine d'élever un grand échaffaudage de sophismes, dans la première partie de sa brochure, pour le démolir lui-même, en trois mots, dans la seconde.
Nous voici arrivés à la partie sérieuse et fondamentale de la bro-
^ César, de Bello galUco. — Tacite, Jnnales, ' Siéyès, Qu'est-ce qw le tiers ékftf — ' IMi
Ibid,
chnre de Tabbé Siéyès. Il y donne ses idées sur Torigine des sociétés et sur la formatîon des gouvernements. Ces idées n'avaient alors rien de nouveau, car elles appartiennent toutes au Contrat Social de Rousseau, jusqu'à celles dont Rousseau lui-même avait pris soin de dénionlrer la faUïâelé.
Cependant, on ne peut pas se dissimuler que ces idées ne soient celles qui prévalurent à la constituante ; qui traversèrent, avec diverses chance^, toute la Révolution, jusqu'à l'empire; qui furent préconisées par ïè plus grand nombre d'écrivains et de journaux, pendant la durée de la restauration ; qui minèrent sourdement le règne de Louis-Pbilippe ; et qui viennent de reparaître, dans toute leur fraîcheur, et de s'établir avec toiïtes leurs conséquences dans la constitution dé 1848. La fortune réservée à ces idées et la carrière qu'elles ont fournie, si elles n^ajoulent rien à leur valeur intrinsèque, ne leur donnent pas moins une importance considérable, et imposent la plus grande déférence, môitaé à l'écrivain qui doute de leur efficacité !
L'histoire est pleine (fexemples qui prouvent que les peuples sont snjels à Terreur, comme les simples particuliers; et l'on pourrait citer des principes qui ont complètement disparu de la surface de la terre, après avoir dominé et passionné les hommes pendant plusieurs générations. Où est l'erreur des Ariens? Où est Terreur des Pélagiens? Où est Terreur des Vaudois? Toutes ces doctrines, et bien d'autres, sont mortes; et les peuples ont reconnu, en les abandonnant, qu'ils s'étaient trompés quand ils les avaient accueillies. Cependant, l'erreur générale des peuples est toujours respectable, parce qu'elle est sincère, et qu'ils n'ont pas, comme les sophistes, des motifs d'intérêt ou de varttté pour la soutenir.
Nous auons donc, sous ces réserves, exposer les idées de l'abbé Siéyès, qui avaient été longten]ps et qui sont redevenues les idées officielles de la !^rance; et, soit qu'on en examine les principes, soit qu'on en examine les conséquences, nous montrerons qu'elles n'ont qu'une simpfô apparence d'exactitude et de solidité.
Trois considérations générales, placées par Siéyès dans sa brochure, sont nécessaires à connaître pour en apprécier l'esprit et pour en découvrir le but.
« Jamais, dit-il d'abord, on ne comprendra le mécanisme social si l'on ne prend pas le parti d'analyser une société comme une machine ordinaire ^ m Ainsi, les hommes, leurs idées, leurs croyances, leurs sentiments, leurs passions ; toutes les choses mystérieuses, inexplicables, mais réelles de la nature humaine ; l'amour de falTiilIe, l'amitié, l'abnégation, le dévouement, l'humilité, l'exaltation, le mysticisme, tout cela ne constitue, aux yeux de Siéyès, que des matériaux pour la construction d'une machine ordinaire. L'âme, l'esprit, le coeur seront des roues, des échappements, des pivots ; et lorsque la machine sociale aura été construite conformément aux règles de la mécanique, la société, c'est-à-dire la liberté, l'intelligence,
^ Siéyès, Qu'est-ce que le iiers-élat?
la gloire, la richesse, Tordre, tourneront comme un moulin, dont les pignons vivants s'appelleront Homère, Alexandre , Périclès, Phidias ou Raphaël.
Puisqu*il voulait organiser les hommes comme une machine, Siéyès aurait bien dû demander à Dieu de leur ôter le libre arbitre et les passions ; car, lorsqu'il aura construit son moulin pour tourner à droite, le moulin est bien capable, par esprit de contradiction, de vouloir tourner à gauche; et ce ne sera pas un médiocre embarras, si la roue nommée César, placée dans la Gaule pour y faire son office, a la fantaisie de laisser là son engrenage pour s*en aller à Rome, et chasser de son poste la roue nommée Pompée.
