‹ Histoire des champignons comestibles et vénéneuxChapitre 130 sur 171 · EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX. FAITS D* EMPOISONNEMENT · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX. FAITS D* EMPOISONNEMENT

Le docteur Paul et fit avaler à un chien vigoureux une pâtée où il avait introduit l’agaric bulbeux verdâtre à la dose de trois gros. Ce ne fut que dix heures après que l’animal éprouva les premiers effets du poison. Il fit des efforts pour vomir ; ses jambes faiblirent ; il se coucha , s’as- . soupit , et mourut bientôt après dans des mouvements convulsifs. L’estomac et le duodénum offraient quelques rougeurs livides. Tout le canal intestinal était enduit d’une mucosité épaisse et jaunâtre. L’œsophage , les viscères du bas-ventre et de la poitrine étaient dans l’état naturel.

L’agaric citrin , administré de la même manière , a produit les mêmes résultats. Son suc, délayé à la dose d’une demi-once dans un peu d’eau , a agi avec plus de violence. L’animal a vomi presque sur-le-champ avec de grands efforts et des mouvements convulsifs. Après avoir éprouvé une sorte de choléra , il est tombé dans un abat-

soit dans les bois, soit dans les bruyères, répandaient une odeur virulente, presque nauséeuse. Nous invitons nos lecteurs à vérifier ce caractère, qui est très -important.

tement extrême, et il a péri vingt-quatre heures apres

l’introduction de la substance vénéneuse.

L’eau distillée de ces mêmes champignons n’a produit aucun accident ; mais une petite dose du résidu de la distillation a suffi pour empoisonner deux chiens. Leur extrait aqueux a également donné la mort. L’eau dans laquelle on a fait macérer plusieurs champignons s’est chargée d’une partie des principes délétères; elle a produit des évacuations sanguinolentes , mais l’animal n’a point succombé. L’alcool , l’éther, le vinaigre , le vin, l’eau salée , ont surtout la propriété de dissoudre la matière vénéneuse. Ces divers liquides acquièrent ainsi une action délétère très-intense , et font périr les animaux en moins de vingtquatre heures.

Les faits consignés dans l’ouvrage de Paulet et dans quelques recueils scientifiques prouvent que l’influence de ces champignons sur l’homme n’est pas moins funeste.

PREMIÈRE OBSERVATION

M. Guibert , sa femme , sa fille , deux garçons étrangers et un domestique, mangèrent à dîner une certaine quantité d’amanite citrine. Vers trois heures après minuit, madame Guibert fut réveillée par un rêve effrayant. Elle éprouva des nausées , des vomissements et un assoupissement continuel. On lui donna l’émétique , qui lui fit rendre des portions de champignons , et la soulagea beaucoup ; mais elle fut environ trois semaines à se rétablir. M. Guibert fut pris d’un choléra-morbus avec des crampes trèsdouloureuses. Les évacuations le sauvèrent. Aucun de ces individus n’eut de la fièvre. Tous, excepté M. Guibert , furent frappés de stupeur. La fille et un des garçons qui

avaient refusé de prendre l’émétique moururent. Un chat, qui avait léché les assiettes , était sur le point de périr lorsqu’on le fit tuer.

DEUXIEME OBSERVATION

M. Benoît, sa femme et leur enfant mangèrent à six heures du soir de l’amanite printanière (notre agaric vénéneux) cueillie au bois de Boulogne. Le lendemain, ils éprouvèrent des nausées , des anxiétés , des défaillances fréquentes. On donna au père et à l’enfant du lait , de la thériaque et une forte dose d’émétique qui les fit vomir abondamment. On n’osa point l'administrer à la mère, parce qu’elle avait une perte de sang et des faiblesses continuelles. L’enfant venait de mourir lorsque le docteur Paulet arriva. Le père était dans un état permanent d’anxiété et de stupeur ; il avait le ventre tendu, les extrémités froides , le pouls petit et intermittent. Tout son corps était d’une couleur livide. Il expira quelques instants après. La mère avait déjà beaucoup vomi naturellement. Elle était d’une pâleur cadavéreuse , et dans un état continuel de faiblesse et d’anxiété. On lui donna un purgatif ordinaire ; deux ou trois heures après , elle avait évacué des champignons entiers , et d’autres qui étaient comme dissous et noyés dans un mucus jaunâtre. Elle prit du lait d’amandes avec de l’eau de fleur d’orange et quelques gouttes d’éther; cette émulsion la calma beaucoup. Le lendemain elle fut purgée encore avec succès. La perte utérine qui s’était arrêtée revint. La malade éprouvait parfois de l’oppression et de la faiblesse. On lui prescrivit un régime restaurant , des potions antispasmodiques et le lait. Toutefois elle eut beaucoup de peine à se rétablir ; elle fut long-temps d’une

pâleur extrême , et six mois après elle souffrait encore de la tête et de l’estomac.

