MOUSSERONS A LA PROVENÇALE
Après avoir épluché et lavé vos mousserons , vous les passez à la casserole avec un demi-verre d’huile d’Aix, un verre de vin de Champagne, de la ciboule, un bouquet de
persil , trois ou quatre cuillerées de bon consommé , une tranche de jambon, sel et gros poivre. Vous laissez mitonner votre ragoût et vous le dégraissez.
Otez le jambon et le bouquet de persil , coupez de la mie de pain en petites pièces, passez-les à l’huile, égouttez-les, et mettez-les dans le ragoût , au moment de servir, avec le jus d’un citron.
FILETS d’isard AUX MOUSSERONS. INFLUENCE DE
l’imagination sur les organes.
On vante beaucoup aux Pyrénées les filets d’isard aux mousserons. On les fait mariner dans de l’huile; on les assaisonne de poivre et de sel , et on les fait cuire simplement à la casserole ou à la poêle avec des mousserons et du beurre.
Les gastronomes aiment à les manger au bruit des cascades et des torrents, et à les arroser de quelques verres de vin du Roussillon ou du Béarn. Cette musique des montagnes ranime , excite , double leur appétit.
Un gourmand, qui était allé prendre les eaux de Cauterets, avait mangé plusieurs fois dans les Pyrénées des filets d’isard ainsi accommodés , et il en parlait sans cesse De retour à Paris , il fut atteint d’une maladie bilieuse pour laquelle on avait prodigué les sangsues, tomba dans un délire mélancolique, refusait toute espèce d’aliments , et voulait se suicider. Dans les moments de calme on essaya de lui donner tantôt un potage , tantôt un peu de poulet qu’il effleurait à peine de ses lèvres.
Le souvenir des filets d’isard aux mousserons se réveille, il en demande, il en veut à l’instant même. On lui promet ce plat , son œil rayonne de ylaisir. On fait macérer des
filets de mouton dans de l’huile avec un peu de vinaigre aromatique , et on les prépare avec des mousserons desséchés, fournis par M. Corcelet du Palais -Royal. Enfin on lui sert ce ragoût qu’il attendait avec une vive impatience; il le mange , ü le digère , et le calme renaît. Le lendemain on lui donne encore des filets d'isard parfumés de mousserons, il se croit aux Pyrénées. Enfin on varie sa nourriture, il digère tout ce qu’on lui donne, le délire a disparu, et il ne veut plus se suicider.
O pouvoir de l’estomac ! un plat de trop , un plat de moins, et la raison de l’homme disparaît. Mais l’estomac est maîtrisé à son tour par l’imagination, et cette influence peut être salutaire ou nuisible. Qui n’a lu un fait déplorable rapporté par Montaigne?
« Je sais, dit-il, qu’un gentilhomme ayant traité chez luy une bonne compagnie , se vanta trois ou quatre fois après, par manière de jeu , car il n’en estoit rien, de leur auoir fait manger un chat en paste : de quoy une damoiselle de la troupe prit une telle horreur, qu’en estant tombée en un grand desvoyement et fièvre, il fut impossible de la sauver. » [Essais , liv. 1, chap. 20.)
Voici un autre fait que nous puisons dans nos observations pratiques. Une femme de chambre, d’une complexion nerveuse et délicate , avait une sorte d’antipathie pour le veau. Elle mange à la campagne un potage qu’elle trouve excellent. Mais on lui donne ensuite un peu de pied de veau avec une tranche de bœuf. A l’instant même son estomac se soulève et elle tombe en convulsion. Cet état dure pendant plusieurs heures , et cède enfin à une potion calmante prescrite par un médecin appelé au secours de la malade.
L’estomac a ses goûts, ses antipathies, ses craintes, ses inquiétudes, ses joies, ses chagrins, ses jours de calme ou de mauvaise humeur. Cet état physiologique ne saurait être * révoqué en doute. Notre Phytographie medicale et notre Nouveau traite des plantes usuelles en offrent, des exemples remarquables.