Un peu phis loin, Siéyès ajoute : » Mais au moins, dira-t-on, ce sont là des choses absolument impraticables pour le temps. Aussi, je ne me charge point de les pratiquer. Mon rôle, à moi, est celui de tous les écrivains patriotes; il consiste à dire la vérité. » Ainsi, Siéyès ne pense pas que, lorsqu'il indique au gouvernement de Louis XVI ce qu'on aurait dû faire ', il soit nécessaire de s'inquiéter 'si ce qu'on aurait dû faire est faisable. Non-seulement, en exposant son système de politique, il en admet la difficulté, mais il en admet jusqu'à l'impossibilité; et il ajoute, avec une natveté rare, que son rôle et celui des écrivains patriotes n'est point de proposer des choses praticables, mais des choses vraies; comme si, en politique et en tout, le vrai était hors du possible !
Enfin, Siéyès ajoute encore : u Je sais que de tels principes ne seront pas du goût même des membres du tiers les plus habiles à défendre ses intérêts. Soit, pourvu que l'on convienne que je suis parti des vrais principes et que je ne marche qu'à l'appui d'une bonne logique... Cependant, en montrant au tiers toute l'étendue de ses droits, notre intention n'est point de l'engager à en user en toute rigueur. » Ainsi, Siéyès, poussé dans ses retranchements, confessera, si l'on veut, que ses doctrines ne méritent pas Tapprobation des défenseurs les plus éminents du peuple, pourvu toutefois qu'on lui accorde que ses principes sont exacts et ses conséquences bien déduites.
Ce n'est donc plus un maître en politique, mais un maître en dialectique, un démonstrateur en syllogisme, quelque nouveau Doclor subtilis, jaloux de la gloire de Duns-Scott. Nous allons donc examiner si, en effet, il est parti des vrais principes; après avoir néanmoins fait observer que montrer au peuple ses droits, et lui conseiller de n'en pas user, c'est, non pas un principe, mais une puérile inconséquence. D'abord, il serait inutile d'avoir des droits s'il était interdit d'en faire usage; ensuite, il est dans la nature des hommes non-seulement d'aller jusqu'à la limite de leurs droits mais encore de la franchir*
Ce que l'abbé Siéyès appelle les vrais principes, ce sont ses idées sur l'origine des sociétés et sur la formation des pouvoirs* Voici comment il les formule :
* G^est le texte littéral de son chapitre*
« Un nombre pins ou moins considérable d'indmdus isolés veulent se réunir. Par ce seul fait, ils forment une nation. » C'est ainsi, d'après Siéyès, que les nations ont pris naissance.
tt Les associés..., trop nombreux pour exercer eux-mêmes leur tolonté commune..., en détachent une portion et en confient Texercice â quelques-uns d'entre eux. » C'est ainsi, d'après Siéyès, que lespou- Toirs se sont formés.
S'il est une hypothèse dont la dialectique de Rousseau ait démontré, d'une manière irrésistible, la fausseté et Tabsurdité, c'est précisément cette hypothèse renouvelée par Siéyès, et d'après laquelle les hommes, ayant existé primitivement d'une manière individuelle et isolée, se seraient ensuite réunis pour former une société et pour en constituer les pouvoirs.
La simple réflexion fait voir, et Rousseau prouve jusqu'à l'évidence que si les hommes avaient commencé par être isolés, ils n'auraient jamais pu se réunir.
D'abord, un homme entièrement isolé ne pourrait pas vivre, parce que la longue enfance de l'homme lui rend la société nécessaire. Toutes les créatures qui ont un état équivalent à l'enfance ont reçu de Dieu un d^ré de sociabilité proportionné à la faiblesse et à la durée de cet âge. Ensuite, l'isolement n'aurait pas permis à l'homme de se défendre contre les innombrables bètes Féroces du monde primitif pendant les longues années qui auraient nécessairement précédé la construction des maisons et l'invention des armes. Enfin, des hommes isolés et se rencontrant fortuitement dans les bois n'auraient jamais pu, faute d'une langue et d'idées communes, se réunir et tomber d'accord entre eux d'une forme de gouvernement.
