AGARIC EN CONQUE. AGARICUS OSTREATUS
Agaricus oslrealus. Pers. Champ, p. 216. Jacq. Fl. austr. 3 t. 2S8. Cürt. Fl. Lond. t. 216. Ciiev. Fl. Par. 1. p. 192.
Cette espèce se rapproche beaucoup de la précédente ; elle croît par groupes sur le hêtre , le chêne et le noyer. Son chapeau est d’une couleur bistrée , noirâtre ou jaunâtre, épais, convexe, presque orbiculaire ou en forme de conque. Les lames sont blanchâtres, décurrentes, presque
anastomosées à leur base. Le pédicule est horizontal , à peine sensible et recourbé.
L’agaric en conque a également une chair blanche et de bon goût. On le mange dans les Vosges sous les noms de couvrose et à.' oreille de noir et.
AGARIC DE L'OLIVIER. AGAIUCUS OLEAIUUS.
jgaricus olearius. DC. Fl. Fr. suppl. 568.
Ce champignon croît ordinairement en touffes , sur les racines à fleur de terre des oliviers , et quelquefois du charme et de l’yeuse .
Son chapeau est de forme variable , uni en dessus , comme velouté , d’un rouge doré vif, ensuite un peu brun ou olivâtre, doublé en dessous de feuillets inégaux, décurrents , d’une couleur fauve ou d’un jaune foncé. Le pédicule est court , excentrique , rarement central , et de la meme couleur que le reste de la plante.
On le trouve dans le midi de la France ; il n’est pas rare aux environs de Montpellier. Sa chair est jaunâtre , d’une consistance molle , et d’un usage pernicieux , d’après Micheli. Ce champignon porte en Italie le nom de funcjo olivo malefico.
§ II. RUSSULE. HISSULA.
Chapeau charnu, ordinairement comprimé. Feuillets égaux ou presque égaux , quelquefois fourchus et entremêlés de feuillets plus courts.
AGARIC ALÜTACÉ. AGARICVS ALUTACEUS.
Jgaricus alutaceus. Pers. Syn. 441. Fries. Syst. mygol. 1. p. 33. Chev. Fl. Par. 1. p. 138.
«. Pileo rosco. Agaricm campanulatiis. Pers. Syn. 440. (PI. 10, Fig. 3.)
Cet agaric a un chapeau large , charnu , d’abord convexe , ensuite plane et légèrement déprimé , rouge , un peu tuberculeux , sillonné sur les bords dans son entier développement ; sa surface est sèche et se détache facilement de la chair. Les lames sont larges, luisantes, d’un jaune de peau ou d’une couleur ocracée , ainsi que les sporules. Le pédicule est blanc , glabre , ordinairement allongé. Dans la variété a , qui est peut-être une espèce distincte , le chapeau est campanulé , de couleur rose , doublé de lames jaunâtres.
Ces deux espèces ou variétés croissent , en été et en automne, dans les forêts parmi les gazons. Elles ont une chair douce et savoureuse dont on peut faire usage sans nul inconvénient ; mais il faut bien se garder de les confondre avec l’agaric émétique ou avec l’agaric sanguin , champignons très-âcres et vénéneux. Pour éviter une méprise qui pourrait avoir des suites funestes , il suffira d’examiner attentivement les feuillets , qui sont constamment blancs dans ceux-ci , plus ou moins jaunes dans les espèces que nous venons de décrire.
AGARIC SAPIDE. AGARICUS SAPIDUS.
Agaricus sapidus. Poir. Eneycl. suppl. 420. — Agaricus griseus. Pers. Syn. p. 445.
(PL 10, Fig. 4.)
Cette espèce est très -reconnaissable à son chapeau large de trois ou quatre pouces, convexe, puis légèrement déprimé , rougeâtre à son disque , grisâtre ou cendré à ses bords, lisse, doublé de lames épaisses, larges et flavescentes. Le pédicule est blanchâtre, cylindrique, haut de trois à quatre pouces.
On trouve ordinairement cet agaric dans les bois de hêtres. Ainsi que les espèces précédentes , il est d’une saveur agréable. Bulliard n’a décrit aucun de ces champignons.