TROISIÈME OBSERVATION

Cinq personnes mangèrent vers le soir des mêmes champignons simplement préparés avec du beurre , du poivre et du sel. Le lendemain matin elles éprouvèrent un malaise général , des nausées, des douleurs d’estomac, des anxiétés et des vomissements. Vers midi, on leur donna du lait, de la thériaque et des vomitifs sans aucun succès. Elles furent dans le même état pendant quatre jours.

Trois de ces individus périrent après avoir éprouvé des douleurs aiguës dans tout le canal digestif, mais sans convulsions et sans perdre connaissance. Leur corps était couvert de taches livides; les dents et les gencives étaient noires , la bouche ulcérée , l’anus phlogosé. Un chien et un chat , qui avaient mangé les restes de ce ragoût , périrent le lendemain. ( Gazette de Santé, 1777, n° 34.)

On reconnaîtra sans peine l’insuffisance ou plutôt l’absurdité de ce traitement. Lorsqu’on administra la thériaque et l’émétique, il existait déjà une inflammation gastrique violente qui dut s’accroître par ces remèdes. Trois de ces malheureux éprouvent des douleurs atroces pendant quatre jours , et l’on néglige les évacuations sanguines , base essentielle de la méthode antiphlogistique! Paulet pense que les vomissements n’ayant point produit l’effet désiré , les purgatifs auraient pu être du plus grand secours dans cette circonstance. Nous ne partageons point cette opinion ; l’indication la plus urgente était de calmer la phlogosé gastrointestinale par les saignées, les boissons gommeuses, anodines, les topiques émollients, etc. Les évacuants, si utiles

au début de l’empoisonnement , c’est-à-dire lorsque les organes gastriques n’éprouvent encore qu’une irritation médiocre, sont à coup sûr contre-indiqués par les anxiétés, les vomissements , la vivacité et la permanence de la douleur.

En pareil cas , c’est un nouveau poison qu’on introduit dans le canal alimentaire.

QUATRIÈME OBSERVATION

Quatre individus s’empoisonnèrent en mangeant de l’amanite bulbeuse. Parmi les principaux phénomènes, on observa une affection comateuse accompagnée de la dilatation des pupilles, de mouvements convulsifs, de la faiblesse du pouls, etc. On chercha à combattre les effets du poison par des tisanes émulsives , par des potions huileuses , par du lait coupé avec de l’eau , etc. Tous les remèdes furent vains. Deux de ces malades moururent en peu de temps d’une inflammation gangréneuse des intestins.

Le professeur Folinea sauva les deux autres en leur donnant de petites doses de camphre avec une infusion de camomille et de serpentaire de Virginie , après leur avoir fait prendre des bains, du laitage et des émulsions. (Delle Chiaje, Enchiridio di iossicologia.)

AGARIC BLANC. AGARICUS CANDIDTJS.

Amanita candida. Briganti. Fung. IIist. icon.

Cette espèce , qu’il ne faut point confondre avec notre agaric vénéneux , a été décrite et figurée par M. Briganti dans son Histoire des Champignons du royaume de Naples.

Elle porte un chapeau hémisphérique , d’un blanc brillant, taché par les débris du volva. Ses lames sont blan-

châtres , un peu courbées en fer de faux; son pédicule est ferme , tubéreux à sa base , plus mince à sa partie supérieure et de la couleur des feuillets.

Cet agaric a la forme et la couleur d’un œuf en naissant; il grandit ensuite, et il s’évase à peu près comme 1 oronge. On le trouve dans le royaume de Naples. 11 est vénéneux , d’après le témoignage de M. le professeur Briganti.

Un villageois, attiré par la belle couleur de ce champignon, en avait fait une abondante récolte qui lui avait servi de principal repas. Il en avait apprêté une partie à l’huile, et l’autre avec de la polenta.

Peu de temps après ce repas , il éprouva une violente cardialgie , et fit de vains efforts pour vomir. Il eut des vertiges , des évanouissements , et il pouvait à peine respirer. Ces symptômes redoutables faisaient craindre une mort prochaine. L’art vint heureusement à son secours. Il vomit le poison, et il fut sauvé. (Delle Chiaje, Enc/iir. di iossicol.)

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