D'ailleurs, l'hypothèse d'hommes vivant, au commencement du monde, isolés et à l'état d'individus, est par elle-même fausse, parce qu'il n'y a jamais eu de créatures vivant isolées qui n'avaient pas reçu de Dieu la nature sociable. Si donc les hommes avaient pu vivre isolés seuIemeAt une année, c'est qu'il eût été dans leur nature et dans leur destination de ne se réunir jamais. C'est ainsi qu'on ne voit point les loups former des monarchies ou des empires, malgré la succession des siècles qu'ils ont eue pour se concerter, tandis qu'on a toujours vu les abeilles réunies en société et en gouvernement. Chaque espèce d'être vivant a donc reçu du créateur, dès sa formation, les conditions essentielles et constitutives de sa nature ; et elles se sont toutes mises à vivre, dès le premier moment , comme elles devaient vivre toujours.
Ainsi, ce n'est pas d'hommes isolés que se composait l'espèce humaine primitive; c'est de familles; et le fait primordial de l'humanité, ce n'est pas l'individu, mais la société.
L'existence de l'individu ne précéda donc point l'existence de la société et du pouvoir ; et celui-ci ne put pas être l'émanation et le résultat des volontés individuelles.
Le pouvoir exista en même temps que la société, et la société en même temps que l'homme. Ce pouvoir était celui de celte société
priBiiiiTe .eUe-mème» i>'e9tTâ-d|re le pouvoir de la hu^^ p|U*4pmifié
dans son chef.
Voilà, pour parler comme Tabbé Siéyès, les vrais priniG|pe3. Ite reposent à la fois sur le bon seps et sur la tradition. Ils sont de la |pjg;ique et ils sont de T^istoire. Appliquons maintenant la dial^ctjy^e a ces principes/et Mrons-en les principes qu'ils contiennent.
Puisque la vie des hommes en famille était la condition néoe^s^fe de leur existence, le pouvoir du père de famille jetait ce qu'il devait ^Ire, et ce qu'il pouvait être. Par conséquent, il était légitime. |^s membres de la famille n'eussent pas été fondés à se plaindre ,d^ ce qu'ils obéissaient à ce pouvoir, sans l'avoir consenti et délégué, puisque, pour le déléguer, il aurait fallu l'avoir, c'est-à-dire être «euixmèmes chefs de famille. Ajoutons que dans cette société prim/UY^e et fudip)entaire, entourée d'obstacles de tout genre, et sans garantie, publique d'aucune sorte, la dictature patriarcale était nécessaire à la formation des peuples comme la dictature politique le fi^t plus tard à leur conservation dans les circonstances difficiles.
D'un autre côté, puisque le pouvoir servant de Constitution à la famille était légitime, les divers pouvoirs politiques auxquels il (ionna naissance par la suite étaient légitimes pareillement. Ainsi, soit que les familles patriarcales se groupassent en tribus, avec un gouv/^rnepient oligarchique; soit qu'elles se groupassent en puissances feudataires, avec un gouvernement monarchique, les familles emportaient avec elles, dans toutes ces combinaisons, la légitimité de leur puissance primitive. Sans doute, il devait arriver que cette puis3ance,ex€rcée par des hommes souvent grossiers et violents, donnât naissance à des actes cruels et injustes ; il pouvait y avoir de mauvais rois, comme de mauvais décemvirs ; mais ces abus, imputables au temps, aux mœurs et aux personnes, n'attaquaient pas, dans leur essence, la puissance royale ou la puissance décemvirale, le gouvernement d'un seul, ou le gouvernement de plusieurs.
On arrive donc par ces données, également simples et vraies, à établir ce qui n'aurait jamais dû avoir besoin d'être établi pour des hommes de bon sens, à savoir que tous les anciens pouvoirs, a la condition d'être régulièrement établis et loyalement exercés, jetaient parfaitement légitimes ; que le manque du consentement expriès des volontés individuelles à leur établissement n'en viciait pas l'essence ; qu'il est faux que la monarchie ne soit point un roi, mais qu'elle soit le crime ', comme le disait St-Just ; qu'il est absurde de s!imaginer que tous les gouvernements qui ont couvert la terre, depuis si^ mille ans, ont été usurpateurs faute d'avoir obtenu leur institution du libre suffrage des hommes ; et que les milliards de créatures humaines soumises a ces gouvernements ont été des victimes, faute d'avoir &u, ou d'avoir pu faire valoir leurs droits naturels.
Il répugne, et il répugnera éternellen^ent à la raison la plus vul-. gaire, de supposer que l'humanité tout entière a été, pendant soi;iaote
* St-Just. Happoré à la Convention nationçiledu Ufijmvier 1794.
sièdes, ttehç et crioiîiielle sans le savoir, et que i'équité et la liberté ont été découvertes , pour la première fois , par l'abbé Siéyès , vers Iel5jaayierl789.