On mange en Allemagne deux autres russules , d’une assez grande dimension , qui sont peu connues en France. L’une est Y agaricus esculenlus de Persoon (Syn. p. 441), l’autre Y agaricus aureus du même auteur (Syn. p. 442). La première, d’une Consistance sèche et fragile, a un pédicule jaunâtre, un chapeau rouge et des feuillets luisants, d’un jaune foncé. La seconde, qui est moins grande, porte un chapeau d’un jaune fauve , doublé de lames épaisses à peu près de la même couleur. Sa substance est d’un beau jaune et d’un goût assez agréable. Ces deux espèces ont été figurées par Krapf (Schvvam. t. 5).
AGARIC ÉMÉTIQUE. AGAlilCUS EMETICUS.
Agaricus cmeticus. Pers. Syn. 439. Fries. Sïst. mycol- 1.
p. 36. Chev. Fl. Par. I. p. 159. — Agarims peclinaceus. DC.
Fl. Fr. 569.
a. Pilco rubro, purpureo, roseo. Bull. t. 509. Krapf.
Sciiwam. t. 2 et 3.
p. Pileo violaceo, fulvo. Bull. t. 509.
(PI. Il, Fig. 1—5.)
Toutes ces variétés, qui sont peut-être autant d’espèces distinctes , ont du moins un caractère identique quant à leurs propriétés; elles sont plus ou moins âçres. Elles different par la couleur du chapeau , qui est d’un rouge de sang , d’un rose tendre ou blanchâtre ; quelquefois pourpre ou violet , couleur de lilas ou d’un gris mêlé de rose; quelquefois jaunâtre ou fauve. Le pédicule est blanc, cylin- drique , plein , haut d’un à deux pouces. Le chapeau est bombé en naissant , ensuite plane , et enfin plus ou moins déprimé au centre , avec les bords sillonnés d’une manière sensible. Les lames sont toujours blanches, simples, presque égales, mêlées à quelques autres de moindre longueur.
On rencontre fréquemment ces plantes dans tous les bois , en été et au commencement de l’automne ; elles se plaisent dans les lieux frais et couverts.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
Lorsqu’on les mâche crues, elles impriment à toutes les parties de la bouche une sensation brûlante qui persiste pendant quelque temps, mais qu’on dissipe bientôt en se gargarisant avec de l’eau fraîche. Krapf a fait des expériences sur lui-même avec ces champignons , et il a couru
de grands risques. L’émétique et une grande quantité d’eau fraîche lui ont sauvé la vie. D’après ce naturaliste, l’huile et le vinaigre augmentent leur âcreté.
Les expériences tentées par Paulet sur les animaux étant tout-à-fait contradictoires , puisque plusieurs de ces plantes n’ont produit aucun effet sensible, j’ai voulu m’éclairer sur la différence qu’offrent les épreuves de ces deux naturalistes, et j’ai choisi en conséquence l’espèce de russule la plus commune , celle qu’on trouve dans toutes les parties du bois de Meudon , et qui porte un chapeau rose à lames blanches.
Après m’être assuré par la dégustation de ses propriétés âcres, j’en ai mâché et avalé un morceau à peu près de la grandeur d’une pièce de cinq francs. Je m’étais muni par précaution de quatre grains de tartre émétique en deux paquets, et j’avais choisi pour le lieu de mes expériences les bords d’une espèce de mare pleine d’eau. Je travaillais à la rédaction de quelques notes depuis environ une heure, lorsque je commençai à éprouver des douleurs d’estomac suivies de quelques nausées. Après avoir bu un verre d’eau fraîche, les douleurs devinrent plus vives, les nausées plus fréquentes. Le morceau de champignon n’étant pas considérable, je crus que je pourrais me dispenser d’avoir recours à l’émétique , et qu’il me suffirait peut-être d’exciter l’arrière-bouche avec les doigts pour opérer le vomissement. En effet , après avoir chatouillé vivement le gosier, je rejetai le champignon avec des mucosités blanchâtres. Je bus une assez grande quantité d’eau , et je vomis encore quelques matières d’une teinte bilieuse. Enfin, j'en fus quitte pour quelques tremblements dans les membres inférieurs , produits sans doute en grande partie par les
efforts que j’avais faits en vomissant. Je ne pensfe pas que j’aie couru quelque danger par cette épreuve ; mais elle a suffi pour me convaincre que Paulet a fait ses expériences avec quelques russules à feuillets jaunes , ou que du moins l’homme a un autre mode de sensibilité que les animaux , et que ces sortes d’épreuves , pour constater l’effet des poisons, sont loin d’offrir toute la certitude désirable. Au reste , l’agaric émétique à chapeau rouge m’a toujours paru plus âcre que les autres espèces ou variétés.