£n résumé, la société étant le fait primordial de Thumanité, le pouvoir n'a pas pu tirer son origine du concours des volontés indi- Tiduelles, et sa l^itimité n'a pas absolument besoin de ce concours. L'bypolhèse basée par Siéyès sur cette origine est donc complètement gratuite ; et les conséquences qu'il en tire pour l'organisation du corps social n'ont aucun fondement.
ta réfutation du principe absolu de Siéyès sur la formation des sociétés et sur l'origine du pouvoir nous a conduits à constater que les sociétés ne procèdent pas essentiellement des individus, et que le pouvoir n'a pas pour cause primitive et nécessaire le concours des ' volontés isolées. Dès lors, les sociétés antiques ne se sont pas formées au détriment des droits individuels ; et la théorie de la souveraineté du peuple , au lieu de sortir de l'essence même de Thomme et des sociétés, au lieu d'être, par conséquent, une loi naturelle des individus et des nations , s'appliquant au passé pour le maudire et à l'avenir pour le gouverner, n'est plus, en définitive, qu'une conception rationaliste comme une autre, qui vient disputer aux divers systèmes politiques l'organisation des pouvoirs publics.
L'adoption d'un système philosophique par un gouvernement ajoute sans contredit à son importance historique, mais elle ne saurait rien ajouter à sa solidité réelle. Le paganisme ne fut pas sauvé par Julien.
C'est donc en elle-même , c'est dans son principe et dans ses'consëquences , que la doctrine de la souveraineté du peuple veut être examinée ; mais elle ne saurait alléguer d'autres droits à l'estime et à l'obéissance des hommes que ceux qu'elle pourrait tirer de sa supériorité sur les autres gouvernements.
Le principe de la souveraineté du peuple, c'est un droit qu'on suppose inhérent à la volonté individuelle, ayant la même étendue pour chacun, et tellement attaché à l'existence de l'homme que nul ne saurait ni l'aliéner, ni le prescrire. Sur ce principe, Siéyès a dit : « la nation est l'origine de tout; sa volonté est toujours légale ; elle est la loi même. » 11 s'élève contre cette théorie plusieurs objections fondamentales et insolubles.
Premièrement, ceux qui la proposent ne sauraient expliquer comment on peut concevoir un droit politique naturellement et nécessairement attaché à l'individualité d'une créature humaine. On le concevrait sans doute, si l'on disait que ce droit est attaché à l'intelligence, à la moralité , aux œuvres de cette créature ; mais alors ce droit aurait des degrés divers , selon l'esprit, les vertus et les œuvres des personnes. Or, ce serait là une hérésie en matière de souveraineté ])opulaire. La doctrine pose en principe que tous les hommes sont égaux et ont les mêmes droits ; et elle met sur le même rang , quant à la souveraineté, un savetier et Newton, un voleur et Saint-Vincent de Paul.
Le droit de la volonté individuelle ne peut donc être assis que sur
le fait matériel de Pexistence. On serait souverain , parce qu^on est. Or, nous disons que la raison se refuse à comprendre par quel mystère un droit politique peut exister dans une créature qui vient de naître, qui vit longtemps sans avoir la conscience de sa vie, et qui meurt emportant avec elle celte souveraineté qu'elle n'a ni méritée, ni voulue, ni connue. Nous ne parierons pas de Timmoralité qu*il y a dans une distribution égale de droits faite à des individualités inégalement méritantes ; nous nous bornerons à dire que Thypothèse d*un droit politique, reconnu comme existant à priori dans une créature humaine, est complètement inintelligible et inexplicable, et que Siéyès et Rousseau font dire du peuple ce qu'on disait autrefois des nobles, qu'il est en possession de ses droits pour avoir.pris la peine de naître.
Deuxièmement, quand bien même on admettrait Texistenced'un droit politique attaché à la personnalité humaine, on ne saurait nullement conclure de cela, ni que chaque homme séparément, ni que la nation, réunion de tous les hommes, fût en possession d'une souveraineté quelconque.
£n effet, si grand qu'on suppose le pouvoir de la volonté humaine, ce pouvoir ne peut jamais aller jusqu'à supprimer la réalité et changer la nature des choses. La volonté d'un homme ne peut pas supprimer Dieu , ni faire que le faux soit vrai, ou que le crime soit vertu. £n disant que la volonté de la nation est la loi elle-même , Siéyès ajoute nalivement : <( Avaul elle et au-dessus d'elle, il n'y a que le droit naturel ; )> en d'autres termes, avant et au-dessus de la volonté de la nation, il n'y a rien du tout, excepté pourtant Dieu, la murale, la justice et la raison, — - ])eu de chose, comme on voit !
Ainsi, dans les affaires politiques comme dans les affaires ordinaires de la vie, la volonté des individus a, ainsi que la volonté des na~ lions, des limites naturelles qui l'arrêtent; ce sont les limites du vrai et du faux, du bien et du mal. Sans doute, Thomme peut , comme les nations, franchir ces barrières naturelles; il peut confondre le faux avec le vrai, et violer toutes les lois religieuses et morales ; mais pouvoir faire n'est pas l'équivalent d'avoir le droit de faire; et, en violant ces lois, il les constate.
Il est donc impossible de découvrir les traces d'une souveraineté quelconque dont Thomme serait investi. Dans les choses politiques, comme dans les choses domestiques, il n'est jamais en possession que de son libre arbitre, qui lui permet de choisir, sous sa responsabilité, entre le bien et le mal. Ainsi il a la faculté de se donner un mauvais gouvernement comme il a celle d'établir un régime vicieux dans sa maison ; mais ses actions ne cessent jamais d'être soumises aux jugements de la Providence, et l'on est coupable, à ses yeux, d'être mauvais citoyen comme d'être mauvais père. *
11 n'y a donc ni un ordre d'idées, ni un ordre de faits dans lequel la volonté humaine puisse jamais être dispensée de la raison et de la justice, et dii elle puisse dire avec fondement :
Sic voio, sicjubeo; stat pro ratione voluntas!
Dès lors, toute la souveraineté de l'individu et des peuples se ré-
duit â la simple et libre dc^fermination de lliomine entre le vrai et le faux, entre le juste et Finjusle; et ce n'était pas la peine d'inyenter un mot si ambitieux pour une chose si vulgaire.
Donc, la souveraineté du peuple, inintelligible et inexplicable en principe, n'existe pas et ne saurait exister en fait. Ou admettrait encore son existence que des difficultés insurmontables s'élèveraient contre son application.
D'abord une souveraineté fondée sur les volontés individuelles ne saurait arriver humainement à établir ni une société, ni un gouvernement, puisqu'il faudrait que le concours de ces volontés fût unanime. En effet, dès que la souveraineté est dans la volonté, les minorités, qui ne veulent pas, sont dispensées d*obéir. Siéyès, du reste, le reconnaît lui-même en disant : u Une ou plusieurs parties intégrantes d'un corps moral ne sont rien séparément. Le pouvoir n'appartient qu'à l'ensemble. Dès qu'une partie réclame, l'ensemble n'est plus '. » 1/ensemble d'un corps, qui fait la loi, est donc détruit par une seule protestation ; et il suffit d un dissident pour annuler toutes les lois et dissoudre un empire.
Ensuite, une souveraineté fondée sur les volontés individuelles ne permettrait pas à la société de se promettre même deux jours de durée, puisque les volontés individuelles étant toujours et essentiellement libres pourraient, à chaque instant, demander et opérer le changement de toutes les lois de l'Etat. Siéyès le proclameavecla plus grande franchise en déclarant qu'il serait aàsur de de supposer ïa nation liée a sa constitution, Siéyès va même plus loin encore, car il ajoute qu'une nation ne peut pas valablement s'engager à renoncer, pendant un temps quelconque, aux changements qu'elle est toujours en droit de faire à ses lois, u Non-seulement la nation n'est pas soumise à.une constitution, mais elle ne peut pas l'être, mais elle ne doit pas l'être... Dira-t-on qu'une nation peut, par un premier acte de sa volonté, s'engagera ne plus vouloir âr l'avenir que d'une manière déterminée? D'abord, une nation ne peut ni aliéner, ni s'interdire le droit de vouloir. En second lieu , qu'est-ce qu'uu contrat avec soimême?... De quelque manière qu'une nation veuille, il suffit qu'elle veuille. »
On voit donc que, même en admettant la souveraineté individuelle intelligible en principe et réelle en fait, elle deviendrait irréalisable dans l'application ; de telle sorte qu'il serait moralement et matériellement impossible d'organiser lui peuple sur les données de cette théorie. Aussi, depuis près d'un siècle qu'elle est scientifiquement formulée, s'en est-on plusieurs fois servi pour démolir des sociétés, jamais pour en construire. Les idées fausses, absurdes et immorales qu'elle suggère aux hommes sur le pouvoir de leur volonté, sont un redoutable instrument de destruction ; mais elles sont aussi, et par cela même, un obstacle insurmontable et absolu au rétablissement et au maintien de l'ordre. La constitution de 1795, qui se rapprocha
* Siéyis, Qu'est-ce que le tien^^tat r
l,e plus de9 principes de cette théorie, ne les adopta pa^ plfsipejoeDl '. Proclamée par la Confention le 24 juin , et par les dél^ués des assemblées primaires le 10 août, elle fut suspendue le 10 octobre, pour n'être jamais appliquée. C'était St-Just qui Tavait principalement rédigée % ce fut St-Just qui la fît suspendre.
Telles furent les doctrmes rapportées dans la politique par les écrivains que suscita M. de Brienne,au mois de juillet 1788. Ils ne proposèrent, comme il était aisé de le pressentir , aucune idée pratique, suggérée par la connaissance des hommes et des affaires. Le seul point sur lequel le but de M. de Brienne se trouva atteint^ ce fut le déchaînement des lettrés contre tous les ordres privilégiés. Sur ce point même, le but devait être et fut dépassé, car les lettrés attaquèrent tous les pouvoirs sur lesquels reposait Fancienne France. La plupart' d'entre eux n'avaient pas la conscience de ce qu'ils faisaient, et traitèrent les grandes.et difficiles qjjestion de l'organisation des sociétés comme ils eussent traité de petits problèmes littéraires. Aussi, bien peu restèrent-ils fidèles à l'esprit de ces brochures, rapidement et légèrement composées. Cérutti et Target firent des brochures royalistes, et devinrent républicains; d'Entraigues fil une brochure répubhcaine, et devint royaliste.
ii'abbé Siéyès ne voyait pas plus clair que les autres dans ses opinions. Son système de souveraineté individuelle entraînait la République la plus démocratique que les hommes eussent jamais rêvée ; et néanmoins, dans la polémique qu'il soutint plus tard contre Thomas Payne, Siéyès se prononça Fermement contre la République et pour la monarchie. 11 abandonna de même la plupart de$ principes établis dans sa brochure. Ainsi, il laissa déci*éter la suppression des mandats impératifs, après avoir dit qu'il « n'appartient pas au corps des délégués de déranger les limites du pouvoir qui lui a été confié ; » et il présenta un plan de constitution aux Ëtats Généraux , après avoir dit que « les Etats Généraux, fussent-ils assemblés, sont incompétents à rien décider sur la constitution. »
C'était un esprit médiocre, ambitieux et louche. Ses idées ne s'élevaient pas au-dessus de cet imbroglio, fort à la mode de son temps, qu'on appelait de la métaphysique. Dépourvu du savoir qui embrasse les faits, et du jufjement <pii les apprécie, il se réfugia dans la région des rêves idéologiques. Il fut mêlé à la plupart des grandes luttes, et il ne parût dans aucune. Robespierre l'appelait la Taupe de la Bëtolui i on ^.
Allié des constitutionnels à l'Assemblée nationale, il vota néanmoins la mort du roi 4 ; allié des Girondins à la Convention, il les laissa périr
* L'article 115 f-xigeait la volonté du dixième des assemblées primaires, et de la moitié plus un des départements pour que la révision partieUe on totale pût être opérée.
* Barrère, Mem.—^ Ibid,
■* Siéyès a éié accusé d'avoir volé ainsi : la ftwri sans phrase. Voici la cause de celle accusation el de celte erreur. Les députés, appelés à la tribune, voLaieiU à l)^ule Yoix par appel oo-
Hos lp9 Aéiendrie. « l| ne cesse, disait Robespierre , d'agir dans les souterraios des assemblées: il dirige et brouille tout. Il soulèfe les tètes et disparaît. U crée les factioos, les met en mouvement, les pousse les unes contre les autres, et se lient à Fécart, pour en profiter ensuite, si les circonstances lui conviennent '. » Mirabeau lui donna un relief consijdérabljs par un mot resté célèbre ; mais Mirabeau se bâta de déclarer que son mot n'était qu'une plaisanterie '. Heureusement pour Fabbé Siéyès, le texte resta, et le commentaire disparut.
L'ambition de Siéyès, quoique ardente, r^ardait toujours sa proie de côté. lababile à parler, il conseillait les orateurs et les envoyait à la tribune. Cette conduite occulte, et le respect de son temps pour ridéologie, le préservèrent pendant la Révolution et lui conservèrent un grand crédit dans l'opinion publique. Ronaparte seul le comprit et le jugea. Il mit au rebut son projet de Constitution consulaire, chef-d^œuvre de cette mécanique idéale dont Siéyès avail été Tluventeur, et il le consola en lui abandonnant la caisse du Directoire, rHôtel du Domaine, la Ménagerie de Versailles, la Terre de Crosne, UD hôtel rue du faubourg St-Honoré, et deux cent mille livres de rentes ^. Siéyès accepta la consolation et disparut.
Il y eut cependant une sanglante épigramme, attachée comme une moralité, à cette longue carrière commençant par de la métaphysique et finissant par des trésors. L'abbé Siéyès, le premier insulteur que la Révolution eût lâché contre la noblesse, reçut le titre de comte, et l'empereur lui donqa pour blason un Borée cTor soufflant d'argent 4.
Dans cet écu, Rorée représentait ses doctrines, et le métal ses profits.
Le lecteur doit être désireux de connaître la mesure de l'action que ces doctrines, si subversives de l'ordre alors établi, exercèrent sur l'opinion publique. Les faits les plus clairs et les plus significatifs prouvent qu'elles n'en exercèrent aucune. L'abbé Siéyès, le plus
minai. Quelques-uns votaient d*une manière très-brève, se bornant à ces mots:/a mari, ou la réclusion, La plupart faisaient précéder leur vote d'un discours, ou d*une phrase explicative de leur pensée. Siéyès vota ainsi : la mort^ sans faire précéder ce vote d'aucune phrase; et les rédacteurs des journaux, dans la précipitation de leur travail, écrivirent : La mort sans phrase, oubliant de mettre un point après la mort, ou de placer sans phrase entre deux parenthèses. Nous empruntons cette explication fort simple à un contemporain. — Voyez Arnauit, Souv. (Vun sexagénaire. * Barrère, jlfém.
' Mirabeau avait dit de Siéyès, dans la discussion du 20 mai 1770, sur le veto, qu*il regardait son silence et son inaction comme une calamité publifue,— 'Moniteur du%\ mai 1790.— a Quelques jours après, déjeunes
" *' fialterie. Mi-
lelle réputa-
~~ Barrère,
Hem.
' Barrère, Mém,
^ ^ofti^ Manuel dublason.
rëTolirtionnafre de tous les écrivains qui avalent répondu h Tappel de M. de Brienne, et d'ailleurs le plus capable et le plus écouté, ne fut élu nulle part. 11 ne se trouva pas un seul bailliage, en France, qui voulût adopter le philosophe d'après lequel le tiers-état était toute la nation.
Heureusement pour lui, les élections de Paris se trouvèrent fort retardées. Les districts furent formés le SI avril: rassemblée des électeurs s*ouvrit le 25, et les élections commencèrent le 12 mai, huit jours après Fouverture des Etats Généraux.
Le 17 mai, la noblesse et le clergé de Paris avaient déjà nommé leurs députés; le vingtième et dernier du tierjs-état restait à nommer. « Ou fit la motion expresse, dit Bailly, de nommer M. Fabbé Siéyès. La proposition fit naître de grandes difficultés '. » On objectait que l'assemblée avait précédemment décidé qu'elle n'élirait ni des nobles, ni des ecclésiastiques; mais il se trouva que Bailly, secrétaire, avait oublié de consigner ce dernier point dans le procès- verbal. «< Cette faute fut heureuse, ajoute-t-il ; car, sans elle, M. l'abbé Siéyès n'aurait pas été â l'Assemblée nationale. » Siéyès fut donc le dernier député nommé par la France; et encore dut-il sa nomination â une erreur de procès- verbal. Ajoutons <|u'il ne fut élu qu'après trois scrutins, et que l'assemblée discuta longtemps, le 22 mai, la question de savoir si sa nomination ne serait pas annulée '.
Si l'abbé Siéyès soulevait de telles répugnances parmi le tiers-état de Paris, celui que le déchaînement des écrits révolutionnaires avait plus particulièrement agité, quelle pouvait être sa popularité dans le reste de la France?